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lundi, 07 juillet 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Caprice de la Reine, Jean Echenoz

Vous remarquerez que je n'ai jamais autant lu d'actualité littéraire que cette année.
Je n'ai à part ça pas grand chose à raconter sur ce recueil de nouvelles.

Concerto à la mémoire d'un ange, Eric-Emmanuel Schmitt

Si on peut ne pas croire aux saints de l'Église catholique, il faut néanmoins reconnaître que cette appellation contrôlée n'a pas été attribuée aux personnes les plus mauvaises.

Sainte Rita est le leitmotiv de ce recueil de nouvelles, quatre nouvelles qui tournent autour de la rédemption. La rédemption est-elle possible lorsque l'on est un cas désespéré ?

J'ai été vraiment prise dès la deuxième nouvelle. Eric-Emmanuel Schmitt a tendance à faire des histoires à message. Ca me gène parfois un peu, pour peu que l'alchimie ne prenne pas. Mais c'est sans doute la raison pour laquelle il préfére se tourner vers des formes relativement courtes. Il s'agit seulement d'exposer l'idée et de laisser le lecteur écrire l'autre moitié (référence à Voltaire qu'il reprend dans son journal d'écriture, ajouté à la fin du recueil). C'est sans aucun doute par grosse paresse intellectuelle que je me prends souvent à souhaiter qu'il ait écrit cette deuxième moitié à ma place...

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Die Brücke vom goldenen Horn (Le pont de la Corne d'Or), Emine Sevgi Özdamar

"Un dimanche sanglant". Lorsque dans les journaux suivirent les titres de "Un mercredi sanglant" ou "Un lundi sanglant", beaucoup d'ètudiants de gauche quittèrent le parti des travailleurs, fondèrent Dev Genç (Jeunesse Géante) et s'armèrent : "Nous n'atteindront l'indépendance de notre peuple qu'à travers le combat armé." Ils se costumèrent comme les grands combattants de ce monde : lunettes à la Trotzki, vestes Mao, vestes, Lenin, vestes Stalin, barbes à la Che Guevara, barbes à la Castro et leur langue se subdivisa en de nouvelles langues. Il y eut de nouveaux journaux de gauche, j'achetais tous ces journaux et lisais longtemps dans les toilettes pour apprendre ces nouvelles langues.

(ma traduction)

1968 est un thème toujours intéressant. Toujours et pour tous les pays. 1968 en Turquie n'y fait pas exception. Dans le court texte que j'ai traduit, on devine les prémisse des mouvements terroristes de gauche des années 70.

1968, c'est comme une adolescence de l'Histoire. On ne pourra jamais le revivre en 2014, nous sommes devenus beaucoup trop ciniques. Et puis, justement, la Bande à Baader est passé par là, plus personne ne peut croire au communisme, surtout depuis que Robert Hue n'est plus candidat aux présidentielles.

Il faudrait peut-être préciser que le pont de la Corne d'Or est le pont reliant la partie européenne et la partie asiatique de la ville d'Istanbul, où retourne vivre la narratrice dans la deuxième partie du roman, et que cette deuxième partie est magnifique. Il faudrait aussi préciser que la première partie du roman relate les années passées à Berlin par cette même narratrice, et qu'elle est magnifique aussi. À Berlin, elle apprendra par coeur les titres des journaux allemands qu'elle ne comprend pas encore. Autant dire que les journaux sont omniprésents dans son roman, la vie entière de la narratrice est parcourue de ces titres et illustrations de journaux.

Je ne sais pas si on peut parler d'écriture blanche pour qualifier l'écriture d'Emine Sevgi Özdamar, mais ça doit bien être quelque chose comme ça. C'est un style magnifique d'ailleurs, de quelqu'un qui connaît l langue dans ses moindres recoins, un style qui oscille entre une précision hyperréaliste des détails et des situations d'une absurdité telle qu'on comprend bien que Emine Sevgi Özdamar veut nous faire comprendre que tout cela, le socialisme, les révoltes étudiantes, le communisme, Brecht, Marx, n'était qu'un grand malentendu mondial.

Je recommande chaudement le livre en hiver comme en été, en espérant que la traduction disponible soit à la hauteur de la VO.

Dans ces mêmes jours arriva de Barcelone une carte postale de Jordi. Sur la carte, je voyais une jolie place pleine de cafés, de chaises et de tourterelles. Jordi me disait qu'il levait son verre à mes beaux yeux et m'envoyais ses salutations. Je regardais longtemps la carte, m'étonnais que sous le régime fasciste de Franco, il y eut en Espagne une si jolie place, qu'il y eut des chaises dans les cafés et que des tourterelles se promenâssent devant elles et que Jordi puisse lever et boire un verre à mes beaux yeux. Je m'étonnais qu'un homme de gauche comme Jordi puisse aller en toute légalité à la poste, acheter un timbre et envoyer une carte à l'étranger. Aussi, je lu la carte en secret, afin qu'en Espagne il n'eut aucun problème avec la police. Sur une carte, j'écrivis deux phrases de Lorca : "Vert comme je t'aime, vert. Le vent plus vert et les branches plus vertes." et la jetai dans la mer avec l'adresse de Jordi. La mer la lui apporterait. La carte de Jordi me rendit si heureuse que je recevai des décharges électriques chaque fois que je touchais un objet.

vendredi, 27 juin 2014

Enfin le départ de mon carnet de recherche

Je projet se traîne depuis des mois, mais enfin le premier article digne de ce nom vient de voir le jour sur le carnet de recherche. Le premier en... un an et demi de travail.
Mouais, va falloir accélérer un peu la cadence si je veux en faire vraiment quelque chose.

Pour voir ça, il faut aller ici.

dimanche, 22 juin 2014

Demain, lundi, 7h30

Panic.gif
Demain matin, à 7h30, le réveil sonnera et une nouvelle semaine de travail commencera.

Un étrange mélange d'excitation et de panique. L'excitation après ce week-end vide de me remettre en mouvement, pleine de nouvelles idées piochées ce week-end sans même le vouloir sur internet, avec (comme à peu près toutes les semaines) en tête une nouvelle réorganisation totale de mes journées qui va me permettre d'être bien plus productive, c'est sûr (ma nouvelle idée est de bloquer mes mails et toute autre activité procrastinante entre 9h et 16h... j'ai déjà des doutes avant même de commencer). La panique devant l'immensité des choses inscrites sur ma to-do-list, qui ne sont pas même un centième de ce que je devrais déjà avoir fait depuis au bas mot décembre dernier.

Je me sens complètement perdue dans mon travail, je ne sais ni où je vais ni comment je dois y aller. J'aurais envie de dire que je me sens assez mal encadrée dans ma recherche, mais j'ai bien conscience que c'est mon amour immodéré pour Konfus qui me ferait dire cela. La vérité est que je ne suis pas du tout encadrée, que je m'épuise à essayer de réinventer la poudre pour la moindre de mes tâches. Il me manque à peu près tout : la méthodologie, l'organisation, un plan.Il ne me manque pas absolument tout, j'ai pour moi la motivation, l'envie de faire ce que j'ai à faire et l'amour vraiment de ce que je fais. Et quelques compétences que je me découvre parfois au hasard d'une discussion avec des étudiants moins avancés que moi.Le colloque de doctorants, censé servir à poser ce genre de questions, est terminé. La dernière séance aurait dû avoir lieu mardi prochain, Tonio a dû annuler, et le calendrier de fin de semestre a imposé sa loi : aucune semaine de libre avant la fin du semestre. La prochaine entrevue sérieuse n'aura donc pas lieu avant octobre prochain.
Alors que faire ? Je sais bien que je vais finir ce semestre, que mes cours seront prêts, mes étudiants encadrés à peu près comme il faut. Mais en octobre, je sais d'avance que je regarderai en arrière et que je dirais "je n'ai rien fait", même en me levant tous les jours à 7h30 et en travaillant tous les jours jusqu'au soir. Cela m'épuise d'avance, à vous dire la vérité.

lundi, 16 juin 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces quatre dernières semaines ?

Zarathustra und seine Religion ("Zarathoustra et sa religion"), Michael Strausberg

parce que la religion de la perse antique (et encore pratiquée de nos jours), c'est palpitant.

La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb

Pas énormément emballée par ce roman un peu étrange, pourtant une autofiction, donc le genre dans lequel Amélie Nothomb excelle le plus à mon avis. Elle y retrace un voyage au Japon effectué pour un documentaire d'ARTE. Quelques belles scènes, mais pas un tout vraiment convainquant.
Amélie ne peut pas faire un chef d'oeuvre à chaque fois et Barbe Bleue était une merveille.

Sinouhé l'Égyptien I, Mika Waltari

Je n'ai pas d'avis sur Sinouhé l'Égyptien, dont j'ai bien envie de lire le tome II mais sans plus.

Réparer les vivants, Maylis de Kerangal

LE roman de la rentrée 2013, tellement qu'il est presque inutile de s'attarder en éloges. C'est le meilleur livre que j'ai lu depuis bien longtemps.
J'étais pourtant sceptique, les éloges que j'entendais sur ce livre allait peu dans le sens de ce que j'aime en littérature, j'ai laissé passer bien des critiques enthousiastes avant de me dire que bon, pourquoi pas, le prendre à la bibliothèque ne coûtait rien de toutes manières. J'ai aussi eu du mal à rentrer dans ce style très particulier. L'écriture de Maylis de Kerangal est très particulière et pas forcémment agréable immédiatement. J'ai hésité sur les premiers chapitres, j'avais trop entendu parler du livre pour que le suspens fasse effet, puis j'ai plongé et, au final, j'ai lu le roman d'une traite en une merveilleuse nuit de train dont je ne garderai que des bons souvenirs.
Au cours de cette nuit, j'ai souvent fermé le livre, juste pour réfléchir en écoutant le train rouler. Je regrette souvent d'être dans une trop grande boulimie quand je lis, de ne pas prendre le temps de me demander ce que je lis et ce que le livre signifie pour moi. Ce n'est même pas pour cela que je l'ai fait, mais Réparer les vivants a produit cette envie de juste arrêter de temps en temps et de réfléchir. Au livre ou à autre chose. Et puis de reprendre.
La plus grande force du livre à mon avis, c'est d'interroger un aspect de la vie humaine qui n'a jamais pu se poser autrefois, quelque chose de complétement neuf. Et de rester en même temps très humble, de philosopher sans morale. Pour moi, c'était un livre vraiment "nécessaire".

Le sumo qui ne pouvait pas grossir, Eric-Emmanuel Schmitt

Une histoire agréable de Eric-Emmanuel Schmitt, qui s'aventure du côté du Bouddhisme zen mais... mais je reste sur ma faim.
Et donc ?.. Mais encore ?.. 
Je trouve qu'il est resté très en surface, comme s'il n'avait écrit que le premier chapitre d'un bouquin qui pourrait vraiment être palpitant.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

ماهی سياه کوچولو (Le petit poisson noir), Samad Behrangi

Little Women, Alcott

Ruhm (Gloire), Daniel Kehlmann

Qu'est-ce que j'ai vu ces quatre dernières semaines ?

Rois et Reine (Arnaud Desplechin, 2004)

J'ai eu tellement de mal à me procurer "Rois et reine" que cela a interrompu ma lecture de la Philosophie du cinéma. Heureusement, j'ai pu continuer une fois le DVD acheté. Il s'agit d'ailleurs d'un très beau film, d'une structure à la Yves Ravey. On découvre l'histoire à rebours et on découvre les personnages principaux à travers ce que les autres disent d'eux plus que par leurs actes "en direct". Une écriture en dentelle pour le scénario. Un film très bien choisi pour illustrer le chapitre sur l'inconscient.

J'ai énormément aimé les acteurs (Mathieu Amalric, Magali Woch, Maurice garrel...), malheureusement pas tellement l'actrice fétiche de Desplechin, Emmanuelle Devos.

Blue Jasmine (Woody Allen, 2013)

J'aime tellement l'humour de Woody Allen ! Mais j'ai en même temps l'impression que son humour devient de plus en plus enfoui. Dans "Blue Jasmine", l'ironie de certaines situations sautait aux yeux, mais rien ne vous donnait envie de rigoler...

Cate Blanchett était absolument divine dans le rôle principal. Elle était vraiment Jasmine jusqu'au bout des ongles. Tous les acteurs d'une manière générales étaient parfaits, mais sa performance à elle creuvait l'écran. Tu m'étonnes qu'elle ait gagné un Oscar... (et un Golden Globe, etc, etc, etc)

Tout le monde sait bien que Cate Blanchett est très douée. Je compte malheureusement tout un tas de films dans lesquels elle a joué dans la liste de "mes impardonnables lacunes en cinéma". J'ai dû la voir en tout et pour tout dans "Aviator" il y a dix ans, où elle était déjà parfaite.
(Je l'ai vue aussi dans "Babel" et dans toute la trilogie du "Seigneur des Anneaux", mais ces rôles étant très mauvais, elle ne pouvait pas vraiment me convaincre.)

Moon (Jones Duncan, 2009)

Ce film est TELLEMENT EXTRAORDINAIREMENT BIEN que je ne sais quoi dire dessus. Tout tient sur un scénario de science-fiction impeccable, à la fois très simple et très complexe, sans une fausse note et auquel on adhère immédiatement.

Je ne suis pourtant pas une grande fanatique de science-fiction. Ce qui est d'ailleurs la seule raison crédible pour laquelle j'ai tant tarder à regarder ce film sur lequel tout le monde se répandait en compliments dès sa sortie.

Bref, il n'y a rien à dire sur ce film. Je n'avais pas vu un aussi bon film depuis très longtemps.

Into the wild (Sean Penn, 2007)

Je n'avais pas vraiment réussi à me fermer assez les oreilles pour ne pas du tout savoir ce qui se passait dans le film. Ce qui est fort dommage, car cela gâche une partie du plaisir.
Je pourrais sire objectivement parlant qu'il s'agit d'un très bon film. J'ai entendu une fois un artsite (ça devait être un metteur en scène de ballet ou quelque chose comme ça à qui ont demandais s'il imaginait de tourner un film un jour) qu'un film devait être "nécessaire". Into the wild était nécessaire.
Les rêves de grands espaces et de cueillette des baies sauvages dans les forêts du Canada ne font pas vraiment partie ni de mon imaginaire ni de mes fantasmes, ce qui fait que je n'ai pas réussi vraiment à entrer dans la problématique du film. Qui d'autre part était magnifique, très intelligent et posait les bonnes questions. Mais ce n'était juste pas mon film.

Ich einfach unverbesserlich 2 (Moi, moche et méchant 2) (Pierre Coffin et Chris Renaud, 2013)

Que faire quand un dessin animé a bien marché mais qu'on n'a pas d'idée pour faire une suite ? On refait le même en faisant tomber tous les persos amoureux de quelqu'un.
Quel DOMMAGE pour ce dessin animé qui était vraiment super drôle, à la base. (Mais sans pseudo Bill Gates comme méchant, c'est juste plus du tout marrant...)

Grindhouse (Quentin Tarantino et Robert Rodriguez, 2007)

Si jamais vous ne connaissez pas le principe de ce merveilleux OVNI qu'est Grindhouse, sachez qu'il s'agit d'un double-film entrecoupé de fausses bandes-annonces. L'idée étant de donner l'impression de se retrouver propulsé dans un ancien cinéma cheap de séries B, avec scénarios bidons, mauvais gôut assumé, mauvais effets spéciaux, pellicule abîmées, qui crâme pendant la projection ou dont il manque une bobine en plein milieu. Un joli petit fake, donc, et quand en plus ce sont Quentin Tarantino et Robert Rodriguez qui sont aux commandes, c'est le pied, le pied, le pied.

On commence donc avec Planete Terror (Robert Rodriguez, 2007), un film de zombie délectable, avec tous les ingrédients nécessaire : un militaire taré (Bruce Willis, dingue comme ce gars peut être bien quand il sort du mainstream), un médecin psychopathe, des filles à moitié nues (si il y a un truc où Rodriguez est fort, c'est pour choisir ses actrices), des trucs gluants, du sang, du sang gluant et une intrigue bien foireuse qui surfe bien sur l'actualité (guerre d'Irak, armes bactériologiques, tout ça). Comme avec les autres films de Rodriguez, on commence par un moment de flottement parce qu'on n'arrive pas à se mettre tout de suite dans l'état d'esprit bizarre qu'il faut pour apprécier un film de Rodriguez, puis la sauce prend et c'est juste délectable.
On pensait être ravi de sa soirée, mais attention, car on enchaîne sur Death Proof (Quentin Tarantino, 2007) et le film qui à première vue de paye pas de mine est tout simplement un des meilleurs Tarantino que j'aie jamais vus. J'avoue que j'étais un peu sur ma faim depuis Pulp Fiction et Reservoir Dog. Tarantino est passé à quelque chose de différent, et je pensais devoir me résigner à regarder en boucle John Travolta danser avec Ema Truman, mais NON : bonheur absolut, Death Proof est clairement dans la veine de Pulp Fiction, malgré un scénario dix fois plus simple et un casting sans machine de guerre. Je peux vous le dire : je suis ravie, ravie de voir que Tarantino peut faire du neuf sans que je décroche. Je suis toujours une fan de Tarantino ! Cool !

The Iron Laidy (La dame de fer) (Phyllida Lloyd, 2011)

Rien d'extraordinaire, mais j'aime bien Meryl Streep. En plus, je la comprends quand elle parle (en anglais s'entend). J'ai trouvé le film bizarrement structuré et trop court. Thatcher était à peine au pouvoir qu'elle n'y était déjà plus. Étrange.

lundi, 19 mai 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Lolita lesen in Teheran (Lire Lolita à Téhéran), Azar Nafisi

J'en ai déjà parlé longuement la dernière fois. J'ai adoré, et je le conseille vivement à toute personne intéressée par la littérature et qui ne peut pas se lasser de lire des réflexions sur des grandes œuvres de la littérature mondiale. Les amoureux de Nabokov devraient être particulièrement servis.

La rêveuse d'Ostende, Eric-Emmanuel Schmitt

Pour une fois, un recueil de nouvelles qui me plaît bien. Surtout la première nouvelle qui donne son titre au recueil et qui est une perle.

Ulysse from Bagdad, Eric-Emmanuel Schmitt

L'homme lutte contre la peur mais, contrairement à ce qu'on répète toujours, cette peur n'est pas celle de la mort, car la peur de la mort, tout le monde ne l'éprouve pas, certains n'ayant aucune imagination, d'autres se croyant immortels, d'autres encore espérant des rencontres merveilleuses après leur trépas ; la seule peur universelle, la peur unique, celle qui conduit toutes nos pensées, c'est la peur de n'être rien. Parce que chaque individu a éprouvé ceci, ne fût-ce qu'une seconde au cours d'une journée : se rendre compte que, par nature, ne lui appartient aucune des identités qui le définissent, qu'il aurait pu ne pas être doté de ce qui le caractérise, qu'il s'en est fallu d'un cheveu qu'il naissent ailleurs, apprenne une autre langue, reçoive une éducation religieuse différente, qu'on l'élève dans une autre culture, qu'on l'instruise dans une autre idéologie, avec d'autres parents, d'autres tuteurs, d'autres modèles. Vertige !

Je commence à cerner ce que j'aime chez Eric-Emmanuel Schmitt : j'aime quand il parle de Dieu et de la vie, je reste complétement hermétique quand il parle d'amour. Il faut croire qu'on ne vit pas sur la même planète.

Le démarrage a été un peu difficile. J'ai du mal à lire du Eric-Emmanuel Schmitt et à bien vouloir me laisser persuader que c'est un sans-papier irakien qui parle. Mais comme il y a quelques années quand j'ai lu son Jésus, j'ai arrêté un moment ma lecture, signé mentalement notre pacte de lecture, et j'ai pu profiter du roman. Comme trois pages plus tard, le héro discute tranquillement de ses verrues avec le fantôme de son père, on se rend compte que de toutes manières, le réalisme n'était pas le but premier de l'auteur.

Eric-Emmanuel Schmitt parle assez peu d'amour dans ce roman, du coup j'ai bien pu apprécié. Le sujet est peu ordinaire, et particulièrement intéressant à (re)lire avec 6 ans de distance. Dans ce livre publié en 2008, on retrouve Kadafi avant les printemps arabes et on assiste impuissant au naufrage d'une barque de clandestins au large de Lampedusa. On ne peut pas dire qu'Eric-Emmanuel Schmitt était mal documenté. Le tout flottant dans des références constantes à l'épopée d'Ulysse (comme c'était le cas pour la rêveuse d'Ostende).

La tectonique des sentiments, Eric-Emmanuel Schmitt

Une pièce de théâtre qui parle d'amour d'amour et d'amour.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

ماهی سياه کوچولو (Le petit poisson noir), Samad Behrangi

Little Women, Alcott

Et après ?

Je continue Eric-Emmanuel Schmitt, je termine Amélie Nothomb et je pourrai passer à Simone de Beauvoir...

vendredi, 02 mai 2014

Quoi de neuf ?

Du jour au lendemain, le printemps est arrivé. C'est indiscutable : l'air sent le printemps.

Je suis du coup à peu près deux fois plus rentable dans une journée. Je prends trois fois moins de temps à me sortir du lit, cinq fois moins à passer sous la douche, et je n'ai pas besoin de partir dès 19h me réconforter sous une couette.

Depuis le 1er Avril, j'ai changé de statut, et en même temps de bureau. Je partage maintenant le bureau 230 avec John. Tous mes collègues m'ont prévenu : le bureau 230 est invivable dès qu'il commence à faire chaud. Je leur rétorquais en général que le concept de "trop chaud" m'étais inconnu. Mais en effet, dès le premier jour de printemps, j'ai compris que j'allais devoir opter pour les débardeurs pendant les 6 prochains mois. John et Konfus Junior sont à la torture dès qu'il fait un peu chaud. Pour ma part, j'aime les débardeurs et les mini-shorts ; je pense que ces 4 années dans le bureau le plus chaud de toute la fac ne vont pas me déplaire.

Comme son nom l'indique, le bureau 230 est voisin du bureau 231, celui de Konfus. Je suis donc maintenant juste à côté de Konfus, mon "boss". Un boss assez cool, il faut bien le dire.

Konfus a eu l'idée grandiose d'organiser un colloque de doctorants. Nous sommes deux doctorants, Tonio et moi, ce qui signifie que nous avons assez intérêt à avoir quelque chose a dire à ce colloque, car on ne risque pas vraiment de passer entre les gouttes. Heureusement, nous ne nous verrons que toutes les deux semaines, mais même comme cela, je me demande bien par quel miracle je vais réussir à avoir bouclé ma présentation de tous les phénomènes d'îles existants d'ici notre prochain rendez-vous.

Dans le groupe GA (Grammaire Allemande (dont je fais partie (même si je travaille sur le français (ne cherchez pas à comprendre la logique, il n'y en a pas))), tout est sur le point de changer. John vient de commencer en effet son dernier semestre à la fac. L'hiver prochain, il s'en va en Suède. Je ne sais pas si c'est à cause de cela, à cause de la chaleur dans le bureau 230, ou parce qu'il a toujours fonctionné comme ça, mais je le vois rarement à la fac. En règle générale, je suis seule dans notre bureau (ce qui m'arrange assez). Le semestre prochain aussi, Konfus Junior part faire un semestre en tant qu'"invité" à la fac du centre. J'ai encore du mal avec les subtilités des différents postes à la fac, entre les boursiers, les aides, les assistants scientifiques, les assistants de projet, les chargés de cours, les invités, les remplaçants, les privat-docent... je me perds complètement. Toujours est-il qu'il s'en va, et sera remplacé par Tonio (ce qui me fait trépigner de joie - malgré toute la sympathie que j'ai pour Konfus Junior). D'autre part, Konfus a obtenu un financement pour un projet d'édition libre, et nous aurons donc au moins 3 nouveaux collègues. Un vient déjà de commencer : il est marié à une Française et a une fille de 5 ou 6 ans qui est sans doute la gamine blonde la plus belle que j'aie jamais vue. Le recrutement des suivants est en cours, et Vendredi s'est même présenté pour le poste (je ne sais pas quelles sont ses chances de l'avoir, mais il ça serait vraiment le pied de l'avoir comme collègue). Bref, à part mon ancienne voisine de bureau Melinda et notre secrétaire Vitalita, tout le groupe GA est en train de changer.

Tout continue donc comme avant cet inter-semestre mouvementé (entre l'Iran et la conférence à Bruxelles, je n'ai pas vraiment vu ces fausses vacances passer). J'ai repris un séminaire de 2ème année, avec des élèves différents (et en changeant complétement mon cours, idiote que je suis, au lieu de profiter du travail déjà fait pour m'épargner des préparations fastidieuses). J'ai repris les cours de perse, plus motivée que jamais (d'autant que j'ai fait un bond en avant depuis mes deux semaines à Téhéran). On a à nouveau du mal à trouver une table libre à la cantine le midi. Bref, le semestre a repris, comme d'habitude, on est débordés.

lundi, 28 avril 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces deux dernières semaines ?

Variations énigmatiques, Eric-Emmanuel Schmitt

Il me semble que c'est la dernière pièce de théâtre de Eric-Emmanuel Schmitt. Et à dire vrai, je n'ai pas été particulièrement emballée...

Un notaire peu ordinaire, Yves Ravey

Plantée dans la librairie de Bruxelles, j'avais passé en revue tous les livres qui m'intéressait. Aucun en stock. "Ah non, le bleu des abeilles, on l'a plus non plus, vous avez pas de chance !". Je cherchais dans les nouveautés une inspiration. Yves Ray vient de sortir La Fille de mon meilleur ami et ça m'a rappelé que j'avais entendu beaucoup de bien de l'avant-dernier. Alors va pour Un notaire peu ordinaire.

On ne peut en effet pas reprocher grand chose à Yves Ravey. Il a un style virtuose et très décalée. Au lieu d'imaginer une intrigue compliquée, il prend quelque chose de très simple, et le raconte de manière compliquée. Il parsème le roman de tas de petits indices, qui s'éclairent tout d'un coup par la révélation d'un fait capital qu'il énonce comme en passant. Limite si on l'aurait pas laissé passer. D'après ce que j'ai entendu sur son dernier livre, c'est d'ailleurs sa marque de fabrique. Du coup, ce nouveau roman me fait de l'oeil aussi.

Pour moi, le roman était un chouilla trop court (100 pages écrit gros, ça ne m'a même pas duré une journée). J'aime les romans à rallonge où j'ai le temps de connaître les persos comme mes meilleurs amis.

Avicenne ou La route d'Ispahan, Gilbert Sinoué

Toujours dans la librairie de Bruxelles, je cherchais. Voyons, y'avait bien ce livre, là, avec Ispahan dans le titre. Et ça se passait y'a plusieurs siècles...

Donc me voilà avec cette biographie romancée d'Avicenne, sans avoir la moindre idée de qui est ce type. Si jamais vous êtes aussi ignares que moi, sachez qu'Avicenne est à peu près aussi important pour la médecine qu'Hypocrate, mais version arabe. D'après ce que j'ai lu après, son encyclopédie des maladies (le Kanon) est encore un ouvrage de référence en fac de pharmacie. Il était aussi philosophe, musicien et ivrogne à ses heures, et de temps en temps aussi vizir.

J'ai trouvé encore plus passionnant la reconstitution historique de la Perse sous les dynasties Buyides. J'ai encore du mal avec toutes les dynasties du Moyen-Orient, mais j'essaye de m'y mettre, histoire de ne pas être aussi stupide la prochaine fois que je me trouverai dans une ruine d'un palais de Abbas le Grand...

(D'ailleurs, si vous connaissez un truc sur Cyrius le Grand (je veux dire, autre chose que la Bible) je prends !)

Un temps infini s'écoula. El-Jozjani bougea le premier.
- Je crois que c'est fini, dit-il d'une voix éteinte.
Le préposé au vestinaire déclara gravement :
- Si l'injustice n'est pas redressée, le taureau bougera à nouveau.
Le fils de Sina s'exclama :
- Qu'est-ce qu'un taureau vient faire dans un phénomène naturel ?
- Il n'y a rien de naturel dans les colères de la terre.
Ali lui lança un regard indulgent.
- Tu ignores sans doute les croyances de Raiy, expliqua le wakkad. Elles prennent leur origine dans la nuit des temps. Tu ne devrais pas en rire.
- Que dit l'histoire du taureau ? interrogea Jozjani.
- Elle dit que la terre repose sur l'une des cornes d'un immense taureau qui se tient lui-même sur un poisson, quelque part dans l'univers des Pléiades. Lorsqu'il y a trop d'injustice dans un coin du monde, le taureau se met en colère et fait basculer la terre d'une corne à l'autre. Le phénomène naturel dont parle ton ami se produit alors à l'endroit précis de la terre qui retombe sur la corne de l'animal. Voilà ce que dit la légende. Et nous savons que l'injustice règne sur notre ville.
- Que cherches-tu à insinuer ?
L'homme entrouvrit les lèvres pour répondre, mais se ravisa.

Le Bleu des Abeilles, Laura Alcoba

J'avais été touchée par le sujet du livre, par l'histoire dans l'Histoire de l'Argentine, cette petite fille qui vient vivre en France et de ce qu'elle dit de la langue française. (C'est aussi ce qui me donne envie de lire du Supervielle.) C'est très très joli.

J'ai aimé mon premier e muet comme tous ceux qui ont suivi. Mais c'est plus que ça, en vérité. Je crois que, tous autant qu'ils sont, je les admire. Parfois, il me semble même que les e muets m'émeuvent, au fond. Être à la fois indispensables et silencieuses : voilà quelque chose que les voyelles, en espagnol, ne peuvent pas faire, quelque chose qui leur échappera toujours. J'aime ces lettres muettes qui ne se laissent pas attraper par la voix, ou alors à peine. C'est un peu comme si elles ne montraient d'elles qu'une mèche de cheveux ou l'extrémité d'un orteil pour se dérober aussitôt. À peine aperçues, elles se tapissent dans l'ombre. À moins qu'elles ne se tiennent en ambuscade ? Même si je ne les entends pas, quand on m'adresse la parole, j'ai souvent l'impression de les voir. Et plus j'apprends le français, plus vite je les repère. Parfois, j'imagine que les voyelles muettes me voient aussi. De mieux en mieux, me semble-t-il, à mesure que j'avance, comme si elles avaient également appris à me connaître. Comme si, depuis leur cachette, elles avaient une attention pour moi - un regard, un geste, une manière de me rendre la pareille. J'aime nous imaginer dans cette communication silencieuse. J'en viens à me sentir en connivence avec l'orthographe française. Et j'adore ça.
Pourtant, la bibliothécaire est persuadée que ces
Fleurs bleues ne sont pas pour moi.
Surtout depuis que j'ai ouvert la bouche.
Malgré tous les efforts que je fais, malgré toutes les voyelles que j'arrive à glisser sous mon nez, et de mieux en mieux, me semble-t-il, en ce mois d'avril de l'année 1979, j'ai encore un accent. Un accent que je déteste toujours autant. Chaque fois que j'ouvre la bouche, avant même de parler, j'en ai déjà honte. Depuis que la bibliothécaire m'a entendue, sa voix est devenue mielleuse, elle s'est mise à me parler comme si j'étais soudain devenue toute petite ou comme si elle venait de découvrir que j'étais un peu idiote.
- Tu ne veux pas plutôt prendre une bande dessinée ? Un
Tintin, un Astérix ? Ou alors Le petit Nicolas, si tu tiens à lire un livre. Ça, c'est de ton âge. Tu as déjà lu Le petit Nicolas ?

Odette Toulemonde et autres histoires, Eric-Emmanuel Schmitt

Je n'ai pas été non plus paticulièrement convaincue par ces nouvelles. Sauf L'Intruse dans laquelle j'ai retrouvé beaucoup d'Oscar et la dame rose, ce mélange d'impossible et de très réel. Pour le reste, je les ai trouvées souvent tracées à trop gros traits.

Un an après son mariage qu'elle décrivit comme "le plus beau jour de sa vie", elle mit au monde un enfant qu'elle trouva laid et mou lorsqu'on le lui tendit. Antoine cependant le surnomma "Maxime" et "mon amour" ; elle s'astreignit à l'imiter ; dès lors, l'insupportable bout de chair pisseur, chieur et criard qui lui avait d'abord déchiré les entrailles devint pendant quelques années l'objet de toutes ses attentions. Une petite "Bérénice" le suivit, dont elle détesta d'emblée l'indécente touffe de cheveux, pour qui elle adopta pourtant le même comportement de mère modèle.

C'est un beau jour de pluie

Ma vie avec Mozart, Eric-Emmanuel Schmitt

Ce livre de Eric-Emmanuel Schmitt est livré avec un CD. Des extraits des opéras de Mozart, d'un concerto, etc. Le livre vous renvoie aux pistes qu'il faut au fur et à mesure. J'ai trouvé au départ que l'idée n'était pas particulièrement pratique. Je devais copier le cd sur mon mp3 avant de pouvoir le lire, trimballer tout ça avec moi... Pas très pratique, vraiment.

Puis, lorsque j'ai eu les larmes aux yeux en entendant l'air de la Comtesse, je me suis dit que finalement, c'était une bonne idée.

Son costume ne contribuait guère à la mettre à l'aise : on avait l'impression qu'en entrant elle s'était par mégarde enroulé les doubles rideaux autour d'elle, les étoffes lourdes et rèches, le tout composant un paquet qu'une ceinture terminait dans le dos en un noeud énorme, disproportionné ; moi, j'aurais pu me confectionner une barque avec ce noeud, un lit, une banquette...
Ses petites mains potelées, ses mouvements raides, son costume empesé, son fond de teint laqué, sa perruque figée aux boucles vernissées, chaque détail la transformait en une immense poupée pathétique.
- Merci, maintenant, on passe au chant, dit le metteur en scène épuisé.
La femme se mit à chanter.
Et là, subitement, tout bascula.

Soudain, la femme était devenue belle. De son étroite bouche sortait une voix claire, lumineuse qui remplissait l'immense théâtre aux fauteuils vides, montant jusqu'aux galeries obscures, planant au-dessus de nous, aérienne, portée par un souffle inépuisable.
Immobile, rayonnante, la cantatrice laissait son chant vibrer dans son corps muté sous nos yeux en instrument de chair. Ce qui donnait à son timbre cette rondeur, ce miel, c'était sa poitrine palpitante, ses épaules douces, ses joues molles, qui devait fournir des enfants aussi magnifiques que ses sons.
Le temps s'était arrêté.
En face de la femme la plus féminine qui soit, je demeurais fasciné, suspendu à son chant, me laissant envelopper par lui, rouler, retourner, emmener, caresser... Je n'étais plus que cette respiration, sa respiration, au plus près de ses lèvres, collé à ses hanches. Elle faisait de moi ce qu'elle voulait. Je consentais, heureux.

Eric-Emmanuel Schmitt met beaucoup de lui dans ce texte, c'est sans doute pour cela qu'il est si réussi. C'est tellement autobiographique que ça en est presque gênant. Il y a aussi toute sa philosophie, sur la vie, sur la littérature, et sur Mozart, ça va sans dire. Mais dans le fond, l'histoire n'est presque qu'un prétexte à écouter la musique de Mozart, qui est la vraie protagoniste de cette histoire (et non pas Mozart lui-même, bien qu'il en soit un peu question).

Moby Dick, Herman Melville

Enfin terminé !

L'avantage de ce grand classique dont on sait déjà trop avant même de le commencer, c'est que dans le fond, on ne sait pas très bien à l'avance comment ça finit. Est-ce que Moby Dick sera tué ? Ou est-ce le capitaine fou, Ahab, qui va mourir ? Ou les deux ? Je ne briserai pas le suspens.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

ماهی سياه کوچولو (Le petit poisson noir), Samad Behrangi

Ça y est ! Mon premier livre en farsi ! Je l'ai depuis longtemps mais je ne me suis réellement attelée à la tâche qu'il y a peu. Le livre est bilingue, j'ai donc la traduction en anglais pour m'aider. Et ma copine de tandem (sans qui je n'arriverais pas à grand chose). Il s'agit d'un grand classique de la littérature pour enfant, l'histoire d'un petite poisson qui part découvrir le monde. L'auteur, Samad Behrangi, a été assassiné par le régime (j'ai appris à l'occasion le verbe "assassiner" qui s'est révélé très utile dans mon séjour en Iran) pour ses écrits un peu trop pédagogiques.

Le petit poisson noir est un peu la version perse du Petit Prince.

Le petit poisson noir dit : "Arrête là, mère ! Il était mon ami !"
La mère déclara : "Je n'avais encore jamais entendu parler d'une amitié entre un poisson et un escargot."
Le petit poisson dit : "Moi non plus, je n'avais encore jamais entendu parler d'une inimitié entre poisson et escargot, vous autres vous êtes pourtant débarrassé de ce pauvre garçon."
La voisine déclara : "Ces choses dont tu parles appartiennent au passé."
Le petit poisson dit : "C'est vous-même qui avez commencé à parler de ces choses du passé."
Et sa mère déclara : "Ce n'est que justice que nous l'ayons tué ; as-tu donc oublié ce qu'il disait en tout lieu où il se trouvait ?"
Le petit poisson dit : "Alors tuez-moi aussi, car moi aussi je dis les mêmes choses."

(ma traduction)

Lolita lesen in Teheran (Lire Lolita à Téhéran), Azar Nafisi

J'ai longtemps cherché des romans sur la Perse antique et je n'en ai pas vraiment trouvé. Mais en chemin, j'ai rencontré ce bouquin qui parle du Téhéran actuel (enfin, plutôt des années 90 en fait) mais d'une manière un peu différente. Je ne sais pas bien pourquoi, mais en ce moment je n'ai pas vraiment envie de lire quelque chose sur l'Iran actuel. J'ai l'impression que la dictature ne se renouvelle pas beaucoup. Mais ce livre-là m'a donné envie.

L'auteure est une jeune professeur de littérature qui, après avoir démissionné de son université, a donné pendant deux ans des cours de littérature clandestins à sept de ses meilleures étudiantes. Dans ce roman, elle raconte cette expérience. Et c'est tout simplement magnifique. Parce que dans le fond, ça parle surtout de littérature, que Azar Nafisi a une conception très extrémiste de la littérature et qu'elle tisse des liens que les étudiantes et elle-même ont pu faire entre leur vie et ces livres qu'elles lisaient (et qu'elles lisaient au risque d'être emprisonnées, faut-il le préciser). Un tel amour de l'Art donne vraiment à réfléchir. Et nous alors ? Quand je pense que, nous autres étudiants, nous râlons quand le livre est trop cher, trop dur à commander dans la bonne édition, quand je pense que ces filles faisaient des photocopies des oeuvres interdites qu'elles devaient cacher. Et pour quoi ? Pour lire Les milles et une nuits (interdit en Iran - juste au cas où vous n'auriez pas encore bien compris que ce régime est complètement absurde), Emma Bovary ou - bien sûr - Lolita.

Azar Nafisi est une spécialiste de Nabokov (l'écrivain du totalitarisme s'il en est), et ce qu'elle décrypte dans Lolita n'est pas seulement génial, mais émouvant quand elle le relie à sa propre histoire.

Bref, je suis bluffée par ce roman, et je le recommande à n'importe quel amoureux de la littérature (qu'il s'intéresse à l'Iran ou pas).

Qu'est-ce que j'ai vu ces deux dernières semaines ?

Rien.

J'avais eu envie de profiter de mon passage sur Bruxelles pour aller un peu au ciné. Mais j'étais tellement creuvée par les conférences que j'ai préféré agoniser dans mon lit le soir après les frites.

Et après ?

J'essaye depuis des mois de me procurer le dernier Nothomb à la bibliothèque. Je vais bien finir par l'avoir. Sinon je continue dans mon intégrale Eric-Emmanuel Schmitt, et j'ai aussi Sinoué l'Egyptien sur ma table de nuit.

lundi, 14 avril 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu cette semaine ?

Le déclin de l'Empire Whiting, Richard Russo

Je ne sais absolument plus comment je suis tombée sur ce livre. Mais je suis tombée dessus, et j'en suis assez contente. Je ne suis pas sûre d'avoir envie de le relire encore une fois, mais je n'hésiterais pas si il y avait une suite.
Je vais donc commencer par le défaut du livre : c'est un livre américain, et sincèrement, tous les auteurs américains écrivent de la même façon. Ou alors c'est juste un problème de traduction, je ne sais pas. Mais ça sent gravement le roman américain.
Cela mis à part, le roman est bien mené. L'auteur prend le temps de planter les personnages (plus de 500 pages, ça donne le temps de mettre en place une histoire convainquante), d'installer l'ambiance. L'histoire se situe dans une ancienne ville industrielle, de plus en plus désaffectée. Le squelette de l'histoire repose sur un va-et-vient entre les générations, entre les souvenirs de la générations des parents et le quotidien de leurs enfants, l'insupportable monde du collége/lycée, l'enfermement dans un microcosme très restreint dans lequel les liens de domination et de pouvoir sont le principal moteur des actions.
Il y a des romans qui agacent parce que ce qu'ils racontent est complètement improbable. Dans le déclin de l'Empire Whiting, on sent dès le début qu'on ne prend aucun risque, puisque dans le fond, on comprend qu'il ne va jamais rien se passer. Tout reste figé dans un engourdissement de décrépitude, malgré le positivisme ambiant. (En fait, à la fin, il se passe tout de même quelque chose. En y arrivant, on se rend compte que les 500 pages précédentes n'ont servi qu'à préparer le terrain pour cet évènement. Et ça marche super bien.)

Miles s'autorisa un demi-sourire en entendant la porte des toilettes se rouvrir dans son dos. En général rien ne s'arrangeait en présence de Max Roby, mais une exception était envisageable.
"J'arrête pas de lui répéter que, s'il fait pas un peu plus attention à ses notes, aucune fac ne voudra de lui, mais non, il croit avoir tout compris, comme le reste de la bande. Bon, c'est pas que je lui jette la pierre, vraiment. Il voit bien que son père s'en est sorti sans aller en fac - et mieux qu'un peu, d'ailleurs - , alors il se dit à quoi bon."
Jimmy s'interrompit de nouveau. "Ce qu'ils veulent pas comprendre, nos gosses, c'est qu'on veut qu'ils fassent
mieux que nous, plutôt qu'aussi bien. Je me trompe ?"
Le retour de Max évita à Miles l'obligation de partager cet avis.
"Jimmy Minty", dit Max qui, s'asseyant sur le même banc que le policier, força celui-ci à se décaler vers la fenêtre. Max le considérait d'un oeil, semblait-il, totalement ébahi. "Nom de
Dieu, mais ce que tu étais con, quand tu étais gosse.
- Vas-y mollo, papa, dit Miles. Il a un pistolet sur lui, aujourd'hui.
- J'espère au moins qu'il est moins crétin qu'à l'époque", répondit Max, qui offrit sa pogne à l'agent. "Alors, qu'est-ce que tu fous maintenant, Jimmy ?"
Minty regarda la main tendue en se demandant si son propriétaire l'avait lavée avant de quitter les toilettes, mais il accepta de la serrer. "Comment allez-vous, Mr. Roby ?"

En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis

Je sais pas si vous aviez remarqué mais mon blog est au top de l'actualité littéraire. Du moins aujourd'hui exceptionellement. Enfin, pour ce roman-là seulement. Et à condition d'avoir une définition assez large du terme "actualité". Mais c'est déjà ça, n'est-ce pas ?

LE roman de la rentrée littéraire, donc : En finir avec Eddy Bellegueule. Vous en aviez pas entendu parler ? Pfff, vous êtes trop pas au courant de l'actualité littéraire, je vais vous dire. Alors que moi, oui. Moi je suis super méga au courant de l'actualité. Et donc, pour résumer, En finir avec Eddy Bellegueule est LE roman qu'il faut avoir lu.

Qu'est-ce que moi j'en ai pensé ? Mouais. (une critique littéraire de génie se cache en moi)
Nan, sincèrement, c'est pas mal. (de mieux en mieux)
Disons que ouais, j'ai passé un bon moment à le lire, c'était très sincère, il y avait un aller-retour bien fichu entre un récit chronologique et des... heu... flash-forward. De sorte qu'on avait beau savoir ce qui allait se passer, on attendait quand même avec impatience la suite pour avoir plus de détails. Le style était un espèce de language oral très écrit, là encore bien réussi. Donc, oui, c'était très chouette. Je ne suis pas sûre pour autant d'avoir envie de relire un jour le livre, mais c'était plutôt bien que pas bien.
Une grosse critique qui a été faite au livre est qu'il afficherait un mépris pour le milieu d'origine du narrateur (un village très pauvre du Nord de la France) avec la suffisance d'un jeune qui, lui, vaut mieux que tout le monde parce qu'il est entré en classe prépa... Donc mon avis là-dessus ? Et bien je me demande bien où les gens ont pu voir du mépris ou de la suffisance où que ce soit dans le livre. Je trouve qu'au contraire le livre déborde d'amour, et surtout d'un amour extraordinaire pour les personnages du père et de la mère. Il ne me semble pas qu'à aucun moment le narrateur n'affiche de mépris envers les gens du village. Au contraire il essaye désespérémment - et en pure perte - d'y trouver sa place. Et au final il montre assez bien que le monde "de la prépa" (qui est à peine évoqué) obéit clairement à des règles elles aussi arbitraires. Qui conviennent mieux à sa nature à lui, mais dans lesquelles quelqu'un d'autre aurait tout autant de mal à trouver sa place. De ce fait, on peut lui reprocher d'être fataliste, ou pessimiste, peut-être.

Ma soeur avait d'abord voulu s'orienter, quand elle était au collège, vers une carrière de sage-femme avant de nous faire savoir qu'elle serait finalement professeure d'espagnol pour gagner beaucoup d'argent. Nous percevions les enseignants comme des petits-bourgeois et mon père s'agaçait lors des grèves dans l'Éducation nationale Avec tout le fric qu'y se mettent dans les poches ils se plaignent encore.
Elle avait été convoquée aux habituels rendez-vous avec le conseiller d'orientation et lui avait exposé son souhait de devenir professeure d'espagnol dans un collège 
Mais vous savez mademoiselle maintenant l'éducation c'est bouché, tout le monde veut devenir prof alors il y a de moins en moins de places, et les gouvernements donnent de moins en moins d'argent pour ça, l'éducation. Vous devriez faire quelque chose de plus sûr, de moins risqué, comme la vente, et en plus, je regarde vos résultats, pas très bons il faut bien le dire, à peine la moyenne c'est juste pour faire un baccalauréat.
Elle était rentrée irritée un soir, après un de ces rendez-vous, dépitée par les tentatives du conseiller d'orientation pour modifier ses projets Je vois pas pourquoi qu'il me pète les couilles l'autre, je veux faire prof d'espagnol. Mon père Tu dois pas te laisser donner des leçons par un nègre (le conseiller d'orientation était martiniquais).

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Moby Dick, Herman Melville

Ce roman devrait s'appeler "Encyclopédie de tout et n'importe quoi sur les baleines".

Reference was made to the historical story of Jonah and the whale in the preceding chapter. Now some Nantucketers rather distrust this historical story of Jonah and the whale.
[...]
[Sag-Harbor] had still another reason for his want of faith. It was this, if I remember right: Jonah was swallowed by the whale in the Mediterranean Sea, and after three days he was vomited up somewhere within three days' journey of Nineveh, a city on the Tigris, very much more than three days' journey across from the nearest point of the Mediterranean coast. How is that?
But was there no other way for the whale to land the prophet within that short distance of Nineveh? Yes. He might have carried him round by the way of the Cape of Good Hope. But not to speak of the passage through the whole length of the Mediterranean, and another passage up the Persian Gulf and Red Sea, such a supposition would involve the complete circumnavigation of all Africa in three days, not to speak of the Tigris waters, near the site of Nineveh, being too shallow for any whale to swim in. Besides, this idea of Jonah's weathering the Cape of Good Hope at so early a day would wrest the honour of the discovery of that great headland from Bartholomew Diaz, its reputed discoverer, and so make modern history a liar.
But all these foolish arguments of old Sag-Harbor only evinced his foolish pride of reason — a thing still more reprehensible in him, seeing that he had but little learning except what he had picked up from the sun and the sea. I say it only shows his foolish, impious pride, and abominable, devilish rebellion against the reverend clergy.

lundi, 24 mars 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Bhakti - Der Wandel im Herzen ("Bhakti - Le changement à l'intérieur du coeur"), His Divine Grace A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupâda

En fait, je ne suis pas arrivée au bout, mais quand sa Divine Grace Machin a commencé à m'expliquer que les êtres humains vivaient autrefois mille ans et que notre temps est dépravé et que c'est pour cela qu'on ne vit plus que cent ans, je me suis dit qu'il était peut-être temps d'en finir. Y'avait des choses bien, mais c'était assez répétitif.

Iran (Guide de voyage Lonely Planet)

Là encore, je ne l'ai pas vraiment lu en entier, puisque je n'ai lu que les villes qui m'intéressaient (Téhéran et Ispahan) en plus des informations générales.

Les Pintades à Téhéran, Delphine Minoui

Celui-là par contre, je l'ai dévoré. Les iraniennes s'amusaient bien en regardant les images. "Ha ha, regarde, les filles avec leur scotch sur le nez ! Comme c'est drôle !"

NB sur les "scotch" sur le nez : les iranieennes (et les iraniens) sont obsédés par deux choses, à savoir leurs sourcils et leur nez. Le nombre de gens que l'on croise dans la rue affublés d'un scotch sur le nez, marque du passage récent sur le billard, est impressionnant. Et les chirurgiens du nez iraniens sont très réputés, paraît-il...

Un petit détour par le GRand Bazar, dans le Sud populaire, permet de vite remettre les pendules à l'heure.Dans ses galeries sous arcade, on y croise des Iraniennes drapées de noir [c'est à dire en tchador], le cabas rempli de légumes sous un bras et de l'autre main libre en train de tâter, tels des melons frais, des soutiens-gorge roses en nylon disposés sur l'étal d'un vendeur de sous-vêtements bon marché. Tout comme la papeterie, les orfèvres et les tapis, la lingerie dispose d'une section à part. Le visage à moitié caché par son voile sombre, Hamideh vient de plonger la tête la première dans un bac rempli de lambada [strings]. Cette femme au foyer, mère de trois enfants et originaire d'un milieu religieux et ouvrier, est en pleine mission d'exploration.
Tout à coup, la voilà qui se redresse, triomphante, brandissant sa fructueuse découverte : un string rose pétant à froufrous ! Avec, en prime, un message imprimé sur le devant : "sens Interdit !" Le tout pour l'équivalent de 5 euros. Hamideh laisse exploser sa joie. "Mon mari va dorer !" lâche-t-elle, sous le regard sévère de l'ayatollah Khamenei dont le portrait est placardé sur le mur au-dessus du bac à porte-jarretelles (le guide suprême de la République islamique a droit à son effigie dans tous les magasins iraniens, et les boutiques de dessous frivoles ne dérogent pas à la règle).
Ces petits objets de libertinage, qui rappellent les gadgets racoleurs de Pigalle, sont-ils donc licites en République islamique ? "je porte un tchador pour me protéger du regard des hommes dans l'espace public. Mais le soir, je me maquille, je mets des bijoux et je sors mes plus beaux sous-vêtements pour mon mari. En tant que bonne musulmane, c'est mon devoir d'être sensuelle pour mon époux" commente sans tabou Hamideh. [...] Sous le voile, la coquetterie - autorisée et encouragée par la nomenklatura religieuse - n'a pas de limites. Quitte à frôler la vulgarité.

Le déclin de l'Empire Whithing, Richard Russo

Pour passer deux semaines de vacances sans me charger de 50 livres, j'ai pris le plus gros des romans de ma PAL. Finalement, je ne l'aurai lu que dans l'avion aller. Trop occupée à Téhéran et trop épuisée dans l'avion retour. Je pense qu'il me fera mes deux semaines à Bruxelles !

Quatre-vingt-treize, Victor Hugo

Commencé dans l'avion-retour. Il y a ce style Victor Hugo, ces dialogues trop parfaits, ces scènes trop bien arrangées pour qu'on y croie une seconde. Romantisme, romantisme, romantisme... Mais cela dit, un texte sur la Terreur, c'est rare et nécessaire. Victor Hugo, sans cacher une certaine préférence pour les Bleus (les républicains), dépeint les Blancs (les Royalistes) avec autant de bienveillance. On s'attache aux personnages, ces personnages qui s'affrontent. On s'attache aux deux ennemis, en sachant bien que l'un des deux va perdre. Je pense que c'était l'idée centrale du livre, une manière comme une autre de montrer d'absurdité de la guerre civile, une guerre fratricide au propre et au figuré.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Moby Dick, Herman Melville

J'ai continué sur ma lancée des livres anglais lus en VO. "Moby Dick" est le deuxième livre que je découvre directement en VO. Comme pour "Vanity Fair", la lecture est difficile. Il me faut me raccrocher au texte écrit pour être sûre de comprendre certains passages. Mais contrairemnt au précédent, je ne trouve pas le livre aussi passionnant.
J'ai même beaucoup de mal à m'intéresser à ces personnages et à ces disgressions sans fin sur tout et n'importe quoi. Un chapitre entier pour décrire les différents type de baleine - c'est un peu trop pour moi.

Qu'est-ce que j'ai vu ces trois dernières semaines ?

J'ai vu un film en Iran, dont je ne connais pas le titre mais qui est visiblement assez connu, et qui heureusement pour moi avait des sous-titres en anglais. C'était un film "officiel", l'histoire d'une fille impie qui porte beaucoup de maquillage et dit des choses méchantes sur Dieu. En voulant échapper à la police, elle se réfugie par hasard chez un molla très pieux qui l'accueille. Elle essaye désespéremment de le prendre en défaut, mais lorsque son frère est gravement blessé et que les prières du molla le sauvent, elle finit par retourner à Dieu. Elle s'habille en blanc et ne porte plus de maquillage (parait-il).

Ca n'était pas extraordinairement bien joué, et les ficelles de l'histoire était assz grossières, mais ca n'était au final pas mal du tout. Au final, ce que le molla disait de Dieu était vraiment beau, c'était au moins une partie du film qui avait l'air sincère...

lundi, 03 mars 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces deux dernières semaines ?

Tuer le père, Amélie Nothomb

Je fais court : pas le meilleur Amélie Nothomb...

L'éternel mari, Dostoievski

Barbe bleue, Amélie Nothomb

Enfin un TRÈS TRÈS BON Amélie Nothomb ! Je suis ravie !
Barbe bleue est une sorte d'achèvement de plein de choses nées dans les autres derniers romans. Il y a notamment beaucoup d'échos du Fait du prince. L'imaginaire d'Amélie Nothomb se transforme : c'est toujours le froid, toujours le sucré, et le trop-plein s'installe de plus en plus. Très très aboutit, et un sujet parfait (parce que Barbe Bleue, c'est quand même un des meilleurs contes qui existe au monde), même s'il est transparent (ce qui est peut-être même un avantage).

- N'exagérons rien. J'apprécie votre gâteau, voilá tout. Voulez-vous sécher vos larmes, je vous prie.
- Non. J'aime pleurer devant une belle jeune femme à qui j'offre de la volupté.
- Vous êtes insortable.
- Vous voyez, j'ai raison de ne pas sortir.
Elle rit.
- Quand je pense à toutes ces femmes qui rêvent de vous rencontrer ! Si elles savaient que vous sanglotez à la moindre occasion et qu'il n'y a pas de champagne chez vous !
- Je corrigerai ce dernier point. Vous m'avez converti. D'où vous vient cette habitude ?
- Cette habitude ? Vous plaisantez. Je n'ai pas bu beaucoup de champagne dans ma vie, mais dès la première fois, j'ai su qu'il n'y avait rien de meilleur. Comment avez-vous évité de vous en apercevoir, vous ?
- J'imagine que le champagne m'a été gâché par les mondanités. Je n'y avais plus touché depuis vingt ans.

Le Visiteur, Eric-Emmanuel Schmitt

Pour moi un chef d'oeuvre absolu de Eric-Emmanuel Schmitt. Nous sommes à Vienne, juste après l'Anschluss, et Freud, grâce à ses appuis aux Etats-Unis, est en train de se préparer à fuir. Un Inconnu rentre dans son bureau, et petit à petit, il s'avère que ce serait... peut-être... Dieu. Ou juste un fou.
En tous cas, le dialogue va partir très loin : le sens de la vie, l'incompatibilité de Dieu et de la haine (incarnée par le nazisme), la crise de la foi (individuelle et historique) auquel contribue la psychanalyse...

FREUD (véhément). Allez ! Intervenez ! Arrêtez ce cauchemar, vite !

L'INCONNU. Je ne peux pas. Je ne peux plus !
L'Inconnu se dégage, rassemble ses forces pour aller fermer la fenêtre. Au moins, le bruit des bottes a disparu... Il s'appuie contre la vitre, épuisé.

FREUD. Tu es tout-puissant !

L'INCONNU. Faux. Le moment où j'ai fait les hommes libres, j'ai perdu la toute-puissance et l'omniscience. J'aurais pu tout contrôler et tout connaître d'avance si j'avais simplement construit des automates.

FREUD. Alors pourquoi l'avoir fait, ce monde ?

L'INCONNU. Pour la raison qui fait faire toutes les bêtises, pour la raison qui fait tout faire, sans quoi rien ne serait... par amour.

La nuit de Valognes, Eric-Emmanuel Schmitt

MADEMOISELLE DE LA TRINGLE (voulant comprendre). Votre paon est en train de mourir ?

LA DUCHESSE. Voilà.

MADAME CASSIN. Vous y étiez très attachée ?

LA DUCHESSE. Nous nous connaissons depuis l'enfance.

LA RELIGIEUSE (naivement). Je ne savais pas que les paons vivaient aussi longtemps.

LA DUCHESSE (faussement vexée). Je vous remercie. (Changeant de ton sans transition.) Dans ma famille, il est d'usage que tout enfant naisse en même temps qu'un paon. C'est une tradition. Nous sommes nés ici, mon paon et moi, enfin, lui dans le parc et moi dans la chambre de l'aile droite. (Changeant de ton) Oui, je l'avoue, j'ai négligé mon paon pendant ma vie de femme. Et puis, presque par hasard, je suis revenue ici il y a quinze ans. J'ai vu mon paon dans un si pauvre état, grossi, boiteux, déplumé, rhumatisant, sa queue ne déployant qu'un éventail édenté, que ce jour-là, je me suis apitoyée sur nous-même. Oui, nous avions vieilli. Il était bien passé, le temps de nos splendeurs. Car je dois dire sans fausse modestie que c'était un très beau paon. De l'avis général. Alors je l'ai emmené avec moi, à Paris, où il vécut dans mon jardin. Mais cette dernière semaine fut terrible pour lui, son état s'est aggravé : il respire avec peine et trahit des signes de grave lassitude. Il ne peut plus ni bouger ni chanter.

LA RELIGIEUSE. Cel chante, un paon ?

LA DUCHESSE (joyeuse). La première fois que je me suis trouvée à l'Opéra, j'ai cru qu'il s'était caché dans la fosse.

LA RELIGIEUSE (sans rapport). La pauvre bête.

LA DUCHESSE. N'est-ce pas ?

La Duchesse a rassemblé 4 amies chez elle. Pourquoi ? Parce que son paon est en train de mourir. Et qu'il est donc grand temps de régler son compte à Don Juan. Toutes les quatre, elles ont été les victimes de Don Juan. Elles lui tendent un piège dans lequel Don Juan semble se jeter tête baissé. Mais on comprendra que Don Juan a bien changé. Que s'est-il passé ?
Une bonne pièce qui réfléchis sur la vieillesse, tout en gardant une forme d'humour agréable. Mais pas non plus extraordinaire.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Iran (Guide de voyage Lonely Planet)

Les Pintades à Téhéran, Delphine Minoui

Vous l'aurez compris, je me prépare. Si tout se passe comme prévu, à l'heure où se billet est publié, j'atterris à Téhéran !

Qu'est-ce que j'ai vu ces deux dernières semaines ?

Lourdes (Jessica Hausner, 2009)

Entre les murs (Laurent Cantet, 2008)

Un film magnifique, que je regarde bien trop tard. Le travail avec les acteurs est palpitant, je suis conquise !

La femme infidèle (Chabrol, 1969)

Mon premier Chabrol. Enfin, mon premier Chabrol conscient. Sans doute qu'en y regardant de plus près, je trouverais bien quelques films de lui que j'ai dû voir sans le savoir.
Je ne peux pas dire que j'aie complétement adopté Chabrol. Je trouve son cinéma un peu froid. La caméra peut-être trop objective ? Je ne sais pas. Mais j'ai clairement identifié une touche Chabrol : la musique, les cadrages et les mouvements de caméra géniaux. Et puis un certain type d'acteurs aussi. Dans La femme infidèle, c'était Michel Bouquet. Pas croyable comme il peut ressembler à Michel Duchaussoy à certains moment ! Et soudain, qui voilà tout jeunot dans un petit rôle ? Michel en personne. Je comprends maintenant pourquoi le titre me disait quelque chose, j'avais dû le voir passer dans sa filmographie.

Le boucher (Chabrol, 1970)

Dans Le boucher, j'ai retrouvé... du Chabrol. Même musique (presque exactement), mêmes genres d'acteurs (et la même actrice principale), mêmes géniales idées de cadrage. Et cette fois, l'acteur Chabrol, c'était Jean Yanne. L'histoire était plus forte, m'a plus touchée.

L'ivresse du pouvoir (Chabrol, 2006)

J'avais déjà vu le film. Il n'y pas même pas si longtemps. Et depuis le temps que je veux le voir, je pense que je n'ai pas dû savoir qu'il s'agissait du même...
C'était d'ailleurs agréable de le revoir. Le film est plus ou moins inspiré de l'affaire elf, ce que je n'avais pas su à la première visison (et découvert dans le making of à la deuxième).
Cette fois-ci, par contre, j'avais une petite idée de la marque "Chabrol". La musique d'une part, cette musique étrange qui passe bien chez Chabrol, et qui passerai sûrement mal partout ailleurs. Le mouvement de caméra m'a moins marqué que dans les deux films précédents. Et sinon, il y a les acteurs. J'ai adoré l'acteur de Felix. J'ai pensé : c'est vraiment un acteur typiquement "Chabrol". Et vous savez qui joue le rôle de Felix ? Thomas Chabrol.

Les invasions barbares (Denys Arcand, 2003)

Je manque de temps pour dire tout le bien que j'ai pensé de ce film, très drôle et très intelligemment composé. Pas un chef-d'oeuvre artistique, mais un film sincère, avec des personnages attachants. (Je manque de temps..)

La traversée de Paris (Claude Autant-Lara, 1956)

Un film merveilleusement bien ficelé. L'histoire est simple (en pleine Occupation, deux hommes qui transportent des malles pleines de viande destinée au marché noir), deux acteurs géniaux (Jean Gabin et Bourvil, on peut difficilement faire mieux...) et des dialogues succulent (scénario signé Marcel Aymé, c'était prévisible), une esthétique très particulière (mi-scène de théâtre, mi-kitsch). Pourquoi n'ai-je jamais vu ce film, moi qui ai été abreuvée de classiques depuis le biberon ?

La cité des enfants perdus (Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, 1995)

J'avais déjà vu ce film, il y a longtemps. Et je savais très bien qu'il était génial. Mais j'avais oublié à quel point il était génial. Jeunet est un des plus grands parmi les plus grands, indiscutable. Le DVD offrait en prime une version commentée du film par le réalisateur (j'adore) où il s'accusait de beaucoup de "fautes" dans le film. Entre autre, que certaines choses sont difficiles à comprendre. C'est ce que moi j'aime dans le film, que l'histoire soit si étrange et tarabiscotée qu'on peut regarder deux ou trois fois avant d'en saisir tous les détails. Peut-être que Jeunet a voulu mettre trop de choses dans ce film : trops d'idées, trop d'imagination, trop de personnages, trop de nouveautés techniques, trop de Jeunet. Mais bon, c'est merveilleux quand même (rien à voir avec Amélie Poulain, il faut bien le dire).