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lundi, 11 avril 2016

C'est lundi...

Qu'est-ce que tu as lu ces dernières semaines ?

 Strate à gemmes, Terry Pratchett

Le livre a été écrit bien avant que l'auteur ne se lance dans les Annales du Disque-Monde. On est dans un univers plus de science-fiction classique... du moins au début. Car très vite va apparaître une planète plate, portée par des éléphants et dans laquelle la magie semble défier les lois de la physique. Bref, on est sur le Disque-Monde avant que le Disque-Monde ne prenne encore vraiment forme dans l'imagination de Terry Pratchett. Un pré-Disque-Monde. Du coup, le dépaysement n'est pas bien grand, et le mélange entre SF avec des vaisseaux spatiaux et des extra-terrestre et fantasy un peu déroutant.
J'ai évidemment eu un coup de cœur pour la shandie linguiste, extraterrestre monstrueux et hyper-pacifique qui devient fou au bout de quelques heures sans manger. (c'était pas possible que je ne sois pas fan du concept)

De bons présages, Terry Pratchett et Neil Gaiman

J'avoue n'avoir eu aucune idée avant de commencer ce livre de l’œuvre de Neil Gaiman, mais je suppose qu'il a réussi justement à apporter ce petit quelque chose qui me manquait toujours chez Terry Pratchett. Peut-être parce que l'univers est cette fois-ci complètement différent (pour de vrai, pas de Disque-Monde caché dans un coin, même si les 4 cavaliers de l'Apocalypse sont des personnages récurrents des Annales) mais De bons présages est de loin mon Terry Pratchett préféré !
On y suit la naissance de l'Antéchrist, l'arrivée de la fin des temps et des cavaliers de l'Apocalypse. Les deux personnages les plus sympathiques sont l'ange Aziraphale (qui était l'ange du jardin d'Eden et tient maintenant une librairie de livres ésotériques) et le démon  Rampa (qui était le serpent qui poussa Eve à manger la pomme et est à l'origine des bouchons sur l'autoroute à la sortie du travail), plus amis qu'ennemis, et qui aimeraient bien retarder un peu l'heure du Jugement dernier, la vie sur Terre au milieu des humains leur plaisant finalement assez bien.
Un gros coup de cœur que ce livre. Si je n'avais qu'un seul Terry Pratchett à recommander, ça serait celui-là.

Sorceleur, tome 3 : Le sang des elfes, Andrzej Sapkowski
Sorceleur, tome 4 : Le temps du mépris, Andrzej Sapkowski
Sorceleur, tome 5 : Le baptême du feu, Andrzej Sapkowski
Sorceleur, tome 6 : La tour de l'hirondelle, Andrzej Sapkowski

Je vous avais prévenu la dernière fois : monomaniaquerie aiguë.

La saga évolue beaucoup au cours du temps. Le premier tome était plus une série de tableaux qui posait un univers, nous montrait le quotidien d'un sorceleur, tout en jouant avec des références littéraires évidentes, introduisait des personnages...
Dès le deuxième tome, les bases de l'intrigue politique sont posées. C'est cette intrigue politique qui va devenir le moteur principal de l'action.
Dans les tomes 3 et 4, le personnage féminin de Ciri s'impose de plus en plus et le roman prend les accents d'un roman initiatique. Dans les tomes 5 et 6, le sorceleur devient presque secondaire, et Ciri est au centre de l'histoire. Je trouve ça presque dommage, parce que j'aime beaucoup Geralt (sans doute parce que dans le jeu vidéo, c'est lui qu'incarne le joueur du début à la fin, ne prenant que très rarement le contrôle de Ciri lors de flash-backs). J'aurais aimé que le personnage soit plus fouillé.

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L'extrait suivant se trouve dans le tome 4. L'empire du sud, le Nilfgaard a lancé une attaque contre les royaumes du nord limitrophes. Dans un des royaumes les plus au nord, Kaedwen, on s'aprête à une grande guerre contre le Nilfgaard.

Obligation pour nous d'être postés le long de la rivière Dyfna dans trois jours. Je répète, dans trois jours ; ça veut dire qu'on va y aller au pas de course. Et pas question de faire un seul pas au-delà de la rivière Dyfna. L'ordre est formel. Les Nilfgaardiens vont vite se montrer sur l'autre rive. Mais attention : pas de bataille. En aucune façon, compris ? Même s'ils essayent de franchir la rivière quelque part, vous vous contentez de vous montrer, vous leur faites voir nos emblèmes, pour qu'ils voient que c'est nous, l'armée de Kaedwen.
Dans la tente, le silence régnait toujours.
- Comment ça ? bredouilla enfin Bode. On ne doit pas se battre contre les Nilfgaardiens ? On va à la guerre ou pas ? Qu'est-ce que ça veut dire, monsieur le centenier ?
- Ce sont les ordres. On va pas à la guerre, on va juste... (Demipot se gratta le cou) juste apporter une aide fraternelle. On traverse la frontière pour assurer une protection aux gens du Haut-Aedirn... Oubliez ce que je viens de dire... Pas du Haut-Aedirn, mais de la Basse-Marchie. C'est ainsi qu'a parlé Sa Grâce le margrave Mansfeld. C'est comme ça, sermonna-t-il, Demawend a essuyé une défaite, il s'est planté, il s'est étalé de tout son long parce qu'il gouvernait mal et qu'il en avait rien à foutre de la politique. C'en est donc fini de lui et de tout le royaume d'Aedirn. Notre roi a prêté beaucoup d'argent à Demawend, parce qu'il l'avait aidé par le passé. Aujourd'hui, y faut pas abandonner un tel trésor ; il est temps de récupérer cet argent avec un pourcentage. Nous ne pouvons pas non plus permettre que nos pays et nos frères de Basse-Marchie soient faits prisonniers par Nilfgaard. Nous devons les libérer. Parce que la Basse-Marchie, c'est notre terre ancestrale, autrefois sous l'autorité du sceptre de Kaedwen. Et aujourd'hui, elles reviennent à Kaedwen.
[...]
- Monsieur le centenier, commença Zyvik en bégayant, qu'est-ce qui va se passer si... si l'armée d'Aedirn oppose une résistance ? Si elle nous barre la route ? Parce qu'on va tout de même traverser leur pays en armes...
- Et si nos pays et nos frères, souligna ironiquement Stahler, ceux qu'on doit comme qui dirait libérer... s'ils se mettaient à nous lancer des flèches et à nous jeter des pierres, hein ?
- Nous devons nous tenir le long de la Dyfna dans trois jours, dit avec insistance Demipot. Pas plus tard. Quiconque voudrait nous retarder ou nous arrêter serait, de toute évidence, un ennemi. Et les ennemis, il faut les abattre avec nos épées. Mais attention, prenez garde ! Suivez les ordres ! Ne brûlez pas les villages ni les bicoques, ne prenez pas leurs biens aux gens, ne pillez pas, ne violez pas les femmes ! Tenez-vous-le pour dit, vous et vos soldats, parce que celui qui désobéira à ces ordres ira à l'échafaud.
Le voivode l'a répété au moins une dizaine de fois : on ne va pas là-bas pour envahir le pays, putain, mais pour apporter une aide fraternelle ! Qu'est-ce que tu as à grincer des dents, Stahler ? C'est un ordre, crénom d'un chien !

Qu'est-ce que tu as vu ces dernières semaines ?

Nahid (Ida Panahandah, 2015)

C'est le film iranien dont on a un peu entendu parler ces derniers temps, fait déjà assez rare pour être noté. Je suis allée le voir, surtout pour entendre un peu de farsi et voir ce qui se fait dans le cinéma iranien "exportable".
Comme je m'y attendais, c'était assez déprimant. On nous y raconte l'histoire d'une femme divorcée qui tombe amoureuse d'un homme, mais ne peut pas l'épouser car elle n'a obtenu la garde de son fils que sous condition de ne pas se remarier. Beaucoup d'aspects de la vie courante iranienne sont abordés discrètement : la drogue (un énorme problème en Iran), la violence conjugale, les deux classes de la société iranienne (la classe moyenne aisée et progressiste et la classe démunie dévote et réactionnaire : c'était aussi un des grand thèmes de La séparation), la femme entretenue par son mari, l'enfant unique roi... Pour quelqu'un qui ne connaîtrait pas l'Iran, ça vaut vraiment le coup. Mais ca ne vous rendra pas heureux et guilleret pour le reste de la journée !
Dans le même genre, j'ai quand même préféré La séparation. C'était beaucoup plus prenant.

Das Leben der Anderen (La vie des autres, Florian Henckel von Donnersmarck, 2006)

Un grand classique, je ne l'avais pas revu depuis un moment. Un joli mélange de conte et de reconstitution historico-politique très réaliste. C'est une grande réussite. Ulrich Mühe est vraiment formidable (et quel dommage qu'il soit mort si peu de temps après).

Oh, et puis voir un bon film dans Berlin, ça fait toujours plaisir.

dimanche, 10 avril 2016

La vidéo du mois d'avril

Ca fait déjà plus d'un an que je me suis mise à regarder pas mal de vidéos sur internet. Je ne parle évidemment pas d'épisodes de séries (j'en regarde très peu) ou de films (je ne regarde à peu près jamais de films sur internet), mais de chroniques, petites vidéos et rendez-vous quotidiens ou hebdomadaires de "youtubeurs" (ils sont en effet le plus souvent sur youtube, même si ce n'est pas un critère). Parmi eux, il y a (beaucoup) de vulgarisation scientifique, des let's playeurs, de la critique littéraire ou cinéma...

J'ai eu envie de partager mensuellement les "meilleures" vidéos avec vous. Il y a en effet de vraies petites perles, et je n'aime pas trop partager ce genre de choses sur Facelook. Or, ces vidéos sont en fait très représentatives de ce à quoi j'utilise mon temps libre en semaine, une fois ma journée de travail terminée et une fois rentrée de l'entraînement de sport.

Je vous préviens que, même si j'intitule ces posts "vidéo du mois", il ne s'agit pas forcément d'une vidéo sortie ce mois-ci. Plus vraisemblablement, il s'agira d'une vidéo que j'ai vue dans le mois, et qui peut donc être beaucoup plus vieille. Et ce ne sera même pas forcément le cas.

Pour bien commencer, voilà un de mes chouchous, Usul. Après s'être fait connaître avec des vidéos très drôles dans l'univers du jeu vidéo, il a complètement changé de ton et produit maintenant une série "mes chers contemporains", des vidéos politiques très sérieuses et très honnêtes. Toutes sont excellentes (la précédente sur Lordon était suuuuper). Voici le sixième volet, et la vidéo est intitulée "le salaire à vie":

jeudi, 07 avril 2016

On peut pas rêver mieux

Ce lundi, Konfus venait à la fac.
C'était le branle-bas de combat, étant donné qu'il n'était plus venu en personne depuis le début de l'inter-semestre et que, depuis, son changement de fac a été confirmé. À partir de la mi-avril, il ne sera officiellement plus professeur à la fac du sud, mais à la fac du centre. Toutes les demandes de vacances, d'achat de livres pour la bibliothèque et autres formalités administratives doivent donc être signées MAINTENANT sinon ça sera trop tard.

(Ne me demandez pas qui devra me signer mes autorisations de vacances pour cet été...)

Je voulais poser deux jours la semaine prochaine pour venir au baptême du bébé de Winnie.
Konfus a dit que comme ça tombait pile le week-end où il fêtait son anniversaire, il m'avait refusé ces deux jours. Comme ça, j'étais obligée de rester et de venir à son anniversaire.
Puis il a rigolé. (Bien entendu, c'était une blague. Qu'il est drôle ce Konfus !)

La confirmation définitive de son changement s'est fait un peu en dernière minute, et les services administratifs sont un peu en surchauffe. Le deuxième semestre commence dans une dizaine de jours, c'est la panique totale dans les deux facs.
En ce qui concerne "mon" projet de recherche, Konfus fait son possible pour accélérer les choses (étant donné que les deux collègues de la fac de G., qui forment la seconde moitié du projet, ont déjà commencé depuis octobre). Mais il faut d'abord que Konfus soit officiellement professeur à la fac du centre, que la fac accepte officiellement d'accueillir le projet (officieusement, c'est déjá réglé, mais encore faut-il signer tous les papiers), puis de me prendre sur le poste. Tout ça prend du temps, et ne sera sans doute pas réglé avant mai.

Pour le moment, je n'ai donc aucune date de début de mon second contrat. Mais une fois que cela sera signé, j'aurai deux mi-temps : mon mi-temps actuel à la fac du sud (enseignement et recherche) et un mi-temps à la fac du centre (projet de recherche).
Tous ceux à qui j'en parle ouvrent des yeux ronds. Être employée à 100% en prae-doc, quelle chance ! Et dans un projet qui correspond à mon sujet de thèse qui plus est. Et à la fac du centre en plus !

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Je n'en avais pas du tout conscience, mais le nom de cette fac fait grande impression sur tout le monde. Je ne savais pas qu'il y avait une telle différence de prestige entre les deux facs (même si a posteriori ça m'explique le choix de Konfus). Même ma maman était très contente. Et même Aie, la prof de Paris, lorsque je lui ai dit que je serai doctorante de la fac du centre, a levé les sourcils (je l'ai vu).

En parlant de Aie, je lui ai fait ma demande officielle. Demande qu'elle a acceptée (avec un grand sourire, en plus).
Aie est donc maintenant ma deuxième directrice de thèse. Ou comme on dit ici : ma mère de doctorat.

Mon père de doctorat et ma mère de doctorat sont tellement les meilleurs dont on puisse rêver que ça me fait presque peur. C'est qu'il faut se montrer à la hauteur de pointures pareilles !
Si j'ai un nouveau bureau à la fac du centre, en plus, je serai voisine de bureau avec Tonio. Qui est donc, si j'ai tout suivi, mon demi-frère de doctorat (ben oui, on a le même père de doctorat mais pas la même mère de doctorat). Lui, de son côté, s'est rendu compte qu'il était obligé d'avoir fait sa soutenance avant le semestre prochain. Depuis, il ne donne plus signe de vie. Il doit être le nez plongé sur son ordi 24h/24, le pauvre. Un jour, ça sera aussi mon tour. Joie et bonheur !

lundi, 08 février 2016

C'est lundi...

Qu'est-ce que tu as lu de nouveau ?

Chroniques martiennes, Ray Bradbury

Un grand classique, très agréable. Lorsque Ray Bradbury imagine le futur (la découverte et conquête de la planète Mars par les humains), sa vision est à la fois datée et complètement indémodable. Sans doute parce que tout est très drôle et absurde, même si parsemé de quelques accents hippies assez charmants.

Le crime du comte Neville, Amélie Nothomb

Agréables souvenirs de lecture. Pas sa plus grande réussite.

Les Dits de Bistami (shatahât), Abû Yazid Bistami (traduits par Abdelwahab Meddeb)

Abû Yazid Bastami (ou Bistami) est l'un des premiers soufis, le premier vrai mystique iranien à mon sens. Il est assez peu connu et assez peu étudié, même si l'on reconnaît en général qu'il est celui qui a introduit une influence brahmanique (un peu bouddhiste sur les bords) dans le soufisme. On le connaît par les shatahât (traduit ici par "dits") que l'on peut grappiller dans les témoignages de ses disciples.

Je vis le Seigneur de Gloire en rêve. Je lui dis :
- Comment aller vers Toi ?
Il répondit :
- Laisse ton moi et viens.

J'avais décidé pour mon cours de littérature iranienne de faire un travail sur Bastami en comparant ses shatahât avec ce que Bergson a pu dire sur les mystiques chrétiens dans les deux sources de la morale et de la religion. L'angle d'approche, sans être grandement original, me semblait une bonne occasion de me plonger dans Bergson et d'avoir quelque chose d'intéressant à dire. Je vous épargne mon plan en trois parties, mais en conclusion, il y avait beaucoup de similitudes. Même si Bastami a ses marottes personnelles (et que quelques légendes superstitieuses se mêlent aux shatahât), on retrouve chez lui la plupart des concepts clés du mysticisme : la "nuit obscure" à la Saint Jean de la Croix, l'abandon du moi pour former une unité avec Dieu (où on retrouve l'influence bouddhiste), le rejet de ce que Bergson appelle la "fonction fabulatrice" (les superstitions et la fermeture de la foi en institution)...
Bref, c'était un travail un peu bâclé (j'avais pas trop que ça à faire) mais intéressant.

Je me suis plongé dans l'océan de la gnose jusqu'à atteindre le palier de Muhammad. Et j'ai vu entre lui et moi mille stations. En m'approchant de l'une d'elles, je fus brûlé.

Il faut bien entendu dire un mot sur le livre lui-même, sans lequel je n'aurais pu travailler. Bastami était un soufi iranien, mais ses shatahât sont tous en arabe, et je n'aurais jamais eu accès aux textes sans une bonne traduction. Quel ne fut pas mon bonheur en recherchant un sujet de découvrir que mon chouchou personnel, Abdelwahab Meddeb, avait édité une traduction presque exhaustive des shatahâts en français. Abdelwahab Meddeb venait alors juste de mourir (il est mort juste avant l'attentat contre Charlie Hebdo (heureusement pour lui, peut-être)) et j'étais encore sous le choc. Il animait depuis des années l'émission "Cultures d'Islam", merveilleuse en tous point. C'était une de mes personnalités préférées, sans conteste ; j'aimais son approche de l'Islam, sa passion pour le soufisme (qu'il m'a transmise), ses prises de positions toujours très claires sur l'actualité et sur certaines questions théologiques. Je connais mal son activité de poète et d'écrivain, je suis persuadée que ce seront de belles découvertes à venir.

Le guet des Orfèvres, Terry Pratchett

Les riches étaient riches, concluait Vimaire, parce qu'ils parvenaient à dépenser moins d'argent.
Tenez, les bottes par exemple. Il gagnait trente-huit piastres par mois plus les indemnités. Une très bonne paire de bottes en cuir coûtait cinquante piastres. Mais une paire abordable, du genre à tenir une saison ou deux avant de prendre autant l'eau qu'une éponge dès que le carton rendait l'âme, en coûtait à peu près dix. C'était ce modèle que Vimaire achetait toujours à portait jusqu'à ce que la semelle devienne si mince qu'il arrivait à deviner dans quelle rue d'Ankh-Morpork il se trouvait par nuit de brume rien qu'au contact des pavés.
Mais ce qu'il faut dire, c'est que des bonnes bottes duraient des années et des années. L'acheteur en mesure de débourser cinquante piastres pour une paire de bottes gardait les pieds au sec au moins dix ans, alors que le miséreux qui ne pouvait s'offrir que des bottes bon marché dépensait cent piastres dans le même laps de temps et se retrouvait quand même les pieds mouillés.
C'était la théorie "bottière" de l'injustice socio-économique du capitaine Samuel Vimaire.

Accros du roc, Terry Pratchett

Les tribulations d'un mage en Aurient, Terry Pratchett

Selon le philosophe Ly Tin Wheedle, on trouve le chaos en plus grande abondance partout où l'on recherche l'ordre. Le chaos l'emporte sur l'ordre parce qu'il est mieux organisé.

Masquarade, Terry Pratchett

Pieds d'argile, Terry Pratchett

5 autres tomes du Disque-Monde, tous inventifs, drôle, et intéressants.
Au bout de dix-neuf tomes, il n'y a plus de grosse surprise et on sait à peu près à quoi s'attendre. Mais je suis toujours heureuse de retrouver Mémé Ciredutemps ou Carotte et de voir où leurs nouvelles aventures vont les mener, sachant que je ne m’ennuierai pas.

Ada ou l'ardeur, Vladimir Nabokov

Il n'est sans doute pas besoin de présenter le couple incestueux le plus célèbre de la littérature mondiale. Essayer de résumer l'histoire serait sans aucun intérêt. Nabokov ne raconte pas une histoire, il déploie une cartographie intellectuelle, un long tissu de mots qui se déroule.
On aurait tord de s'attendre à 600 pages de récit érotique. L'érotique (exclusivement masculin) est présent tout du long, et c'est loin d'être ce que Nabokov fait de moins bien, mais toutes les circonvolutions littéraires ou entomologiques ne sont pas là que pour remplir du vide. Comme chez Proust (qu'il cite d'ailleurs à tout va), il faut juste se laisser porter...

Ada, sans daigner apaiser les craintes de sa mère, continuait son discours : "Fort heureusement, ce matin même, notre érudite gouvernante qui fut aussi la tienne, Van, et qui..."
(C'était la première fois qu'elle prononçait son nom ... dans une leçon de botanique !)
"... et qui est passablement sévère pour les "traditeurs" anglo-saxons et pour les bourdes - bien que je la soupçonne de nourrir son zèle de considérations plus chauvinistes que morales - a bien voulu attirer mon attention, ma papillonnante attention, sur quelques superbes "défleuraisons" comme tu les appelles, Van, commises par un Mr. Fowlie dans la version soi-disant littérale (et qualifiée par Elsie de "sensible" - sensible ! - dans un récent article élogieux) du poème de Rimbaud,
Mémoire, que par bonheur et comme avec prescience, elle m'a fait appendre par cœur, quoique je le soupçonne de préférer Musset ou Copée."
Van cita triomphalement : "... les robes vertes et déteintes des fillettes..."
"Egg-zactly (imitation de Dan). D'ailleurs Mlle Larivière ne me permet de lire Rimbaud que dans l'anthologie Feuilletin (c'est sans doute celle que tu possèdes). Mais j'ai l'intention de me procurer au plus tôt les œuvres complètes. J'ai bien dit au plus tôt - beaucoup plus tôt qu'on ne le pense. Mademoiselle, soit dit en passant, ne va pas tarder à descendre. Il ne lui faut plus que le temps de border Lucette, notre roussette chérie, qui devrait à cette heure avoir revêtu pour la sieste sa chemise de nuit verte...
- Angel moi, objecta Marina, je suis sûre que Van ne s'intéresse pas aux chemises de nuit de Lucette...
- ... verte du vert des saules et compté les petits moutons de son ciel de lit (que Fowlie traduit par "sky's bed" au lieu de "bed ceiler"). Pour en revenir à notre fleur infortunée, le faux louis d'or de cette anthologie de français salopé, c'est, sans conteste, la métamorphose idiote de soucis d'eau (notre
marsh marigold) en "care of the water", "sollicitude de l'eau", alors que Fowlie avait à sa disposition des douzaines de synonymes comme mollyblob, marybud, maybubble et toutes sortes d'autres sobriquets associés à ce qu'on appelle "fête de la fécondité", quoi que puissent bien être ces fêtes.
- Réciproquement, dit Van, on imagine sans peine une Miss Rivers, pareillement bilingue, collationnant sur l'original une version française, disons le
Garden de Marvell...
- Oh..., s'écria Ada, je puis fort bien te réciter
Le Jardin dans ma transversion personnelle... voyons un peu...
   En vain on s'amuse à gagner
   L'Oka, la Baie du Palmier...
- ... to win the Palm, the Oke or Bayes !" hurla Van.
"Vous savez, mes enfants", dit Marina, qui, cette fois, les interrompit résolument et leva ses deux mains dans un geste pacificateur, "quand j'avais ton âge, Ada, et que mon frère avait ton âge, Van, nous parlions de croquet, de poneys, de chiots, de la dernière fête d'enfants, du prochain pique-nique, oh ! d'un million de choses, toutes gentilles et toutes normales, mais jamais, au grand jamais, de vieux botanistes français ou Dieu sait quoi encore..."

Sorceleur, tome 1 : Le dernier voeu, Andrzej Sapkowski
Sorceleur, tome 2 : L'épée de la Providence, Andrzej Sapkowski

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Avec le sorceleur, attention : on pénètre sur le terrain de ma monomanie du moment.

L'été dernier est sorti le troisième volet du jeu vidéo "The Witcher". Je ne suis pas une joueuse de jeux vidéos, mais j'ai pas mal d'amis qui le sont, et je prends beaucoup de plaisir à regarder des "let's players" (des gens qui jouent aux jeux vidéos et mettent en ligne leur jeu). On m'avait montré un jour la cinématique d'introduction du jeu, qui promettait énormément. Je me suis donc précipitée sur les vidéos de let's play lorsqu'elles sont arrivées.
En ce qui me concerne, le jeu a dépassé toutes mes attentes. Ce jeu est une véritable œuvre d'art, et une prouesse de design. L'imagination des concepteurs du jeu dans le design des montres ne semble pas avoir de limite. Les décors sont magnifiques et soignés, les animations sont formidablement bien faites, les combats sont très fluides, la musique du jeu est magnifique elle aussi, et bien entendu le scénario est bien bien supérieur à ce qui se fait habituellement en jeu vidéo. J'en suis actuellement à une bonne cinquantaine d'heures de visionnage (!!!) et je ne m'en lasse pas.

Les jeux vidéos sont en effet tirés d'une saga de fantasy de Andrzej Sapkowski qui a eu elle aussi un franc succès. Joker (qui était déjà coupable pour la cinématique de début) m'a filé les deux premiers tomes. Et heureusement que je passe bientôt chez Manu et Joker pour leur voler la suite, parce que je trépigne d'impatience.

Donc l'histoire : dans un monde de fantasy aux accents médiéval et dans lequel les humains vivent aux côté de nombreux non-humains (nains, elfes, moires, dragons, goules, zeugles, etc.), parfois pacifiquement, parfois en conflit, il existe une caste particulière qui est celle des sorceleurs. Les sorceleurs sont des "mutants", humains soumis à des traitements chimiques et magiques durant leur enfance qui leur donnent (du moins à ceux qui survivent à ces traitements) des capacités spéciales. Les sorceleurs sont les seuls capables de détruire les non-humains hostiles à l'homme. Le héros de la saga est un sorceleur, Geralt de Riv. Cette espèce de cow-boy solitaire parcourt les différents royaumes de ce monde en quête de contrats de sorceleur, de plus en plus rares. Les temps sont durs, une guerre sanglante approche et une grande hostilité monte, contres les non-humains, contre les sorceleurs, contre les mages et les sorcières. La saga développe, en plus de la vie de Geralt, tout un arrière-plan politique et on se prend au jeu très facilement.

Une des choses qui me plaisent beaucoup dans cette saga, c'est qu'elle me semble prendre vraiment en compte le monde actuel. Il n'est pas question ici de fuir la réalité en se plongeant dans un monde de fantasy avec des nains et des sorcières. J'ai tout de suite apprécié le côté très adulte à la fois du jeu vidéo et de la saga. Même si certains passages sont empreints de bons sentiments un peu faciles, l'ambiance générale est assez sombre. Geralt ne se fait jamais d'illusion sur la volonté de pouvoir des puissants et la méchanceté des foules. S'il essaye de passer à travers les événements sans y prendre part, il est souvent forcé de prendre parti malgré lui dans les conflits auquel il est mêlé. Pas de bons et de méchants autour de lui, pas même du côté des monstres. Les conflits sont souvent issus de haines ethniques absurdes et qu'il semble qu'il serait si simple de régler avec un peu de bonne volonté que nous ne pouvons que nous identifier à Geralt, que sa condition de sorceleur place en marge des événements.
Pour moi ce livre est donc vraiment un produit de notre époque (le premier tome est sorti en 2007 et le dernier devrait sortir en 2017), j'y vois l'influence de la société polonaise (un regard vraiment très européen) et des problématique de ma génération (aussi bien sûr dans la sexualité qui est très présente à la fois dans la saga et dans le jeu vidéo).

Bref, je m'emballe, mais je vous avais prévenus : alerte monomaniaquerie aiguë !
Si vous voulez voir la magnifique cinématique de début pour vous faire une idée de ma beauté du jeu (mais j'ai bien dit que c'était ADULTE, alors venez pas vous plaindre après !), c'est cadeau :

Qu'est-ce que j'ai vu de nouveau ?

Nostalgie de la lumière (Patricio Guzmán, 2010)

Le bouton de nacre allait sortir au cinéma, et Patricio Guzmán était invité dans le cadre d'un événement organisé par l'université de Paris 7 à venir discuter de son ancien film, Nostalgie de la lumière. Jean Claude Ameisen était de la partie. Dans Sur les épaule de Darwin que je venais de lire, il ne tarissait pas d'éloges sur ce film. A moitié un film documentaire (mais sur quel sujet ?) à moitié contemplation poétique, le film explore une partie du désert chilien d'Atacama. Dans ce désert se trouvent les plus grands télescopes au monde. Dans ce désert se trouvent aussi les corps d'hommes exécuté sous Pinochet et dont les femmes continuent de chercher la trace. Patricio Guzmán met en résonance tout cela. Et c'est très très beau.

J'ai été très marquée par ce film, même si je ne m'en suis pas rendu compte immédiatement. Les images restent en tête, même des mois après. J'ai l'impression d'avoir vécu quelque chose.

Le nouveau stagiaire (Nancy Meyers, 2015)

Ça fait partie des choses que je ne peux faire qu'à Paris : me laisser entraîner par des amis à aller voir des films que jamais de la vie je n'aurais été voir. Même si j'aime bien Anne Hathaway et De Niro, jamais de la vie je n'aurais été voir cette comédie "les vieux sont nos amis, il faut les aimer aussi".

C'était charmant, j'ai passé un bon moment (parfaitement oubliable, mais avec mes amis).

Spectre (Sam Mendes, 2015)

Comme pour le film précédent, c'est Yoda et sa copine qui sont cause que je suis allée voir le dernier James Bond.
"On va voir Spectre, tu veux venir ?
- Oh oui ! C'est quoi, Spectre ?
- Comment ça, "c'est quoi" ? Mais c'est le nouveau James Bond !
- Ah... bon, ben, oui quand même..."

J'ai failli y croire au début. Parce qu'il y avait Monica Belluci qui aurait pu renverser les clichés de la James Bond girl. Parce que quand j'ai vu le premier plan-séquence du film, j'avais les yeux écarquillés de bonheur. Ce plan-séquence était tellement grandiose, l'animation de la fête des morts était tellement bien mise en scène, les mouvements de caméra tellement fluides et osés, Daniel Craig tellement swag et le rythme tellement bien dosé que j'y ai vraiment cru.
Mais non, visiblement, ils avaient tout donné dans la première séquence et étaient à court d'idée pour la suite, Monica Belluci apparaît trois minutes dans un rôle sans intérêt et tout le reste est gnangnan gnangnan gnangnan.
Rien à sauver.
À part le premier plan-séquence.

La famille Bélier (Eric Lartigau, 2014)

Dans ce film encore, rien à sauver. Sauf bien sûr LA séquence (quasi) finale d'audition ou Louane chante pour accomplir son rêve et pour sa famille. Belle scène bien trouvée, à cause de laquelle visiblement tout le film a été fait. Mais une scène pour faire un film, c'est un peu léger. Je n'ai accroché à rien du tout de cette histoire, ni à l'humour, ni aux acteurs. Et mon amour pour Sardou étant très relatif, ca n'arrangeait rien.

El Club (Pablo Larraín, 2015)

Je suis contente de savoir que ce film existe, de savoir qu'il est possible, au Chili (encore !), de faire ces films-là et d'oser y dire ce que Pablo Larraín y dit. Je n'ai pas du tout accroché, et je n'en garde qu'un souvenir vague.
Mais l'alchimie aurait pu prendre. Il y avait pas mal d'éléments vraiment originaux, des acteurs formidables. C'était juste pas mon film.

La prophétie des grenouilles (Jacques-Rémy Girerd, 2003)

Un petit tour à la cinémathèque avant de quitter Paris. J'avais oublié que j'avais déjà vu ce film.
Il manque un petit quelque chose à ce film, qui est vraiment plein de qualités. Un petit quelque chose qui ferait qu'il soit super.
Un des meilleurs choix de casting de ce film, c'est la voix de Galabru pour l'éléphant râleur bloqué au premier étage. Il est vraiment formidable. J'ai plein de souvenirs de bonheur liés à la voix de Galabru. Une de mes voix préférées au monde. Dans ce mois de janvier qui a vu mourir tant de personnalités, c'est bien lui que je regrette le plus...

Pour qui ne connaîtrait pas la prophétie des grenouilles : il s'agit d'une variation de l'arche de Noé aux temps actuels. Les grenouilles ont refait leurs calculs et sont formelles : il va pleuvoir pendant quarante jours et quarante nuits. Elles arrivent à informer à temps la famille de Ferdinand, de sorte que les animaux alentours (ceux de la famille et du zoo voisin) vont réussir à embarquer au bord d'une arche un peu hors du commun. Heureusement, Ferdinand avait mis de côté des kilos et des kilos de patates. Les poules sont ravies. Les cochons aussi. Mais les animaux carnivores n'y trouvent pas vraiment leur compte et commencent à reluquer les poules avec appétit...
C'est vraiment une histoire pour les plus petits, et très bien adaptée de ce point de vu là.

My skinny sister (Sanna Lenken, 2015)

L'histoire de la crise d'anorexie de Katja, vue par les yeux de sa petite sœur Stella.
Le film n'évite pas quelques maladresses, mais les personnages sont bien campés. On comprend très vite les lubies un peu bizarres de Stella. Sa grande sœur, Katja, remporte brillamment des compétitions de patinage artistique, mais la pression la rend nerveuse et la fait plonger dans l'anorexie.

Le film retrace assez justement les crises chaotiques de l'anorexie. Un coup Katja se fait vomir, un coup elle n'avale plus rien, puis tout va bien et elle mange des sandwichs, avant la prochaine crise etc.
Il me semble que c'est assez proche de ce qui peut se vivre à l'adolescence. Katja est plutôt bipolaire et insatisfaite chronique qu'anorexique. Stella, elle, est un peu dépassée par les événements et surtout ignorée par tout le monde, Katja monopolisant sans cesse l'attention.
La conséquence est que le film est un peu brouillon. Ce côté déstabilisant est sans doute voulu, mais nuit au film.

Sanna Lenken, qui a elle-même été anorexique, s'est inspirée de sa propre petite sœur dans ce film.
Le changement de perspective est intéressant, mais le film ne décolle jamais vraiment.

Le garçon et la bête (Mamoru Hosoda, 2015)

Le générique ne fait pas vraiment honneur au film, qui est bien plus intéressant que la présentation ne pourrait le laisser penser. Le film joue habilement avec les codes du shônen japonais, en les respectant tout en les prenant à rebrousse-poil. Au final, on n'arrive pas très bien à savoir si on a vu un shônen de plus (le shônen, c'est le manga "pour garçons", dans lequel on a typiquement un jeune homme ou un enfant qui va affronter des épreuves de plus en plus difficiles, et en s'améliorant devenir un homme accompli) ou si on a vu quelque chose de complètement original. On a un sentiment de déjà-vu, mais un déjà-vu nouveau. Typiquement japonais, dans le fond.

J'ai trouvé le dessin animé magnifique. Le dessin surprend un peu dans les premières minutes, il est beaucoup moins lisse et joli que ce que ferait un Miazaki. Mais l'utilisation des couleurs et des effets spéciaux rend certaines scènes fascinantes (la scène d'introduction est un chef d’œuvre).

Je n'ai pas tout compris à l'histoire, le film invitant à être revu plusieurs fois. Je me suis demandée d'ailleurs à quel public pouvait bien s'adresser ce film. La première partie, celle où Kutya est enfant et va quitter le monde des hommes et rencontrer son maître, est trop cousue de film blanc et trop gentiment rigolote pour ne pas être destinée à un public enfant. Dans un deuxième temps, Kutya devient adolescent et soudain les problématiques changent et le ton devient très sérieux. Certaines scènes sur la fin sont un peu impressionnantes pour un enfant. J'ai beaucoup aimé ce changement de ton, mais je ne pense pas qu'un enfant y trouverait son compte. D'autre part, un ado trouverait sans doute le départ du film trop "gamin".

Un très chouette film quand même, du bon dessin animé intelligent comme les japonais savent en faire.

mardi, 27 octobre 2015

Des nouvelles

J'arrive enfin à poster cette vidéo... deux semaines après l'avoir tournée. Comme nouvelles fraîches, on a vu mieux, mais j'ai eu un mal fou à la faire. Ca promet pour les vidéos de Singapour !

lundi, 05 octobre 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Nobliaux et sorcières, Terry Pratchett

Sur les épaules de Darwin - Les battements du temps, Jean Claude Ameisen

Je n'ai pas trop aimé le style d'écriture un peu pseudo-poétique sans raison, mais cela reste un livre plein d'informations passionnantes, que Jean Claude Ameien a beaucoup de talent à mettre en raisonnance les uns avec les autres. Je reste fascinée par tout ce que j'ai appris sur les oiseaux. Les oiseaux ressemblent tellement aux hommes !

Sans état d'âme, Yves Ravey

Depuis que j'ai lu pour la première fois du Yves Ravey, je me jette sur tout ce qu'il peut écrire. Un notaire peu ordinaire reste quand même son meilleur roman.

Qu'est-ce que j'ai vu ces trois dernières semaines ?

Much Loved (Nabil Ayouch, 2015)

On a bien sûr entendu parler de ce film à cause de l'interdiction dont il a fait l'objet au Maroc, pays où se situe l'histoire de ce film. Nous y suivons trois (puis quatre) prostituées dans leur quotidien.
J'ai apprécié le visionnage, sans pouvoir dire que c'est un film inoubliable. Il m'a manqué peut-être un certain enjeu, l'impression de vraiment suivre une histoire (une fois le film terminé, je me suis rendu compte qu'il y a avait vraiment un développement d'histoire, avec un début, une escalade, un pic et une chûte, mais tout au long du film j'avais plutôt l'impression d'une suite aléatoire d'évènements). On assiste quand même à un certain tableau de la société (qui correspond peut-être à une réalité, peut-être pas, je peux difficilement en juger). La prostitution est montrée sous son aspect le plus quotidien, sans trop de dénudés complaisants ni d'humour gras. Les trois personnalités sont intéressantes, avec leurs qualités et leurs défauts. Elles sont dépendantes et gardent la tête haute. Certainement pas un film mysogyne.

Vice Versa (Disney/Pixar : Pete Docter et Ronaldo Del Carmen, 2015)

Le dernier Disney m'a énormement plu. Je l'ai trouvé inventif, original, super bien adapté aux petits et marrant aussi pour les grands. Avec cette histoire très simple (il ne se passe rien d'extraordinaire, c'est juste l'histoire d'une petite fille qui grandit et doit un jour déménager), on sort enfin des morales habituelles (l'amour est plus fort que la mort, l'amitié est plus forte que la mort, être riche c'est pas important, être beau c'est pas important...) pour enfin part un peu explorer des choses plus profondes. Qu'est-ce que ca veut dire, grandir ? Faire le deuil de l'enfance, accepter d'avoir des déceptions...
Vous connaissez déjà sans doute le principe, qui me laissait sceptique au début mais fonctionne très bien : nous sommes dans le cerveau de la petite Riley, et cinq émotions sont aux commandes.
Les cinq émotions sont bien sûr des personnages assez unidimensionnels (c'est le principe), et leur combinaison permet de dessiner un personnage de Riley plein de nuances, ce qui est très réjouissant. Je regrette seulement les petites incursions dans d'autres cerveaux extérieurs, très caricaturales et sexistes, placées là pour lancer quelques blagues faciles.
Je regrette aussi un peu que les scénaristes aient inventé un univers si bien trouvé, si abordable, si plein de détails intéressants (et d'autant que je peux en juger, pas mal de détails qui reflétent vraiment le fonctionnement de la mémoire ; il semble y avoir un vrai travail de recherche sous ce film), pour à plusieurs reprises se contredire et rajouter des évènements qui ne sont pas dans la logique de cet univers. Bien sûr, le but n'était pas de faire un il était une fois la vie sur le cerveau, mais je suis sûre que le film aurait pu rester dans sa propre logique tout du long.

Mais vraiment, globalement, une grande réussite que ce dessin animé.

Vous n'avez encore rien vu (Alain Resnais, 2012)

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Je n'arrive pas encore à bien comprendre le principe du film, pourquoi avoir fait cette étrange triple version de l'Eurydice de Anouilh. Bon d'accord, le couple jeune (Vimala Pons et Sylvain Dieuaude), le couple d'âge mûr (Anne Consigny et Lambert Wilson) et le vieux couple (Sabine Azéma et Pierre Arditi), mis en résonnance dans une pièce sur le temps et la mort, oui, je vois bien un peu - vaguement - qu'il y a une logique...

Dans la globalité, il n'y a pas équilibre des rôles, puisque ce sont Azéma et Arditi qui monopolisent les plans (ils sont super, je ne dit pas, mais quitte à faire une pièce croisée, pourquoi nous avoir privés autant de Lambert Wilson (non mais zut, quoi, Lambert Wilson !)).

J'avais oublié ce texte de Jean Anouilh. Dingue, ce texte. Comme tout ce que fait Jean Anouilh, mais dingue quand même.
Et je voulais aussi rajouter : Michel Piccoli crève l'écran. Dingue, dingue, dingue.

lundi, 14 septembre 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que tu as lu ces huit dernières semaines ?
La petite paroisse, Daudet
Du Daudet qui ne me fait pas du tout penser à du Daudet. C'est un mélange entre une écriture très classique, un propos assez moderne ou du moins inattendu, et le résultat est agréable à suivre (livre audio pendant le déménagement).

Des couples, Maurice Leblanc
Un recueil de nouvelles charmant et pas piqué des hannetons...

Couchsurfing im Iran, Stephan Orth

Ce livre était le cadeau de départ offert par mon groupe de travail (Comme je m'étonnais qu'on m'offre un cadeau "de départ" puisque j'allais juste passer 4 mois à Paris, mon prof m'a lancé "Ah ben oui, au fait, t'es virée, on te l'avait pas dit." Les Allemands ont le sens de l'humour.)
Stephan Roth est journaliste et a voulu faire expérience de passer quelques temps en Iran en utilisant le Couchsurfing, interdit en Iran mais tout aussi pratiqué que dans le reste du monde. Il relate cette expérience dans ce livre. Le livre est bourré d'anecdotes marrantes sur son séjour en Iran, le genre d'anecdotes que n'importe qui ayant passé un peu de temps en Iran pourrait vous raconter. Ceux qui ne connaissent pas l'Iran découvriront le quotidien inattendu des iraniens "normaux" et ceux qui y ont été pourront se marrer des petits détails relevés par Stephan Roth et se dire "ha ha, il m'est arrivé ex-ac-te-ment la même chose !".
Pas un livre renversant, mais assez sympa.

Les habits noirs, Paul Féval

J'ai eu du mal à vraiment me passioner pour les personnages nombreux des différentes histoires qui composent les habits noirs. L'idée de rassembler des histoires que seuls les "méchants" relient entre elle n'est pas une mauvaise idée, ni le fait de bousculer sans cesse la chronologie. Mais j'avais plutôt l'impression de lire un livre pour enfants avec des personnages assez basiques.
J'ai beaucoup apprécié la langue bizarre, parlée et alambiquée, de Similor et Échalot.

Échalot ne répliqua pas tout de suite ; il pressa l’enfant contre son cœur avec une véritable tendresse et mit un long baiser sur sa pauvre joue blême.
– Fais silence, Amédée ! prononça-t-il solennellement. Tu blasphèmes ! L’enfant est plus à moi qu’à toi, car je l’ai nourri de mon laitage ! J’entrerai, s’il le faut, dans une voie criminelle ; je n’ai pas froid aux yeux, et suis prêt à violer les lois arbitraires faites par les tyrans. C’est mon caractère ! Mais faudra que tu me passes au travers du corps, entends-tu, pour nuire au petit ; j’ai son plan d’éducation tout fait, et je lui laisserai intégralement mon héritage !
– Pour sensible, tu es sensible ! dit Similor attendri. Mais si l’impotent était pair de France ? Si ça faisait le bonheur de Saladin pour tout son avenir ? et qu’il nous protégerait par la suite… Que nous irions le voir à son château, sur l’impériale, et qu’il nous mettrait des bourses dans la main, sachant le secret de sa naissance qu’on cacherait à l’univers entier… On ferait semblant de rien en entrant, mais on s’épancherait dans son cabinet, loin des regards de la foule. Bonjour, papa Similor ! Ça va bien, maman Échalot ?
– Enchanteur ! murmura ce dernier, qui pleurait et qui riait à la fois. Comme tu manies la parole avec adresse. Pour son bonheur, vois-tu…
Il s’arrêta et reprit :
– Mais s’il allait nous renier plus tard ?
– Impossible ! protesta Similor. Je ne dis pas qu’il nous embrassera dans la rue. Ça ne serait pas raisonnable… mais il nous fera des petits signes amicaux du sein de son carrosse.
– Je n’en demande pas davantage ! soupira tendrement Échalot.

Jeanne de Naples, Alexandre Dumas

Un des premiers romans de Dumas, qui n'a pas encore le souffle de ce qu'il pourra faire plus tard.

Métro 2033, Dmitri Gloukhovski

L'idée de départ de ce roman post-apocalyptique est un coup de génie. La terre a été dévastée par une attaque nucléaire (le comment du pourquoi n'a aucune importance) et les survivants de Moscou ont organisé une nouvelle vie dans le métro. Chaque station est une sorte de petite ville, les communications se font au long des couloirs des différentes ligne. Un plan du métro moscovite suffit à nous plonger dans cet univers, qu'on arrive immédiatement à apréhender. Le métro moscovite pourrait être celui de Paris, de Londres, de Berlin... c'est une sorte d'universel qui explique pourquoi le roman a eu un tel succès.
Des fissures ou accidents de tout genre peuvent laisser entrer des créatures ostiles, mutations terrorisantes des rares bêtes (ou humains ?) ayant survécu à la surface. On ne sait rien de ces créatures, ce qui rend e danger à la fois omniprésent et doublement angoissant. À cela viennent s'ajouter les guerres internes entre les différentes stations de métro, l'histoire humaine se répétant inlassablement. Comment avoir un meilleur poit de départ pour un bon roman ?

Malheureusement, il y a peu de too much dans ces histoires. A force de vouloir augmenter le suspens et multiplier les événements mystérieux, les faits deviennent très confus. Les révélations finales ne collent pas vraiment avec tout ce qui s'est passé avant, il y a pas mal d'incohérences (qui n'ont pas l'air voulues).
C'est dommage parce que je pense qu'il y a avait un énorme potentiel avec ce roman pour en faire plus qu'un bon roman à suspens.

La ferme des animaux, Georges Orwell

Un classique des classiques, mais qu'il faut absolument avoir lu un jour.
J'avais du mal à m'oter de la tête les images du dessin animé, adaptation tellement réussie du livre d'orwell.

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Le pèlerin de Compostelle, Paulo Coelho

Kamui Den (Tome 3), Sanpei Shirato

Troisième tome de ce manga des années 60, qui aurait pu s'appeler "le communisme dans le Japon de l'ère Edo (avec troi fois plus de sang et de ninjas)" et qui se termine par un échec relatif du rêve du paysan Shosûke de construire un microcosme de société égalitaire et solidaire à l'intérieur de son village.

Apocalypse bébé, Virginie Despentes

Vernon Subutex avant Vernon Subutex. Sur fond dune enquête policière dont l'héroine se fout un peu royalement, on passe de personnage en personnage pour essayer de comprendre qui est cette jeune Valentine, une ado disparue sans laisser de trace. La fin est un peu déstabilisante et je ne suis pas bien sûre de ce qu'il faut en penser. Sns doute seulement un gros WTF.

Mécomptes de fée, Terry Pratchett

Les petits Dieu, Terry Pratchett

Le pays d'Omnia vénère le dieu Om. L'inquisition y est à peu près l'organe institutionel le plus sympathique. Le frére Frangin (ha ha) est un novice dans le couvent de Kom et trébuche un jour par hasard sur le dieu Om incarné en tortue (il s'est un peu planté dans le processus d'incarnation).
Un des meilleurs tome du Disque Monde.

Le livre de Dina, Herbjørg Wassmo

Je n'ai aucune idée de comment ce livre magnifique est arrivé dans ma wishlist, mais le personnage de Dina m'a prise et emportée avec elle pour de bon. Dina, une enfant libre, devient une femme sans compromis. La traduction est très réussie. Dina est magnifique. je veux encore vivre un peu avec Dina. 

Qu'est-ce que tu as vu ces huit dernières semaines ?

Par la magie des longs trajets en avion, j'ai ratrappé presque une année de retard dans les films que je voulais voir !

Tomorrowland (Disney : Brad Bird, 2015)

Le dernier film de Disney est assez inégal. L'héroine est originale, et le déroulement du scénario d'un convenu désespérant. La morale est moderne et belle, et le "monde idéal" dépeint semble sortir des Etats-Unis des années 60. Les acteurs jouent très mal, et le jeu dans la bande annonce m'a donné envie de le voir.

The imitation game (Morten Tyldum, 2014)

J'ai énormement apprécié le film, tout en ayant bien conscience que c'est parce que les évènements dont il est question sont passionants, et pas vraiment à cause de la mise en scène qui évite le pire (c'est déjà pas mal) mais est convenue au possible (l'histoire "d'amour" est pas mal fichue au moins, ca change).
Mais non, un super mathématicien qui dit "Ah ben puisqu'on a une Enigma, il suffit de remettre le message codé dans la machine pour le décoder!" pour que Turing puisse intervenir en nous disant "Nooooon j'imagine que ce n'est pas aussi simple que ca !" pour bien nous montrer qu'il est un grand génie, désolée mais CE N'EST PAS CRÉDIBLE UNE SECONDE !
Bref. Toujours est-il que
Alan Turing est un génie, Cumberbatch est un super acteur, et qu'il faut absolument voir ce film si ce n'est pas déjà fait.

Big eyes (Tim Burton, 2014)

Tim Burton ne fait jamais de très mauvais films, mais on est loin d'un film inoubliable.

Foxcatcher (Bennett Miller, 2014)

Ce film nominé aux derniers Oscar a une esthétique et un ton de film de Berlinale. J'ai rarement été dans un film avec un tel sentiment de frustration et de malaise, ce en quoi le film atteind parfaitement son objectif (je suppose). Tout de même, on ne peut pas dire que ce soit une expérience très agréable. Mais c'est un film hors normes et rudement bien ficelé.

Eat pray love (Ryan Murphy, 2010)

Un feel good movie typique qui n'arrive pas même à nous faire nous sentir particulièrement bien. Et avec une fin gnangnan au possible. Tout au long du film, je gardais toujours l'espoir que ca décolle d'ici peu. Mais non.

Birdman (Alejandro González Inarritu, 2014)

Le film n'a pas du tout pris sur moi, pourtant il me semble que c'est un film avec beaucoup de qualités. Mais pas vraiment le genre de cinéma que j'apprécie.

Gravity (Alfonso Cuarón, 2013)

Un vrai moment de grâce que ce film que j'ai adoré du début à la fin. C'est étrange que mes deux chocs cinématographique de ces dernières années soient Moon et Gravity, moi qui n'apprécie pas plus que cela la science-fiction. Ce film est d'une simplicité enfantine et mon coeur battait au rythme des moments de suspens. Je ne savais plus où j'étais, j'étais partie là-haut, en orbite, avec Ryan Stone.
Et ce plan, en milieu de film, où Ryan s'extirpe pour la première fois de sa combinaison. De la pure poésie. Je crois que tout le film a été fait pour cette scène-là.
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The curious case of Benjamin Burton (David Fincher, 2008)

L'idée du film me semble une fausse bonne idée. De celles qui ont l'air de coups de génie sur le papier, mais qui mises en oeuvre se révèlent assez plates. En définitive, on se demande un peu où l'histoire veut en venir. Le film a au moins le mérite de ne pas avoir un scénario convenu et vaut donc le détour rien que pour ca.

Spartacus (Stany Kubrick, 1960)

Stanley Kubrick avait fini par renier complètement ce film, dont je n'attendais par conséquent pas grand chose. Au final, ce n'est pas du tout un mauvais peplum, les ressorts politiques sont bien exposés et l'histoire d'amour gnangnan n'y prend pas toute la place. Il y a des personnages secondaires extraordinaire (Charles Laughton qui joue Crassus est génialissime).

Munich (Steven Spielberg, 2005)

Je découvre Munich dix ans après tout le monde dans le cadre d'une rétrospective Mathieu Amalric à la cinématheque de Paris. Mathieu Amalric n'est pourtant pas extraordinaire dans son rôle (mais il a fait rudement mieux). Michael Lonsdale crève l'écran (je pense le faire entrer das mon panthéon personnel des meilleurs acteurs du monde entier).
Voir un film en salle, ca n'a pas de comparaison. Je l'avais presque oublié. J'avais le coeur qui battait, j'arrêtais de respirer pendant les instants de suspens. Un grand moment. Pourtant, avec le recul, je me rends compte que Steven Spielberg a juste très bien intégré les régles du thriller et bien choisi son histoire (j'avais eu le même sentiment avec Argo). Le sujet n'a absolument rien perdu de son actualité et Steven Spielberg le traite avec beaucoup d'intelligence (bien que regardant "depuis le côté israélien", le point de vue palestinien n'est pas effacé, et l'impossibilité du dialogue est magnifiquement mise en scène).
Un chouette film.

lundi, 20 juillet 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu les trois dernières semaines ?

Lettres de ma chaumière, Octave Mirbeau
Daudet avait un moulin, Mirbeau avait une chaumière. Ces lettres sont elles aussi pleines d'anecdotes de la vie campagnarde, mais on y trouve moins de "légendes" et un ton propre à Mirbeau, beaucoup plus cru et morbide.

Le faucheur, Terry Pratchett

Terry Pratchett donne la vedette au grand chouchou des fans : la Mort ellelui-même. Tout en gardant son ton humoristique habituel, Terry Pratchett arrive à faire surgir de belles descriptions de la vie et de la condition humaine.

Le soleil rasait l'horizon.
Les créatures dotées de l'existence la plus brève du Disque sont les éphémères, leur durée de vie ne dépasse guère vingt-quatre heures. Deux des plus âgées zigzaguaient sans but au-dessus des eaux d'une rivière à truites et discutaient d'histoire avec quelques jeunes congénères de l'éclosion du soir.
"On n'a plus le soleil d'autrefois, fit l'une.
-C'est bien vrai. On avait du vrai soleil aux bonnes vieilles heures. Tout jaune. Rien à voir avec ce machin rouge.
-Il était plus haut avec ca.
-Oui, vous avez raison.
-Les nymphes et les larves vous témoignaient un peu de respect.
-Oui. C'est sûr, renchérit l'autre avec véhémence.
-M'est avis que si les éphémères de ces heures-ci se conduisaient un peu mieux, on aurait encore un vrai soleil."

Logicomix - An epic search for truth, Apostolos Doxiadis et Christos H. Papadimitriou

Ce roman graphique m'a été offert par mes collègues pour mon anniversaire, alors que je l'avais déjà repéré et inscrit sur ma liste de livres indispensables...
Tout dans ce roman graphique tourne autour du logicien Bertrand Russell, en présentant aussi ses prédécesseurs, ses collègues, ses successeurs. On y voit aussi le roman "en train de se faire", dispositif ingénieux qui permet de faire des pauses entre plusieurs idées maîtresses et de d'illustrer certains principes de logique, et qui permet aussi aux auteurs de prendre la parole pour expliquer leur démarche à plusieurs reprise.

Ce genre de romans, j'en lirais des piles et des piles sans m'en lasser. Ce sont des vraies perles qui nous permettent non seulement de comprendre des notions clés et des idées révolutionnaires, mais aussi de voir en quoi elles sont inscrites dans leur époque, ce qui les rendait alors révolutionnaires et quelles problèmes elles soulevaient.
Des livres intelligents qui veulent te rendre intelligents, j'en reprends quand vous voulez.

Les sangs, Audrée Wilhelmy

Qu'est-ce que j'ai vu ces trois derniéres semaines ?

Une sale histoire (Jean Eustache, 1977)
Quel film fascinant et super chelou...

lundi, 29 juin 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Bérénice, Racine
L'illusion comique, Corneille

L'avantage avec Dumas, c'est que je gère complètement mon XVIIème siècle maintenant.
L'illusion comique, c'est à peu près au moment où D'Artagnan arrive à Paris sur son cheval jaune.
La première représentation de Bérénice a lieu assez peu de temps après la mort de D'Artagnan. Madame (Henriette d'Angleterre) vient juste de mourir, alors qu'elle avait elle-même donné le sujet de la pièce à Corneille.
Je trouve ca fascinant. Il n'y a pas un autre roman historique qui commence juste avant la mort de Madame, histoire que je poursuive ma chronologie ?

Passeport à l'iranienne, Nahal Tajadod

L'histoire commence un samedi, à Téhéran, en 2007. Nahal Tajadod doit faire refaire son passeport avant de pouvoir repartir en France, où elle vit avec son mari. Une formalité : la procédure prend environ trois jours et son vol aura lieu dans plus d'une semaine. Mais les choses ont changé depuis son dernier séjour en Iran, et Nahal apprend qu'il lui faudra plus d'un mois pour obtenir son nouveau passeport.
Mais en Iran, la question est de connaître les bonnes personnes. Et tout le monde connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui se fera un plaisir de lui servir de coupe-file. Bref, nous allons passer tout le roman à suivre Nahal dans ses démarches administratives et sa vie quotidienne avec sa fille, sa tante et sa meilleure amie.
Il y a un petit peu de la maison qui rend fou d'Asterix dans ce roman, mais l passeport est surtout un prétexte pour dépeindre le quotidien de Téhéran, ces petites choses qui agacent Nahal (et l'amusent aussi un peu) : le târof infini avec les chauffeurs de taxi (le târof consiste à toujours refuser d'être payé d'abord, sachant qu'il serait évidemment impensable de prendre la personne au mot et de partir sans payer...), les embouteillages absurdes sur le périphérique, le cirque continuel de l'installation et de la désinstallation de l'antenne satellite (interdite, mais qui ne manque dans absolument aucun foyer iranien), etc.
Du peu que j'ai pu voir de Téhéran, les choses n'ont en rien changé depuis 2007. La ville a encore grandi, les voitures ont encore vieilli et il y a encore plus de chaînes satellites.

Quand à ce portrait des jeunes dans les centres commercieux (pâssâj), j'aurai pu l'écrire mot pour mot !

Le port du voile étant obligatoire, tout l'art, toute l'habileté des jeunes filles consiste à trouver un moyen de montrer, malgré tout, un maximum de leurs chevelure. Afin de lutter contre l'inertie de ce carré de tissu, elles ont inventé, à l'aide de peignes et de barettes, tout un système d'échafaudages, lequel crée une crinière surélevée, de préférence blonde, qu'elles laissent dépasser du foulard. Leurs yeux et leurs sourcils changent continuellement de teinte et de forme. Aujourd'hui, elles ont plutôt les yeux noirs (l'importateur de lentilles claires a dû faire faillite) et des sourcils tatoués en forme d'accent circonflexe. Leurs franges, dévalant de l'échafaudage, offrent un éventail de couleurs qui va du fuchsia au blond platine. Placées au sommet de leur tête, des lunettes de soleil griffées dissimulent le prétendu foulard. Les ailes de leur nez, à force d'être affinées par le chirurgien, sont presque invisibles. [...] Depuis quelque temps, la jeunesse masculine, bien qu'à l'abri des épreuves et des emprisonnements, qui menacent toujours les femmes (une d'elles, âgée de seize ans, a été récemment pendue pour "adultère" alors qu'elle n'était pas mariée), a adopté l'esthétique féminine. Les garcons de Téhéran, du moins ceux qui fréquentent les pâssâjs, ont tous le nez opéré, les sourcils épilés, les ongles manucurés et les cheveux longs, gominés. Là aussi, on est loin de l'image du bon pratiquant.

Les Zinzins d'Olive Oued, Terry Pratchett
L'invention du cinéma, version Disque-Monde.

Aden Arabie
La France n'est d'ailleurs pas une personne comme les statues de Dalou pourraient le faire croire aux enfants des écoles. Il ne faut pas s'imaginer qu'elle est un personnage de taille surnaturelle marchant avec des oiseaux sur la tête entre les murailles qui ferment son domaine, une espèce de grande reine des abeilles, mère de quarante millions d'enfants. La France est une collection d'hommes, d'évènements et de produits.
Je n'aime pas ces hommes, ni leurs produits, ni les évènements francais. Que personne n'essaye de me faire honte parce que j'insulte une déesse. Eternel visage. Eternelle maîtresse des généraux. Je n'ai pas manqué de respect à cette vierge qui n'existe pas.

Qu'est-ce que j'ai vu ces trois dernières semaines ?

Sherlock, saisons 1 à 3 (Mark Gatiss et Steven Moffat, 2010-2014)

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Série commencée en vacances en France. Il fallait bien que je finisse la saison qui me restait (je ne savais pas que la série n'est pas terminée...).
Pas mal de très bonnes idées filmiques dans cette série. Je pense qu'encore personne n'avait essayé d'adapter un Sherlock Holmes en se donnant autant de mal pour mettre en scène "l'intérieur du cerveau" du détective. Certaines choses fonctionnent mieux que d'autres, mais j'apprécie énormément la prise de risque et l'originalité.
Là où la série me perd, c'est quand elle se met à dégouliner de pathos facile... et dieu sait que c'est souvent ! On pourrait couper à peu près 20mn par épisode de plans destinés à nous faire comprendre À QUEL POINT Watson aime Holmes dans le fond de son coeur tendre. Heureusement, les touches d'humour font mouche et sont un vrai plaisir.
La série a touché le jackpot en découvrant l'acteur principal, Benedict Cumberbatch, qui est pour moi le meilleur "nouvel" acteur du moment, ne serait-ce que parce qu'il a un physique tellement subtilement bizarre. Malheureusement, l'acteur et son personnage tiennent tout seuls la série qui manque cruellement de personnages intéressants (l'inspecteur de Scotland Yard est d'un fade... comment est-ce possible ?).

Fargo (Joel et Ethan Coen, 1996)
Un des films préférés du Killer, sur notre liste des films à voir ensemble depuis des années. Son enthousiasme pour ce film m'échappe un peu, je trouve que ce film est un Big Lebowsky en moins bien dosé. Je pense que c'est tout simplement que dans le cinéma des frères Coen, c'est surtout leur humour que j'apprécie. Ici, l'accent est mis sur d'autres composantes de leur cinéma, celles qui me touchent moins.

lundi, 08 juin 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces deux dernières semaines ?

Le journal de Bridget Jones, Helen Fielding
L'âge de raison, Helen Fielding
J'ai beaucoup apprécié le film "Bridget Jones" (le premier... le deuxième était pas top) et donc j'avais envie de découvrir le livre. Évidemment, le suspens est quasi nul, puisque le film reprenait toute l'intrigue (et que je l'ai vu plusieurs fois), du moins pour le premier. Pour le deuxième, l'intrigue a été pas mal changée (mon petit doight me dit qu'ils voulaient recaser à tout prix Hugh Grant dans le casting... ca avait trop bien marché la première fois.).

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Ouais, je mets Hugh Grant sur mon blog si je veux.

J'ai pas mal aimé la manière dont Helen Fielding s'attache à disséquer l'influence du féminine sur la classe moyenne, sur ces femmes qui ne sont ni des militantes politiques, ni des diplômées en gender studies. La manière dont Bridget (mais pas seulement) tente de concillier ces idées pas très bien digérées avec ses habitudes de vieille célibataire, sa procrastination maladive et les codes sexistes dans lesquels tout le monde est englué, c'est vraiment une piste de réflexion intéressante, surtout avec le recul (Bridget Jones n'a PAS de connection internet... ca fiche un coup de vieux, quand on y pense).
Mais alors POURQUOI faut-il que Bridget soit sauvée de tous ses malheurs à la fin par Monsieur Perfection-absolue, grand, beau, riche et aimant, fou amoureux d'elle parce que... heu... c'est comme ca (nan mais franchement : il l'a vue deux fois dans sa vie, le mec !). Pourquoi ?!?
J'ai aimé ma lecture, en gardant une préférence pour le film. C'est drôle, c'est vite lu, on y prend du plaisir, on a du mal à lâcher le livre. Mais si on avait pu échapper aux gros clichés, ca aurait été encore mieux.

Le vicomte de Bragelone, Alexandre Dumas

Fin des aventures de D'Artagnan et de ses amis (et ennemis). A part les histoires d'amour qui sont en général assez peu intéressantes, Alexandre Dumas arrive toujours à me passionner pour toutes les intrigues emberlificotées qu'il retrace. Il a aussi ce talent pour mélanger l'acuité historique et la fiction, on apprend toujours des tas de choses sans avoir l'impression d'avoir jamais affaire à un roman didactique.
J'ai été un peu surprise à partir de Vingt ans après de découvrir les quatre mousquetaires bien plus caricaturaux qu'ils ne me semblent l'être dans le premier volet. Portos, notamment, est dépeint comme un bon gros géant simple d'esprit, ce qu'il ne me semblait pas du tout être le cas dans Les trois mousquetaires. Je suppose que c'est à cause de cela que je garde une préférence pour le premier volet, encore qu'il serait dommage de passer à côté de toutes les intrigues politiques qui prennent encore plus de place après la mort de Richelieu. Dans ce dernier volet et à ma grande surprise, c'est Aramis qui se révèle le personnage développé avec le plus de finesse.
Il y a des tas de femmes fortes et intéressantes dans ce dernier volet. La vieillissante Anne d'Autriche, la jeune Henriette d'Angleterre, toutes font preuve d'un caractère bien trempé et donnent des couleurs à la politique du début du règne de Louis XIV. Et puis, à côté de toutes ces femmes intéressantes, il y a... l'héroïne de l'histoire, Louise de La Vallière, sans personnalité, sans contour, qui ne nous est jamais décrite que pâle et en train de pleurer. J'ai malheureusement perdu presque immédiatement tout intérêt pour cette heroïne et pour le grand amour du vicomte de Bragelonne. Ce n'était, je pense, pas le but de l'auteur, mais heureusement, cela ne nuit pas vraiment à l'histoire. Je suppose qu'il y a là-dessous une certaine idée de l'idéal féminin qui est vraiment daté et a mal vieilli.
Le reste de l'histoire n'a pas pris une ride, donc saisissez l'occasion si comme moi, vous vous étiez arrêté avant la fin des aventures d'Atos, Portos, Aramis et D'Artagnan.

Soudain le franciscain se releva.

— Terminons, dit-il, la mort me gagne. Oh ! tout à l’heure, je mourais tranquille, j’espérais… Maintenant je tombe désespéré, à moins que dans ceux qui restent… Grisart ! Grisart, faites-moi vivre une heure encore !

Grisart s’approcha du moribond et lui fit avaler quelques gouttes, non pas de la potion qui était dans le verre, mais du contenu d’un flacon qu’il portait sur lui.

— Appelez l’Écossais ! s’écria le franciscain ; appelez le marchand de Brême ! Appelez ! appelez ! Jésus ! je me meurs ! Jésus ! j’étouffe !

Le confesseur s’élança pour aller chercher du secours, comme s’il y eût eu une force humaine qui pût soulever le doigt de la mort qui s’appesantissait sur le malade ; mais sur le seuil de la porte, il trouva Aramis, qui, un doigt sur les lèvres, comme la statue d’Harpocrate, dieu du silence, le repoussa du regard jusqu’au fond de la chambre.

Le médecin et le confesseur firent cependant un mouvement, après s’être consultés des yeux, pour écarter Aramis. Mais celui-ci, avec deux signes de croix faits chacun d’une façon différente, les cloua tous deux à leur place.

— Un chef ! murmurèrent-ils tous deux.

Aramis pénétra lentement dans la chambre où le moribond luttait contre les premières atteintes de l’agonie.

Quant au franciscain, soit que l’élixir fît son effet, soit que cette apparition d’Aramis lui rendît des forces, il fit un mouvement, et, l’œil ardent, la bouche entrouverte, les cheveux humides de sueur, il se dressa sur le lit.

Eric, Terry Pratchett

J'ai beaucoup rigolé dans ce volume, assez court m'a-t-il semblé, des Annales du Disque-Monde. Surtout sur la fin où Terry Pratchett revisite l'Enfer de Dante, passage inattendu et superbement drôle.

Qu'est-ce que j'ai vu ces deux dernières semaines ?

P'tit Quinquin (Bruno Dumont, 2014)

Tout le monde s'était tellement extasié devant cette série francaise qu'il fallait bien y jeter un coup d'oeil. J'ai du mal à partager l'enthousiasme général, même si je trouve quelques acteurs excellents (Bernard Pruvost qui joue le commandant, entre autre) et que je suis même sensible jusqu'à un certain point à cet humour très bizarre. Mais des fois, c'est juste lourd.