Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 19 mai 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Lolita lesen in Teheran (Lire Lolita à Téhéran), Azar Nafisi

J'en ai déjà parlé longuement la dernière fois. J'ai adoré, et je le conseille vivement à toute personne intéressée par la littérature et qui ne peut pas se lasser de lire des réflexions sur des grandes œuvres de la littérature mondiale. Les amoureux de Nabokov devraient être particulièrement servis.

La rêveuse d'Ostende, Eric-Emmanuel Schmitt

Pour une fois, un recueil de nouvelles qui me plaît bien. Surtout la première nouvelle qui donne son titre au recueil et qui est une perle.

Ulysse from Bagdad, Eric-Emmanuel Schmitt

L'homme lutte contre la peur mais, contrairement à ce qu'on répète toujours, cette peur n'est pas celle de la mort, car la peur de la mort, tout le monde ne l'éprouve pas, certains n'ayant aucune imagination, d'autres se croyant immortels, d'autres encore espérant des rencontres merveilleuses après leur trépas ; la seule peur universelle, la peur unique, celle qui conduit toutes nos pensées, c'est la peur de n'être rien. Parce que chaque individu a éprouvé ceci, ne fût-ce qu'une seconde au cours d'une journée : se rendre compte que, par nature, ne lui appartient aucune des identités qui le définissent, qu'il aurait pu ne pas être doté de ce qui le caractérise, qu'il s'en est fallu d'un cheveu qu'il naissent ailleurs, apprenne une autre langue, reçoive une éducation religieuse différente, qu'on l'élève dans une autre culture, qu'on l'instruise dans une autre idéologie, avec d'autres parents, d'autres tuteurs, d'autres modèles. Vertige !

Je commence à cerner ce que j'aime chez Eric-Emmanuel Schmitt : j'aime quand il parle de Dieu et de la vie, je reste complétement hermétique quand il parle d'amour. Il faut croire qu'on ne vit pas sur la même planète.

Le démarrage a été un peu difficile. J'ai du mal à lire du Eric-Emmanuel Schmitt et à bien vouloir me laisser persuader que c'est un sans-papier irakien qui parle. Mais comme il y a quelques années quand j'ai lu son Jésus, j'ai arrêté un moment ma lecture, signé mentalement notre pacte de lecture, et j'ai pu profiter du roman. Comme trois pages plus tard, le héro discute tranquillement de ses verrues avec le fantôme de son père, on se rend compte que de toutes manières, le réalisme n'était pas le but premier de l'auteur.

Eric-Emmanuel Schmitt parle assez peu d'amour dans ce roman, du coup j'ai bien pu apprécié. Le sujet est peu ordinaire, et particulièrement intéressant à (re)lire avec 6 ans de distance. Dans ce livre publié en 2008, on retrouve Kadafi avant les printemps arabes et on assiste impuissant au naufrage d'une barque de clandestins au large de Lampedusa. On ne peut pas dire qu'Eric-Emmanuel Schmitt était mal documenté. Le tout flottant dans des références constantes à l'épopée d'Ulysse (comme c'était le cas pour la rêveuse d'Ostende).

La tectonique des sentiments, Eric-Emmanuel Schmitt

Une pièce de théâtre qui parle d'amour d'amour et d'amour.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

ماهی سياه کوچولو (Le petit poisson noir), Samad Behrangi

Little Women, Alcott

Et après ?

Je continue Eric-Emmanuel Schmitt, je termine Amélie Nothomb et je pourrai passer à Simone de Beauvoir...

vendredi, 02 mai 2014

Quoi de neuf ?

Du jour au lendemain, le printemps est arrivé. C'est indiscutable : l'air sent le printemps.

Je suis du coup à peu près deux fois plus rentable dans une journée. Je prends trois fois moins de temps à me sortir du lit, cinq fois moins à passer sous la douche, et je n'ai pas besoin de partir dès 19h me réconforter sous une couette.

Depuis le 1er Avril, j'ai changé de statut, et en même temps de bureau. Je partage maintenant le bureau 230 avec John. Tous mes collègues m'ont prévenu : le bureau 230 est invivable dès qu'il commence à faire chaud. Je leur rétorquais en général que le concept de "trop chaud" m'étais inconnu. Mais en effet, dès le premier jour de printemps, j'ai compris que j'allais devoir opter pour les débardeurs pendant les 6 prochains mois. John et Konfus Junior sont à la torture dès qu'il fait un peu chaud. Pour ma part, j'aime les débardeurs et les mini-shorts ; je pense que ces 4 années dans le bureau le plus chaud de toute la fac ne vont pas me déplaire.

Comme son nom l'indique, le bureau 230 est voisin du bureau 231, celui de Konfus. Je suis donc maintenant juste à côté de Konfus, mon "boss". Un boss assez cool, il faut bien le dire.

Konfus a eu l'idée grandiose d'organiser un colloque de doctorants. Nous sommes deux doctorants, Tonio et moi, ce qui signifie que nous avons assez intérêt à avoir quelque chose a dire à ce colloque, car on ne risque pas vraiment de passer entre les gouttes. Heureusement, nous ne nous verrons que toutes les deux semaines, mais même comme cela, je me demande bien par quel miracle je vais réussir à avoir bouclé ma présentation de tous les phénomènes d'îles existants d'ici notre prochain rendez-vous.

Dans le groupe GA (Grammaire Allemande (dont je fais partie (même si je travaille sur le français (ne cherchez pas à comprendre la logique, il n'y en a pas))), tout est sur le point de changer. John vient de commencer en effet son dernier semestre à la fac. L'hiver prochain, il s'en va en Suède. Je ne sais pas si c'est à cause de cela, à cause de la chaleur dans le bureau 230, ou parce qu'il a toujours fonctionné comme ça, mais je le vois rarement à la fac. En règle générale, je suis seule dans notre bureau (ce qui m'arrange assez). Le semestre prochain aussi, Konfus Junior part faire un semestre en tant qu'"invité" à la fac du centre. J'ai encore du mal avec les subtilités des différents postes à la fac, entre les boursiers, les aides, les assistants scientifiques, les assistants de projet, les chargés de cours, les invités, les remplaçants, les privat-docent... je me perds complètement. Toujours est-il qu'il s'en va, et sera remplacé par Tonio (ce qui me fait trépigner de joie - malgré toute la sympathie que j'ai pour Konfus Junior). D'autre part, Konfus a obtenu un financement pour un projet d'édition libre, et nous aurons donc au moins 3 nouveaux collègues. Un vient déjà de commencer : il est marié à une Française et a une fille de 5 ou 6 ans qui est sans doute la gamine blonde la plus belle que j'aie jamais vue. Le recrutement des suivants est en cours, et Vendredi s'est même présenté pour le poste (je ne sais pas quelles sont ses chances de l'avoir, mais il ça serait vraiment le pied de l'avoir comme collègue). Bref, à part mon ancienne voisine de bureau Melinda et notre secrétaire Vitalita, tout le groupe GA est en train de changer.

Tout continue donc comme avant cet inter-semestre mouvementé (entre l'Iran et la conférence à Bruxelles, je n'ai pas vraiment vu ces fausses vacances passer). J'ai repris un séminaire de 2ème année, avec des élèves différents (et en changeant complétement mon cours, idiote que je suis, au lieu de profiter du travail déjà fait pour m'épargner des préparations fastidieuses). J'ai repris les cours de perse, plus motivée que jamais (d'autant que j'ai fait un bond en avant depuis mes deux semaines à Téhéran). On a à nouveau du mal à trouver une table libre à la cantine le midi. Bref, le semestre a repris, comme d'habitude, on est débordés.

lundi, 28 avril 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces deux dernières semaines ?

Variations énigmatiques, Eric-Emmanuel Schmitt

Il me semble que c'est la dernière pièce de théâtre de Eric-Emmanuel Schmitt. Et à dire vrai, je n'ai pas été particulièrement emballée...

Un notaire peu ordinaire, Yves Ravey

Plantée dans la librairie de Bruxelles, j'avais passé en revue tous les livres qui m'intéressait. Aucun en stock. "Ah non, le bleu des abeilles, on l'a plus non plus, vous avez pas de chance !". Je cherchais dans les nouveautés une inspiration. Yves Ray vient de sortir La Fille de mon meilleur ami et ça m'a rappelé que j'avais entendu beaucoup de bien de l'avant-dernier. Alors va pour Un notaire peu ordinaire.

On ne peut en effet pas reprocher grand chose à Yves Ravey. Il a un style virtuose et très décalée. Au lieu d'imaginer une intrigue compliquée, il prend quelque chose de très simple, et le raconte de manière compliquée. Il parsème le roman de tas de petits indices, qui s'éclairent tout d'un coup par la révélation d'un fait capital qu'il énonce comme en passant. Limite si on l'aurait pas laissé passer. D'après ce que j'ai entendu sur son dernier livre, c'est d'ailleurs sa marque de fabrique. Du coup, ce nouveau roman me fait de l'oeil aussi.

Pour moi, le roman était un chouilla trop court (100 pages écrit gros, ça ne m'a même pas duré une journée). J'aime les romans à rallonge où j'ai le temps de connaître les persos comme mes meilleurs amis.

Avicenne ou La route d'Ispahan, Gilbert Sinoué

Toujours dans la librairie de Bruxelles, je cherchais. Voyons, y'avait bien ce livre, là, avec Ispahan dans le titre. Et ça se passait y'a plusieurs siècles...

Donc me voilà avec cette biographie romancée d'Avicenne, sans avoir la moindre idée de qui est ce type. Si jamais vous êtes aussi ignares que moi, sachez qu'Avicenne est à peu près aussi important pour la médecine qu'Hypocrate, mais version arabe. D'après ce que j'ai lu après, son encyclopédie des maladies (le Kanon) est encore un ouvrage de référence en fac de pharmacie. Il était aussi philosophe, musicien et ivrogne à ses heures, et de temps en temps aussi vizir.

J'ai trouvé encore plus passionnant la reconstitution historique de la Perse sous les dynasties Buyides. J'ai encore du mal avec toutes les dynasties du Moyen-Orient, mais j'essaye de m'y mettre, histoire de ne pas être aussi stupide la prochaine fois que je me trouverai dans une ruine d'un palais de Abbas le Grand...

(D'ailleurs, si vous connaissez un truc sur Cyrius le Grand (je veux dire, autre chose que la Bible) je prends !)

Un temps infini s'écoula. El-Jozjani bougea le premier.
- Je crois que c'est fini, dit-il d'une voix éteinte.
Le préposé au vestinaire déclara gravement :
- Si l'injustice n'est pas redressée, le taureau bougera à nouveau.
Le fils de Sina s'exclama :
- Qu'est-ce qu'un taureau vient faire dans un phénomène naturel ?
- Il n'y a rien de naturel dans les colères de la terre.
Ali lui lança un regard indulgent.
- Tu ignores sans doute les croyances de Raiy, expliqua le wakkad. Elles prennent leur origine dans la nuit des temps. Tu ne devrais pas en rire.
- Que dit l'histoire du taureau ? interrogea Jozjani.
- Elle dit que la terre repose sur l'une des cornes d'un immense taureau qui se tient lui-même sur un poisson, quelque part dans l'univers des Pléiades. Lorsqu'il y a trop d'injustice dans un coin du monde, le taureau se met en colère et fait basculer la terre d'une corne à l'autre. Le phénomène naturel dont parle ton ami se produit alors à l'endroit précis de la terre qui retombe sur la corne de l'animal. Voilà ce que dit la légende. Et nous savons que l'injustice règne sur notre ville.
- Que cherches-tu à insinuer ?
L'homme entrouvrit les lèvres pour répondre, mais se ravisa.

Le Bleu des Abeilles, Laura Alcoba

J'avais été touchée par le sujet du livre, par l'histoire dans l'Histoire de l'Argentine, cette petite fille qui vient vivre en France et de ce qu'elle dit de la langue française. (C'est aussi ce qui me donne envie de lire du Supervielle.) C'est très très joli.

J'ai aimé mon premier e muet comme tous ceux qui ont suivi. Mais c'est plus que ça, en vérité. Je crois que, tous autant qu'ils sont, je les admire. Parfois, il me semble même que les e muets m'émeuvent, au fond. Être à la fois indispensables et silencieuses : voilà quelque chose que les voyelles, en espagnol, ne peuvent pas faire, quelque chose qui leur échappera toujours. J'aime ces lettres muettes qui ne se laissent pas attraper par la voix, ou alors à peine. C'est un peu comme si elles ne montraient d'elles qu'une mèche de cheveux ou l'extrémité d'un orteil pour se dérober aussitôt. À peine aperçues, elles se tapissent dans l'ombre. À moins qu'elles ne se tiennent en ambuscade ? Même si je ne les entends pas, quand on m'adresse la parole, j'ai souvent l'impression de les voir. Et plus j'apprends le français, plus vite je les repère. Parfois, j'imagine que les voyelles muettes me voient aussi. De mieux en mieux, me semble-t-il, à mesure que j'avance, comme si elles avaient également appris à me connaître. Comme si, depuis leur cachette, elles avaient une attention pour moi - un regard, un geste, une manière de me rendre la pareille. J'aime nous imaginer dans cette communication silencieuse. J'en viens à me sentir en connivence avec l'orthographe française. Et j'adore ça.
Pourtant, la bibliothécaire est persuadée que ces
Fleurs bleues ne sont pas pour moi.
Surtout depuis que j'ai ouvert la bouche.
Malgré tous les efforts que je fais, malgré toutes les voyelles que j'arrive à glisser sous mon nez, et de mieux en mieux, me semble-t-il, en ce mois d'avril de l'année 1979, j'ai encore un accent. Un accent que je déteste toujours autant. Chaque fois que j'ouvre la bouche, avant même de parler, j'en ai déjà honte. Depuis que la bibliothécaire m'a entendue, sa voix est devenue mielleuse, elle s'est mise à me parler comme si j'étais soudain devenue toute petite ou comme si elle venait de découvrir que j'étais un peu idiote.
- Tu ne veux pas plutôt prendre une bande dessinée ? Un
Tintin, un Astérix ? Ou alors Le petit Nicolas, si tu tiens à lire un livre. Ça, c'est de ton âge. Tu as déjà lu Le petit Nicolas ?

Odette Toulemonde et autres histoires, Eric-Emmanuel Schmitt

Je n'ai pas été non plus paticulièrement convaincue par ces nouvelles. Sauf L'Intruse dans laquelle j'ai retrouvé beaucoup d'Oscar et la dame rose, ce mélange d'impossible et de très réel. Pour le reste, je les ai trouvées souvent tracées à trop gros traits.

Un an après son mariage qu'elle décrivit comme "le plus beau jour de sa vie", elle mit au monde un enfant qu'elle trouva laid et mou lorsqu'on le lui tendit. Antoine cependant le surnomma "Maxime" et "mon amour" ; elle s'astreignit à l'imiter ; dès lors, l'insupportable bout de chair pisseur, chieur et criard qui lui avait d'abord déchiré les entrailles devint pendant quelques années l'objet de toutes ses attentions. Une petite "Bérénice" le suivit, dont elle détesta d'emblée l'indécente touffe de cheveux, pour qui elle adopta pourtant le même comportement de mère modèle.

C'est un beau jour de pluie

Ma vie avec Mozart, Eric-Emmanuel Schmitt

Ce livre de Eric-Emmanuel Schmitt est livré avec un CD. Des extraits des opéras de Mozart, d'un concerto, etc. Le livre vous renvoie aux pistes qu'il faut au fur et à mesure. J'ai trouvé au départ que l'idée n'était pas particulièrement pratique. Je devais copier le cd sur mon mp3 avant de pouvoir le lire, trimballer tout ça avec moi... Pas très pratique, vraiment.

Puis, lorsque j'ai eu les larmes aux yeux en entendant l'air de la Comtesse, je me suis dit que finalement, c'était une bonne idée.

Son costume ne contribuait guère à la mettre à l'aise : on avait l'impression qu'en entrant elle s'était par mégarde enroulé les doubles rideaux autour d'elle, les étoffes lourdes et rèches, le tout composant un paquet qu'une ceinture terminait dans le dos en un noeud énorme, disproportionné ; moi, j'aurais pu me confectionner une barque avec ce noeud, un lit, une banquette...
Ses petites mains potelées, ses mouvements raides, son costume empesé, son fond de teint laqué, sa perruque figée aux boucles vernissées, chaque détail la transformait en une immense poupée pathétique.
- Merci, maintenant, on passe au chant, dit le metteur en scène épuisé.
La femme se mit à chanter.
Et là, subitement, tout bascula.

Soudain, la femme était devenue belle. De son étroite bouche sortait une voix claire, lumineuse qui remplissait l'immense théâtre aux fauteuils vides, montant jusqu'aux galeries obscures, planant au-dessus de nous, aérienne, portée par un souffle inépuisable.
Immobile, rayonnante, la cantatrice laissait son chant vibrer dans son corps muté sous nos yeux en instrument de chair. Ce qui donnait à son timbre cette rondeur, ce miel, c'était sa poitrine palpitante, ses épaules douces, ses joues molles, qui devait fournir des enfants aussi magnifiques que ses sons.
Le temps s'était arrêté.
En face de la femme la plus féminine qui soit, je demeurais fasciné, suspendu à son chant, me laissant envelopper par lui, rouler, retourner, emmener, caresser... Je n'étais plus que cette respiration, sa respiration, au plus près de ses lèvres, collé à ses hanches. Elle faisait de moi ce qu'elle voulait. Je consentais, heureux.

Eric-Emmanuel Schmitt met beaucoup de lui dans ce texte, c'est sans doute pour cela qu'il est si réussi. C'est tellement autobiographique que ça en est presque gênant. Il y a aussi toute sa philosophie, sur la vie, sur la littérature, et sur Mozart, ça va sans dire. Mais dans le fond, l'histoire n'est presque qu'un prétexte à écouter la musique de Mozart, qui est la vraie protagoniste de cette histoire (et non pas Mozart lui-même, bien qu'il en soit un peu question).

Moby Dick, Herman Melville

Enfin terminé !

L'avantage de ce grand classique dont on sait déjà trop avant même de le commencer, c'est que dans le fond, on ne sait pas très bien à l'avance comment ça finit. Est-ce que Moby Dick sera tué ? Ou est-ce le capitaine fou, Ahab, qui va mourir ? Ou les deux ? Je ne briserai pas le suspens.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

ماهی سياه کوچولو (Le petit poisson noir), Samad Behrangi

Ça y est ! Mon premier livre en farsi ! Je l'ai depuis longtemps mais je ne me suis réellement attelée à la tâche qu'il y a peu. Le livre est bilingue, j'ai donc la traduction en anglais pour m'aider. Et ma copine de tandem (sans qui je n'arriverais pas à grand chose). Il s'agit d'un grand classique de la littérature pour enfant, l'histoire d'un petite poisson qui part découvrir le monde. L'auteur, Samad Behrangi, a été assassiné par le régime (j'ai appris à l'occasion le verbe "assassiner" qui s'est révélé très utile dans mon séjour en Iran) pour ses écrits un peu trop pédagogiques.

Le petit poisson noir est un peu la version perse du Petit Prince.

Le petit poisson noir dit : "Arrête là, mère ! Il était mon ami !"
La mère déclara : "Je n'avais encore jamais entendu parler d'une amitié entre un poisson et un escargot."
Le petit poisson dit : "Moi non plus, je n'avais encore jamais entendu parler d'une inimitié entre poisson et escargot, vous autres vous êtes pourtant débarrassé de ce pauvre garçon."
La voisine déclara : "Ces choses dont tu parles appartiennent au passé."
Le petit poisson dit : "C'est vous-même qui avez commencé à parler de ces choses du passé."
Et sa mère déclara : "Ce n'est que justice que nous l'ayons tué ; as-tu donc oublié ce qu'il disait en tout lieu où il se trouvait ?"
Le petit poisson dit : "Alors tuez-moi aussi, car moi aussi je dis les mêmes choses."

(ma traduction)

Lolita lesen in Teheran (Lire Lolita à Téhéran), Azar Nafisi

J'ai longtemps cherché des romans sur la Perse antique et je n'en ai pas vraiment trouvé. Mais en chemin, j'ai rencontré ce bouquin qui parle du Téhéran actuel (enfin, plutôt des années 90 en fait) mais d'une manière un peu différente. Je ne sais pas bien pourquoi, mais en ce moment je n'ai pas vraiment envie de lire quelque chose sur l'Iran actuel. J'ai l'impression que la dictature ne se renouvelle pas beaucoup. Mais ce livre-là m'a donné envie.

L'auteure est une jeune professeur de littérature qui, après avoir démissionné de son université, a donné pendant deux ans des cours de littérature clandestins à sept de ses meilleures étudiantes. Dans ce roman, elle raconte cette expérience. Et c'est tout simplement magnifique. Parce que dans le fond, ça parle surtout de littérature, que Azar Nafisi a une conception très extrémiste de la littérature et qu'elle tisse des liens que les étudiantes et elle-même ont pu faire entre leur vie et ces livres qu'elles lisaient (et qu'elles lisaient au risque d'être emprisonnées, faut-il le préciser). Un tel amour de l'Art donne vraiment à réfléchir. Et nous alors ? Quand je pense que, nous autres étudiants, nous râlons quand le livre est trop cher, trop dur à commander dans la bonne édition, quand je pense que ces filles faisaient des photocopies des oeuvres interdites qu'elles devaient cacher. Et pour quoi ? Pour lire Les milles et une nuits (interdit en Iran - juste au cas où vous n'auriez pas encore bien compris que ce régime est complètement absurde), Emma Bovary ou - bien sûr - Lolita.

Azar Nafisi est une spécialiste de Nabokov (l'écrivain du totalitarisme s'il en est), et ce qu'elle décrypte dans Lolita n'est pas seulement génial, mais émouvant quand elle le relie à sa propre histoire.

Bref, je suis bluffée par ce roman, et je le recommande à n'importe quel amoureux de la littérature (qu'il s'intéresse à l'Iran ou pas).

Qu'est-ce que j'ai vu ces deux dernières semaines ?

Rien.

J'avais eu envie de profiter de mon passage sur Bruxelles pour aller un peu au ciné. Mais j'étais tellement creuvée par les conférences que j'ai préféré agoniser dans mon lit le soir après les frites.

Et après ?

J'essaye depuis des mois de me procurer le dernier Nothomb à la bibliothèque. Je vais bien finir par l'avoir. Sinon je continue dans mon intégrale Eric-Emmanuel Schmitt, et j'ai aussi Sinoué l'Egyptien sur ma table de nuit.

lundi, 14 avril 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu cette semaine ?

Le déclin de l'Empire Whiting, Richard Russo

Je ne sais absolument plus comment je suis tombée sur ce livre. Mais je suis tombée dessus, et j'en suis assez contente. Je ne suis pas sûre d'avoir envie de le relire encore une fois, mais je n'hésiterais pas si il y avait une suite.
Je vais donc commencer par le défaut du livre : c'est un livre américain, et sincèrement, tous les auteurs américains écrivent de la même façon. Ou alors c'est juste un problème de traduction, je ne sais pas. Mais ça sent gravement le roman américain.
Cela mis à part, le roman est bien mené. L'auteur prend le temps de planter les personnages (plus de 500 pages, ça donne le temps de mettre en place une histoire convainquante), d'installer l'ambiance. L'histoire se situe dans une ancienne ville industrielle, de plus en plus désaffectée. Le squelette de l'histoire repose sur un va-et-vient entre les générations, entre les souvenirs de la générations des parents et le quotidien de leurs enfants, l'insupportable monde du collége/lycée, l'enfermement dans un microcosme très restreint dans lequel les liens de domination et de pouvoir sont le principal moteur des actions.
Il y a des romans qui agacent parce que ce qu'ils racontent est complètement improbable. Dans le déclin de l'Empire Whiting, on sent dès le début qu'on ne prend aucun risque, puisque dans le fond, on comprend qu'il ne va jamais rien se passer. Tout reste figé dans un engourdissement de décrépitude, malgré le positivisme ambiant. (En fait, à la fin, il se passe tout de même quelque chose. En y arrivant, on se rend compte que les 500 pages précédentes n'ont servi qu'à préparer le terrain pour cet évènement. Et ça marche super bien.)

Miles s'autorisa un demi-sourire en entendant la porte des toilettes se rouvrir dans son dos. En général rien ne s'arrangeait en présence de Max Roby, mais une exception était envisageable.
"J'arrête pas de lui répéter que, s'il fait pas un peu plus attention à ses notes, aucune fac ne voudra de lui, mais non, il croit avoir tout compris, comme le reste de la bande. Bon, c'est pas que je lui jette la pierre, vraiment. Il voit bien que son père s'en est sorti sans aller en fac - et mieux qu'un peu, d'ailleurs - , alors il se dit à quoi bon."
Jimmy s'interrompit de nouveau. "Ce qu'ils veulent pas comprendre, nos gosses, c'est qu'on veut qu'ils fassent
mieux que nous, plutôt qu'aussi bien. Je me trompe ?"
Le retour de Max évita à Miles l'obligation de partager cet avis.
"Jimmy Minty", dit Max qui, s'asseyant sur le même banc que le policier, força celui-ci à se décaler vers la fenêtre. Max le considérait d'un oeil, semblait-il, totalement ébahi. "Nom de
Dieu, mais ce que tu étais con, quand tu étais gosse.
- Vas-y mollo, papa, dit Miles. Il a un pistolet sur lui, aujourd'hui.
- J'espère au moins qu'il est moins crétin qu'à l'époque", répondit Max, qui offrit sa pogne à l'agent. "Alors, qu'est-ce que tu fous maintenant, Jimmy ?"
Minty regarda la main tendue en se demandant si son propriétaire l'avait lavée avant de quitter les toilettes, mais il accepta de la serrer. "Comment allez-vous, Mr. Roby ?"

En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis

Je sais pas si vous aviez remarqué mais mon blog est au top de l'actualité littéraire. Du moins aujourd'hui exceptionellement. Enfin, pour ce roman-là seulement. Et à condition d'avoir une définition assez large du terme "actualité". Mais c'est déjà ça, n'est-ce pas ?

LE roman de la rentrée littéraire, donc : En finir avec Eddy Bellegueule. Vous en aviez pas entendu parler ? Pfff, vous êtes trop pas au courant de l'actualité littéraire, je vais vous dire. Alors que moi, oui. Moi je suis super méga au courant de l'actualité. Et donc, pour résumer, En finir avec Eddy Bellegueule est LE roman qu'il faut avoir lu.

Qu'est-ce que moi j'en ai pensé ? Mouais. (une critique littéraire de génie se cache en moi)
Nan, sincèrement, c'est pas mal. (de mieux en mieux)
Disons que ouais, j'ai passé un bon moment à le lire, c'était très sincère, il y avait un aller-retour bien fichu entre un récit chronologique et des... heu... flash-forward. De sorte qu'on avait beau savoir ce qui allait se passer, on attendait quand même avec impatience la suite pour avoir plus de détails. Le style était un espèce de language oral très écrit, là encore bien réussi. Donc, oui, c'était très chouette. Je ne suis pas sûre pour autant d'avoir envie de relire un jour le livre, mais c'était plutôt bien que pas bien.
Une grosse critique qui a été faite au livre est qu'il afficherait un mépris pour le milieu d'origine du narrateur (un village très pauvre du Nord de la France) avec la suffisance d'un jeune qui, lui, vaut mieux que tout le monde parce qu'il est entré en classe prépa... Donc mon avis là-dessus ? Et bien je me demande bien où les gens ont pu voir du mépris ou de la suffisance où que ce soit dans le livre. Je trouve qu'au contraire le livre déborde d'amour, et surtout d'un amour extraordinaire pour les personnages du père et de la mère. Il ne me semble pas qu'à aucun moment le narrateur n'affiche de mépris envers les gens du village. Au contraire il essaye désespérémment - et en pure perte - d'y trouver sa place. Et au final il montre assez bien que le monde "de la prépa" (qui est à peine évoqué) obéit clairement à des règles elles aussi arbitraires. Qui conviennent mieux à sa nature à lui, mais dans lesquelles quelqu'un d'autre aurait tout autant de mal à trouver sa place. De ce fait, on peut lui reprocher d'être fataliste, ou pessimiste, peut-être.

Ma soeur avait d'abord voulu s'orienter, quand elle était au collège, vers une carrière de sage-femme avant de nous faire savoir qu'elle serait finalement professeure d'espagnol pour gagner beaucoup d'argent. Nous percevions les enseignants comme des petits-bourgeois et mon père s'agaçait lors des grèves dans l'Éducation nationale Avec tout le fric qu'y se mettent dans les poches ils se plaignent encore.
Elle avait été convoquée aux habituels rendez-vous avec le conseiller d'orientation et lui avait exposé son souhait de devenir professeure d'espagnol dans un collège 
Mais vous savez mademoiselle maintenant l'éducation c'est bouché, tout le monde veut devenir prof alors il y a de moins en moins de places, et les gouvernements donnent de moins en moins d'argent pour ça, l'éducation. Vous devriez faire quelque chose de plus sûr, de moins risqué, comme la vente, et en plus, je regarde vos résultats, pas très bons il faut bien le dire, à peine la moyenne c'est juste pour faire un baccalauréat.
Elle était rentrée irritée un soir, après un de ces rendez-vous, dépitée par les tentatives du conseiller d'orientation pour modifier ses projets Je vois pas pourquoi qu'il me pète les couilles l'autre, je veux faire prof d'espagnol. Mon père Tu dois pas te laisser donner des leçons par un nègre (le conseiller d'orientation était martiniquais).

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Moby Dick, Herman Melville

Ce roman devrait s'appeler "Encyclopédie de tout et n'importe quoi sur les baleines".

Reference was made to the historical story of Jonah and the whale in the preceding chapter. Now some Nantucketers rather distrust this historical story of Jonah and the whale.
[...]
[Sag-Harbor] had still another reason for his want of faith. It was this, if I remember right: Jonah was swallowed by the whale in the Mediterranean Sea, and after three days he was vomited up somewhere within three days' journey of Nineveh, a city on the Tigris, very much more than three days' journey across from the nearest point of the Mediterranean coast. How is that?
But was there no other way for the whale to land the prophet within that short distance of Nineveh? Yes. He might have carried him round by the way of the Cape of Good Hope. But not to speak of the passage through the whole length of the Mediterranean, and another passage up the Persian Gulf and Red Sea, such a supposition would involve the complete circumnavigation of all Africa in three days, not to speak of the Tigris waters, near the site of Nineveh, being too shallow for any whale to swim in. Besides, this idea of Jonah's weathering the Cape of Good Hope at so early a day would wrest the honour of the discovery of that great headland from Bartholomew Diaz, its reputed discoverer, and so make modern history a liar.
But all these foolish arguments of old Sag-Harbor only evinced his foolish pride of reason — a thing still more reprehensible in him, seeing that he had but little learning except what he had picked up from the sun and the sea. I say it only shows his foolish, impious pride, and abominable, devilish rebellion against the reverend clergy.

lundi, 24 mars 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Bhakti - Der Wandel im Herzen ("Bhakti - Le changement à l'intérieur du coeur"), His Divine Grace A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupâda

En fait, je ne suis pas arrivée au bout, mais quand sa Divine Grace Machin a commencé à m'expliquer que les êtres humains vivaient autrefois mille ans et que notre temps est dépravé et que c'est pour cela qu'on ne vit plus que cent ans, je me suis dit qu'il était peut-être temps d'en finir. Y'avait des choses bien, mais c'était assez répétitif.

Iran (Guide de voyage Lonely Planet)

Là encore, je ne l'ai pas vraiment lu en entier, puisque je n'ai lu que les villes qui m'intéressaient (Téhéran et Ispahan) en plus des informations générales.

Les Pintades à Téhéran, Delphine Minoui

Celui-là par contre, je l'ai dévoré. Les iraniennes s'amusaient bien en regardant les images. "Ha ha, regarde, les filles avec leur scotch sur le nez ! Comme c'est drôle !"

NB sur les "scotch" sur le nez : les iranieennes (et les iraniens) sont obsédés par deux choses, à savoir leurs sourcils et leur nez. Le nombre de gens que l'on croise dans la rue affublés d'un scotch sur le nez, marque du passage récent sur le billard, est impressionnant. Et les chirurgiens du nez iraniens sont très réputés, paraît-il...

Un petit détour par le GRand Bazar, dans le Sud populaire, permet de vite remettre les pendules à l'heure.Dans ses galeries sous arcade, on y croise des Iraniennes drapées de noir [c'est à dire en tchador], le cabas rempli de légumes sous un bras et de l'autre main libre en train de tâter, tels des melons frais, des soutiens-gorge roses en nylon disposés sur l'étal d'un vendeur de sous-vêtements bon marché. Tout comme la papeterie, les orfèvres et les tapis, la lingerie dispose d'une section à part. Le visage à moitié caché par son voile sombre, Hamideh vient de plonger la tête la première dans un bac rempli de lambada [strings]. Cette femme au foyer, mère de trois enfants et originaire d'un milieu religieux et ouvrier, est en pleine mission d'exploration.
Tout à coup, la voilà qui se redresse, triomphante, brandissant sa fructueuse découverte : un string rose pétant à froufrous ! Avec, en prime, un message imprimé sur le devant : "sens Interdit !" Le tout pour l'équivalent de 5 euros. Hamideh laisse exploser sa joie. "Mon mari va dorer !" lâche-t-elle, sous le regard sévère de l'ayatollah Khamenei dont le portrait est placardé sur le mur au-dessus du bac à porte-jarretelles (le guide suprême de la République islamique a droit à son effigie dans tous les magasins iraniens, et les boutiques de dessous frivoles ne dérogent pas à la règle).
Ces petits objets de libertinage, qui rappellent les gadgets racoleurs de Pigalle, sont-ils donc licites en République islamique ? "je porte un tchador pour me protéger du regard des hommes dans l'espace public. Mais le soir, je me maquille, je mets des bijoux et je sors mes plus beaux sous-vêtements pour mon mari. En tant que bonne musulmane, c'est mon devoir d'être sensuelle pour mon époux" commente sans tabou Hamideh. [...] Sous le voile, la coquetterie - autorisée et encouragée par la nomenklatura religieuse - n'a pas de limites. Quitte à frôler la vulgarité.

Le déclin de l'Empire Whithing, Richard Russo

Pour passer deux semaines de vacances sans me charger de 50 livres, j'ai pris le plus gros des romans de ma PAL. Finalement, je ne l'aurai lu que dans l'avion aller. Trop occupée à Téhéran et trop épuisée dans l'avion retour. Je pense qu'il me fera mes deux semaines à Bruxelles !

Quatre-vingt-treize, Victor Hugo

Commencé dans l'avion-retour. Il y a ce style Victor Hugo, ces dialogues trop parfaits, ces scènes trop bien arrangées pour qu'on y croie une seconde. Romantisme, romantisme, romantisme... Mais cela dit, un texte sur la Terreur, c'est rare et nécessaire. Victor Hugo, sans cacher une certaine préférence pour les Bleus (les républicains), dépeint les Blancs (les Royalistes) avec autant de bienveillance. On s'attache aux personnages, ces personnages qui s'affrontent. On s'attache aux deux ennemis, en sachant bien que l'un des deux va perdre. Je pense que c'était l'idée centrale du livre, une manière comme une autre de montrer d'absurdité de la guerre civile, une guerre fratricide au propre et au figuré.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Moby Dick, Herman Melville

J'ai continué sur ma lancée des livres anglais lus en VO. "Moby Dick" est le deuxième livre que je découvre directement en VO. Comme pour "Vanity Fair", la lecture est difficile. Il me faut me raccrocher au texte écrit pour être sûre de comprendre certains passages. Mais contrairemnt au précédent, je ne trouve pas le livre aussi passionnant.
J'ai même beaucoup de mal à m'intéresser à ces personnages et à ces disgressions sans fin sur tout et n'importe quoi. Un chapitre entier pour décrire les différents type de baleine - c'est un peu trop pour moi.

Qu'est-ce que j'ai vu ces trois dernières semaines ?

J'ai vu un film en Iran, dont je ne connais pas le titre mais qui est visiblement assez connu, et qui heureusement pour moi avait des sous-titres en anglais. C'était un film "officiel", l'histoire d'une fille impie qui porte beaucoup de maquillage et dit des choses méchantes sur Dieu. En voulant échapper à la police, elle se réfugie par hasard chez un molla très pieux qui l'accueille. Elle essaye désespéremment de le prendre en défaut, mais lorsque son frère est gravement blessé et que les prières du molla le sauvent, elle finit par retourner à Dieu. Elle s'habille en blanc et ne porte plus de maquillage (parait-il).

Ca n'était pas extraordinairement bien joué, et les ficelles de l'histoire était assz grossières, mais ca n'était au final pas mal du tout. Au final, ce que le molla disait de Dieu était vraiment beau, c'était au moins une partie du film qui avait l'air sincère...

lundi, 03 mars 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces deux dernières semaines ?

Tuer le père, Amélie Nothomb

Je fais court : pas le meilleur Amélie Nothomb...

L'éternel mari, Dostoievski

Barbe bleue, Amélie Nothomb

Enfin un TRÈS TRÈS BON Amélie Nothomb ! Je suis ravie !
Barbe bleue est une sorte d'achèvement de plein de choses nées dans les autres derniers romans. Il y a notamment beaucoup d'échos du Fait du prince. L'imaginaire d'Amélie Nothomb se transforme : c'est toujours le froid, toujours le sucré, et le trop-plein s'installe de plus en plus. Très très aboutit, et un sujet parfait (parce que Barbe Bleue, c'est quand même un des meilleurs contes qui existe au monde), même s'il est transparent (ce qui est peut-être même un avantage).

- N'exagérons rien. J'apprécie votre gâteau, voilá tout. Voulez-vous sécher vos larmes, je vous prie.
- Non. J'aime pleurer devant une belle jeune femme à qui j'offre de la volupté.
- Vous êtes insortable.
- Vous voyez, j'ai raison de ne pas sortir.
Elle rit.
- Quand je pense à toutes ces femmes qui rêvent de vous rencontrer ! Si elles savaient que vous sanglotez à la moindre occasion et qu'il n'y a pas de champagne chez vous !
- Je corrigerai ce dernier point. Vous m'avez converti. D'où vous vient cette habitude ?
- Cette habitude ? Vous plaisantez. Je n'ai pas bu beaucoup de champagne dans ma vie, mais dès la première fois, j'ai su qu'il n'y avait rien de meilleur. Comment avez-vous évité de vous en apercevoir, vous ?
- J'imagine que le champagne m'a été gâché par les mondanités. Je n'y avais plus touché depuis vingt ans.

Le Visiteur, Eric-Emmanuel Schmitt

Pour moi un chef d'oeuvre absolu de Eric-Emmanuel Schmitt. Nous sommes à Vienne, juste après l'Anschluss, et Freud, grâce à ses appuis aux Etats-Unis, est en train de se préparer à fuir. Un Inconnu rentre dans son bureau, et petit à petit, il s'avère que ce serait... peut-être... Dieu. Ou juste un fou.
En tous cas, le dialogue va partir très loin : le sens de la vie, l'incompatibilité de Dieu et de la haine (incarnée par le nazisme), la crise de la foi (individuelle et historique) auquel contribue la psychanalyse...

FREUD (véhément). Allez ! Intervenez ! Arrêtez ce cauchemar, vite !

L'INCONNU. Je ne peux pas. Je ne peux plus !
L'Inconnu se dégage, rassemble ses forces pour aller fermer la fenêtre. Au moins, le bruit des bottes a disparu... Il s'appuie contre la vitre, épuisé.

FREUD. Tu es tout-puissant !

L'INCONNU. Faux. Le moment où j'ai fait les hommes libres, j'ai perdu la toute-puissance et l'omniscience. J'aurais pu tout contrôler et tout connaître d'avance si j'avais simplement construit des automates.

FREUD. Alors pourquoi l'avoir fait, ce monde ?

L'INCONNU. Pour la raison qui fait faire toutes les bêtises, pour la raison qui fait tout faire, sans quoi rien ne serait... par amour.

La nuit de Valognes, Eric-Emmanuel Schmitt

MADEMOISELLE DE LA TRINGLE (voulant comprendre). Votre paon est en train de mourir ?

LA DUCHESSE. Voilà.

MADAME CASSIN. Vous y étiez très attachée ?

LA DUCHESSE. Nous nous connaissons depuis l'enfance.

LA RELIGIEUSE (naivement). Je ne savais pas que les paons vivaient aussi longtemps.

LA DUCHESSE (faussement vexée). Je vous remercie. (Changeant de ton sans transition.) Dans ma famille, il est d'usage que tout enfant naisse en même temps qu'un paon. C'est une tradition. Nous sommes nés ici, mon paon et moi, enfin, lui dans le parc et moi dans la chambre de l'aile droite. (Changeant de ton) Oui, je l'avoue, j'ai négligé mon paon pendant ma vie de femme. Et puis, presque par hasard, je suis revenue ici il y a quinze ans. J'ai vu mon paon dans un si pauvre état, grossi, boiteux, déplumé, rhumatisant, sa queue ne déployant qu'un éventail édenté, que ce jour-là, je me suis apitoyée sur nous-même. Oui, nous avions vieilli. Il était bien passé, le temps de nos splendeurs. Car je dois dire sans fausse modestie que c'était un très beau paon. De l'avis général. Alors je l'ai emmené avec moi, à Paris, où il vécut dans mon jardin. Mais cette dernière semaine fut terrible pour lui, son état s'est aggravé : il respire avec peine et trahit des signes de grave lassitude. Il ne peut plus ni bouger ni chanter.

LA RELIGIEUSE. Cel chante, un paon ?

LA DUCHESSE (joyeuse). La première fois que je me suis trouvée à l'Opéra, j'ai cru qu'il s'était caché dans la fosse.

LA RELIGIEUSE (sans rapport). La pauvre bête.

LA DUCHESSE. N'est-ce pas ?

La Duchesse a rassemblé 4 amies chez elle. Pourquoi ? Parce que son paon est en train de mourir. Et qu'il est donc grand temps de régler son compte à Don Juan. Toutes les quatre, elles ont été les victimes de Don Juan. Elles lui tendent un piège dans lequel Don Juan semble se jeter tête baissé. Mais on comprendra que Don Juan a bien changé. Que s'est-il passé ?
Une bonne pièce qui réfléchis sur la vieillesse, tout en gardant une forme d'humour agréable. Mais pas non plus extraordinaire.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Iran (Guide de voyage Lonely Planet)

Les Pintades à Téhéran, Delphine Minoui

Vous l'aurez compris, je me prépare. Si tout se passe comme prévu, à l'heure où se billet est publié, j'atterris à Téhéran !

Qu'est-ce que j'ai vu ces deux dernières semaines ?

Lourdes (Jessica Hausner, 2009)

Entre les murs (Laurent Cantet, 2008)

Un film magnifique, que je regarde bien trop tard. Le travail avec les acteurs est palpitant, je suis conquise !

La femme infidèle (Chabrol, 1969)

Mon premier Chabrol. Enfin, mon premier Chabrol conscient. Sans doute qu'en y regardant de plus près, je trouverais bien quelques films de lui que j'ai dû voir sans le savoir.
Je ne peux pas dire que j'aie complétement adopté Chabrol. Je trouve son cinéma un peu froid. La caméra peut-être trop objective ? Je ne sais pas. Mais j'ai clairement identifié une touche Chabrol : la musique, les cadrages et les mouvements de caméra géniaux. Et puis un certain type d'acteurs aussi. Dans La femme infidèle, c'était Michel Bouquet. Pas croyable comme il peut ressembler à Michel Duchaussoy à certains moment ! Et soudain, qui voilà tout jeunot dans un petit rôle ? Michel en personne. Je comprends maintenant pourquoi le titre me disait quelque chose, j'avais dû le voir passer dans sa filmographie.

Le boucher (Chabrol, 1970)

Dans Le boucher, j'ai retrouvé... du Chabrol. Même musique (presque exactement), mêmes genres d'acteurs (et la même actrice principale), mêmes géniales idées de cadrage. Et cette fois, l'acteur Chabrol, c'était Jean Yanne. L'histoire était plus forte, m'a plus touchée.

L'ivresse du pouvoir (Chabrol, 2006)

J'avais déjà vu le film. Il n'y pas même pas si longtemps. Et depuis le temps que je veux le voir, je pense que je n'ai pas dû savoir qu'il s'agissait du même...
C'était d'ailleurs agréable de le revoir. Le film est plus ou moins inspiré de l'affaire elf, ce que je n'avais pas su à la première visison (et découvert dans le making of à la deuxième).
Cette fois-ci, par contre, j'avais une petite idée de la marque "Chabrol". La musique d'une part, cette musique étrange qui passe bien chez Chabrol, et qui passerai sûrement mal partout ailleurs. Le mouvement de caméra m'a moins marqué que dans les deux films précédents. Et sinon, il y a les acteurs. J'ai adoré l'acteur de Felix. J'ai pensé : c'est vraiment un acteur typiquement "Chabrol". Et vous savez qui joue le rôle de Felix ? Thomas Chabrol.

Les invasions barbares (Denys Arcand, 2003)

Je manque de temps pour dire tout le bien que j'ai pensé de ce film, très drôle et très intelligemment composé. Pas un chef-d'oeuvre artistique, mais un film sincère, avec des personnages attachants. (Je manque de temps..)

La traversée de Paris (Claude Autant-Lara, 1956)

Un film merveilleusement bien ficelé. L'histoire est simple (en pleine Occupation, deux hommes qui transportent des malles pleines de viande destinée au marché noir), deux acteurs géniaux (Jean Gabin et Bourvil, on peut difficilement faire mieux...) et des dialogues succulent (scénario signé Marcel Aymé, c'était prévisible), une esthétique très particulière (mi-scène de théâtre, mi-kitsch). Pourquoi n'ai-je jamais vu ce film, moi qui ai été abreuvée de classiques depuis le biberon ?

La cité des enfants perdus (Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, 1995)

J'avais déjà vu ce film, il y a longtemps. Et je savais très bien qu'il était génial. Mais j'avais oublié à quel point il était génial. Jeunet est un des plus grands parmi les plus grands, indiscutable. Le DVD offrait en prime une version commentée du film par le réalisateur (j'adore) où il s'accusait de beaucoup de "fautes" dans le film. Entre autre, que certaines choses sont difficiles à comprendre. C'est ce que moi j'aime dans le film, que l'histoire soit si étrange et tarabiscotée qu'on peut regarder deux ou trois fois avant d'en saisir tous les détails. Peut-être que Jeunet a voulu mettre trop de choses dans ce film : trops d'idées, trop d'imagination, trop de personnages, trop de nouveautés techniques, trop de Jeunet. Mais bon, c'est merveilleux quand même (rien à voir avec Amélie Poulain, il faut bien le dire).

lundi, 17 février 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Tokyo Sisters. Dans l'intimité des femmes japonaises, Raphaelle Choel et Julie Rovéro-Carrez

Le Voyage d'hiver, Amélie Nothomb

Je pensais vraiment ne pas avoir lus les derniers Nothomb. Mais en fait, Le fait du princeLe voyage d'hiver et Une forme de vie, je les ai déjà lus, c'est indéniable. Je n'ai pas été mécontente de relire Le voyage d'hiver, qui est vraiment pas mal du tout. Disons qu'on y retrouve des échos de Antéchrista et de Les Catilinaires, qui comptent parmi les meilleurs qu'elle ait jamais faits. On y retrouve surtout l'obsession du froid d'Amélie Nothomb qui rend son imaginaire si... bizarre.

Le passage que je vous propose ne le montre pas bien. Mais il était tellement Antéchrista que j'en ai été ravie.

Par ailleurs, j'étais comme les autres : j'aimais les personnalités charismatiques. Quand Fred Warnus ou Steve Caravan parlaient, j'étais sous le charme. J'aurais été incapable d'expliquer leur séduction, mais je la subissais avec enthousiasme. Je savais que ce mystère me dépassait.
En Europe occidentale, nous n'avons pas vécu de guerre depuis longtemps. Les générations en temps de paix prolongée ont d'autres manières d'accuser les moissons de la Grande Faucheuse. Chaque année, on ajoute d'innombrables noms à la stèle des victimes que la médiocrité a eues. Il convient de leur laisser le bénéfice du doute : elles ne se sont pas dérobées au combat, ce ne sont pas des déserteurs, certaines même, à quinze ans, étaient des dieux vivants. Le terme ne dépasse pas ma pensée : quand un adolescent monte au front, il offre le plus éblouissant des spectacles. Warnus et Caravan crépitaient d'une sorte de feu sacré.
À dix-huit ans, Warnus a été fauché : il est entré à l'université et, du jour au lendemain, le brillant esprit a rabâché les slogans éculés de tel ou tel professeur. Caravan a tenu plus longtemps : parti à La Nouvelle-Orléans pour se former auprès des meilleurs musiciens de blues, il promettait. je l'avais entendu jouer, j'en avais eu la chair de poule. Vers l'âge de trente ans, je l'ai croisé au supermarché ; son caddy regorgeait de bières. Il m'a dit sans honte que le blues, il en avait jusque-là, et qu'il n'était pas mécontent d'avoir été "rattrapé par le principe de réalité". Je n'ai pas osé lui demander si c'était ainsi qu'il appelait les packs de bière.

Une forme de vie, Amélie Nothomb

C'était bien mieux que dans mes souvenirs. De toutes facons, je n'aime jamais tant Amélie Nothomb que quand elle parle de TAC.

- N'importe qui peut faire la grève de la faim, a répondu cette âme simple.
- Déjà, je ne pense pas que n'importe qui peut le faire. Mais surtout pas nous. Tu ne vois en nous que des hommes aux réserves énormes. La vérité, c'est que nous sommes les pires junkies de la terre. La bouffe à haute dose, c'est une drogue plus dure que l'héroine. Bâfrer, c'est le shoot assuré, on a des sensations pas croyables, des pensées indescriptibles. Une grêve de la faim équivaut pour nous à une désintoxication gravissime, comme ces camés à l'heroine qu'il faut enfermer. Nous, le cachot n'y suffirait pas. Il n'y aurait qu'un seul moyen de nous empêcher de manger : la camisole de force. Mais je ne pense pas qu'il en existe de notre taille.
- Gandhi, lui..., a commencé le cuistot.
- Arrête. Les probabilités que Bozo devienne Gandhi, tu sais combien il y en a ? Zéro. Et mes potes et moi, pareil. Exiger de nous que nous soyons des saints, c'est dégueulasse. Tu ne risques pas non plus d'en devenir un, alors pourquoi l'attendre de nous ?

Vanity Fair (La foire aux vanités), William Makepeace

Le Journal de Pavlik Dolski, Alexeï Apoukhtine

L'Enfant-étoile, Oscar Wilde

Le Portrait, Nicolas Gogol

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Bhakti - Der Wandel im Herzen ("Bhakti - Le changement à l'intérieur du coeur"), His Divine Grace A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupâda

Moby Dick, Melville

Qu'est-ce que j'ai vu ces trois dernières semaines ?

Berlinale, Berlinale...
Mon verdict personnel des trois meilleurs films (parmi ceux que j'ai vus, ca va sans dire):
- The Midnight After
- Asabâni nistam
- Na kethese ke na kitas
Et aussi une mention de super surprise pour Iranien !

The Midnight After (Fruit Chan, 2014)

La bande annonce du film (qu'on peut regarder sans problème, rien d'horrible à l'écran) qui est pas mal réussie, même si on ne devine rien de l'humour du film.


podcast

Un de mes TOP FILMS BERLINALE 2014 !

Un réalisateur à suivre absolument.

Gui Ri Zi (Shadow Days) (Zhao Dayong, 2014)
podcast

Asabâni nistam (Reza Dormishian, 2014)

220px-I%27m_Not_Angry!_film.jpg

podcast

Un de mes TOP FILMS BERLINALE 2014 !

Et une victoire personnelle en faisant la queue. Je me suis trouvée première de la queue (parce que mon film précédent se terminait au même endroit) et un couple qui parlait persan est arrivé un peu paumé. J'ai réussi à leur dire que Asabâni nistam c'était bien ici, et qu'ils devaient se mettre dans la queue par là-bas. Très très fière de moi :)
(Sauf qu'ils parlaient en fait parfaitement allemand, donc ça ne servait à rien de me casser la tête à leur parler perse, mais enfin...)

Yves Saint Laurent (Jalil Lespert,2014)


podcast
Je pense que j'ai passé mon temps à parler de choses "innovatives". On dit pas "innovatif". Mais j'avais oublié.

Der Anständige (The Decent One) (Vanessa Lapa, 2014)
podcast

Yoru no henrin (The Shape of Night) (Noboru Nakamura, 1964)
podcast

Une seule image trouvable de ce film sur internet (que fait la police ?), issue du générique :

CHRENETVGB49606.jpg

20,000 Days on Earth (Iain Forsyth et Jane Pollard, 2014)
podcast

Nick Cave and the Bad Seeds se sont donc créé dans les années 80. Super bien préparée que je suis, ça se voit, non ?

Et à la place de la bande-annonce qui est très ennuyante, à l'intention de ceux qui ne connaissent pas Nick Cave (ohhhhhhh !), la seule chanson dont vous avez peut-être pu entendre parler...

Iranien (Mehran Tamadon, 2014)
podcast

CHAPEAU AU RÉALISATEUR !

Bon, il y avait bien 4 mollâs... mais y'en a un qui parle tellement peu que je l'avais oublié (et un qui monopolise la parole aussi, celui-là je suis pas prête de l'oublier...)
Vous avez un mini-micro extrait du film ici.
Le réalisateur étant français, y'a une petite chance d'arriver à se le procurer un jour.

Is the man who is tall happy ? (Michel Gondry, 2014)
podcast

Pierrot Lunaire (Bruce LaBruce, 2014)

Bruuuuuuuuuuuce !!!!
podcast

Et petite victoire, Pierrot Lunaire a gagné le TEDDY AWARD 2014 !
(le Teddy Award étant une sorte de prix indépendant du meilleur film homosexuel-et-assimilés de la Berlinale)
Bruuuuuuuce, t'es le meilleur !

L'actrice s'appelle Susanne Sachsse.

(Je vous épargne des images du film, mais si vous voulez écouter cette musique heu... magnifique... vous pouvez ici par exemple. Et si vous voulez voir un mini-passage du spectacle sur lequel est basé le film, c'est ici, mais faites pas genre que je vous avais pas prévenus...)

Nagima (Zhanna Issabayeva, 2014)
podcast

Fucking Different XXY (Collectif, 2014)
podcast

Je peux pas vous passer d'image du film, mais à la place, une chanson de Prinzessin Hans :

Na kathese ke na kitas (Standing aside, watching) (Yorgos Servetas, 2014)


podcast
Un de mes TOP FILMS BERLINALE 2014 !

Difret (Zeresenay Berhabe Mehari, 2014)
podcast

"Abduction" est donc un enlèvement, tout simplement. (on aura au moins appris un mot anglais aujourd'hui)
Et pour la langue, il s'agit de amharique, la langue de l'Etiopie, donc. (on aura aussi appris un mot français par la même occasion)

Kuzu (Kutlug Ataman, 2014)
podcast

mercredi, 05 février 2014

Le progrès technique est un acteur extraordinaire, ne serait-ce que les économies d'énergie qui vont être un acteur extraordianire de l'environnement. [...] [Le progrès technique] est plus la solution que le problème. Nettement plus la solution que le ...

Jacques Attali :

Le progrès technique est un acteur extraordinaire, ne serait-ce que les économies d'énergie qui vont être un acteur extraordianire de l'environnement.
[...] [Le progrès technique] est plus la solution que le problème. Nettement plus la solution que le problème puisqu'il s'oriente dans la bonne direction. Mais le vrai changement, il sera dans le comportement humain. Si demain matin, de facon volontaire (parce que je crainds qu'un jour ca n'arriva de facon totalitaire) l'Humanité était toute entière végétarienne, ce qui a mon avis sera vraiment le grand changement de comportement, eh bien une grande partie des problèmes du climat serait réglée, parce qu'on consommerait infiniment moins d'eau, que les émissions de méthane par les animaux auraient disparu. Et il vaut mieux chercher la solution dans le végétarianisme qui est un mode de vie extrèmement serein, paisible et positif que par des taxes diverses qui n'ont d'impact qu'à très court terme. Donc je pense qu'il faut regarder le problème dans cette dimension-là.

Source

mardi, 28 janvier 2014

Quand vous regardez la production agricole du monde...

Hervé Le Bras :

Quand vous regardez la production agricole du monde, elle a crû en volume plus rapidement que la population depuis 50 ans. On a actuellement en part de production agricole pratiquement 40% de plus de nourriture potentielle qu'on avait il y a 50 ans.
Simplement, tout dépend du mode de consommation, de l'utilisation de la production agricole. Si vous êtes végétarien, on peut actuellement nourrir 11 milliards d'habitants avec la production agricole. Mais on n'est pas végétariens, on mange des animaux. [Et de plus en plus !] Mais maintenant, il n'y a plus de près. Tous les animaux supplémentaires qu'on élève sont nourris avec la production agricole. Et dans ce cas-là il y a une perte très importante, selon le type d'animal. Disons en moyenne : quand vous donnez 8 calories à un animal, vous n'en récupérez en nourriture que une calorie en viande ou en produits animaux. Ce qui veut dire que si on ne mangeait que de la nourriture animale, on pourrait nourrir actuellement seulement 3 milliards d'habitants. Et si on mangeait tous comme les Francais à l'échelle du monde, on nourrirait seulement 4,5 milliards d'habitants. Donc tout dépend non pas de l'importance de la population comparée à l'importance de la production agricole, mais du mode d'utilisation de cette production agricole.
J'ajoute que viennent en concurrence actuellement les biocarburants dont la part dans la production agricole croît très rapidement. Donc on entre dans une aire où la nourriture n'est plus quelque chose de spécialisé, mais un produit généraliste qui va entrer sur tous les marchés : le marché de l'énergie, le marché des matières plastiques (on pense qu'à peu près la moitié des matières plastiques seront produites à partir de riz et de produits qui résultent de l'agriculture).

Source

lundi, 27 janvier 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces deux dernières semaines ?

Japon, peuple et civilisation, sous la direction de Jean-Francois Sabouret

Une intéressante vue d'ensemble sur le Japon. La partie sur les arts est un peu restreinte et parle peu de l'influence du Japon sur l'extérieur. Une petite phrase qui évoque les manga, à peine. Ca me semble un peu peu (je veux bien que la littérature japonaise ne se limite pas au manga, mais quand même, ce n'est pas comme si c'était un épiphénomène...).

Un article très intéressant sur les Burakumin m'a permi de bien mieux comprendre l'enjeu de Kamui Den. J'avais trouvé un peu anachronique ce communisme transporté en période Edo. J'ai compris qu'en fait, la survivance du système de caste est encore très présent au Japon, et qu'il s'agissait d'un enjeu majeur des communistes dans les années 70. C'était donc anachronique en tant que reconstitution historique, mais d'actualité...

En 1871, les descendants des parias obtiennent leur liberté et sont "catégorisés" sur les registres d'état civil comme "nouveaux citoyens". Paradoxalement, la libération a un effet négatif sur leur sort : ils perdent le monopole des métiers du cuir, s'appauvrissent très rapidement, subissant de surcroît la haine des Japonais "ordinaires". Pourtant, rien ne distingue les gens issus des buraku des Japonais "ordinaires" : l'apparence physique, les noms, les moeurs, les croyances, la langue sont les mêmes. C'est pourquoi on a pu parler à leur propos de "race invisible du Japon".
[...] Dans les années 70, des annuaires (
chimei sokan) circulaient qui renseignaient les employeurs sur l'évolution de la toponymie des guettos. Officiellement, les annuaires sont interdits, mais qui peut en interdire la circulation sous le manteau, ou mieux, celle des répertoires électroniques ? Bien des carrières ont été brisées, des mariages rompus, des familles déchirées par une telle révélation. Souvent les Burakumin sont les victimes désignées de la vindicte.

Le fait du Prince, Amélie Nothomb

En fait, comme la moitié des romans d'amèlie Nothomb se passent au Japon, j'avais une chance de rester dans ma thématique. Mais en fait non. D'ailleurs, j'avais déjà lu Le fait du Prince, même si je ne m'en rappelais pas du tout. Pas son meilleurs d'ailleurs.

On a beaucoup beaucoup parlé à la sortie du livre des beuveries au champagne du livre. On aurait pu croire que le livre n'était qu'un long dialogue de deux personnes qui boivent du champagne jusqu'à en mourir. Ce n'est pas du tout le cas. Plutôt un espèce de policier sans enquête policière (Amélie Nothomb est géniale, même quand son livre est mauvais). Et une réflexion sur... le luxe... ou quelque chose dans le style

Ici, les visites au musée de Baptiste, le narrateur.

Si ma mère n'était que convulsions face à ces vieilleries, mon père, d'après moi, simulait. Il regardait ce fatras avec une politesse absente sauf quand il lisait à voix haute le commentaire muséal. J'en eus la preuve à l'âge de dix ans, comme nous parcourions une exposition d'art primitif. Dans un coin, il y avait d'ignobles bâtons incrustés de couleurs moches. Papa s'approcha de cette laideur, peut-être intrigué qu'on puisse l'exposer. Il lut tout haut l'explication : "Îles Samoa, étais sculptés. Julie, Baptiste, venez voir." Et il ajouta, sans ironie ni second degré : "Remarquables, ces étais sculptés."
Je me rappelle avoir échangé avec ma soeur un regard consterné. Il avait parlé comme le professeur Mortimer de la bande dessinée d'Edgard Pierre Jacobs quand il visite le musée du Caire. Il récitait un rôle.
En vérité, dans les musées, mon unique centre d'intérêt était le comportement de mes parents. Et leur commentaire, invariable, au retour, en voiture : "Ca fatigue, ces expositions, mais on est contents que les enfants l'aient vue. Baptiste l'a trouvée magnifique." La culture repose sur un malentendu.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Tokyo Sisters. Dans l'intimité des femmes japonaises, Raphaelle Choel et Julie Rovéro-Carrez

Pas besoin de vous préciser que je continue dans ma thématiqu Japon. Il s'agit ici si j'ai bien compris de chroniques écrites par ces deux journalistes autour de la vie au Japon (surtout à Tokyo, et surtout des femmes).

C'est fou comme le Japon a des côté extrèmements attirants et des côtés extrèmement repoussants. Je ne sais pas si il y a plus grand comme choc de cultures...

Comme je suis obnubilée par les mariages en ce moment, une description de mariage japonais (ca tombe bien, je suis déguisée en japonaise pour un mariage cet été...)

19 heures : Michiko-san arrive, vêtue d'un superbe kimono, d'une perruque à coiffe dure, le port altier et le regard franc. Dans l'assemblée, on applaudit poliment. Une douce musique d'ascenseur accompagne son entrée.
Conformément aux indications de l'invitation, la soirée est minutée. Le dîner commence à l'heure dite, les discours se font selon la règle : John, le supérieur hiérarchique de la mariée, sera le premier, avant même le père de cette dernière. S'il était besoin de rappeler qu'ici le travail passe avant la famille, c'est chose faite.
[...]19h45 pétantes, c'est l'heure du dessert et surtout le moment tant attendu de la découpe du gâteau. Une mise en scène digne d'un épisode des Feux de l'amour. Les mariés font leur entrée triomphale alors que les rideaux s'ouvrent. La musique wagnérienne bat son plein... sans couvrir pour autant les "hooooooo, haaaaaaaa" de l'assemblée.
Il est 20h15, la fin approche, soro, soro (c'est bientôt l'heure. Comprenez : il faut y aller !). Une ribambelle de petits sacs déferle alors dans la salle. Le nôtre est déposé à côté de notre chaise. À l'intérieur, douceurs et encens, mais, plus surprenant, un superbe catalogue en carton broché de 300 pages photos d'objets en tous genres : vaisselle, réveil, montres, jouets... Tout ce qui est proposé dans la brochure a une valeur identique et représente la moitié de la valeur de notre enveloppe. Il nous faudra donc choisir un cadeau qui sera livré directement par coursier. Je rétorque que, par discrétion, je juge préférable de ne rien commander. Non, surtout pas, ce serait juger que le jeune couple n'a pas les moyens et douter de sa bonne éducation. Encore un faux pas évité !

Bhakti - Der Wandel im Herzen ("Bhakti - Le changement à l'intérieur du coeur"), His Divine Grace A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupâda

Lorsque l'on aime son enfant, et que l'enfant n'est pas là, alors il suffit de voir ses chaussures pour penser à l'enfant.On se dit : "Ce sont les chaussures de mon enfant bien aimé." Il est bien entendu que l'on n'aime pas les chaussures - ce que l'on aime, c'est l'enfant - mais les chaussures éveillent des sentiments de l'amour qu'on a pour son enfant. C'est une démarche semblable qui opère lorsque nous voyons un être vivant. À partir du moment où nous voyons l'énergie de Krishna manifestée dans un être vivant, nous aimons cet être vivant, parce que nous aimons Krishna.
(ma traduction)

Vanity Fair (La foire aux vanités), William Makepeace
Comme j'avais complètement perdu le fil, j'ai repris le livre audio du début. Je comprends plein de choses qui m'avaient échappé la première fois et pour le moment je n'ai pas encore rejoins là où j'en étais. Un très très bon livre, et un anglais pas très évident (mais pas impossibe non plus).

Qu'est-ce que j'ai vu ces deux dernières semaines ?

Porco Rosso (Ghibli: Hayao Miyazaki, 1992)

En apprenant que le prochain Miyazaki allait sortir d'ici quelques jours en France, j'ai eu une terrible envie de combler quelques manques... Porco Rosso en faisait partie. Une histoire super bizarre (le fascisme italien vu par Miyazaki... ca vaut le détour), avec des personnages féminins secondaires (encore que...) très réussis, beaucoup de poésie comme toujours chez Miyazaki (ah la voie lactée !!!), certainement une grande affinitée avec Saint Exupéry.

Ce n'est pas mon Miyazaki préféré, mais encore un chef d'oeuvre du genre...

Sag' kein Wort (Pas un mot...) (Gary Fleder, 2001)

Breackfast with Tiffany (Blake Edwards, 1961)

Dans la série des manques impardonnables à combler, un charmant petit film, qui mérite certainement son status de classique. Je comprends le mythe Audrey Hepburn en la regardant. Adorable, charmante...

breakfastattiffanys2.jpg

(Je ne suis pas très sûre d'être le moins du monde d'accord avec la morale de l'histoire et la tournure des évènements, mais bon...)

Girls - season 1 (Lena Dunham, 2012)

Je n'avais entendu que du bien de cette série écrite par Lena Dunham, qui y joue également le premier rôle. Je n'ai pas été décue. En faisant référence très explicitement à Sex and the city, mais avec des jeunes vingtenaires bien moins glamour et succesfull et avec un regard un peu moins naif sur la vie... (mais toujours un peu naif - on est aux USA, faut pas exagérer).

De toutes facons, au bout de deux minutes, j'étais folle amoureuse du copain chelou de Hannah. Bref, la première saison est passée en un clin d'oeil !

La rafle (Rose Bosch, 2010)

Il paraît que c'est un des premiers films francais qui met directement l'accent sur le rôle de Vichy dans la Shoa, ou disons son zèle dans la collaboration sur la question juive.

Sans être complètement passionnée par le film, je dois donc lui accorder cette première qualité ainsi qu'un très grand effort dans la reconstitution historique (le Vélodrome est un tour de force). Les acteurs sont également vraiment vraiment tous très bons chacun dans leur rôle. Gad Elmaleh est super, Raphaelle Agogué, et évidemment Sylvie Testud (j'ai eu une crise d'angoisse au moment où le personnage de Sylvie Testud se fait "rafler", je suppose qu'elle a fait quelque chose de bien).

(J'ai "découvert" Sylvie Testud il y a relativement peu et je l'aime excessivement.)

Platoon (Oliver Stone, 1986)

Encore un gros manque à combler. Un très bon film certainement, mais après avoir vu Full Metal Jacket, comment voir un autre film sur la guerre du Vietnam ?

Ridicule (Patrice Leconte, 1996)

J'avais un bon souvenir de ce film, vu certainement il y a une bonne dizaine d'année... L'idée du film est certainement très bien trouvée, et j'aime assez Fanny Ardant (c'est un peu comme Fabrice Luccini, elle joue tout le temps seulement son propre rôle, mais j'aime bien ce rôle). Judith Godrèche m'ennuie par contre infiniment, et je n'arrive pas à avoir envie que les deux tourtereaux finissent ensemble (en plus je trouve le vieux monsieur riche qui veut l'acheter très gentil et sympathique).

Nikita (Luc Besson, 1990)

Bienvenue chez les Ch'tis (Dany Boon, 2008)

Je me suis enfin décidée à voir ce film. Ne serait-ce que pour pouvoir dire "J'étais sûre que je n'allais pas aimer. J'ai regardé quand même, et effectivement, je n'aime pas."

Le film n'a pas un grand intérêt cinématographique et les dialogues sont désespérément plats. J'ai juste beaucoup aimé les trois minutes pendant lesquelles Galbru parle (et ca m'a fait rire). MAIS il faut quand même avouer que le film est fait avec beaucoup d'amour. Franchement, Dany Boon y a mis ses tripes, ca se sent. C'est ce qui rend le film sympathique au final.

Enfin, je savais très bien à l'avance que je n'allais pas aimer. J'ai essayé quand même, hein. Mais effectivement, je n'aime pas.