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samedi, 31 janvier 2015

Des nouvelles

Enfin un nouveau post vidéo... toujours sans vidéo.


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lundi, 19 janvier 2015

C'est lundi

Douze semaines... Douze semaines sans donner signe de vie, et forcément, la liste des lectures est devenue longue entre temps. Accrochez-vous, on est partis.

Qu'est-ce que j'ai lu ces 12 dernières semaines ?

Peter Pan, James Matthew Barrie
Et bien non... je n'avais jamais lu Peter Pan. Par conséquent, à part la version Disney, je ne savais pas exactement de quoi il en retournait vraiment dans ce personnage qui m'a toujours mise mal à l'aise. Et je ne savais pas pourquoi j'étais mal à l'aise.
J'ai écouté le conte de Jame Matthew Barrie en VO, et tout au long, le sentiment de malaise que je ressens face au personnage ne s'est pas dissipé. J'ai beaucoup apprécié la lecture, là n'est pas la question. Je n'éprouve juste aucune sympathie pour le personnage, il me met mal à l'aise.
J'ai cru avoir identifié dans les premiers chapitres une raison à cela, lorsque l'on commence à découvrir le Neverland et ses habitants. Pour moi, tout le Neverland évoque la mort, et tous ces enfants "disparus" me donnent l'impression d'enfants morts et atterris dans ces espèces de limbes dans lesquels ils oublient d'ailleurs excessivement rapidement les personnes du monde réel.
J'ignore si je projette des choses dans ce conte, qui j'en suis sûre a dû être psychanalysé déjà sous toutes les coutures (mais je ne me suis jamais renseignée sur la question). Mais en tout cas, je ne m'étonne absolument pas que le conte ait pu donner lieu à cette fameuse BD aux visuels très noirs, qu'il faudra aussi que je lise à l'occasion.

De la mode,
Théophile Gautier

Dracula,
Bram Stoker
Dracula était encore un livre écouté en anglais, après un énorme échec il y a quelques années à dépasser la deuxième page du livre. Je n'y comprenais rien (à cause de l'anglais, hein).
Je pense que ma lecture a été un peu gâchée d'abord par mon amour absolu pour le film de Murnau. Tout le début de l'histoire ne m'a pas vraiment emballée, je trouvais que l'auteur n'arrivait pas à exploiter à fond la description du château de Dracula. C'est dès que l'histoire du livre commence à différer fortement du synopsis de Nosferatu que j'ai enfin vraiment été plongée dans l'histoire jusqu'aux sourcils. L'histoire prend beaucoup de temps à s'installer et nous donne l'occasion par là de faire pleinement connaissance avec les personnages. En tant que lecteur, on entre en parfaite empathie avec tous les personnages (et même un peu avec Dracula - la fin est de ce point de vue très réussie) et le suspens reste haletant jusqu'à la fin.

La Guerre du feu,
Rosny aîné
La Première Émotion, Octave
Mirbeau
L'Octogénaire, Octave Mirbeau

Charlotte,
David Foenkinos
Qui a eu tellement de prix cette année et qui a est tellement... plat.
Ca se lit, hein, mais c'est pas palpitant.

Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi, Mathias Malzieu

J'avais déjà lu ce roman et j'avais oublié à quel point il était beau. L'histoire commence alors que la mère de Mathias Malzieu vient de mourir et est un entremélage d'autobiographie, de poésie et d'un récit fantastique qui met en scène une espèce de géant en bois raccommodeur d'âmes. On a envie en lisant ce petit bijou d'apprendre par cœur à peu près toutes les phrases, parce qu'elles sonnent tellement juste.

Pas pleurer, Lydie Salvayre

J'ai trouvé l'histoire du livre, qui joue sur l
'ambiguïté des personnages, bien menée. Elle va quelque part, c'est clair et simple, sans être simpliste. Certaines choses dans le rythme m'ont laissée un peu perplexe, mais c'était une sympathique expérience de lecture.

La huitième couleur, Terry Pratchett
Le huitième sortilège
, Terry Pratchett
La huitième femme
, Terry Pratchett
Pour les vacances de Noel, j'avais pour objectif d'au moins commencer la pharaonique saga du Disque-Monde, plus pour pouvoir dire "bon ca y est, je sais ce que c'est" que pour autre chose. Ni les références culturelles, ni l'esthétique de ce genre de roman n'est vraiment ma tasse de thé. Je m'ennuie quand je lis Tolkien, je ne joue pas aux jeux de rôle, je ne fantasme pas sur les dragons.
Par conséquent, il est évident que je ne suis pas le public cible de la saga, d'autant que je ne saisis sans doute pas la moitié des allusions. Et par conséquent, il n'est pas très étonnant que j'aie apprécié sans plus les premiers tomes de la saga.
Le registre WTF est sans doute encore le meilleur angle d'approche du fantastique pour une lectrice aussi peu impliquée dans le genre que moi, et du coup, les histoires passent très bien. J'aurais certainement eu beaucoup plus de mal avec une écriture qui prend au sérieux ce qu'elle raconte.

Das Wochenende (Le Week-end), Bernhard Schlink
Je pense avoir été claire et si je ne l'ai pas été, je me répète : BERNHARD SCHLINK EST UN GÉNIE. Voilà, c'est dit.
Das Wochenende est un roman assez court qui relate un week-end passé entre anciens camarades d'université, un groupe d'anciens amis qui ont vécu leur jeunesse dans les années 70 et avaient des sympathies RAF (la bande à Baader). L'un d'eux, Jörg, vient de passer 20 années en prison pour ses activités terroristes, et c'est à sa sortie de prison que sa sœur décide de rassembler les anciens amis.
Les bases sont ainsi posées pour un huis-clos étouffant, dans lequel Bernhard Schlink instaure une réflexion sur l'héritage dans la société allemande de cet épisode bien précis de son Histoire. Lesquels ont trahi ? Ceux qui sont passés aux armes pour lutter contre le capitalisme, quitte à tuer ? Ceux qui font mine de ne pas se souvenir avoir brandi des banderoles aux messages agressifs dans les démonstrations ? Ceux qui veulent aider Jörg à se ranger ?
J'adore tout ce que fait Bernhard Schlink d'une manière générale et son obsession à rechercher le passé dans le présent. Pour une fois, l'Histoire est moins intriquée, seule la dérive terroriste marxiste est abordée, sans doute un des épisodes de l'Histoire les plus oubliées dans l'Allemagne actuelle. Bernhard Schlink m'aide à en déceler les cicatrices bien visibles dans la mentalité allemande et c'est un pur plaisir.

Mortimer
, Terry Pratchett
J'attendais un peu plus que ca de Mortimer, étant donné que, comme à peu près TOUT LE MONDE, Mort est mon personnage préféré dans la saga pour le moment (mon deuxième nom est Originalité) et qu'en plus le bouquin m'avait été loué comme étant un des meilleurs de Terry Pratchett.

L'homme qui savait la langue des serpents,
Andrus Kivirähk
Je remercie beaucoup Winnie pour ce cadeau de Noel, que je me suis hâtée de lire (à cet endroit, une pensée attendrie pour tous les formidables livres qui prennent la poussière sur une étagère de ma chambre s'impose - un jour, je vous sortirai de là !!!).
L'expérience était très dépaysante, le roman se situant dans une espèce d'Estonie mythique. La civilisation apportée par les envahisseurs germaniques se répand en Estonie et les hommes quittent la forêt (où ils passent leurs journées à boire le lait des louves et manger des élans) pour se rendre dans des villages (où l'on travaille toute la journée pour récolter du blé et manger un machin dégeulasse : le pain). Le héros fait partie des derniers humains qui refusent les nouvelles modes et technologies modernes et qui connaît encore les anciens mythes et la langue des serpents.
Evidemment, tout l'humour du livre repose sur le décalage entre la perception "décadence moderne" des villageois qui vivent un style de vie que nous percevons en tant que lecteur comme très primitif. Je n'ai compris qu'une infime partie des enjeux du roman, comme j'ai pu m'en assurer en lisant l'excellente postface qui tente d'expliquer les allusions à la politique de l'Estonie.
L'histoire est dans le roman assez secondaire, en tout cas c'est ainsi que je l'ai
perçue. Ce que j'ai surtout apprécié, c'est l'univers installé par l'auteur, ce monde d'humains qui vivent dans la forêt et communiquent avec les animaux, toute l'ambiance créée était accueillante, elle donnait envie de s'y installer pour un moment. Le ton était aussi très bien maitrisé, mélangeant l'humour, l'épique, le carrément sanguinolent. D'une manière générale, l'ambiance du livre est plutôt sombre, mais elle ne s'installe jamais dans un registre unique, changeant tout le temps subtilement le registre.
Une très belle découverte que cet auteur, ca donne envie de le suivre.

Qu'attendent les singes, Yasmina Khadra
Comme j'avais beaucoup aimé Ce que le jour doit à la nuit, j'étais impatiente de jeter un coup d'œil au nouveau Yasmina Khadra. Et vraiment, quelle déception ! Je n'ai pas réussi à un seul moment à être impliqué à quelque niveau que ce soit dans cette histoire, je me fichais de ce qui pouvait arriver à tous ces personnages, je me fichais même de savoir qui était le coupable du meurtre et comment les différents retournements de situation allaient être résolus à la fin. Je m'en fichais cordialement et je voulais juste arriver à la fin du livre pour pouvoir enfin passer à autre chose.
A aucun moment je n'ai senti un message intéressant dans le roman, même si je pense que Yasmina Khadra a vraiment essayé de dire quelque chose sur l'Algérie. Mais justement, elle essayait tant de dire quelque chose que l'intrigue entière ne semblait qu'une excuse pour dire que les gros bonnets en Algérie sont des pourris, mais que quand même, le peuple d'Algérie est généreux et l'avenir sera sans doute meilleur. Et qu'une excuse pour enchaîner punch-line sur punch-line.
Ca m'a terriblement ennuyé.

lundi, 27 octobre 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces 7 dernières semaines ?

Masculin/Féminin II, Françoise Héritier

Françoise Héritier ressent le besoin de pousser plus loin la réflexion. Elle voyait dans le tome I au départ de l'opposition en hommes et femmes la question du sang (le sang qu'on donne, le sang qu'on perd). Elle se voit forcée de constater que cette opposition elle-même ne peut pas être originelle: rien dans la passivité n'est a priori une infériorité. A moins justement qu'on ne décide qu'elle le soit PARCE QUE elle est l’apanage de la femme. Elle reprend donc tout depuis le début.
Sa conclusion ici sera donc que l'opposition entre homme et femme provient d'un déséquilibre originel: les femmes se créent elles-mêmes (elles mettent au monde des filles), les hommes ne le peuvent pas. Elle voit en cela l'origine de l'asservissement de la femme à des fins reproductives, et tout ce qui en découle.

Un petit extrait d'un chapitre consacré aux "tournantes", les viols de groupe accomplis en général au sein des élèves des collèges et lycées.

L'inquiétude devant cette situation vient de ce que ce sont des adolescents de plus en plus jeunes (on notera que je ne parle pas de la jeunesse en générale mais d'individus en particulier) qui reprennent le modèle archaïque en l'exacerbant : non seulement ils l'ont intériorisé somme chacun l'a fait et continue de le faire dès l'enfance, mais au lieu de lutter contre lui ils en ont inventé une nouvelle formule, institutionnelle au sens où elle est socialement admise par ce qu'on appelle la culture de groupe des jeunes, pour le traduire efficacement dans les faits de la vie courante sous sa forme la plus brutale. De plus, les garçons mineurs concernés considèrent ce mode d'accès à la sexualité comme le mode normal, au même titre que la recherche prévue en d'autres temps par les mêmes acteurs d'une vierge épouse, ou que la fréquentation par les adultes de prostituées. [...] Deux types de femmes restent seuls en présence : la fille préservée, en vue du mariage traditionnel et de la procréation, et [...] les faibles de sa mouvance que l'on contraint et dont on peut user et abuser sans remords.

Elle se réfère ici à des citations de jeunes. On les connaît en substance : les filles victimes "l'ont bien cherché", elles sont souvent des individus mal intégrés dans les groupes, les groupes de violeurs parlent de ce qui s'est passé comme de choses parfaitement normales. Un violeur expliquait qu'il faisait très attention à sa propre sœur, la "fille préservée", donc.

Un barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras

J'avais en tête à ce titre un vague souvenir d'adaptation radiophonique. Je n'ai absolument rien reconnu, si ce n'est le huis clos familial (un peu tautologique quand on parle de Marguerite Duras). Était-ce peut-être "Des journées entières dans les arbres" ?
Après Moderato Cantabile qui m'a laissée un peu dubitative, j'ai voulu en avoir le cœur net avec Marguerite Duras. Franchement est-ce que c'est bien ou est-ce que c'est pas bien ?

Franchement : j'ai adoré.
J'ai l'impression qu'on pourrait passer sa vie à faire l'analyse grammaticale des romans de Marguerite Duras. Pour une linguiste, c'est assez palpitant.

La force des choses (Tomes I et II), Simone de Beauvoir

J'ai terminé donc le dernier volume des mémoires de Simone de Beauvoir. Je me rallie à ce que m'a dit la bibliothécaire de l'Institut Français en me tendant le livre : c'est bien moins passionnant que les précédents, mais tout de même, ça vaut le coup.

J'aurais dû m'en douter, et pourtant la guerre d'Algérie m'a prise par surprise. Terrain glissant. Dans une famille de pied-noirs, Sartre et Beauvoir ne sont pas forcément les bienvenus. Tout de même, j'ai été soulagée de pouvoir lire les choses vues de l'"autre côté". J'ai toujours apprécié la franchise des écrits de Sartre, il ne m'a jamais été antipathique. J'avais du mal à le voir se transformer en un exécrable bonhomme juste pour la guerre d'Algérie. Après lecture, tout reste bien confus. Il y a trop de gens que je ne replace pas, trop d'anecdotes qui me restent fermées. Qu'est-ce que c'est que klaxonner Algérie Française ? Qui nous racontera un jour une histoire de la guerre sans parti pris ? Les séjours de Sartre et Beauvoir à Cuba me laissent également perplexes. Je me demande sincèrement où se trouve la vérité.

Rue Jacob, j'achète des iris bleus et blancs et des glaieuls rouges : qui nous aurait dit, voici vingt ans, que nous irions un jour déposer des bouquets tricolores au pied de la statue de la République ! Au carrefour Sèvres Croix-Rouge, beaucoup de manifestants avec drapeau et pancartes, les uns disséminés, les autres en groupe serré. Une auto passe et klaxonne : "Al-gé-rie-fran-caise". On se rue devant elle ; le conducteur fonce en zigzagant, ricaneur, sous les huées. on crie : "A bas de Gaulle" et des consommateurs, à la terrasse du Lutétia, ripostent : "Vive de Gaulle."

Pétronille, Amélie Nothomb

Le dernier Amélie Nothomb est sympathique, mais sans plus. Elle y redéploie ses thèmes, encore, encore, encore. C'est vraiment chouette à lire, quand on est déjà fan. On attend le prochain roman vraiment génial d'elle, qui finira bien par arriver.

Les perroquets de la place d'Arezzo, Éric-Emmanuel Schmitt

Dans toute la première moitié de ce gros roman, j'ai été très enthousiaste. J'admirais la manière dont Éric-Emmanuel Schmitt tressait les histoires de ces dizaines de personnages (une bonne trentaine) les unes dans les autres sans qu'on ne perde le fil. Je trouvais le procédé ingénieux pour parler des milles et unes manières d'appréhender l'amour.
En entrant dans la seconde moitié, j'ai un peu déchanté. Procédé ingénieux, certes, mais ces multiples personnages manquent désespérément de diversité. Au final, c'est toujours Éric-Emmanuel Schmitt qui parle. C'est Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'une dévergondée invétéré, c'est Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'un célibataire asexué, c'est Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'un mari fidèle et heureux, c'est Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'un homosexuel refoulé, c'est encore Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'une vieille fille amoureuse de son perroquet, c'est toujours toujours toujours Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'une ado qui se cherche dans le maquillage. Non, vraiment, tout cela manque à mon sens terriblement d'ouverture.

L'amant, Marguerite Duras

J'ai peu de mal à imaginer pourquoi Marguerite Duras s'est désolidarisée du film fait à partir de ce roman. Sans avoir vu le film (manque à réparer), j'en sais assez pour me faire une idée. D'une manière générale, il y a un malentendu sur Marguerite Duras, je pense, le même malentendu qui fait que je n'ai rien compris à l'époque au "Ravissement de Lol V. Stein". On associe Marguerite Duras à une écriture érotique, et son écriture n'est pas érotique. Pour ce que j'en comprends maintenant, c'est une écriture du néant, elle parle à longueur de roman de l'inanité de la condition humaine. Ses personnages ne font rien, n'ont jamais rien à faire, s'ennuient en général à mourir ou bien s'agitent sans raison. Cela est lié à ce soleil, bien sûr, à cette chaleur étouffante de l'Indochine, à la pauvreté aussi.
Bref, il faut reprendre tout Marguerite Duras depuis le début.

Ils sont doués de la même faculté de colère, de ces colères noires, meurtrières, qu'on n'a jamais vues ailleurs que chez les frères, les sœurs, les mères. Le frère aîné souffre de ne pas faire librement le mal, de ne pas régenter le mal, pas seulement ici mais partout ailleurs. Le petit frère d'assister impuissant à cette horreur, cette disposition de son frère aîné.
Quand ils se battaient on avait une peur égale de la mort pour l'un et pour l'autre ; la mère disait qu'ils s'étaient toujours battus, qu'ils n'avaient jamais joué ensemble, jamais parlé ensemble. Que la seule chose qu'ils avaient en commun c'était elle leur mère et surtout cette petite sœur, rien d'autre que le sang.

Mécanismes de survie en milieu hostile, Olivia Rosenthal

J'attendais beaucoup de ce livre qui me semblait le plus prometteur de cette rentrée. Peut-être que justement j'en attendais trop. Il y a plein de choses que j'ai trouvées assez extraordinaires, assez neuves, mais une fois le livre refermé, je n'ai pas trop su quoi en penser. J'ai l'impression que c'est un livre à relire, plus tard, quand ce ne sera plus aussi nouveau (peut-être serait-ce l'occasion de lire d'autres Olivia Rosenthal).

Après des semaines d'inquiétude, de rencontres fugaces, de conversations maladroites et gênées, je prends les devants. J'appelle mon ami au téléphone, je lui demande de ne pas s'absenter, je lui explique que j'ai besoin de marcher avec lui, d'arpenter nos territoires, d'écouter nos pas. De vivre en cadence. Je lui reproche de partir, je fais comme si je n'étais pas triste mais furieuse, je manifeste ma colère qui est une colère de façade, les colères de ceux qui se sentent trahis, humiliés, abandonnés, qui ne veulent pas être seuls. Je ne veux pas être à nouveau confrontée à une annonce qui vous dévaste parce que vous ne savez pas comment la rendre intelligible. Perdre quelqu'un qu'on aime est incompréhensible, inadmissible et révoltant. Il faudrait interdire de telles pratiques, le départ, la séparation, le suicide, la mort auraient dû faire l'objet de réglementations drastiques. Personne n'a pris la peine de réfléchir juridiquement au contrats implicites par lesquels un humain s'engage à l'égard d'un autre humain, personne n'a rendu illégaux les ruptures, les relégations, les séparations, les départs.

Night and Day, Virgina Woolf

C'était le livre parfait pour lire en anglais. C'était bien écrit, pas trop difficile, l'histoire était prenante, intelligente. L'histoire a peut-être un peu vieilli, ne correspondant plus trop à la société et aux problèmes auxquels un lecteur d'aujourd'hui est confronté. Il reste une réflexion sur l'amour qui est loin d'être mièvre (ou ne l'est que pour se renverser d'un coup) ou convenue. C'était chouette.

"I suppose I'm in love. Anyhow, I'm out of my mind. I can't think, I can't work, I don't care a hang for anything in the world. Good Heavens, Mary! I'm in torment! One moment I'm happy; next I'm miserable. I hate her for half an hour; then I'd give my whole life to be with her for ten minutes; all the time I don't know what I feel, or why I feel it; it's insanity, and yet it's perfectly reasonable. Can you make any sense of it? Can you see what's happened? I'm raving, I know; don't listen, Mary; go on with your work."
He rose and began, as usual, to pace up and down the room. He knew that what he had just said bore very little resemblance to what he felt, for Mary's presence acted upon him like a very strong magnet, drawing from him certain expressions which were not those he made use of when he spoke to himself, nor did they represent his deepest feelings. He felt a little contempt for himself at having spoken thus; but somehow he had been forced into speech.

Les Impudents, Marguerite Duras

Le premier roman de Marguerite Duras. Bien que l'histoire se passe dans la campagne française, on y retrouve déjà tout ce qui fera Un barrage contre le Pacifique ou L’Amant : la fille, personnage principal, étouffée entre une mère incompréhensible et des frères pour lesquels elle éprouve un mélange d'amour et de haine,un frère aîné traversé par une force destructrice. On dirait que Marguerite Duras écrit encore et toujours la même histoire, se débat avec la même ambiance étouffante.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Eden Arabie, Paul Nizan

Ça fait une éternité que je veux lire ce roman. M'y voilà enfin.

Qu'est-ce que j'ai vu ces 7 dernières semaines ?

Berlin Alexanderplatz, Fassbinder (1981)

J'ai fait mon premier binge watching (j'en ai sûrement fait d'autres avant, je ne connaissais pas le nom à l'époque) à une semaine du début du semestre. Je me suis calée mon vendredi soir et mon samedi entier, et c'est parti pour un magnifique film de Fassbinder de 16h.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'était une expérience hors du commun. Un film très étrange, une opération titanesque entreprise par Fassbinder de faire une adaptation cinématographique du roman d'Alfred Döblin (que je dois avouer avec honte n'avoir pas lu - mais ça m'a vraiment donné envie). Je ne sais vraiment pas d'ailleurs comment cette histoire si subtile aurait pu être racontée en moins de 16h. C'est une histoire qui demande à prendre du temps, il faut que l'on voie la situation s'installer, bouger lentement. Il faut qu'il y ait de longues scènes de silence. Indispensable.

L'histoire : Franz Bieberkopf sort de prison, où il a passé 4 ans. Il arrive dans Berlin de la fin des années 20 et se jure à lui-même d'être honnête quoi qu'il en coûte. Mais cette période de crise économique, où le chômage ne cesse de croître, où prospère le marché noir et la magouille ne va pas se révéler l'ambiance idéal pour devenir un honnête homme.

La cerise sur le gâteau pour le linguiste, c'est que les acteurs parlent dans un dialecte berlinois absolument délectable. Je pourrais prendre le script du film et passer des heures à analyser cette grammaire. J'avais envie d'apprendre par cœur la moitié des phrases qu'ils prononçaient. Une syntaxe tellement intéressante, pleine de redondances, un bonheur.

 

lundi, 08 septembre 2014

C'est lundi...

J'ai oublié en chemin la dernière fois
La Fameuse Fusée, Oscar Wilde
Très très drôle.

— Mon père était fusée comme moi et d’extraction française. Il volait si haut que l’on craignait de ne pas le voir redescendre. Il redescendait, cependant, parce qu’il était d’une excellente constitution et il fit une très brillante chute en une pluie d’étincelles d’or. Les journaux s’exprimèrent à son sujet en termes très flatteurs et même la Gazette de la cour dit de lui qu’il marquait le triomphe de l’art pylotechnique.
— Pyrotechnique, c’est pyrotechnique que vous voulez dire, intervint le feu de bengale. Je sais que c’est pyrotechnique, parce que j’ai vu le mot écrit sur ma boîte de fer-blanc.
— Ma foi, je dis pylotechnique, répliqua la fusée sur un ton de voix sévère.
Et le feu de bengale en fut si anéanti qu’il commença aussitôt à malmener les petits pétards pour montrer qu’il était, lui aussi, une personne de quelque importance.
— Je disais… continua la fusée… — Je disais… Qu’est-ce que je disais ?
— Vous parliez de vous, reprit la chandelle romaine.
— Naturellement. Je sais que je discourais sur quelque intéressant sujet quand j’ai été si grossièrement interrompue. Je déteste la grossièreté et les mauvaises manières de toute espèce, car je suis extrêmement sensible. Nul au monde n’est aussi sensible que moi, j’en suis certaine.
— Qu’est-ce qu’une personne sensible ? dit le marron à la chandelle romaine.
— Une personne qui, parce qu’elle a des cors, marche toujours sur les orteils des autres, répondit la chandelle dans un faible murmure.
Et le marron éclata presque de rire.
— Pardon ! De quoi riez-vous ? demanda la fusée. Je ne ris pas.

La Pauvre Lise, Nikolaï Mikhaïlovitch Karamzine

Han d'Islande, Victor Hugo

Je ne comprends juste pas qu'il n'existe pas des centaines de versions différentes de l'histoire de Han d'Islande. Le sujet est tellement riche, vraiment fascinant. Ce serait peu que de dire que j'ai été captivé par ma lecture : j'en ai même rêvé la nuit. Je me suis retrouvée en compagnie d'Ordener et de Han sur le banc des accusés. J'étais terrorisée de ce qui allait nous arriver.
De toutes manière, je suis complètement réconciliée avec Victor Hugo depuis que j'ai écouté cette conférence de Henri Guillemin (ce type a beaucoup trop d'influence sur moi, ça commence à devenir inquiétant).

Qu'est-ce que j'ai lu ces 3 dernières semaines ?

Psychologie de la motivation, Paul Diel

Video Girl Ai, Masakazu Katsura

J'avais adoré A''s, du même Masakazu Katsura. Mais à en croire le premier volume de Video Girl Ai, il s'agit de persos qui ressemblent trait pour trait à ceux de A''s, avec une histoire plus tirée par les cheveux et plus agaçante. Je laisse donc tomber.

Les deux Messieurs de Bruxelles, Eric-Emmanuel Schmitt

Eric-Emmanuel Schmitt fait de la littérature pleine de bon sentiments et le revendique. Il n'empêche, j'ai souvent sourit d'attendrissement de très bon cœur dans ces jolies nouvelles, qui sont à la hauteur de celles de Concerto pour un ange.

Même affamé, Argos attendait lorsque je mastiquais mon pain. Un homme m'aurait sauté dessus ; lui, il patientait avec confiance, certain que je lui donnerais un morceau. Pourtant, je n'aurais cédé ma part à personne ! Son estime me rendait bon. Si les hommes ont la naiveté de croire en Dieu, les chiens ont la naïveté de croire en l'homme. Sous le regard d'Argos, j'allais peut-être m'humaniser.

La femme au miroir, Eric-Emmanuel Schmitt

ENFIN ! Je savais qu'il ne fallait pas perdre courage et qu'Eric-Emmanuel Schmitt allait à nouveau faire quelque chose de vraiment vraiment bien. Mon assiduité n'a pas été vaine. J'ai découvert Anne de Bruges et je suis comblée. Il me semble qu'Eric-Emmanuel Schmitt a été dans ce livre beaucoup plus loin que d'habitude (et il parle de foi, ce qui lui réussit beaucoup).

Mémoires d'une jeune fille rangée, Simone de Beauvoir

Je relis ce premier livre de mémoires pour la deuxième (la troisième ? déjà la dernière fois j'avais une impression de "déjà lu"). Je ne sais pas exactement pourquoi Winnie disais que ce livre avait été écrit pour moi, mais c'est en effet un bouleversement à chaque fois. Pourtant, je n'ai pas l'impression d'avoir grandi dans un milieu petit-bourgeois étriqué ni qu'on ait jamais essayé de m'emprisonner dans des conventions sociales. Je ne suis même pas une grande lectrice de Simone de Beauvoir.
Non, je ne sais pas pourquoi, mais il y a une lucidité et une force de vie qui me touchent beaucoup dans ces Mémoires d'une jeune fille rangée. A relire sans modération. 

Paradoxalement, ce fut une lecture licite qui me précipita dans les affres de la trahison. J'avais expliqué en classe Silas Marner. Avant de partir en vacances, ma mère m'acheta Adam Bede. Assise sous les peupliers du "parc paysage", je suivis pendant plusieurs jours avec patience le déroulement d'une lente histoire, un peu fade. Soudain, à la suite d'une promenade dans un bois, l’héroïne - qui n'était pas mariée - se trouvait enceinte. Mon cœur se mit à battre à grands coups : pourvu que maman ne lise pas ce livre ! Car elle saurait que je savais : je ne pouvais pas supporter cette idée. Je ne redoutais pas une réprimande. J'étais irréprochable. Mais j'avais une peur panique de ce qui se passerait dans sa tête. Peut-être se croirait-elle obligée d'avoir une conversation avec moi : cette perspective m'épouvantait parce que, au silence qu'elle avait toujours gardé sur ces problèmes, je mesurais sa répugnance à les aborder. Pour moi, l'existence des filles-mères était un fait objectif qui ne m'incommodait pas plus que celle des antipodes : mais la connaissance que j'en avais deviendrait, à travers la conscience de ma mère, un scandale qui nous souillerait toutes deux.

Masculin/Féminin, La pensée de la différence, Françoise Héritier.

Pour entrecouper les différentes parties des mémoires de Simone de Beauvoir, et comme j'ai déjà lu le Deuxième Sexe, quoi de mieux que de lire (enfin !) Françoise Héritier, successeure de Levi Strauss (love love love), qui parle de la différence masculin/féminin d'un point de vue anthropologique. Elle analyse en détail les schémas d'alliance attestés : tous les schéma potentiels n'ont pas été réalisés, et cet inventaire montre souvent un déséquilibre en "défaveur" du féminin. Elle étudie non seulement l'alliance, mais aussi la stérilité, le changement de genre (à défaut de changement de sexe), la différence entre géniteur et père, etc. Son fil rouge est en effet de montrer que les grands bouleversements auxquels nous avons du mal à nous adapter (mère porteuse, don de sperme, etc) sont loin d'être des nouveautés à l'échelle de l'Humanité (en gros, ils ne sont pas ancrés dans notre culture propre, mais ils ne sont pas non-humains). C'est en tout cas ce que j'en ai compris.

Pour ma part, je cherchais plutôt à comprendre d'où vient cette différence systématique entre masculin et féminin. Je pense que le deuxième tome se penchera plus sur la question, mais j'ai déjà trouvé cet élément de réponse très intéressant : quand l'homme perd son sang, il agit (il chasse, guerroie, prend des risques), alors que lorsque la femme perd son sang, elle est passive (elle ne peut rien faire pour empêcher d'avoir ses règles). D'ailleurs, la femme stérile ou ménopausée obtient dans certaines sociétés un statut masculin.
Ce serait un peu réducteur de dire que c'est LA réponse que donne Françoise Héritier. C'est plutôt celle qui m'a frappée et assez convaincue.

Nous avons vu que chez les Samo, comme dans bien d'autres sociétés de l'Ouest africain, une jeune fille qui avait été accordée en mariage légitime dans sa très petite enfance par les hommes de son lignage était remise à son mari après avoir accouché de son premier enfant [...]. Mais ce premier enfant, dont le mari était le père socialement reconnu, était en fait né des œuvres d'un autre homme, partenaire prénuptial choisi par la jeune fille elle-même ou par sa mère, mieux accordé avec elle en âge et surtout en inclination mutuelle que le mari légitime.
Les jeunes gens avaient de manière tout à fait licite et ouverte cohabité ensemble, de nuit seulement, après que le père de la jeune fille avait accompli pour elle le sacrifice de la puberté sans lequel elle n'aurait pu avoir accès aux relations sexuelles sous peine de sanction immanentes (elle aurait dépéri).
Ces rapports amoureux prénuptiaux cessent à la naissance du premier enfant, quand l'épouse rejoint le mari, père social de l'enfant, au bout de trois ans si cette union reste stérile.
Ainsi, sauf dans ce cas précis où au bout de trois ans l'épouse est remise au mari même sans avoir enfanté, un homme peut avoir au moins autant d'enfants qu'il a d'épouses légitimes, à condition qu'ils vivent.

La force de l'âge, Simone de Beauvoir

Cette fois-ci, je découvrais la suite des mémoires de Simone de Beauvoir. J'ai beaucoup apprécié encore. Ça me fait vraiemnt très étrange de fréquenter d'aussi près Sartre, de le voir aller acheter des fruits, faire du vélo sous la pluie et avoir une crise de foie. Mis à part ce côté perturbant, j'apprécie énormément de côtoyer de si près Nizan, Picasso, Cocteau...
La lucidité de Beauvoir sur elle-même m'étonne toujours autant. Je suis très sensible à ce déchirement intérieur entre la supériorité qu'elle accorde les yeux fermés à Sartre et la nécessité vitale pour elle de "ne pas se trahir".

Je m'émus bien davantage l'après-midi où j'étais convenue que nous visiterions le British Museum et où il me dit tranquillement qu'il n'en avait aucune envie : rien ne m'empêchait, ajouta-il, d'y aller seule. C'est ce que je fis. Mais je me promenai sans entrain parmi les bas-reliefs, les statues, les momies ; il m'avait paru si important de voir ces choses : ne l'était-ce pas ? Je refusais de penser que dans mes volontés à moi il entrât du caprice : elles se fondaient sur des valeurs, elles reflétaient des impératifs que je tenais pour absolus. Misant moins que Sartre sur la littérature, j'avais davantage besoin d'introduire de la nécessité dans ma vie ; mais alors il fallait qu'il adhérât à mes décisions comme à d'aveuglantes évidences ; sinon ma curiosité, mon avidité devenaient de simples traits de caractère, peut-être même des travers : je n'obéissais plus à un mandat.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Night and Day (Nuit et jour), Virginia Woolf


Ce Virgina Woolf, de facture trop classique, n'est pas considéré comme une de ses œuvres majeures. Mais une facture classique, c'est exactement ce qu'il me faut pour une écoute en VO. Et effectivement, je sais à peu près à quoi m'attendre d'un chapitre sur l'autre. On est dans des salons, on boit du thé. L'écriture est extrêmement agréable, je prends un plaisir fou à écouter ce roman et je rigole même beaucoup. J'aime beaucoup l'humour et le ton.

Mrs. Hilbery would have been perfectly well able to sustain herself if the world had been what the world is not. She was beautifully adapted for life in another planet.

lundi, 25 août 2014

Work in progress

Puzzle1.JPGHeureusement, je reçois de temps à autre de la visite dans mon appartement berlinois ; ça me permet de découvrir des choses dans Berlin (comment ça, je suis une asociale qui ne sort jamais de son trou ?). Peut-être que je vous raconterai comment j'ai trucidé des fantômes et que je vous montrerai le Berliner Dom en lego (si vous êtes sages).

Après deux semaines de découvertes intensives, il était temps malgré tout de se remettre sérieusement au travail.

Calme plat au travail. Konfus est par monts et par vaux (conférence ici, conférence là), John est bel et bien parti et Melinda vient rarement travailler dans son bureau. Vitalita, la secrétaire, me tient néanmoins compagnie à l'heure des repas, ainsi que les quatre personnes qui travaillent dans le projet éditorial de Konfus et que je croise parfois dans la cantine universitaire. Et depuis une semaine, Konfus Junior a repointé le bout de son nez (c'est fou comme c'est long, les congés parentaux, dans ce pays).

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Petite vague dans le calme plat à cause de la grande conférence de MVFD (Mon Very Framework qui Déchire) qui a lieu cette année aux USA. La conférence commence d'ici quelques jours. Konfus y sera, bien évidemment. Melinda aussi y sera, car elle y fait une communication. Elle a révisé ladite communication en présence des deux seules personnes disponibles, à savoir : Konfus Junior et moi. Toute une après-midi de discussions sans fin sur les détails techniques MVFD. Ça m'a remise en forme de rechercher les failles logiques du système. Et très sincèrement, c'était aussi très gratifiant d'être capable non seulement de comprendre son analyse, mais d'en détecter les problèmes et de proposer des solutions. Pour un peu, j'en serais sortie en me disant que j'étais pas si incapable que ça.

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Retour au turbin, donc, et en ce qui me concerne aux compléments du nom. (Comment ça "Oh non, encore un post à mourir d'ennui" ?!?) Plus exactement, je m'intéresse aux compléments du nom introduits par "de" et par "à". (Mais non, c'est pas ennuyeux !) Pas mal de choses ont été écrites sur les compléments du nom introduits par "de", parce qu'ils sont très étranges. Notamment, parce qu'on peut les doubler:

les livres de Zola de mon frère

Ça pose des tas de problèmes en terme d'analyse. Notamment parce qu'on peut pas les inverser, et tout plein de choses palpitantes dans le genre. (On peut pas dire "les livres de mon frère de Zola"). Moi, ça me pose quelques problèmes, parce qu'à part celui que je viens de vous donner, la plupart des exemples qu'on trouve chez les gens qui s'occupent du sujet sont très peu naturels. Du coup, j'aimerais chercher dans la vraie vie des gens quels sont les exemples de double "de" qui sont formés. Juste histoire de travailler sur des exemples crédibles.

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Chercher dans les vrais mots de la vraie vie des gens, ça existe. Ça s'appelle de la linguistique de corpus. Le truc avec la linguistique de corpus, c'est que c'est des grosses bases de données qui ressemblent (entre autre) à ça (mais avec 20 000 fois ça) et que je sais pas trop quoi en faire. Y'a des outils pour travailler là-dessus, mais je les connais pas. Par chance, la fac de la périphérie organise un "workshop" demain soir sur l'un de ces outils. Konfus Junior (qui s'y connaît super bien en corpus, c'est un peu sa spécialité) m'a conseillé d'y aller. Voilà donc pour les choses qui vont m'occuper dans les jours à venir.

Le reste du temps, j'essaye de préparer mes cours pour le prochain semestre. Comme je vous l'ai dit, étant en quelque sorte chargée de remplacer John, j'ai le double d'heures de cours. Heureusement, ce ne sont que des cours de L1, donc à la fois pas très compliqués et pas très palpitants. J'essaye de me décarcasser pour imaginer des choses intéressantes à faire avec eux. Le concept de classe inversé m'attire bien, mais j'ai du mal à voir comment le mettre en place dans une matière aussi théorique que la linguistique. Voilà donc pour les choses qui m'occupent en ce moment et pour les mois à venir.

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Ah, et puis j'ai commencé ma prise en charge par un ostéopathe. C'est... intéressant.

lundi, 18 août 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces 6 dernières semaines ?

Die Brücke vom goldenen Horn (Le pont de la Corne d'Or), Emine Sevgi Özdamar

Naissance d'un pont, Maylis de Kerangal

Parmi ces gens, un groupe de réfractaires se manifeste de plus en plus souvent, des habitants de vieille souche qui arguent de l'ancienneté de leur présence à Coca comme d'un surcroît de légitimité, des individus qui connaissent la zone par coeur, et rappellent en préambule de chaque intervention publique - conseil municipal, éditorial de presse, assemblée de leurs associations - qu'enfants, ils ont couru dans les champs vastes comme des océans, écartant les hautes herbes qui griffaient leur front pâle, qu'ils se sont baignés dans chaque anfractuosité du fleuve, sont capables de citer le nom des rochers et ceux de la moindre pâture avant sa conversion en terre à bâtir, que leur aïeux ont mélangé la poussière de leurs corps à celle de la terre. Ceux-là, qui regroupent propriétaires terriens, vieilles familles de négociants, exploitants de bacs - dont le Français -, forment l'essentiel de l'opposition municipale, s'émeuvent de ces tours qui les signalent au monde, ajoutant le nom de Coca à celle des cibles potentielles du terrorisme, comme si depuis l'attentat du World Trade Center, leur imaginaire était contaminé par la menace et que désormais, voyant s'affermir dans leur ciel des lignes verticales, ils ne pouvaient s'empêcher d'envisager que ces masses s'effondrent, se résorbent, sur elles-mêmes en un nuage morbide, paranoïa diffuse dont le corollaire, en matière d'architecture, se résumait à une simple ligne : on ne veut pas d'histoire.

Réparer les vivants, LE livre de l'année littéraire 2013-14. À mon humble avis. Comme c'était l'anniversaire de Fée, j'ai fait une virée à la librairie française - pas celle des Galeries Lafayettes, une autre dont je n'ai appris l'existence que récemment. Le livre était épuisé, victime de son succès (tu m'étonnes), et pendant qu'il m'inscrivait en réservation, le libraire me tapais la causette, et bien entendu, je suis repartie avec un autre bouquin de Maylis de Kerangal dans les mains. Vous allez vraiment aimer, qu'il m'a dit.

Le livre était écrit dans ce même style, qui m'a un peu bloquée au tout début. Mais là, je connaissais, j'ai continué les yeux fermés (ou presque). C'était merveilleux, un grand moment de bonheur. Maylis de Kerangal a un style virtuose, pourtant résolument contemporain. C'est étrange d'ailleurs ce "pourtant", comme si être le gardien de la langue française vous transformait automatiquement en gardien de musée, comme si la grammaire portait inscrite en elle des images d'un autre temps. Mais c'est un fait que j'ai rarement lu des romans intégrant de manière convaincante ne serait-ce que l'usage du sms dans leur trame narrative. Mais ceci est une parenthèse, reprenons plutôt sur Maylis de Kerangal (on est toujours obligé de donner son nom en entier, parce que sincèrement, "de Kerangal" ça fait snob, et "Kerangal", on a laissé la moitié du nom en chemin, c'est ridicule...).

Moi, Maylis de Kerangal à l'Académie Française, je parie déjà dessus. C'est clairement mon plus gros coup de foudre depuis Amélie Nothomb (ça commence à remonter). C'est tellement tellement tellement bien.

N'aie pas peur de savoir, Yolande Mukagasana

Parce que c'était l'anniversaire de la fin du génocide y'a quelques semaines.

- Et les autres médecins ?
Les autres médecins ? Le regard de Théoneste tombe au sol.
" Il y a vous. Et moi. Et puis c'est tout."
La jeep et son chauffeur kaki me conduisent vers mon nouveau foyer. Oui, ce soir, peut-être, pour la première fois depuis le début du génocide, la vie redevient comme avant. Je rentre du travail, des êtres chers m'attendent et m'ont préparé quelque chose à manger. Pour la première fois, peut-être, j'ai à nouveau un foyer.
Mon nouveau foyer, c'est une ruine.
Je comprends à la visite des lieux, par la seule odeur, que la maison était remplie de cadavres il y a quelques heures encore.
Je fais un tour dans la bananeraie qui jouxte la parcelle. Je tombe sur un paquet de vêtements en boule qui semble avoir été perdu par des fuyards. Une jupe rouge me fait envie. Je m'en ceins aussitôt les hanches. Je me sens belle. Je ne résiste pas. Je passe un chemisier blanc. je suis heureuse. Heureuse de vivre encore et d'avoir le goût de la coquetterie.

Le livre de Mukagasana est très particulier. Outre le témoignage du génocide, qui bien évidemment est très prenant, elle va plus loin et met directement en cause le gouvernement français de l'époque. Je me suis demandée au fur et à mesure du livre pourquoi ses accusations me braquaient. Par patriotisme ? Parce que cela s'opposait à une certaine image que j'avais de Mitterrand ? Après tout, je n'avais aucune connaissance du sujet, et n'avais donc aucune raison de douter de ses affirmations plus que d'y croire.

Finalement, ce "n'aie pas peur de savoir", je l'ai pris aussi pour moi. N'aies pas peur de remettre en cause ce que tu penses (sans même savoir que tu le penses). Je ne dis pas que les accusations de Mukagasana sont justes, mais je trouve grave qu'aucune enquête sérieuse n'aie été menée. C'est toujours ainsi que fonctionne le travail historique. On découvrira dans 100 ans ce qui s'est vraiment passé. Et ce sera bien tard.

Mais ces considérations pseudo-politiques sont loin de constituer le cœur du roman, qui est avant tout un témoignage de l'horreur. Quelque chose de bien différent des camps de concentration, mais où l'on reconnaît le même air de famille. La haine de l'autre et l'envie de faire du mal possède une imagination effrayante.

Tu es fière, n'est-ce pas ? Tu es fière avec ton corps qui fonctionne correctement, avec ton sourire pour des brimborions, avec tes gestes automatiques d'infirmière. mais tes enfants sont morts. Comment oses-tu encore vivre après cela ? Comment oses-tu leur survivre ? Mais tes enfants sont morts. Comment oses-tu encore vivre après cela ? Comment oses-tu leur survivre ? Yolande, tes enfants ! Qu'en as-tu fait ? Yolande, tes enfants, tes enfants, tes enfants !

Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent..., Eric-Emmanuel Schmitt

- Je ne mendie pas. J'écoute Beethoven, point. C'est gratuit.
- Ah...
- Vaut mieux d'ailleurs, parce que tout le monde décampe. Vous comprenez ça, vous ?
- Normal. La beauté, c'est intolérable.
Il avait énoncé cela comme une évidence. Il poursuivit :
- Si l'on veut mener une vie ordinaire, mieux vaut se tenir à l'écart de la beauté ; sinon, par contraste, on aperçoit sa médiocrité, on mesure sa nullité. Écouter du Beethoven, c'est chausser les sandales d'un génie et se rendre compte qu'on n'a pas la même pointure.

Sur le modèle très réussi de Ma vie avec Mozart, Eric-Emmanuel Schmitt raconte sa perception de Beethoven, la leçon de vie que l'homme et sa musique lui donnent. Le tout illustré d'extraits musicaux. C'est aussi une réponse à Mozart, le sublime. Beethoven, c'est l'humain très humain. C'est peut-être pour cela que j'ai un peu moins aimé ce deuxième livre.

Profanes, Jeanne Benameur

Little Women, Luisa May Alcott (tomes 1 et 2)

Je ne peux pas m'empêcher d'aimer à la folie ces quatre filles du docteur March alors que chaque phrase de Luisa May Alcott donne des crises d'urticaire à mon féminisme...

Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus, Eric-Emmanuel Schmitt

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Psychologie de la motivation, Paul Diel

Paul Diel, contemporain de Freud, va beaucoup plus loin que Freud dans son analyse des motivations de nos actes, de nos peurs et de nos envies (disons qu'en gros, il ne ramène pas tout à la sexualité ni à des fantasmes - sexuels - originaires). C'était l'ami d'Einstein, de Bachelard, et de tout un tas de gens très recommandables du même acabit. Dès que j'ai entendu parler de sa théorie, je me suis précipitée pour lire son premier livre.

J'avoue que je ne comprends pas grand chose (et surtout je ne comprends rien de rien au calcul psychologique), mais je ne perds pas espoir.

lundi, 07 juillet 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Caprice de la Reine, Jean Echenoz

Vous remarquerez que je n'ai jamais autant lu d'actualité littéraire que cette année.
Je n'ai à part ça pas grand chose à raconter sur ce recueil de nouvelles.

Concerto à la mémoire d'un ange, Eric-Emmanuel Schmitt

Si on peut ne pas croire aux saints de l'Église catholique, il faut néanmoins reconnaître que cette appellation contrôlée n'a pas été attribuée aux personnes les plus mauvaises.

Sainte Rita est le leitmotiv de ce recueil de nouvelles, quatre nouvelles qui tournent autour de la rédemption. La rédemption est-elle possible lorsque l'on est un cas désespéré ?

J'ai été vraiment prise dès la deuxième nouvelle. Eric-Emmanuel Schmitt a tendance à faire des histoires à message. Ca me gène parfois un peu, pour peu que l'alchimie ne prenne pas. Mais c'est sans doute la raison pour laquelle il préfére se tourner vers des formes relativement courtes. Il s'agit seulement d'exposer l'idée et de laisser le lecteur écrire l'autre moitié (référence à Voltaire qu'il reprend dans son journal d'écriture, ajouté à la fin du recueil). C'est sans aucun doute par grosse paresse intellectuelle que je me prends souvent à souhaiter qu'il ait écrit cette deuxième moitié à ma place...

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Die Brücke vom goldenen Horn (Le pont de la Corne d'Or), Emine Sevgi Özdamar

"Un dimanche sanglant". Lorsque dans les journaux suivirent les titres de "Un mercredi sanglant" ou "Un lundi sanglant", beaucoup d'ètudiants de gauche quittèrent le parti des travailleurs, fondèrent Dev Genç (Jeunesse Géante) et s'armèrent : "Nous n'atteindront l'indépendance de notre peuple qu'à travers le combat armé." Ils se costumèrent comme les grands combattants de ce monde : lunettes à la Trotzki, vestes Mao, vestes, Lenin, vestes Stalin, barbes à la Che Guevara, barbes à la Castro et leur langue se subdivisa en de nouvelles langues. Il y eut de nouveaux journaux de gauche, j'achetais tous ces journaux et lisais longtemps dans les toilettes pour apprendre ces nouvelles langues.

(ma traduction)

1968 est un thème toujours intéressant. Toujours et pour tous les pays. 1968 en Turquie n'y fait pas exception. Dans le court texte que j'ai traduit, on devine les prémisse des mouvements terroristes de gauche des années 70.

1968, c'est comme une adolescence de l'Histoire. On ne pourra jamais le revivre en 2014, nous sommes devenus beaucoup trop ciniques. Et puis, justement, la Bande à Baader est passé par là, plus personne ne peut croire au communisme, surtout depuis que Robert Hue n'est plus candidat aux présidentielles.

Il faudrait peut-être préciser que le pont de la Corne d'Or est le pont reliant la partie européenne et la partie asiatique de la ville d'Istanbul, où retourne vivre la narratrice dans la deuxième partie du roman, et que cette deuxième partie est magnifique. Il faudrait aussi préciser que la première partie du roman relate les années passées à Berlin par cette même narratrice, et qu'elle est magnifique aussi. À Berlin, elle apprendra par coeur les titres des journaux allemands qu'elle ne comprend pas encore. Autant dire que les journaux sont omniprésents dans son roman, la vie entière de la narratrice est parcourue de ces titres et illustrations de journaux.

Je ne sais pas si on peut parler d'écriture blanche pour qualifier l'écriture d'Emine Sevgi Özdamar, mais ça doit bien être quelque chose comme ça. C'est un style magnifique d'ailleurs, de quelqu'un qui connaît l langue dans ses moindres recoins, un style qui oscille entre une précision hyperréaliste des détails et des situations d'une absurdité telle qu'on comprend bien que Emine Sevgi Özdamar veut nous faire comprendre que tout cela, le socialisme, les révoltes étudiantes, le communisme, Brecht, Marx, n'était qu'un grand malentendu mondial.

Je recommande chaudement le livre en hiver comme en été, en espérant que la traduction disponible soit à la hauteur de la VO.

Dans ces mêmes jours arriva de Barcelone une carte postale de Jordi. Sur la carte, je voyais une jolie place pleine de cafés, de chaises et de tourterelles. Jordi me disait qu'il levait son verre à mes beaux yeux et m'envoyais ses salutations. Je regardais longtemps la carte, m'étonnais que sous le régime fasciste de Franco, il y eut en Espagne une si jolie place, qu'il y eut des chaises dans les cafés et que des tourterelles se promenâssent devant elles et que Jordi puisse lever et boire un verre à mes beaux yeux. Je m'étonnais qu'un homme de gauche comme Jordi puisse aller en toute légalité à la poste, acheter un timbre et envoyer une carte à l'étranger. Aussi, je lu la carte en secret, afin qu'en Espagne il n'eut aucun problème avec la police. Sur une carte, j'écrivis deux phrases de Lorca : "Vert comme je t'aime, vert. Le vent plus vert et les branches plus vertes." et la jetai dans la mer avec l'adresse de Jordi. La mer la lui apporterait. La carte de Jordi me rendit si heureuse que je recevai des décharges électriques chaque fois que je touchais un objet.

vendredi, 27 juin 2014

Enfin le départ de mon carnet de recherche

Je projet se traîne depuis des mois, mais enfin le premier article digne de ce nom vient de voir le jour sur le carnet de recherche. Le premier en... un an et demi de travail.
Mouais, va falloir accélérer un peu la cadence si je veux en faire vraiment quelque chose.

Pour voir ça, il faut aller ici.

dimanche, 22 juin 2014

Demain, lundi, 7h30

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Demain matin, à 7h30, le réveil sonnera et une nouvelle semaine de travail commencera.

Un étrange mélange d'excitation et de panique. L'excitation après ce week-end vide de me remettre en mouvement, pleine de nouvelles idées piochées ce week-end sans même le vouloir sur internet, avec (comme à peu près toutes les semaines) en tête une nouvelle réorganisation totale de mes journées qui va me permettre d'être bien plus productive, c'est sûr (ma nouvelle idée est de bloquer mes mails et toute autre activité procrastinante entre 9h et 16h... j'ai déjà des doutes avant même de commencer). La panique devant l'immensité des choses inscrites sur ma to-do-list, qui ne sont pas même un centième de ce que je devrais déjà avoir fait depuis au bas mot décembre dernier.

Je me sens complètement perdue dans mon travail, je ne sais ni où je vais ni comment je dois y aller. J'aurais envie de dire que je me sens assez mal encadrée dans ma recherche, mais j'ai bien conscience que c'est mon amour immodéré pour Konfus qui me ferait dire cela. La vérité est que je ne suis pas du tout encadrée, que je m'épuise à essayer de réinventer la poudre pour la moindre de mes tâches. Il me manque à peu près tout : la méthodologie, l'organisation, un plan.Il ne me manque pas absolument tout, j'ai pour moi la motivation, l'envie de faire ce que j'ai à faire et l'amour vraiment de ce que je fais. Et quelques compétences que je me découvre parfois au hasard d'une discussion avec des étudiants moins avancés que moi.Le colloque de doctorants, censé servir à poser ce genre de questions, est terminé. La dernière séance aurait dû avoir lieu mardi prochain, Tonio a dû annuler, et le calendrier de fin de semestre a imposé sa loi : aucune semaine de libre avant la fin du semestre. La prochaine entrevue sérieuse n'aura donc pas lieu avant octobre prochain.
Alors que faire ? Je sais bien que je vais finir ce semestre, que mes cours seront prêts, mes étudiants encadrés à peu près comme il faut. Mais en octobre, je sais d'avance que je regarderai en arrière et que je dirais "je n'ai rien fait", même en me levant tous les jours à 7h30 et en travaillant tous les jours jusqu'au soir. Cela m'épuise d'avance, à vous dire la vérité.

lundi, 16 juin 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces quatre dernières semaines ?

Zarathustra und seine Religion ("Zarathoustra et sa religion"), Michael Strausberg

parce que la religion de la perse antique (et encore pratiquée de nos jours), c'est palpitant.

La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb

Pas énormément emballée par ce roman un peu étrange, pourtant une autofiction, donc le genre dans lequel Amélie Nothomb excelle le plus à mon avis. Elle y retrace un voyage au Japon effectué pour un documentaire d'ARTE. Quelques belles scènes, mais pas un tout vraiment convainquant.
Amélie ne peut pas faire un chef d'oeuvre à chaque fois et Barbe Bleue était une merveille.

Sinouhé l'Égyptien I, Mika Waltari

Je n'ai pas d'avis sur Sinouhé l'Égyptien, dont j'ai bien envie de lire le tome II mais sans plus.

Réparer les vivants, Maylis de Kerangal

LE roman de la rentrée 2013, tellement qu'il est presque inutile de s'attarder en éloges. C'est le meilleur livre que j'ai lu depuis bien longtemps.
J'étais pourtant sceptique, les éloges que j'entendais sur ce livre allait peu dans le sens de ce que j'aime en littérature, j'ai laissé passer bien des critiques enthousiastes avant de me dire que bon, pourquoi pas, le prendre à la bibliothèque ne coûtait rien de toutes manières. J'ai aussi eu du mal à rentrer dans ce style très particulier. L'écriture de Maylis de Kerangal est très particulière et pas forcémment agréable immédiatement. J'ai hésité sur les premiers chapitres, j'avais trop entendu parler du livre pour que le suspens fasse effet, puis j'ai plongé et, au final, j'ai lu le roman d'une traite en une merveilleuse nuit de train dont je ne garderai que des bons souvenirs.
Au cours de cette nuit, j'ai souvent fermé le livre, juste pour réfléchir en écoutant le train rouler. Je regrette souvent d'être dans une trop grande boulimie quand je lis, de ne pas prendre le temps de me demander ce que je lis et ce que le livre signifie pour moi. Ce n'est même pas pour cela que je l'ai fait, mais Réparer les vivants a produit cette envie de juste arrêter de temps en temps et de réfléchir. Au livre ou à autre chose. Et puis de reprendre.
La plus grande force du livre à mon avis, c'est d'interroger un aspect de la vie humaine qui n'a jamais pu se poser autrefois, quelque chose de complétement neuf. Et de rester en même temps très humble, de philosopher sans morale. Pour moi, c'était un livre vraiment "nécessaire".

Le sumo qui ne pouvait pas grossir, Eric-Emmanuel Schmitt

Une histoire agréable de Eric-Emmanuel Schmitt, qui s'aventure du côté du Bouddhisme zen mais... mais je reste sur ma faim.
Et donc ?.. Mais encore ?.. 
Je trouve qu'il est resté très en surface, comme s'il n'avait écrit que le premier chapitre d'un bouquin qui pourrait vraiment être palpitant.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

ماهی سياه کوچولو (Le petit poisson noir), Samad Behrangi

Little Women, Alcott

Ruhm (Gloire), Daniel Kehlmann

Qu'est-ce que j'ai vu ces quatre dernières semaines ?

Rois et Reine (Arnaud Desplechin, 2004)

J'ai eu tellement de mal à me procurer "Rois et reine" que cela a interrompu ma lecture de la Philosophie du cinéma. Heureusement, j'ai pu continuer une fois le DVD acheté. Il s'agit d'ailleurs d'un très beau film, d'une structure à la Yves Ravey. On découvre l'histoire à rebours et on découvre les personnages principaux à travers ce que les autres disent d'eux plus que par leurs actes "en direct". Une écriture en dentelle pour le scénario. Un film très bien choisi pour illustrer le chapitre sur l'inconscient.

J'ai énormément aimé les acteurs (Mathieu Amalric, Magali Woch, Maurice garrel...), malheureusement pas tellement l'actrice fétiche de Desplechin, Emmanuelle Devos.

Blue Jasmine (Woody Allen, 2013)

J'aime tellement l'humour de Woody Allen ! Mais j'ai en même temps l'impression que son humour devient de plus en plus enfoui. Dans "Blue Jasmine", l'ironie de certaines situations sautait aux yeux, mais rien ne vous donnait envie de rigoler...

Cate Blanchett était absolument divine dans le rôle principal. Elle était vraiment Jasmine jusqu'au bout des ongles. Tous les acteurs d'une manière générales étaient parfaits, mais sa performance à elle creuvait l'écran. Tu m'étonnes qu'elle ait gagné un Oscar... (et un Golden Globe, etc, etc, etc)

Tout le monde sait bien que Cate Blanchett est très douée. Je compte malheureusement tout un tas de films dans lesquels elle a joué dans la liste de "mes impardonnables lacunes en cinéma". J'ai dû la voir en tout et pour tout dans "Aviator" il y a dix ans, où elle était déjà parfaite.
(Je l'ai vue aussi dans "Babel" et dans toute la trilogie du "Seigneur des Anneaux", mais ces rôles étant très mauvais, elle ne pouvait pas vraiment me convaincre.)

Moon (Jones Duncan, 2009)

Ce film est TELLEMENT EXTRAORDINAIREMENT BIEN que je ne sais quoi dire dessus. Tout tient sur un scénario de science-fiction impeccable, à la fois très simple et très complexe, sans une fausse note et auquel on adhère immédiatement.

Je ne suis pourtant pas une grande fanatique de science-fiction. Ce qui est d'ailleurs la seule raison crédible pour laquelle j'ai tant tarder à regarder ce film sur lequel tout le monde se répandait en compliments dès sa sortie.

Bref, il n'y a rien à dire sur ce film. Je n'avais pas vu un aussi bon film depuis très longtemps.

Into the wild (Sean Penn, 2007)

Je n'avais pas vraiment réussi à me fermer assez les oreilles pour ne pas du tout savoir ce qui se passait dans le film. Ce qui est fort dommage, car cela gâche une partie du plaisir.
Je pourrais sire objectivement parlant qu'il s'agit d'un très bon film. J'ai entendu une fois un artsite (ça devait être un metteur en scène de ballet ou quelque chose comme ça à qui ont demandais s'il imaginait de tourner un film un jour) qu'un film devait être "nécessaire". Into the wild était nécessaire.
Les rêves de grands espaces et de cueillette des baies sauvages dans les forêts du Canada ne font pas vraiment partie ni de mon imaginaire ni de mes fantasmes, ce qui fait que je n'ai pas réussi vraiment à entrer dans la problématique du film. Qui d'autre part était magnifique, très intelligent et posait les bonnes questions. Mais ce n'était juste pas mon film.

Ich einfach unverbesserlich 2 (Moi, moche et méchant 2) (Pierre Coffin et Chris Renaud, 2013)

Que faire quand un dessin animé a bien marché mais qu'on n'a pas d'idée pour faire une suite ? On refait le même en faisant tomber tous les persos amoureux de quelqu'un.
Quel DOMMAGE pour ce dessin animé qui était vraiment super drôle, à la base. (Mais sans pseudo Bill Gates comme méchant, c'est juste plus du tout marrant...)

Grindhouse (Quentin Tarantino et Robert Rodriguez, 2007)

Si jamais vous ne connaissez pas le principe de ce merveilleux OVNI qu'est Grindhouse, sachez qu'il s'agit d'un double-film entrecoupé de fausses bandes-annonces. L'idée étant de donner l'impression de se retrouver propulsé dans un ancien cinéma cheap de séries B, avec scénarios bidons, mauvais gôut assumé, mauvais effets spéciaux, pellicule abîmées, qui crâme pendant la projection ou dont il manque une bobine en plein milieu. Un joli petit fake, donc, et quand en plus ce sont Quentin Tarantino et Robert Rodriguez qui sont aux commandes, c'est le pied, le pied, le pied.

On commence donc avec Planete Terror (Robert Rodriguez, 2007), un film de zombie délectable, avec tous les ingrédients nécessaire : un militaire taré (Bruce Willis, dingue comme ce gars peut être bien quand il sort du mainstream), un médecin psychopathe, des filles à moitié nues (si il y a un truc où Rodriguez est fort, c'est pour choisir ses actrices), des trucs gluants, du sang, du sang gluant et une intrigue bien foireuse qui surfe bien sur l'actualité (guerre d'Irak, armes bactériologiques, tout ça). Comme avec les autres films de Rodriguez, on commence par un moment de flottement parce qu'on n'arrive pas à se mettre tout de suite dans l'état d'esprit bizarre qu'il faut pour apprécier un film de Rodriguez, puis la sauce prend et c'est juste délectable.
On pensait être ravi de sa soirée, mais attention, car on enchaîne sur Death Proof (Quentin Tarantino, 2007) et le film qui à première vue de paye pas de mine est tout simplement un des meilleurs Tarantino que j'aie jamais vus. J'avoue que j'étais un peu sur ma faim depuis Pulp Fiction et Reservoir Dog. Tarantino est passé à quelque chose de différent, et je pensais devoir me résigner à regarder en boucle John Travolta danser avec Ema Truman, mais NON : bonheur absolut, Death Proof est clairement dans la veine de Pulp Fiction, malgré un scénario dix fois plus simple et un casting sans machine de guerre. Je peux vous le dire : je suis ravie, ravie de voir que Tarantino peut faire du neuf sans que je décroche. Je suis toujours une fan de Tarantino ! Cool !

The Iron Laidy (La dame de fer) (Phyllida Lloyd, 2011)

Rien d'extraordinaire, mais j'aime bien Meryl Streep. En plus, je la comprends quand elle parle (en anglais s'entend). J'ai trouvé le film bizarrement structuré et trop court. Thatcher était à peine au pouvoir qu'elle n'y était déjà plus. Étrange.