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lundi, 08 février 2016

C'est lundi...

Qu'est-ce que tu as lu de nouveau ?

Chroniques martiennes, Ray Bradbury

Un grand classique, très agréable. Lorsque Ray Bradbury imagine le futur (la découverte et conquête de la planète Mars par les humains), sa vision est à la fois datée et complètement indémodable. Sans doute parce que tout est très drôle et absurde, même si parsemé de quelques accents hippies assez charmants.

Le crime du comte Neville, Amélie Nothomb

Agréables souvenirs de lecture. Pas sa plus grande réussite.

Les Dits de Bistami (shatahât), Abû Yazid Bistami (traduits par Abdelwahab Meddeb)

Abû Yazid Bastami (ou Bistami) est l'un des premiers soufis, le premier vrai mystique iranien à mon sens. Il est assez peu connu et assez peu étudié, même si l'on reconnaît en général qu'il est celui qui a introduit une influence brahmanique (un peu bouddhiste sur les bords) dans le soufisme. On le connaît par les shatahât (traduit ici par "dits") que l'on peut grappiller dans les témoignages de ses disciples.

Je vis le Seigneur de Gloire en rêve. Je lui dis :
- Comment aller vers Toi ?
Il répondit :
- Laisse ton moi et viens.

J'avais décidé pour mon cours de littérature iranienne de faire un travail sur Bastami en comparant ses shatahât avec ce que Bergson a pu dire sur les mystiques chrétiens dans les deux sources de la morale et de la religion. L'angle d'approche, sans être grandement original, me semblait une bonne occasion de me plonger dans Bergson et d'avoir quelque chose d'intéressant à dire. Je vous épargne mon plan en trois parties, mais en conclusion, il y avait beaucoup de similitudes. Même si Bastami a ses marottes personnelles (et que quelques légendes superstitieuses se mêlent aux shatahât), on retrouve chez lui la plupart des concepts clés du mysticisme : la "nuit obscure" à la Saint Jean de la Croix, l'abandon du moi pour former une unité avec Dieu (où on retrouve l'influence bouddhiste), le rejet de ce que Bergson appelle la "fonction fabulatrice" (les superstitions et la fermeture de la foi en institution)...
Bref, c'était un travail un peu bâclé (j'avais pas trop que ça à faire) mais intéressant.

Je me suis plongé dans l'océan de la gnose jusqu'à atteindre le palier de Muhammad. Et j'ai vu entre lui et moi mille stations. En m'approchant de l'une d'elles, je fus brûlé.

Il faut bien entendu dire un mot sur le livre lui-même, sans lequel je n'aurais pu travailler. Bastami était un soufi iranien, mais ses shatahât sont tous en arabe, et je n'aurais jamais eu accès aux textes sans une bonne traduction. Quel ne fut pas mon bonheur en recherchant un sujet de découvrir que mon chouchou personnel, Abdelwahab Meddeb, avait édité une traduction presque exhaustive des shatahâts en français. Abdelwahab Meddeb venait alors juste de mourir (il est mort juste avant l'attentat contre Charlie Hebdo (heureusement pour lui, peut-être)) et j'étais encore sous le choc. Il animait depuis des années l'émission "Cultures d'Islam", merveilleuse en tous point. C'était une de mes personnalités préférées, sans conteste ; j'aimais son approche de l'Islam, sa passion pour le soufisme (qu'il m'a transmise), ses prises de positions toujours très claires sur l'actualité et sur certaines questions théologiques. Je connais mal son activité de poète et d'écrivain, je suis persuadée que ce seront de belles découvertes à venir.

Le guet des Orfèvres, Terry Pratchett

Les riches étaient riches, concluait Vimaire, parce qu'ils parvenaient à dépenser moins d'argent.
Tenez, les bottes par exemple. Il gagnait trente-huit piastres par mois plus les indemnités. Une très bonne paire de bottes en cuir coûtait cinquante piastres. Mais une paire abordable, du genre à tenir une saison ou deux avant de prendre autant l'eau qu'une éponge dès que le carton rendait l'âme, en coûtait à peu près dix. C'était ce modèle que Vimaire achetait toujours à portait jusqu'à ce que la semelle devienne si mince qu'il arrivait à deviner dans quelle rue d'Ankh-Morpork il se trouvait par nuit de brume rien qu'au contact des pavés.
Mais ce qu'il faut dire, c'est que des bonnes bottes duraient des années et des années. L'acheteur en mesure de débourser cinquante piastres pour une paire de bottes gardait les pieds au sec au moins dix ans, alors que le miséreux qui ne pouvait s'offrir que des bottes bon marché dépensait cent piastres dans le même laps de temps et se retrouvait quand même les pieds mouillés.
C'était la théorie "bottière" de l'injustice socio-économique du capitaine Samuel Vimaire.

Accros du roc, Terry Pratchett

Les tribulations d'un mage en Aurient, Terry Pratchett

Selon le philosophe Ly Tin Wheedle, on trouve le chaos en plus grande abondance partout où l'on recherche l'ordre. Le chaos l'emporte sur l'ordre parce qu'il est mieux organisé.

Masquarade, Terry Pratchett

Pieds d'argile, Terry Pratchett

5 autres tomes du Disque-Monde, tous inventifs, drôle, et intéressants.
Au bout de dix-neuf tomes, il n'y a plus de grosse surprise et on sait à peu près à quoi s'attendre. Mais je suis toujours heureuse de retrouver Mémé Ciredutemps ou Carotte et de voir où leurs nouvelles aventures vont les mener, sachant que je ne m’ennuierai pas.

Ada ou l'ardeur, Vladimir Nabokov

Il n'est sans doute pas besoin de présenter le couple incestueux le plus célèbre de la littérature mondiale. Essayer de résumer l'histoire serait sans aucun intérêt. Nabokov ne raconte pas une histoire, il déploie une cartographie intellectuelle, un long tissu de mots qui se déroule.
On aurait tord de s'attendre à 600 pages de récit érotique. L'érotique (exclusivement masculin) est présent tout du long, et c'est loin d'être ce que Nabokov fait de moins bien, mais toutes les circonvolutions littéraires ou entomologiques ne sont pas là que pour remplir du vide. Comme chez Proust (qu'il cite d'ailleurs à tout va), il faut juste se laisser porter...

Ada, sans daigner apaiser les craintes de sa mère, continuait son discours : "Fort heureusement, ce matin même, notre érudite gouvernante qui fut aussi la tienne, Van, et qui..."
(C'était la première fois qu'elle prononçait son nom ... dans une leçon de botanique !)
"... et qui est passablement sévère pour les "traditeurs" anglo-saxons et pour les bourdes - bien que je la soupçonne de nourrir son zèle de considérations plus chauvinistes que morales - a bien voulu attirer mon attention, ma papillonnante attention, sur quelques superbes "défleuraisons" comme tu les appelles, Van, commises par un Mr. Fowlie dans la version soi-disant littérale (et qualifiée par Elsie de "sensible" - sensible ! - dans un récent article élogieux) du poème de Rimbaud,
Mémoire, que par bonheur et comme avec prescience, elle m'a fait appendre par cœur, quoique je le soupçonne de préférer Musset ou Copée."
Van cita triomphalement : "... les robes vertes et déteintes des fillettes..."
"Egg-zactly (imitation de Dan). D'ailleurs Mlle Larivière ne me permet de lire Rimbaud que dans l'anthologie Feuilletin (c'est sans doute celle que tu possèdes). Mais j'ai l'intention de me procurer au plus tôt les œuvres complètes. J'ai bien dit au plus tôt - beaucoup plus tôt qu'on ne le pense. Mademoiselle, soit dit en passant, ne va pas tarder à descendre. Il ne lui faut plus que le temps de border Lucette, notre roussette chérie, qui devrait à cette heure avoir revêtu pour la sieste sa chemise de nuit verte...
- Angel moi, objecta Marina, je suis sûre que Van ne s'intéresse pas aux chemises de nuit de Lucette...
- ... verte du vert des saules et compté les petits moutons de son ciel de lit (que Fowlie traduit par "sky's bed" au lieu de "bed ceiler"). Pour en revenir à notre fleur infortunée, le faux louis d'or de cette anthologie de français salopé, c'est, sans conteste, la métamorphose idiote de soucis d'eau (notre
marsh marigold) en "care of the water", "sollicitude de l'eau", alors que Fowlie avait à sa disposition des douzaines de synonymes comme mollyblob, marybud, maybubble et toutes sortes d'autres sobriquets associés à ce qu'on appelle "fête de la fécondité", quoi que puissent bien être ces fêtes.
- Réciproquement, dit Van, on imagine sans peine une Miss Rivers, pareillement bilingue, collationnant sur l'original une version française, disons le
Garden de Marvell...
- Oh..., s'écria Ada, je puis fort bien te réciter
Le Jardin dans ma transversion personnelle... voyons un peu...
   En vain on s'amuse à gagner
   L'Oka, la Baie du Palmier...
- ... to win the Palm, the Oke or Bayes !" hurla Van.
"Vous savez, mes enfants", dit Marina, qui, cette fois, les interrompit résolument et leva ses deux mains dans un geste pacificateur, "quand j'avais ton âge, Ada, et que mon frère avait ton âge, Van, nous parlions de croquet, de poneys, de chiots, de la dernière fête d'enfants, du prochain pique-nique, oh ! d'un million de choses, toutes gentilles et toutes normales, mais jamais, au grand jamais, de vieux botanistes français ou Dieu sait quoi encore..."

Sorceleur, tome 1 : Le dernier voeu, Andrzej Sapkowski
Sorceleur, tome 2 : L'épée de la Providence, Andrzej Sapkowski

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Avec le sorceleur, attention : on pénètre sur le terrain de ma monomanie du moment.

L'été dernier est sorti le troisième volet du jeu vidéo "The Witcher". Je ne suis pas une joueuse de jeux vidéos, mais j'ai pas mal d'amis qui le sont, et je prends beaucoup de plaisir à regarder des "let's players" (des gens qui jouent aux jeux vidéos et mettent en ligne leur jeu). On m'avait montré un jour la cinématique d'introduction du jeu, qui promettait énormément. Je me suis donc précipitée sur les vidéos de let's play lorsqu'elles sont arrivées.
En ce qui me concerne, le jeu a dépassé toutes mes attentes. Ce jeu est une véritable œuvre d'art, et une prouesse de design. L'imagination des concepteurs du jeu dans le design des montres ne semble pas avoir de limite. Les décors sont magnifiques et soignés, les animations sont formidablement bien faites, les combats sont très fluides, la musique du jeu est magnifique elle aussi, et bien entendu le scénario est bien bien supérieur à ce qui se fait habituellement en jeu vidéo. J'en suis actuellement à une bonne cinquantaine d'heures de visionnage (!!!) et je ne m'en lasse pas.

Les jeux vidéos sont en effet tirés d'une saga de fantasy de Andrzej Sapkowski qui a eu elle aussi un franc succès. Joker (qui était déjà coupable pour la cinématique de début) m'a filé les deux premiers tomes. Et heureusement que je passe bientôt chez Manu et Joker pour leur voler la suite, parce que je trépigne d'impatience.

Donc l'histoire : dans un monde de fantasy aux accents médiéval et dans lequel les humains vivent aux côté de nombreux non-humains (nains, elfes, moires, dragons, goules, zeugles, etc.), parfois pacifiquement, parfois en conflit, il existe une caste particulière qui est celle des sorceleurs. Les sorceleurs sont des "mutants", humains soumis à des traitements chimiques et magiques durant leur enfance qui leur donnent (du moins à ceux qui survivent à ces traitements) des capacités spéciales. Les sorceleurs sont les seuls capables de détruire les non-humains hostiles à l'homme. Le héros de la saga est un sorceleur, Geralt de Riv. Cette espèce de cow-boy solitaire parcourt les différents royaumes de ce monde en quête de contrats de sorceleur, de plus en plus rares. Les temps sont durs, une guerre sanglante approche et une grande hostilité monte, contres les non-humains, contre les sorceleurs, contre les mages et les sorcières. La saga développe, en plus de la vie de Geralt, tout un arrière-plan politique et on se prend au jeu très facilement.

Une des choses qui me plaisent beaucoup dans cette saga, c'est qu'elle me semble prendre vraiment en compte le monde actuel. Il n'est pas question ici de fuir la réalité en se plongeant dans un monde de fantasy avec des nains et des sorcières. J'ai tout de suite apprécié le côté très adulte à la fois du jeu vidéo et de la saga. Même si certains passages sont empreints de bons sentiments un peu faciles, l'ambiance générale est assez sombre. Geralt ne se fait jamais d'illusion sur la volonté de pouvoir des puissants et la méchanceté des foules. S'il essaye de passer à travers les événements sans y prendre part, il est souvent forcé de prendre parti malgré lui dans les conflits auquel il est mêlé. Pas de bons et de méchants autour de lui, pas même du côté des monstres. Les conflits sont souvent issus de haines ethniques absurdes et qu'il semble qu'il serait si simple de régler avec un peu de bonne volonté que nous ne pouvons que nous identifier à Geralt, que sa condition de sorceleur place en marge des événements.
Pour moi ce livre est donc vraiment un produit de notre époque (le premier tome est sorti en 2007 et le dernier devrait sortir en 2017), j'y vois l'influence de la société polonaise (un regard vraiment très européen) et des problématique de ma génération (aussi bien sûr dans la sexualité qui est très présente à la fois dans la saga et dans le jeu vidéo).

Bref, je m'emballe, mais je vous avais prévenus : alerte monomaniaquerie aiguë !
Si vous voulez voir la magnifique cinématique de début pour vous faire une idée de ma beauté du jeu (mais j'ai bien dit que c'était ADULTE, alors venez pas vous plaindre après !), c'est cadeau :

Qu'est-ce que j'ai vu de nouveau ?

Nostalgie de la lumière (Patricio Guzmán, 2010)

Le bouton de nacre allait sortir au cinéma, et Patricio Guzmán était invité dans le cadre d'un événement organisé par l'université de Paris 7 à venir discuter de son ancien film, Nostalgie de la lumière. Jean Claude Ameisen était de la partie. Dans Sur les épaule de Darwin que je venais de lire, il ne tarissait pas d'éloges sur ce film. A moitié un film documentaire (mais sur quel sujet ?) à moitié contemplation poétique, le film explore une partie du désert chilien d'Atacama. Dans ce désert se trouvent les plus grands télescopes au monde. Dans ce désert se trouvent aussi les corps d'hommes exécuté sous Pinochet et dont les femmes continuent de chercher la trace. Patricio Guzmán met en résonance tout cela. Et c'est très très beau.

J'ai été très marquée par ce film, même si je ne m'en suis pas rendu compte immédiatement. Les images restent en tête, même des mois après. J'ai l'impression d'avoir vécu quelque chose.

Le nouveau stagiaire (Nancy Meyers, 2015)

Ça fait partie des choses que je ne peux faire qu'à Paris : me laisser entraîner par des amis à aller voir des films que jamais de la vie je n'aurais été voir. Même si j'aime bien Anne Hathaway et De Niro, jamais de la vie je n'aurais été voir cette comédie "les vieux sont nos amis, il faut les aimer aussi".

C'était charmant, j'ai passé un bon moment (parfaitement oubliable, mais avec mes amis).

Spectre (Sam Mendes, 2015)

Comme pour le film précédent, c'est Yoda et sa copine qui sont cause que je suis allée voir le dernier James Bond.
"On va voir Spectre, tu veux venir ?
- Oh oui ! C'est quoi, Spectre ?
- Comment ça, "c'est quoi" ? Mais c'est le nouveau James Bond !
- Ah... bon, ben, oui quand même..."

J'ai failli y croire au début. Parce qu'il y avait Monica Belluci qui aurait pu renverser les clichés de la James Bond girl. Parce que quand j'ai vu le premier plan-séquence du film, j'avais les yeux écarquillés de bonheur. Ce plan-séquence était tellement grandiose, l'animation de la fête des morts était tellement bien mise en scène, les mouvements de caméra tellement fluides et osés, Daniel Craig tellement swag et le rythme tellement bien dosé que j'y ai vraiment cru.
Mais non, visiblement, ils avaient tout donné dans la première séquence et étaient à court d'idée pour la suite, Monica Belluci apparaît trois minutes dans un rôle sans intérêt et tout le reste est gnangnan gnangnan gnangnan.
Rien à sauver.
À part le premier plan-séquence.

La famille Bélier (Eric Lartigau, 2014)

Dans ce film encore, rien à sauver. Sauf bien sûr LA séquence (quasi) finale d'audition ou Louane chante pour accomplir son rêve et pour sa famille. Belle scène bien trouvée, à cause de laquelle visiblement tout le film a été fait. Mais une scène pour faire un film, c'est un peu léger. Je n'ai accroché à rien du tout de cette histoire, ni à l'humour, ni aux acteurs. Et mon amour pour Sardou étant très relatif, ca n'arrangeait rien.

El Club (Pablo Larraín, 2015)

Je suis contente de savoir que ce film existe, de savoir qu'il est possible, au Chili (encore !), de faire ces films-là et d'oser y dire ce que Pablo Larraín y dit. Je n'ai pas du tout accroché, et je n'en garde qu'un souvenir vague.
Mais l'alchimie aurait pu prendre. Il y avait pas mal d'éléments vraiment originaux, des acteurs formidables. C'était juste pas mon film.

La prophétie des grenouilles (Jacques-Rémy Girerd, 2003)

Un petit tour à la cinémathèque avant de quitter Paris. J'avais oublié que j'avais déjà vu ce film.
Il manque un petit quelque chose à ce film, qui est vraiment plein de qualités. Un petit quelque chose qui ferait qu'il soit super.
Un des meilleurs choix de casting de ce film, c'est la voix de Galabru pour l'éléphant râleur bloqué au premier étage. Il est vraiment formidable. J'ai plein de souvenirs de bonheur liés à la voix de Galabru. Une de mes voix préférées au monde. Dans ce mois de janvier qui a vu mourir tant de personnalités, c'est bien lui que je regrette le plus...

Pour qui ne connaîtrait pas la prophétie des grenouilles : il s'agit d'une variation de l'arche de Noé aux temps actuels. Les grenouilles ont refait leurs calculs et sont formelles : il va pleuvoir pendant quarante jours et quarante nuits. Elles arrivent à informer à temps la famille de Ferdinand, de sorte que les animaux alentours (ceux de la famille et du zoo voisin) vont réussir à embarquer au bord d'une arche un peu hors du commun. Heureusement, Ferdinand avait mis de côté des kilos et des kilos de patates. Les poules sont ravies. Les cochons aussi. Mais les animaux carnivores n'y trouvent pas vraiment leur compte et commencent à reluquer les poules avec appétit...
C'est vraiment une histoire pour les plus petits, et très bien adaptée de ce point de vu là.

My skinny sister (Sanna Lenken, 2015)

L'histoire de la crise d'anorexie de Katja, vue par les yeux de sa petite sœur Stella.
Le film n'évite pas quelques maladresses, mais les personnages sont bien campés. On comprend très vite les lubies un peu bizarres de Stella. Sa grande sœur, Katja, remporte brillamment des compétitions de patinage artistique, mais la pression la rend nerveuse et la fait plonger dans l'anorexie.

Le film retrace assez justement les crises chaotiques de l'anorexie. Un coup Katja se fait vomir, un coup elle n'avale plus rien, puis tout va bien et elle mange des sandwichs, avant la prochaine crise etc.
Il me semble que c'est assez proche de ce qui peut se vivre à l'adolescence. Katja est plutôt bipolaire et insatisfaite chronique qu'anorexique. Stella, elle, est un peu dépassée par les événements et surtout ignorée par tout le monde, Katja monopolisant sans cesse l'attention.
La conséquence est que le film est un peu brouillon. Ce côté déstabilisant est sans doute voulu, mais nuit au film.

Sanna Lenken, qui a elle-même été anorexique, s'est inspirée de sa propre petite sœur dans ce film.
Le changement de perspective est intéressant, mais le film ne décolle jamais vraiment.

Le garçon et la bête (Mamoru Hosoda, 2015)

Le générique ne fait pas vraiment honneur au film, qui est bien plus intéressant que la présentation ne pourrait le laisser penser. Le film joue habilement avec les codes du shônen japonais, en les respectant tout en les prenant à rebrousse-poil. Au final, on n'arrive pas très bien à savoir si on a vu un shônen de plus (le shônen, c'est le manga "pour garçons", dans lequel on a typiquement un jeune homme ou un enfant qui va affronter des épreuves de plus en plus difficiles, et en s'améliorant devenir un homme accompli) ou si on a vu quelque chose de complètement original. On a un sentiment de déjà-vu, mais un déjà-vu nouveau. Typiquement japonais, dans le fond.

J'ai trouvé le dessin animé magnifique. Le dessin surprend un peu dans les premières minutes, il est beaucoup moins lisse et joli que ce que ferait un Miazaki. Mais l'utilisation des couleurs et des effets spéciaux rend certaines scènes fascinantes (la scène d'introduction est un chef d’œuvre).

Je n'ai pas tout compris à l'histoire, le film invitant à être revu plusieurs fois. Je me suis demandée d'ailleurs à quel public pouvait bien s'adresser ce film. La première partie, celle où Kutya est enfant et va quitter le monde des hommes et rencontrer son maître, est trop cousue de film blanc et trop gentiment rigolote pour ne pas être destinée à un public enfant. Dans un deuxième temps, Kutya devient adolescent et soudain les problématiques changent et le ton devient très sérieux. Certaines scènes sur la fin sont un peu impressionnantes pour un enfant. J'ai beaucoup aimé ce changement de ton, mais je ne pense pas qu'un enfant y trouverait son compte. D'autre part, un ado trouverait sans doute le départ du film trop "gamin".

Un très chouette film quand même, du bon dessin animé intelligent comme les japonais savent en faire.

lundi, 05 octobre 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Nobliaux et sorcières, Terry Pratchett

Sur les épaules de Darwin - Les battements du temps, Jean Claude Ameisen

Je n'ai pas trop aimé le style d'écriture un peu pseudo-poétique sans raison, mais cela reste un livre plein d'informations passionnantes, que Jean Claude Ameien a beaucoup de talent à mettre en raisonnance les uns avec les autres. Je reste fascinée par tout ce que j'ai appris sur les oiseaux. Les oiseaux ressemblent tellement aux hommes !

Sans état d'âme, Yves Ravey

Depuis que j'ai lu pour la première fois du Yves Ravey, je me jette sur tout ce qu'il peut écrire. Un notaire peu ordinaire reste quand même son meilleur roman.

Qu'est-ce que j'ai vu ces trois dernières semaines ?

Much Loved (Nabil Ayouch, 2015)

On a bien sûr entendu parler de ce film à cause de l'interdiction dont il a fait l'objet au Maroc, pays où se situe l'histoire de ce film. Nous y suivons trois (puis quatre) prostituées dans leur quotidien.
J'ai apprécié le visionnage, sans pouvoir dire que c'est un film inoubliable. Il m'a manqué peut-être un certain enjeu, l'impression de vraiment suivre une histoire (une fois le film terminé, je me suis rendu compte qu'il y a avait vraiment un développement d'histoire, avec un début, une escalade, un pic et une chûte, mais tout au long du film j'avais plutôt l'impression d'une suite aléatoire d'évènements). On assiste quand même à un certain tableau de la société (qui correspond peut-être à une réalité, peut-être pas, je peux difficilement en juger). La prostitution est montrée sous son aspect le plus quotidien, sans trop de dénudés complaisants ni d'humour gras. Les trois personnalités sont intéressantes, avec leurs qualités et leurs défauts. Elles sont dépendantes et gardent la tête haute. Certainement pas un film mysogyne.

Vice Versa (Disney/Pixar : Pete Docter et Ronaldo Del Carmen, 2015)

Le dernier Disney m'a énormement plu. Je l'ai trouvé inventif, original, super bien adapté aux petits et marrant aussi pour les grands. Avec cette histoire très simple (il ne se passe rien d'extraordinaire, c'est juste l'histoire d'une petite fille qui grandit et doit un jour déménager), on sort enfin des morales habituelles (l'amour est plus fort que la mort, l'amitié est plus forte que la mort, être riche c'est pas important, être beau c'est pas important...) pour enfin part un peu explorer des choses plus profondes. Qu'est-ce que ca veut dire, grandir ? Faire le deuil de l'enfance, accepter d'avoir des déceptions...
Vous connaissez déjà sans doute le principe, qui me laissait sceptique au début mais fonctionne très bien : nous sommes dans le cerveau de la petite Riley, et cinq émotions sont aux commandes.
Les cinq émotions sont bien sûr des personnages assez unidimensionnels (c'est le principe), et leur combinaison permet de dessiner un personnage de Riley plein de nuances, ce qui est très réjouissant. Je regrette seulement les petites incursions dans d'autres cerveaux extérieurs, très caricaturales et sexistes, placées là pour lancer quelques blagues faciles.
Je regrette aussi un peu que les scénaristes aient inventé un univers si bien trouvé, si abordable, si plein de détails intéressants (et d'autant que je peux en juger, pas mal de détails qui reflétent vraiment le fonctionnement de la mémoire ; il semble y avoir un vrai travail de recherche sous ce film), pour à plusieurs reprises se contredire et rajouter des évènements qui ne sont pas dans la logique de cet univers. Bien sûr, le but n'était pas de faire un il était une fois la vie sur le cerveau, mais je suis sûre que le film aurait pu rester dans sa propre logique tout du long.

Mais vraiment, globalement, une grande réussite que ce dessin animé.

Vous n'avez encore rien vu (Alain Resnais, 2012)

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Je n'arrive pas encore à bien comprendre le principe du film, pourquoi avoir fait cette étrange triple version de l'Eurydice de Anouilh. Bon d'accord, le couple jeune (Vimala Pons et Sylvain Dieuaude), le couple d'âge mûr (Anne Consigny et Lambert Wilson) et le vieux couple (Sabine Azéma et Pierre Arditi), mis en résonnance dans une pièce sur le temps et la mort, oui, je vois bien un peu - vaguement - qu'il y a une logique...

Dans la globalité, il n'y a pas équilibre des rôles, puisque ce sont Azéma et Arditi qui monopolisent les plans (ils sont super, je ne dit pas, mais quitte à faire une pièce croisée, pourquoi nous avoir privés autant de Lambert Wilson (non mais zut, quoi, Lambert Wilson !)).

J'avais oublié ce texte de Jean Anouilh. Dingue, ce texte. Comme tout ce que fait Jean Anouilh, mais dingue quand même.
Et je voulais aussi rajouter : Michel Piccoli crève l'écran. Dingue, dingue, dingue.

lundi, 14 septembre 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que tu as lu ces huit dernières semaines ?
La petite paroisse, Daudet
Du Daudet qui ne me fait pas du tout penser à du Daudet. C'est un mélange entre une écriture très classique, un propos assez moderne ou du moins inattendu, et le résultat est agréable à suivre (livre audio pendant le déménagement).

Des couples, Maurice Leblanc
Un recueil de nouvelles charmant et pas piqué des hannetons...

Couchsurfing im Iran, Stephan Orth

Ce livre était le cadeau de départ offert par mon groupe de travail (Comme je m'étonnais qu'on m'offre un cadeau "de départ" puisque j'allais juste passer 4 mois à Paris, mon prof m'a lancé "Ah ben oui, au fait, t'es virée, on te l'avait pas dit." Les Allemands ont le sens de l'humour.)
Stephan Roth est journaliste et a voulu faire expérience de passer quelques temps en Iran en utilisant le Couchsurfing, interdit en Iran mais tout aussi pratiqué que dans le reste du monde. Il relate cette expérience dans ce livre. Le livre est bourré d'anecdotes marrantes sur son séjour en Iran, le genre d'anecdotes que n'importe qui ayant passé un peu de temps en Iran pourrait vous raconter. Ceux qui ne connaissent pas l'Iran découvriront le quotidien inattendu des iraniens "normaux" et ceux qui y ont été pourront se marrer des petits détails relevés par Stephan Roth et se dire "ha ha, il m'est arrivé ex-ac-te-ment la même chose !".
Pas un livre renversant, mais assez sympa.

Les habits noirs, Paul Féval

J'ai eu du mal à vraiment me passioner pour les personnages nombreux des différentes histoires qui composent les habits noirs. L'idée de rassembler des histoires que seuls les "méchants" relient entre elle n'est pas une mauvaise idée, ni le fait de bousculer sans cesse la chronologie. Mais j'avais plutôt l'impression de lire un livre pour enfants avec des personnages assez basiques.
J'ai beaucoup apprécié la langue bizarre, parlée et alambiquée, de Similor et Échalot.

Échalot ne répliqua pas tout de suite ; il pressa l’enfant contre son cœur avec une véritable tendresse et mit un long baiser sur sa pauvre joue blême.
– Fais silence, Amédée ! prononça-t-il solennellement. Tu blasphèmes ! L’enfant est plus à moi qu’à toi, car je l’ai nourri de mon laitage ! J’entrerai, s’il le faut, dans une voie criminelle ; je n’ai pas froid aux yeux, et suis prêt à violer les lois arbitraires faites par les tyrans. C’est mon caractère ! Mais faudra que tu me passes au travers du corps, entends-tu, pour nuire au petit ; j’ai son plan d’éducation tout fait, et je lui laisserai intégralement mon héritage !
– Pour sensible, tu es sensible ! dit Similor attendri. Mais si l’impotent était pair de France ? Si ça faisait le bonheur de Saladin pour tout son avenir ? et qu’il nous protégerait par la suite… Que nous irions le voir à son château, sur l’impériale, et qu’il nous mettrait des bourses dans la main, sachant le secret de sa naissance qu’on cacherait à l’univers entier… On ferait semblant de rien en entrant, mais on s’épancherait dans son cabinet, loin des regards de la foule. Bonjour, papa Similor ! Ça va bien, maman Échalot ?
– Enchanteur ! murmura ce dernier, qui pleurait et qui riait à la fois. Comme tu manies la parole avec adresse. Pour son bonheur, vois-tu…
Il s’arrêta et reprit :
– Mais s’il allait nous renier plus tard ?
– Impossible ! protesta Similor. Je ne dis pas qu’il nous embrassera dans la rue. Ça ne serait pas raisonnable… mais il nous fera des petits signes amicaux du sein de son carrosse.
– Je n’en demande pas davantage ! soupira tendrement Échalot.

Jeanne de Naples, Alexandre Dumas

Un des premiers romans de Dumas, qui n'a pas encore le souffle de ce qu'il pourra faire plus tard.

Métro 2033, Dmitri Gloukhovski

L'idée de départ de ce roman post-apocalyptique est un coup de génie. La terre a été dévastée par une attaque nucléaire (le comment du pourquoi n'a aucune importance) et les survivants de Moscou ont organisé une nouvelle vie dans le métro. Chaque station est une sorte de petite ville, les communications se font au long des couloirs des différentes ligne. Un plan du métro moscovite suffit à nous plonger dans cet univers, qu'on arrive immédiatement à apréhender. Le métro moscovite pourrait être celui de Paris, de Londres, de Berlin... c'est une sorte d'universel qui explique pourquoi le roman a eu un tel succès.
Des fissures ou accidents de tout genre peuvent laisser entrer des créatures ostiles, mutations terrorisantes des rares bêtes (ou humains ?) ayant survécu à la surface. On ne sait rien de ces créatures, ce qui rend e danger à la fois omniprésent et doublement angoissant. À cela viennent s'ajouter les guerres internes entre les différentes stations de métro, l'histoire humaine se répétant inlassablement. Comment avoir un meilleur poit de départ pour un bon roman ?

Malheureusement, il y a peu de too much dans ces histoires. A force de vouloir augmenter le suspens et multiplier les événements mystérieux, les faits deviennent très confus. Les révélations finales ne collent pas vraiment avec tout ce qui s'est passé avant, il y a pas mal d'incohérences (qui n'ont pas l'air voulues).
C'est dommage parce que je pense qu'il y a avait un énorme potentiel avec ce roman pour en faire plus qu'un bon roman à suspens.

La ferme des animaux, Georges Orwell

Un classique des classiques, mais qu'il faut absolument avoir lu un jour.
J'avais du mal à m'oter de la tête les images du dessin animé, adaptation tellement réussie du livre d'orwell.

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Le pèlerin de Compostelle, Paulo Coelho

Kamui Den (Tome 3), Sanpei Shirato

Troisième tome de ce manga des années 60, qui aurait pu s'appeler "le communisme dans le Japon de l'ère Edo (avec troi fois plus de sang et de ninjas)" et qui se termine par un échec relatif du rêve du paysan Shosûke de construire un microcosme de société égalitaire et solidaire à l'intérieur de son village.

Apocalypse bébé, Virginie Despentes

Vernon Subutex avant Vernon Subutex. Sur fond dune enquête policière dont l'héroine se fout un peu royalement, on passe de personnage en personnage pour essayer de comprendre qui est cette jeune Valentine, une ado disparue sans laisser de trace. La fin est un peu déstabilisante et je ne suis pas bien sûre de ce qu'il faut en penser. Sns doute seulement un gros WTF.

Mécomptes de fée, Terry Pratchett

Les petits Dieu, Terry Pratchett

Le pays d'Omnia vénère le dieu Om. L'inquisition y est à peu près l'organe institutionel le plus sympathique. Le frére Frangin (ha ha) est un novice dans le couvent de Kom et trébuche un jour par hasard sur le dieu Om incarné en tortue (il s'est un peu planté dans le processus d'incarnation).
Un des meilleurs tome du Disque Monde.

Le livre de Dina, Herbjørg Wassmo

Je n'ai aucune idée de comment ce livre magnifique est arrivé dans ma wishlist, mais le personnage de Dina m'a prise et emportée avec elle pour de bon. Dina, une enfant libre, devient une femme sans compromis. La traduction est très réussie. Dina est magnifique. je veux encore vivre un peu avec Dina. 

Qu'est-ce que tu as vu ces huit dernières semaines ?

Par la magie des longs trajets en avion, j'ai ratrappé presque une année de retard dans les films que je voulais voir !

Tomorrowland (Disney : Brad Bird, 2015)

Le dernier film de Disney est assez inégal. L'héroine est originale, et le déroulement du scénario d'un convenu désespérant. La morale est moderne et belle, et le "monde idéal" dépeint semble sortir des Etats-Unis des années 60. Les acteurs jouent très mal, et le jeu dans la bande annonce m'a donné envie de le voir.

The imitation game (Morten Tyldum, 2014)

J'ai énormement apprécié le film, tout en ayant bien conscience que c'est parce que les évènements dont il est question sont passionants, et pas vraiment à cause de la mise en scène qui évite le pire (c'est déjà pas mal) mais est convenue au possible (l'histoire "d'amour" est pas mal fichue au moins, ca change).
Mais non, un super mathématicien qui dit "Ah ben puisqu'on a une Enigma, il suffit de remettre le message codé dans la machine pour le décoder!" pour que Turing puisse intervenir en nous disant "Nooooon j'imagine que ce n'est pas aussi simple que ca !" pour bien nous montrer qu'il est un grand génie, désolée mais CE N'EST PAS CRÉDIBLE UNE SECONDE !
Bref. Toujours est-il que
Alan Turing est un génie, Cumberbatch est un super acteur, et qu'il faut absolument voir ce film si ce n'est pas déjà fait.

Big eyes (Tim Burton, 2014)

Tim Burton ne fait jamais de très mauvais films, mais on est loin d'un film inoubliable.

Foxcatcher (Bennett Miller, 2014)

Ce film nominé aux derniers Oscar a une esthétique et un ton de film de Berlinale. J'ai rarement été dans un film avec un tel sentiment de frustration et de malaise, ce en quoi le film atteind parfaitement son objectif (je suppose). Tout de même, on ne peut pas dire que ce soit une expérience très agréable. Mais c'est un film hors normes et rudement bien ficelé.

Eat pray love (Ryan Murphy, 2010)

Un feel good movie typique qui n'arrive pas même à nous faire nous sentir particulièrement bien. Et avec une fin gnangnan au possible. Tout au long du film, je gardais toujours l'espoir que ca décolle d'ici peu. Mais non.

Birdman (Alejandro González Inarritu, 2014)

Le film n'a pas du tout pris sur moi, pourtant il me semble que c'est un film avec beaucoup de qualités. Mais pas vraiment le genre de cinéma que j'apprécie.

Gravity (Alfonso Cuarón, 2013)

Un vrai moment de grâce que ce film que j'ai adoré du début à la fin. C'est étrange que mes deux chocs cinématographique de ces dernières années soient Moon et Gravity, moi qui n'apprécie pas plus que cela la science-fiction. Ce film est d'une simplicité enfantine et mon coeur battait au rythme des moments de suspens. Je ne savais plus où j'étais, j'étais partie là-haut, en orbite, avec Ryan Stone.
Et ce plan, en milieu de film, où Ryan s'extirpe pour la première fois de sa combinaison. De la pure poésie. Je crois que tout le film a été fait pour cette scène-là.
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The curious case of Benjamin Burton (David Fincher, 2008)

L'idée du film me semble une fausse bonne idée. De celles qui ont l'air de coups de génie sur le papier, mais qui mises en oeuvre se révèlent assez plates. En définitive, on se demande un peu où l'histoire veut en venir. Le film a au moins le mérite de ne pas avoir un scénario convenu et vaut donc le détour rien que pour ca.

Spartacus (Stany Kubrick, 1960)

Stanley Kubrick avait fini par renier complètement ce film, dont je n'attendais par conséquent pas grand chose. Au final, ce n'est pas du tout un mauvais peplum, les ressorts politiques sont bien exposés et l'histoire d'amour gnangnan n'y prend pas toute la place. Il y a des personnages secondaires extraordinaire (Charles Laughton qui joue Crassus est génialissime).

Munich (Steven Spielberg, 2005)

Je découvre Munich dix ans après tout le monde dans le cadre d'une rétrospective Mathieu Amalric à la cinématheque de Paris. Mathieu Amalric n'est pourtant pas extraordinaire dans son rôle (mais il a fait rudement mieux). Michael Lonsdale crève l'écran (je pense le faire entrer das mon panthéon personnel des meilleurs acteurs du monde entier).
Voir un film en salle, ca n'a pas de comparaison. Je l'avais presque oublié. J'avais le coeur qui battait, j'arrêtais de respirer pendant les instants de suspens. Un grand moment. Pourtant, avec le recul, je me rends compte que Steven Spielberg a juste très bien intégré les régles du thriller et bien choisi son histoire (j'avais eu le même sentiment avec Argo). Le sujet n'a absolument rien perdu de son actualité et Steven Spielberg le traite avec beaucoup d'intelligence (bien que regardant "depuis le côté israélien", le point de vue palestinien n'est pas effacé, et l'impossibilité du dialogue est magnifiquement mise en scène).
Un chouette film.

lundi, 20 juillet 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu les trois dernières semaines ?

Lettres de ma chaumière, Octave Mirbeau
Daudet avait un moulin, Mirbeau avait une chaumière. Ces lettres sont elles aussi pleines d'anecdotes de la vie campagnarde, mais on y trouve moins de "légendes" et un ton propre à Mirbeau, beaucoup plus cru et morbide.

Le faucheur, Terry Pratchett

Terry Pratchett donne la vedette au grand chouchou des fans : la Mort ellelui-même. Tout en gardant son ton humoristique habituel, Terry Pratchett arrive à faire surgir de belles descriptions de la vie et de la condition humaine.

Le soleil rasait l'horizon.
Les créatures dotées de l'existence la plus brève du Disque sont les éphémères, leur durée de vie ne dépasse guère vingt-quatre heures. Deux des plus âgées zigzaguaient sans but au-dessus des eaux d'une rivière à truites et discutaient d'histoire avec quelques jeunes congénères de l'éclosion du soir.
"On n'a plus le soleil d'autrefois, fit l'une.
-C'est bien vrai. On avait du vrai soleil aux bonnes vieilles heures. Tout jaune. Rien à voir avec ce machin rouge.
-Il était plus haut avec ca.
-Oui, vous avez raison.
-Les nymphes et les larves vous témoignaient un peu de respect.
-Oui. C'est sûr, renchérit l'autre avec véhémence.
-M'est avis que si les éphémères de ces heures-ci se conduisaient un peu mieux, on aurait encore un vrai soleil."

Logicomix - An epic search for truth, Apostolos Doxiadis et Christos H. Papadimitriou

Ce roman graphique m'a été offert par mes collègues pour mon anniversaire, alors que je l'avais déjà repéré et inscrit sur ma liste de livres indispensables...
Tout dans ce roman graphique tourne autour du logicien Bertrand Russell, en présentant aussi ses prédécesseurs, ses collègues, ses successeurs. On y voit aussi le roman "en train de se faire", dispositif ingénieux qui permet de faire des pauses entre plusieurs idées maîtresses et de d'illustrer certains principes de logique, et qui permet aussi aux auteurs de prendre la parole pour expliquer leur démarche à plusieurs reprise.

Ce genre de romans, j'en lirais des piles et des piles sans m'en lasser. Ce sont des vraies perles qui nous permettent non seulement de comprendre des notions clés et des idées révolutionnaires, mais aussi de voir en quoi elles sont inscrites dans leur époque, ce qui les rendait alors révolutionnaires et quelles problèmes elles soulevaient.
Des livres intelligents qui veulent te rendre intelligents, j'en reprends quand vous voulez.

Les sangs, Audrée Wilhelmy

Qu'est-ce que j'ai vu ces trois derniéres semaines ?

Une sale histoire (Jean Eustache, 1977)
Quel film fascinant et super chelou...

lundi, 29 juin 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Bérénice, Racine
L'illusion comique, Corneille

L'avantage avec Dumas, c'est que je gère complètement mon XVIIème siècle maintenant.
L'illusion comique, c'est à peu près au moment où D'Artagnan arrive à Paris sur son cheval jaune.
La première représentation de Bérénice a lieu assez peu de temps après la mort de D'Artagnan. Madame (Henriette d'Angleterre) vient juste de mourir, alors qu'elle avait elle-même donné le sujet de la pièce à Corneille.
Je trouve ca fascinant. Il n'y a pas un autre roman historique qui commence juste avant la mort de Madame, histoire que je poursuive ma chronologie ?

Passeport à l'iranienne, Nahal Tajadod

L'histoire commence un samedi, à Téhéran, en 2007. Nahal Tajadod doit faire refaire son passeport avant de pouvoir repartir en France, où elle vit avec son mari. Une formalité : la procédure prend environ trois jours et son vol aura lieu dans plus d'une semaine. Mais les choses ont changé depuis son dernier séjour en Iran, et Nahal apprend qu'il lui faudra plus d'un mois pour obtenir son nouveau passeport.
Mais en Iran, la question est de connaître les bonnes personnes. Et tout le monde connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui se fera un plaisir de lui servir de coupe-file. Bref, nous allons passer tout le roman à suivre Nahal dans ses démarches administratives et sa vie quotidienne avec sa fille, sa tante et sa meilleure amie.
Il y a un petit peu de la maison qui rend fou d'Asterix dans ce roman, mais l passeport est surtout un prétexte pour dépeindre le quotidien de Téhéran, ces petites choses qui agacent Nahal (et l'amusent aussi un peu) : le târof infini avec les chauffeurs de taxi (le târof consiste à toujours refuser d'être payé d'abord, sachant qu'il serait évidemment impensable de prendre la personne au mot et de partir sans payer...), les embouteillages absurdes sur le périphérique, le cirque continuel de l'installation et de la désinstallation de l'antenne satellite (interdite, mais qui ne manque dans absolument aucun foyer iranien), etc.
Du peu que j'ai pu voir de Téhéran, les choses n'ont en rien changé depuis 2007. La ville a encore grandi, les voitures ont encore vieilli et il y a encore plus de chaînes satellites.

Quand à ce portrait des jeunes dans les centres commercieux (pâssâj), j'aurai pu l'écrire mot pour mot !

Le port du voile étant obligatoire, tout l'art, toute l'habileté des jeunes filles consiste à trouver un moyen de montrer, malgré tout, un maximum de leurs chevelure. Afin de lutter contre l'inertie de ce carré de tissu, elles ont inventé, à l'aide de peignes et de barettes, tout un système d'échafaudages, lequel crée une crinière surélevée, de préférence blonde, qu'elles laissent dépasser du foulard. Leurs yeux et leurs sourcils changent continuellement de teinte et de forme. Aujourd'hui, elles ont plutôt les yeux noirs (l'importateur de lentilles claires a dû faire faillite) et des sourcils tatoués en forme d'accent circonflexe. Leurs franges, dévalant de l'échafaudage, offrent un éventail de couleurs qui va du fuchsia au blond platine. Placées au sommet de leur tête, des lunettes de soleil griffées dissimulent le prétendu foulard. Les ailes de leur nez, à force d'être affinées par le chirurgien, sont presque invisibles. [...] Depuis quelque temps, la jeunesse masculine, bien qu'à l'abri des épreuves et des emprisonnements, qui menacent toujours les femmes (une d'elles, âgée de seize ans, a été récemment pendue pour "adultère" alors qu'elle n'était pas mariée), a adopté l'esthétique féminine. Les garcons de Téhéran, du moins ceux qui fréquentent les pâssâjs, ont tous le nez opéré, les sourcils épilés, les ongles manucurés et les cheveux longs, gominés. Là aussi, on est loin de l'image du bon pratiquant.

Les Zinzins d'Olive Oued, Terry Pratchett
L'invention du cinéma, version Disque-Monde.

Aden Arabie
La France n'est d'ailleurs pas une personne comme les statues de Dalou pourraient le faire croire aux enfants des écoles. Il ne faut pas s'imaginer qu'elle est un personnage de taille surnaturelle marchant avec des oiseaux sur la tête entre les murailles qui ferment son domaine, une espèce de grande reine des abeilles, mère de quarante millions d'enfants. La France est une collection d'hommes, d'évènements et de produits.
Je n'aime pas ces hommes, ni leurs produits, ni les évènements francais. Que personne n'essaye de me faire honte parce que j'insulte une déesse. Eternel visage. Eternelle maîtresse des généraux. Je n'ai pas manqué de respect à cette vierge qui n'existe pas.

Qu'est-ce que j'ai vu ces trois dernières semaines ?

Sherlock, saisons 1 à 3 (Mark Gatiss et Steven Moffat, 2010-2014)

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Série commencée en vacances en France. Il fallait bien que je finisse la saison qui me restait (je ne savais pas que la série n'est pas terminée...).
Pas mal de très bonnes idées filmiques dans cette série. Je pense qu'encore personne n'avait essayé d'adapter un Sherlock Holmes en se donnant autant de mal pour mettre en scène "l'intérieur du cerveau" du détective. Certaines choses fonctionnent mieux que d'autres, mais j'apprécie énormément la prise de risque et l'originalité.
Là où la série me perd, c'est quand elle se met à dégouliner de pathos facile... et dieu sait que c'est souvent ! On pourrait couper à peu près 20mn par épisode de plans destinés à nous faire comprendre À QUEL POINT Watson aime Holmes dans le fond de son coeur tendre. Heureusement, les touches d'humour font mouche et sont un vrai plaisir.
La série a touché le jackpot en découvrant l'acteur principal, Benedict Cumberbatch, qui est pour moi le meilleur "nouvel" acteur du moment, ne serait-ce que parce qu'il a un physique tellement subtilement bizarre. Malheureusement, l'acteur et son personnage tiennent tout seuls la série qui manque cruellement de personnages intéressants (l'inspecteur de Scotland Yard est d'un fade... comment est-ce possible ?).

Fargo (Joel et Ethan Coen, 1996)
Un des films préférés du Killer, sur notre liste des films à voir ensemble depuis des années. Son enthousiasme pour ce film m'échappe un peu, je trouve que ce film est un Big Lebowsky en moins bien dosé. Je pense que c'est tout simplement que dans le cinéma des frères Coen, c'est surtout leur humour que j'apprécie. Ici, l'accent est mis sur d'autres composantes de leur cinéma, celles qui me touchent moins.

lundi, 08 juin 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces deux dernières semaines ?

Le journal de Bridget Jones, Helen Fielding
L'âge de raison, Helen Fielding
J'ai beaucoup apprécié le film "Bridget Jones" (le premier... le deuxième était pas top) et donc j'avais envie de découvrir le livre. Évidemment, le suspens est quasi nul, puisque le film reprenait toute l'intrigue (et que je l'ai vu plusieurs fois), du moins pour le premier. Pour le deuxième, l'intrigue a été pas mal changée (mon petit doight me dit qu'ils voulaient recaser à tout prix Hugh Grant dans le casting... ca avait trop bien marché la première fois.).

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Ouais, je mets Hugh Grant sur mon blog si je veux.

J'ai pas mal aimé la manière dont Helen Fielding s'attache à disséquer l'influence du féminine sur la classe moyenne, sur ces femmes qui ne sont ni des militantes politiques, ni des diplômées en gender studies. La manière dont Bridget (mais pas seulement) tente de concillier ces idées pas très bien digérées avec ses habitudes de vieille célibataire, sa procrastination maladive et les codes sexistes dans lesquels tout le monde est englué, c'est vraiment une piste de réflexion intéressante, surtout avec le recul (Bridget Jones n'a PAS de connection internet... ca fiche un coup de vieux, quand on y pense).
Mais alors POURQUOI faut-il que Bridget soit sauvée de tous ses malheurs à la fin par Monsieur Perfection-absolue, grand, beau, riche et aimant, fou amoureux d'elle parce que... heu... c'est comme ca (nan mais franchement : il l'a vue deux fois dans sa vie, le mec !). Pourquoi ?!?
J'ai aimé ma lecture, en gardant une préférence pour le film. C'est drôle, c'est vite lu, on y prend du plaisir, on a du mal à lâcher le livre. Mais si on avait pu échapper aux gros clichés, ca aurait été encore mieux.

Le vicomte de Bragelone, Alexandre Dumas

Fin des aventures de D'Artagnan et de ses amis (et ennemis). A part les histoires d'amour qui sont en général assez peu intéressantes, Alexandre Dumas arrive toujours à me passionner pour toutes les intrigues emberlificotées qu'il retrace. Il a aussi ce talent pour mélanger l'acuité historique et la fiction, on apprend toujours des tas de choses sans avoir l'impression d'avoir jamais affaire à un roman didactique.
J'ai été un peu surprise à partir de Vingt ans après de découvrir les quatre mousquetaires bien plus caricaturaux qu'ils ne me semblent l'être dans le premier volet. Portos, notamment, est dépeint comme un bon gros géant simple d'esprit, ce qu'il ne me semblait pas du tout être le cas dans Les trois mousquetaires. Je suppose que c'est à cause de cela que je garde une préférence pour le premier volet, encore qu'il serait dommage de passer à côté de toutes les intrigues politiques qui prennent encore plus de place après la mort de Richelieu. Dans ce dernier volet et à ma grande surprise, c'est Aramis qui se révèle le personnage développé avec le plus de finesse.
Il y a des tas de femmes fortes et intéressantes dans ce dernier volet. La vieillissante Anne d'Autriche, la jeune Henriette d'Angleterre, toutes font preuve d'un caractère bien trempé et donnent des couleurs à la politique du début du règne de Louis XIV. Et puis, à côté de toutes ces femmes intéressantes, il y a... l'héroïne de l'histoire, Louise de La Vallière, sans personnalité, sans contour, qui ne nous est jamais décrite que pâle et en train de pleurer. J'ai malheureusement perdu presque immédiatement tout intérêt pour cette heroïne et pour le grand amour du vicomte de Bragelonne. Ce n'était, je pense, pas le but de l'auteur, mais heureusement, cela ne nuit pas vraiment à l'histoire. Je suppose qu'il y a là-dessous une certaine idée de l'idéal féminin qui est vraiment daté et a mal vieilli.
Le reste de l'histoire n'a pas pris une ride, donc saisissez l'occasion si comme moi, vous vous étiez arrêté avant la fin des aventures d'Atos, Portos, Aramis et D'Artagnan.

Soudain le franciscain se releva.

— Terminons, dit-il, la mort me gagne. Oh ! tout à l’heure, je mourais tranquille, j’espérais… Maintenant je tombe désespéré, à moins que dans ceux qui restent… Grisart ! Grisart, faites-moi vivre une heure encore !

Grisart s’approcha du moribond et lui fit avaler quelques gouttes, non pas de la potion qui était dans le verre, mais du contenu d’un flacon qu’il portait sur lui.

— Appelez l’Écossais ! s’écria le franciscain ; appelez le marchand de Brême ! Appelez ! appelez ! Jésus ! je me meurs ! Jésus ! j’étouffe !

Le confesseur s’élança pour aller chercher du secours, comme s’il y eût eu une force humaine qui pût soulever le doigt de la mort qui s’appesantissait sur le malade ; mais sur le seuil de la porte, il trouva Aramis, qui, un doigt sur les lèvres, comme la statue d’Harpocrate, dieu du silence, le repoussa du regard jusqu’au fond de la chambre.

Le médecin et le confesseur firent cependant un mouvement, après s’être consultés des yeux, pour écarter Aramis. Mais celui-ci, avec deux signes de croix faits chacun d’une façon différente, les cloua tous deux à leur place.

— Un chef ! murmurèrent-ils tous deux.

Aramis pénétra lentement dans la chambre où le moribond luttait contre les premières atteintes de l’agonie.

Quant au franciscain, soit que l’élixir fît son effet, soit que cette apparition d’Aramis lui rendît des forces, il fit un mouvement, et, l’œil ardent, la bouche entrouverte, les cheveux humides de sueur, il se dressa sur le lit.

Eric, Terry Pratchett

J'ai beaucoup rigolé dans ce volume, assez court m'a-t-il semblé, des Annales du Disque-Monde. Surtout sur la fin où Terry Pratchett revisite l'Enfer de Dante, passage inattendu et superbement drôle.

Qu'est-ce que j'ai vu ces deux dernières semaines ?

P'tit Quinquin (Bruno Dumont, 2014)

Tout le monde s'était tellement extasié devant cette série francaise qu'il fallait bien y jeter un coup d'oeil. J'ai du mal à partager l'enthousiasme général, même si je trouve quelques acteurs excellents (Bernard Pruvost qui joue le commandant, entre autre) et que je suis même sensible jusqu'à un certain point à cet humour très bizarre. Mais des fois, c'est juste lourd.

lundi, 25 mai 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces 11 dernières semaines ? (11 semaines ?!? tu m'étonnes que la liste st longue !)

Les trois soeurcières, Terry Pratchett
Emouvant : j'ai commencé ce livre peu avant que Terry Pratchett ne décède. Lorsque je l'ai refermé, moins d'une semaine plus tard, j'ai appris sa mort.
Terry Pratchett réinvente Shakespeare d'une amnière inédite et fun...
 
L'homme qui rit, Victor Hugo
Dès les premiers chapitres du livre, en comprenant où Victor Hugo allait me mener et pourquoi cet homme "riait", j'en ai eu la chair de poule. A chaque nouveau roman de Victor Hugo que je découvre, je me demande "mais comment ce personnage tellement extraordinaire n'a-t-l pas été repris et décliné sous toutes ses formes par des centaines d'auteurs à sa suite?"* Après Han d'Islande, voilà donc Gwynplaine...

* y'a le Joker, qui est assez extraordinairement facsinant dans son genre, soit...

Mrs Dalloway, Virgina Woolf

Croiriez-vous que je n'avais encore jamais lu ce texte ? Le flot de conscience par excellence ? Ne le dites surtout pas à mes anciens profs de prépa, ils pourraient me foutre une khôle pour me punir...

L’amour détruit tout. Tout ce qui est beau, tout ce qui est vrai. Voyez, par exemple, Peter Walsh. Si vous vouliez savoir quelque chose de Pope, d’Addison par exemple, ou simplement dire des bêtises, à quoi les gens ressemblent, ce que les choses signifient, il n’y avait pas mieux que Peter. C’est Peter qui l’avait aidée, Peter qui lui avait prêté des livres. Mais les femmes qu’il aimait ! vulgaires, triviales, communes ! Voyez Peter amoureux ! Il était venu la voir après tant d’années, et de quoi avait-il parlé ? De lui-même. Horrible passion ! pensa-t-elle. Passion avilissante, pensa-t-elle en songeant à Kilman et à son Élisabeth qui allaient aux Navy Stores.
Big Ben frappa la demi-heure.
Quelle chose extraordinaire, étrange, touchante même, de voir la vieille dame (elles étaient voisines depuis tant d’années) s’éloigner de la fenêtre, comme si elle était attachée à ce son, à cette corde ! Si gigantesque que fût ce son, il avait cependant un peu à faire avec elle. Très bas, très bas, parmi les choses ordinaires, le battant de la cloche tombait, et le moment devenait solennel. Elle était forcée – imaginait Clarissa, – par ce coup de l’heure, de s’en aller, de partir, mais où ? Clarissa la suivit des yeux et elle la vit se retourner et disparaître et elle aperçut juste son bonnet blanc qui bougeait au fond de la chambre à coucher. Et elle était encore à l’autre bout de la pièce et elle bougeait. À quoi bon des dogmes, des prières, des mackintosh ? pensa Clarissa, quand c’est là le miracle, quand c’est là le mystère : cette vieille dame, pensait-elle, qu’elle pouvait voir aller depuis la commode jusqu’à la coiffeuse. Elle la voyait encore. Et le mystère suprême que Kilman dirait avoir résolu, que Peter dirait avoir résolu – mais Clarissa était sûre qu’ils n’avaient même pas essayé, – était celui-ci simplement : là il y a une chambre, là il y en a une autre. Est-ce que la religion explique cela ? Est-ce que l’amour…
 
La Calèche, Nicolas Gogol
Conte du coq d'or, Alexandre Pouchkine
Conte du pècheur et du petit poisson, Alexandre Pouchkine
Conte du pope et de son serviteur Balda, Alexandre Pouchkine
Eugene Oneguine, Alexandre Pouchkine
 
Ainsi vont les enfants de Zarathoustra - Parsis de l'Inde et Zartushtis d'Iran, Monique Zetlaoui
C'est mon frère qui m'a offert ce livre. Je lui avais demandé s'il connaissait des détails sur les mariages incestueux des Zoroastriens et il m'a offert dans la foulée deux livres, un consacré au Zoroastrisme et l'autre consacré aux mariages incestueux.
Ce livre m'a surtout appris pas mal de choses sur les Parsis d'Inde, qui forment le coeur actuel du zoroastrisme, presque complètement disparu en Iran. J'ai aussi appris pas mal de choses que j'ignorais sur les rites. Je regrette juste que presque rien ne nous soit dit de la vue religieuse à proprement parler et que l'Avesta est à peine évoquée. Mais ce sont justement les sujets sur lesquels j'étais le plus au courant, de sorte que ce livre venait combler les manques.
Quant à l'inceste, ce livre semble mettre en doute la pratique et l'attribuerait à une propagande des grecs. Mais je vais entamer le deuxième livre qui m'en dira plus sur ce sujet.

Extrait où il est question de Nowruz, le nouvel an (21 Mars):
Ce jour-là, tous les produits, posés sur la table recouverte d'un blanc immaculé, sont riches de significations. On y trouve un vase contenant une pièce d'argent surmontée d'une grenade et cinq ou six roses. [...] Plusieurs plateaux prennent place sur cette table dans un ordre précis ; Le premier doit contenir sept produits spécifiques qui commencent par la lettre sh en persan. [...] Un second plateau est garni de sept aliments commencant par le s persan. [...]
La table contient tous les symboles de renouveau, d'abondance et de douceur pour l'année qui débute. On y place les oeufs peints (cette tradition qui remonte à l'ancienne Perse est sans doute à l'origine de la jolie coutume chrétienne des oeufs de Pâques), des graines de différentes céréales, des légumes et des fruits frais ainsi que des fruits secs. Un carré de blé nouvellement germé qui symbolise la nouvelle récolte à venir est au centre de la table. L'encens et le bois de santal diffusent leurs parfums tandis qu'une lampe ou une bougie illumine la table. [...]
A Yazd et à Kermân, en Iran, les zoroastriens ont coutume de mettre sur la table un dessert tout à fait particulier, le cangal ; il est à base de dattes dénoyautées trempées dans un peu d'eau chaude, puis mélangé avec de l'eau de rose, du sucre candi et une pâte de graines de sésame. Le dessert est recouvert de pétales de roses séchées et de canelle et n'est consommée qu'après avoir refroidi entre deux assiettes.
Les juifs invités à cette table trouveront des similitudes avec la table des seder de Pâque et celle de Roch ha chana. Le plateau du seder de Pessah contient lui aussi sept produits, dont le vinaigre, les herbes et l'oeuf, symbole universel de fertilité. Un des éléments importants de ce plateau, les haroset, semble très proche du cangal. [...] Les haroset symbolisent le mortier que les juifs utilisaient lorsqu'ils étaient esclaves de Pharaon en Egypte. On peut se demander si, des siècles après leur long séjour en Perse, les juifs n'ont pas conservé certaines traditions de leurs hôtes zoroastriens, la similitude des deux préparations est troublante.

Quand j'ai entendu parler pour la première fois du Zoroastrisme, ce qui m'a le plus choquée était la similitude que je trouvais avec le christianisme. Jean Kellens, un des grands philologues de l'Avesta et professeur au collège de France, s'est attelé à la traduction de l'Avesta. Certains passages sont troublants. De plus, pour lui, le Yasna est un texte liturgique dans lequel il devine un sacrifice symbolique du prètre sur l'autel (le Zoroastrisme est considéré comme la première religion sans sacrifices humains ou animaux).
Bien entendu, les textes avestiques et gathiques sont très compliqués, et demandent une bonne dose d'interprêtation. On a souvent reproché aux philologues "occidentaux" d'y transposer leur propre religion. Un de mes profs en iranologie disaient que les francais était justement très doués pour comprendre l'Avesta parce qu'ils l'abordaient avec leur religion catholique très ritualisée, comprenant des choses que les allemands protestant étaient incapables de voir dans le texte. Est-ce que Jean Kellens est trop catholique en traduisant l'Avesta ? Toujours est-il que cette religion me trouble beaucoup.
 
Doubrovski, Alexandre Pouchkine
La dame de Pique, Alexandre Pouchkine
La fille du capitaine, Alexandre Pouchkine
Ce roman vient clore mon "cycle Pouchkine", c'est à dire que j'ai lu à peu près tout ce que j'ai trouvé à portée de main. Même si la plupart étaient des relectures, j'avais trop de mal à identifier cet auteur au milieu des autres auteurs russes. Alors un tour d'horizon s'imposait pour savoir quel auteur était exactement ce Pouchkine.
 
Vie et opinions philosophiques d'un chat, Hippolyte Taine
Les Amants, Octave Mirbeau

Les trois Mousquetaires, Alexandre Dumas
Avant d'entamer Vingt ans après, je me suis dit qu'il serait plus de nécessaire de reprendre les trois mousquetaires en entier. J'ai beau l'impression de le connaître par coeur cette histoire, à y regarder de plus près, je connais surtout les ferrets et puis... le reste se perd dans le brouillard. Je me souviens de Milady chantant "Dieu comptera les maux que j'ai soufferts" et je me souvenais du bourreau. Mais pourquoi exactement ? Et quelle est cette histoire de femme avec Aramis ?

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(Y'a-t-il un couple plus super-cool que Lana Turner et Gene Kelly ? Franchement ?)
Alors c'est parti pour une séance de rattrappage avec Milady, la plus badass de toutes les méchantes de la littérature du monde entier.

Le premier homme, Albert Camus
Berlinoise, Wilfried N'Sondé
Pyramides,
Terry Pratchett
Septième volet de la série, et mon préféré, je pense. J'ai adoré la facon qu'a eu Terry Pratchett de reprendre à sa sauce la civilisation égyptienne antique. Dans cette histoire, on suit le fils de Teppicymon XCXVII, qui, après un passage à Ankh-Morpork dans la Guilde des Assassins, va devenir roi à la mort de son père. Son travail consistera principalement à faire se lever le soleil tous les matins, ainsi qu'à organiser les obsèques de son père.

"Bien, bien, dit-il. Vous êtes dans les pyramides depuis longtemps ?"
Ptaclusp, architecte et bâtisseur de pyramides à la tâche, s'inclina très bas.
"Depuis toujours, ô lumière de midi.
- Ce doit être passionnant", fit Teppic. Ptaclusp jeta un regard en coin au grand prêtre qui hocha la tête.
"C'a ses bons côtés, ô source des eaux", hasarda-t-il. Il n'avait pas l'habitude que des rois s'adressent à lui comme à un être humain. Il sentait confusément que ca ne se faisait pas.
Teppic agita une main en direction de la maquette sur son podium.
"Oui, fit-il d'un ton hésitant. Bon. Bien. Quatre murs et un sommet pointu. Très, très bien. Superbe. Rien à dire, vraiment." Le silence lui répondit, de plus en plus lourd. Il se jeta à l'eau.
"Au poil, reprit-il. je veux dire, il n'y a pas à se tromper. C'est... une... pyramide. Et quelle pyramide ! Ca oui."
Ce n'était pas encore assez, apparemment. Il chercha autre chose. "On l'admirera dans les siècles à venir et on dire... on dira... ca, c'est de la pyramide. Hum."
Il toussa. "Les flancs ont une belle pente", coassa-t-il.
"Mais..." ajouta-t-il.
Deux paires d'yeux pivotèrent vers les siens.
"Hum", fit-il.
Dios leva un sourcil.
"Sire ?
- Je crois me rappeler qu'une fois, mon père a dit... vous savez... qu'à sa mort il aimerait bien... enfin, pour ses obsèques... il préférait la mer."

Vingt ans après, Alexandre Dumas

Venon Subutex, Virginie Despentes


Le dernier de Virgine Despentes est sorti, le premier tome d'une trilogie à venir, et j'ai posé illico presto une réservation à la bibliothèque.
Ce roman est dans la lignée de Bye Bye Blondie, avec peut-être un peu moins de musique (mais le personnage principal reste un discaire, les titres et les groupes fusent quand même). C'est bavard, bavard. bavard. Virginie Despentes tire dans tous les sens, sur tout le monde, elle s'énerve, elle enchaîne. Et tout de même, il y a un de ces amour profond pour les humains là-dedans, ca m'attire vers elle. J'aimerais pas vivre dans sa tête, mais j'applaudis à tous ses livres.

Et Daniel, au lieu de rester vendeur et de toucher le SMIC, était devenu responsable du développement des points de vente sur Paris. Un job en or, en réalité. Ca rend Pamela à moitié folle : jamais ca ne se serait passé comme ca sans la transition. Déjà, Déborah, en tant qu'ancienne du X, n'aurait pas pu devenir vendeuse. Ou alors elle se serait fait virer dès qu'on l'aurait appris et va aux prud'hommes pour te plaindre que ton employeur te discrimine parce qu'on peut te voir sur Internet sucer trois connards d'affilée ! Et en admettant que Déborah ait changé de tête, qu'elle se soit fait refaire le nez, qu'elle ait changé de coupe, qu'elle ait pris vingt kilo - qu'on ne puisse pas la reconnaître... on ne confie pas le projet de déveloipper des points de vente d'un bizness florissant à une meuf.
[...]
On peut tout se permettre avec les gros. Leur faire la morale à la cantine, les insulter s'ils grignotent dans la rue, leur donner des surnoms atroces, se foutre d'eux s'ils font du vélo, les tenir à l'écart, leur donner des conseils de régime, leur dire de se taire s'ils prennent la parole, éclater de rire s'ils avouent qu'ils aimeraient plaire à quelqu'un, les regarder en faisant la grimace quand ils arrivent quelque part. On peut les bousculer, leur pincer le bide ou leur mettre des coups de pied : personne n'interviendra. C'est peut-être à cette époque [que Déborah] a appris à renoncer à son genre : mâles ou femelles, les gros sont soumis à une exclusion similaire. On a le droit de les mépriser. Et s'ils se plaignent des traitements qu'on leur inflige, au fond tout le monde pense la même chose : mange moins, gros sac, tu pourras t'intégrer. Deb était dans le sucre comme elle serait dans la coke quelques années plus tard : à fond. Ne pensant qu'à ca.

Au guet ! Terry Pratchett
Je suis sûre d'avoir lu ce tome il y a très longtemps. Certains passages m'étaient vraiment familiers. Une histoire sympathique, comme d'habitude.

Qu'est-ce que j'au vu ces 11 dernières semaines ?
 
Le discours d'un roi (Tom Hooper, 2010)
Grand Budapest Hotel (Wes Anderson, 2014)
The Monuments Men (George Clooney, 2014)
Chevalier (Brian Helgeland, 2001)
Aimer. boire et chanter (Alain Resnais, 2014)

Gone Girl (David Fincher, 2014)
Comme quoi, il ne faut jamais désespérer. Quelqu'un qui a fait Fight Club ne PEUT PAS ne pas être un génie et finira bien par pondre un autre chef d'oeuvre un jour (pas que j'ai pas aimé ses autres films, mais c'était pas à sauter au plafond non plus). David Fincher, je croyais en toi, et hourra, j'ai pu voir avec Gone Girl un film qui me lâchera plus jamais, un chef d'oeuvre. Voui voui.
Mise en scène impeccable, acteurs du feu de Dieu (oui, je suis bien en train de dire que Ben Affleck est un acteur du feu de Dieu), suspens juste comme il faut, jeu d'echec qui te fait ju-bi-ler devant ton écran, le film a vraiment tout pour plaire et dresse un tableau de société au carsher (surtout de la société américaine, mais on y viendra nous aussi, pas l'ombre d'un doute). Cerise sur le gâteau : c'est un film 100% 2014 et c'est pas tous les jours que ca arrive (filmer la modernité, c'est pas facile).


Letters of Iwo Jima (Clint Eastwood, 2006)
Lucy (Luc Besson, 2014)

La pirogue (Moussa Touré, 2012)
Des clandestins sénégalais, embarqués sur une Pirogue, en direction de l'Espagne. On peut se dire que ca sent le sujet d'actualité, mais on a tellement l'impression d'avoir vécu pendant deux heures cette traversée avec eux, qu'on a mal partout une fois le film terminé.


Tonnerre (Guillaume Brac, 2013)
Je me suis ennuyée ferme pendant le film, même s'il a un certrain charme, au final. Et Solène Rigot est super méga jolie.

lundi, 09 mars 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces six dernières semaines ?

Das kurze wundersame Leben des Oscar Wao (La Brève et Merveilleuse Vie d'Oscar Wao), Junot Díaz

Un bouquin qui trainait dans ma liste depuis des années... Je ne sais plus pourquoi, mais bien m'a pris. Grace à Oscar Wao, j'ai découvert la Républiqie Dominicaine et pu approcher au plus près du dictateur psychopathe qu'était Trullijo (et dire que je n'avais jamais entendu parler de de lui avant !). Le tout dans une bonne humeur contagieuse et saupoudrée d'un zeste de geekitude (et les geeks des années 70, ça envoyait du lourd ! (vous savez que vous fréquentez trop de geeks le jours où vous lisez dans un bouquin le nom de Zardoz et que vous savez de quoi il est question (si vous ne savez pas ce qu'est Zardoz, tapez immédiatement "Zardoz Connery" dans Google Image (ne me remerciez pas)))).

Bref, c'était génial.

Sourcellerie, Terry Pratchett

L'écrivain national, Serge Joncour

La fille de mon meilleur ami, Yves Ravey

Vous vous en souvenez peut-être que j'qvqis eu un coup de coeur pour le livre d'Yves Ravey précédent, Un notaire peu ordinaire. C'est pour ça que je me suis précipitée sur La fille de mon meilleur ami lorsque la bibliothèque francaise s'est procuré celui-ci. J'y retrouve le style d'écriture qui m'avait tellement plu, cette manière qu'a l'auteur de nous donner au compte-gouttes les informations qui nous obligent sans cesse à revenir en arrière pour corriger ce que l'on pensait savoir des personnages principaux. Malgré cela, ce livre m'a paru un peu moins fort, l'histoire m'ayant moins emballé. Mais Yves Ravey est un auteur que je vais continuer à suivre avec grand grand intérêt.

Je, d'un accident ou d'amour, Loïc Demey

Ce qui apparaît au premier coup d'oeil dans Je, d'un accident ou d'amour est la forme très particulière de l'écriture : le narrateur raconte son histoire en n'utilisant aucun verbe. Lorsque que le livre a été présenté à la radio, c'est aussi cette caractéristique qui a attiré mon attention, mais c'est surtout suite à un cours donnés par un prof de neurolinguistique de ma fac aux élèves de première année sur l'aphasie qui m'a vraiment donné très envie de le lire.
L'aphasie est une maladie neurologique qui empêche les gens de pouvoir s'exprimer correctement. Souvent, cela se traduit par le fait que la personne aphasique
- n'arrive pas à utiliser de mots fonctionnels (les mots fonctionnels, à l'opposé des mots à contenu, sont les mots qui n'ont pas de contenu précis et servent juste à la syntaxe d'une phrase : "à" "que", etc sont des mots fonctionnels)
- n'arrive pas à combiner les mots à contenu de nature différentes, par exemple : un substantif avec un verbe
Ce qui m'a justement beaucoup intriguée dans cette narration c'est que tout commence par un accident de voiture. Évidemment, et comme le titre le laisse deviner, l'auteur laisse un doute planer sur la cause réelle du problème qui atteint le narrateur : est-ce l'accident de voiture ou est-ce le choc sentimental survenu juste avant cet accident ? Dans le livre, cela reste en suspens, mais le fait que les aphasies sont très souvent causées par des accidents de voiture ne faisait que piquer encore plus ma curiosité.
J'ai beaucoup apprécié la manière que l'auteur a de détourner les substantifs en verbes. Il use et abuse des substantifs réflexifs, et pourtant le texte est très naturel à la lecture. On ne butte jamais sur les phrases, et une certaine part d'interprétatiuon est laissée au lecteur. Sur la forme, ce livre est vraiment une prouesse, même si l'histoire qu'il raconte est elle peu innovante (ce qui est sans doute fait exprès).

Ce n'est pas toi que j'attendais, Fabien Toulmé

Le bouche à oreille semble avoir bien fonctionné pour cette BD (ou roman graphique) autobiographique et qui parle de l'expérience d'un père d'enfant trisomique. On a beaucoup loué le récit très honnête que fait l'auteur de ses peurs et de son rejet face à cette maladie à la fois bien et peu connue. J'ai beaucoup apprécié la lecture, le dessin simple, et j'ai fermé le livre avec l'impression d'en savoir plus.

Das frühe Persien (la Perse ancienne), Josef Wiesehöfer 

Après une tentative voici plusieurs mois qui ne m'avait menée que jusqu'à la page 2, j'ai repris le livre et ai réussi à le terminer au bout d'un effort sans nom. Que dire de ce livre ? L'écriture n'est pas agréable du tout, et à aucun moment l'auteur ne semble essayer de raconter quelque chose. C'est donc plutôt un mémo pour étudiants, mais qui n'invite pas à une deuxième lecture. Tout de même, j'ai fini par comprendre qui étaient les Parthes, je suppose que c'est déjà pas mal. 

Qu'est-ce que j'ai vu des six dernières semaines ?


Paddington (Paul Kingm 2014)

12 years a slave (Steve McQueen, 2013)
The Wolf of Wall Street (Le loup de Wall Street) (Martin Scorsese, 2013)

Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann (Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire) (Felix Herngren, 2013)
Un film à la hauteur de sa réputation. C'est superbement drôle et chaleureux.

Extrasystole (Alice Douard, 2013)

Artificial Intelligence: AI (Steven Spielberg, 2001)
14 ans après la bataille, je découvre enfin le film que Stanley Kubrick a légué à Steven Spielberg. L'histoire aurait pu paraître très convenue, mais j'ai beaucoup aimé, mis à part la tout fin qui m'a laissée très sceptique (soit je n'ai rien compris, soit le scénariste ne savais pas comment finir son film).
Evidemment que ca aurait été cent fois mieux si Kubrick l'avait fait. Evidemment.

Paridan az Ertefa Kam (
A Minor Leap Down) (Hamed Rajabi, 2015)

Härte (Rosa von Praunheim, 2015)
Un de mes gros coups de coeur de la Berlinale.

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À gauche, Andreas Marquardt, Berlinois, entraîneur et ex-champion de karaté, ancien maquereau aussi, ancien petit criminel du Berlin des années 70. À droite, Hanno Koffler, qui interprète le rôle d'Andreas Marquardt jeune.
Le film se base sur le livre écrit par Andreas Marquart suite à ses années de prison et suite surtout à sa thérapie faite en prison. Une thérapie grâce à laquelle il a réussi à régler ses compte avec son enfance : maltraité par son père et abusé sexuellement par sa mère, Andreas est devenu un jeune homme violent, meprisant envers les femmes et incapable de contrôler ses accès de colère.
Le film fait sans cesse des allers-retours entre une reconstitution assez stylisée des évènements marquants de la vie d'Andreas Marquardt et des interviews d'Andreas et de sa compagne  commentant les évènements. Ce va-etr-vient est assez déroutant, mais une très bonne idée, ne serait-ce que pour voir et entendre Andreas Marquardt, très honnête face à la caméra, très vrai, très non-acteur. Le film centrait son propos sur la maltraitance sexuelle et les relations d'Andreas avec sa mère et avec les femmes. Très cru, très honnête et, vraiment, j'avais du mal à respirer à certains moments.
Le highlight du film a été pour moi le Q&A final, où Andreas et son thérapeute sont venu répondre aux questions du public. C'était très fort. Actuellement, Andreas est très engagé auprès des enfants et soutient des associations d'aide aux enfants ayant subi des sévices sexuels.
Le film est arrivé en troisième place du prix Panorama, preuve que le public l'a beaucoup apprécié. Il a été financé par Arte, donc il y a une petite chance qu'on puisse le voir un jour en France mais j'ignore sous quel titre.

Tell Spring Not to Come This Year (Saeed Taji Farouky, Michael McEvoy, 2014)
Après Härte, j'ai vu Tell spring not to come this year, qui a fait grande impression sur son public puisque le film a remporté le prix Panorama du fim documentaire.
On s'y retrouve plongé dans une division de l'armée afghane, peu après le départ des troupes américaines. On assiste aux échanges houleux avec les populations tiraillées entre l'armée et les talibans, on se retrouve encerclés avec eux par les talibans et on tremble de peur en s'enfuyant jusqu'au camion blindé d'être attrappé par une des balles qu'on entend siffler de partout. C'est ca qui m'a personnellement le plus impressionnée. Michael McEvoy, à l'origine du projet, est lui-même un soldat et avait déjà eu l'occasion de combattre avec ces soldats de l'armée afghane. Il a pris des risques insensés en tournant ce film, loin du reportage de guerre (qui est déjà loin d'être une petite ballade de tourisme).

Queen of Earth (Alex Ross Perry, 2014)
Beaucoup aimé l'actrice Katherine Waterston et le ton très agressif des dialogues. Pour ce qui est de l'histoire, je ne voyais pas du tout où elle allait et je me suis un peu ennuyée...

Nasty Baby (Sebastián Silva, 2015)
Il n'existe malheureusement pas (encore ?) de trailer pour ce très très bon film, mon deuxième coup de coeur de la Berlinale.

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Un couple homosexuel essaye d'avoir un bébé avec leur meilleure amie, pendant que l'un d'eux est en train de se lancer dans un projet artistique... étrange et que le quartier entier s'énerve contre un vieil homme à moitié fou... L'intrigue est bien menée, les dialogues sont vifs, drôles et naturels et les acteurs sont tous au top.
Sebastián Silva joue presque son propre rôle dans ce film qui, selon lui, parle de la gentrificaction hypster (thème hautement à la mode à Berlin). Je trouve que ca parle de beaucoup plus que ca, et j'ai adoré.

Danieluv Svet (Veronika Lisková, 2014)
A peine remise de Nasty Baby, j'ai été voir ce documentaire superbe qui est mon troisième et dernier coup de coeur de la Berlinale.

La bande-annonce vous résume assez bien le propos. La caméra suit Daniel, pédophile attiré principalement par les enfants de cinq ans, dans son quotidien. Daniel a fait son coming out de pédophile auprès de sa famille, de ses amis, et même auprès des parents du garcon dont il est amoureux. Aucun des autres garcons de la communauté pédophile n'a eu ce courage et seul un deuxième accèpte de montrer son visage à la caméra.
"Vous allez pouvoir mettre votre tolérance à l'épreuve." est le slogan mis en avant dans la bande-annonce. Je trouve ca un peu racoleur, mais il est exact que c'est ce dont il est question dans le documentaire. L'idée du documentaire est née de chiffres : parmis les personnes jugées coupables d'actes pédophiles, 90% ne sont pas des pédophiles. Pourtant, le concept de "pédophilie" est lié pour la plupart d'entre nous à un crime. Alors comment faire lorsque l'on est né ainsi ? Comme le dit Daniel : comment vivre les 40 prochaines années de ma vie ?
Dans le Q&A qui a suivi la provection du film, on a souligné la "bienveillance" avec laquelle la caméra suit Daniel dans sa vie. Effectivement, il n'y aura pas de débat dans le film, à peine quelques réactions, bienveillantes elles aussi mais d'incompréhension, de la part de ses amis. Reste la réaction du spectateur face à la pédophilie. Personellement, j'étais tiraillée entre une sympathie pour Daniel et le fait que - décidemment - le regard sexualisé porté sur un enfant me met mal à l'aise. Sans doute, cela est lié à ce fameux mythe de l'enfant-ange. Malgré qu'objectivement, la chose ne me dérange pas, il y a toujours quelque chose qui passe mal.
Le grand combat de Daniel, c'est la parole. C'est qu'on ose enfin parler de la pédophilie. De quelque manière que ce soit. Et le film est déjà un très bon début.

Madare ghalb atomi (Ali Ahmadzadeh, 2014)

Le même jour que Nasty Baby et Danieluv Svet (c'était une bonne journée), j'ai pu voir l'autre film iranien de la Berlinale (il y en avait trois en tout avec celui qui a gagné l'ours d'or et que je n'ai pas pu voir).
C'était drôle, les dialogues étaient superbes, l'histoire complètement folle. On y suivait deux amies dans leur voiture roulant à travers Téhéran. J'ai hésité à le mettre dans mes coups de coeur, mais il manquait un petit quelque chose pour que le film soit vraiment un film que j'aie envie de voir et revoir. Ce film restra tout de même dans les annales des Berlinales comme le Q&A le plus épique au monde (visiblement, le traducteur faisait très mal son boulot) et on a bien rigolé.
Ma copine Maleke est allé le voir quelques jours plus tard aussi et a réussi à faire une photographie avec je-ne-sais-qui-qui-est-super-connu-et-ressemble-à-Georges-Clooney-maquillé-en-iranien. En ce qui me concerne, j'ai beaucoup aimé les deux actrices principales, qui n'étaient malheureusement pas au Q&A. Comme d'habitude avec les films iraniens, la moitié du staff n'a pas obtenu l'autorisation de sortir du pays, mais la mère d'une actrice nous a fait un super petit discours.

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Les garçons et Guillaume, à table! (Guillaume Gallienne, 2013)
Oui, en pleine Berlinale, j'ai trouvé le moyen de regarder un DVD chez moi. Mais il faut dire qu'en semaine, j'ai pas pu aller vraiment à la Berlinale à cause des cours, et que je devais rendre le DVD assez urgamment à la bibliothèque.
J'avais réussi à en apprendre assez peu sur le film, malgré tout ce que tout le monde a pu dire dessus et j'ai donc réussi à avoir pas mal de surprises. Du coup, quoi dire qui n'a pas été déjà dit sur ce film ?
J'ai beaucoup aimé, Guillaume Gallienne est super dans le rôle et très honnête, et j'ai même assez aimé la fin.

Koza (Ivan Ostrochovsky, 2014)

Abaabi ba boda boda (Yes! That's Us, 2014)
Film ougandais qui reprend la trame du film italien Le voleur de bicyclette de 1948.

Rien que pour la musique, ca valait le coup. Rien que pour voir Kampala, ca valait le coup.

Suenan los androides (Ion de Sosa, 2014)

Dari Marusan (Izumi Takahashi, 2014)

The Great Gatsby (Baz Luhrmann, 2013)

Insipide. Encore que le travail sur la musique était vraiment chouette.

A Long Way Down (Pascal Chaumeil, 2014)

Avec A long way down, je suis restée dans la thématique Berlinale, étant donné que ce film avait été présenté lors de la Berlinale 2014. Je suis une grande fan de Nick Hornby et j'ai assez apprécié certaines des adaptations cinématographiques qui ont été faites de ces oeuvres. Comme d'autre part j'ai beaucoup aimé le livre A long way down, j'étais très intriguée, j'avais hâte de voir le film. Grosse déception pour ce film qui m'a fait l'effet d'un feel good movie sans grand intérêt (le livre est loin d'être seulement un feel good book). Restent quelques parti-pris intéressants sur les personnages (le rôle de Maureen est bien trouvé ; Jesse est l'exact opposé de ce que j'avais imaginé, mais intéressante) mais au final le film ne m'a vraiment rien apporté.

lundi, 19 janvier 2015

C'est lundi

Douze semaines... Douze semaines sans donner signe de vie, et forcément, la liste des lectures est devenue longue entre temps. Accrochez-vous, on est partis.

Qu'est-ce que j'ai lu ces 12 dernières semaines ?

Peter Pan, James Matthew Barrie
Et bien non... je n'avais jamais lu Peter Pan. Par conséquent, à part la version Disney, je ne savais pas exactement de quoi il en retournait vraiment dans ce personnage qui m'a toujours mise mal à l'aise. Et je ne savais pas pourquoi j'étais mal à l'aise.
J'ai écouté le conte de Jame Matthew Barrie en VO, et tout au long, le sentiment de malaise que je ressens face au personnage ne s'est pas dissipé. J'ai beaucoup apprécié la lecture, là n'est pas la question. Je n'éprouve juste aucune sympathie pour le personnage, il me met mal à l'aise.
J'ai cru avoir identifié dans les premiers chapitres une raison à cela, lorsque l'on commence à découvrir le Neverland et ses habitants. Pour moi, tout le Neverland évoque la mort, et tous ces enfants "disparus" me donnent l'impression d'enfants morts et atterris dans ces espèces de limbes dans lesquels ils oublient d'ailleurs excessivement rapidement les personnes du monde réel.
J'ignore si je projette des choses dans ce conte, qui j'en suis sûre a dû être psychanalysé déjà sous toutes les coutures (mais je ne me suis jamais renseignée sur la question). Mais en tout cas, je ne m'étonne absolument pas que le conte ait pu donner lieu à cette fameuse BD aux visuels très noirs, qu'il faudra aussi que je lise à l'occasion.

De la mode,
Théophile Gautier

Dracula,
Bram Stoker
Dracula était encore un livre écouté en anglais, après un énorme échec il y a quelques années à dépasser la deuxième page du livre. Je n'y comprenais rien (à cause de l'anglais, hein).
Je pense que ma lecture a été un peu gâchée d'abord par mon amour absolu pour le film de Murnau. Tout le début de l'histoire ne m'a pas vraiment emballée, je trouvais que l'auteur n'arrivait pas à exploiter à fond la description du château de Dracula. C'est dès que l'histoire du livre commence à différer fortement du synopsis de Nosferatu que j'ai enfin vraiment été plongée dans l'histoire jusqu'aux sourcils. L'histoire prend beaucoup de temps à s'installer et nous donne l'occasion par là de faire pleinement connaissance avec les personnages. En tant que lecteur, on entre en parfaite empathie avec tous les personnages (et même un peu avec Dracula - la fin est de ce point de vue très réussie) et le suspens reste haletant jusqu'à la fin.

La Guerre du feu,
Rosny aîné
La Première Émotion, Octave
Mirbeau
L'Octogénaire, Octave Mirbeau

Charlotte,
David Foenkinos
Qui a eu tellement de prix cette année et qui a est tellement... plat.
Ca se lit, hein, mais c'est pas palpitant.

Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi, Mathias Malzieu

J'avais déjà lu ce roman et j'avais oublié à quel point il était beau. L'histoire commence alors que la mère de Mathias Malzieu vient de mourir et est un entremélage d'autobiographie, de poésie et d'un récit fantastique qui met en scène une espèce de géant en bois raccommodeur d'âmes. On a envie en lisant ce petit bijou d'apprendre par cœur à peu près toutes les phrases, parce qu'elles sonnent tellement juste.

Pas pleurer, Lydie Salvayre

J'ai trouvé l'histoire du livre, qui joue sur l
'ambiguïté des personnages, bien menée. Elle va quelque part, c'est clair et simple, sans être simpliste. Certaines choses dans le rythme m'ont laissée un peu perplexe, mais c'était une sympathique expérience de lecture.

La huitième couleur, Terry Pratchett
Le huitième sortilège
, Terry Pratchett
La huitième femme
, Terry Pratchett
Pour les vacances de Noel, j'avais pour objectif d'au moins commencer la pharaonique saga du Disque-Monde, plus pour pouvoir dire "bon ca y est, je sais ce que c'est" que pour autre chose. Ni les références culturelles, ni l'esthétique de ce genre de roman n'est vraiment ma tasse de thé. Je m'ennuie quand je lis Tolkien, je ne joue pas aux jeux de rôle, je ne fantasme pas sur les dragons.
Par conséquent, il est évident que je ne suis pas le public cible de la saga, d'autant que je ne saisis sans doute pas la moitié des allusions. Et par conséquent, il n'est pas très étonnant que j'aie apprécié sans plus les premiers tomes de la saga.
Le registre WTF est sans doute encore le meilleur angle d'approche du fantastique pour une lectrice aussi peu impliquée dans le genre que moi, et du coup, les histoires passent très bien. J'aurais certainement eu beaucoup plus de mal avec une écriture qui prend au sérieux ce qu'elle raconte.

Das Wochenende (Le Week-end), Bernhard Schlink
Je pense avoir été claire et si je ne l'ai pas été, je me répète : BERNHARD SCHLINK EST UN GÉNIE. Voilà, c'est dit.
Das Wochenende est un roman assez court qui relate un week-end passé entre anciens camarades d'université, un groupe d'anciens amis qui ont vécu leur jeunesse dans les années 70 et avaient des sympathies RAF (la bande à Baader). L'un d'eux, Jörg, vient de passer 20 années en prison pour ses activités terroristes, et c'est à sa sortie de prison que sa sœur décide de rassembler les anciens amis.
Les bases sont ainsi posées pour un huis-clos étouffant, dans lequel Bernhard Schlink instaure une réflexion sur l'héritage dans la société allemande de cet épisode bien précis de son Histoire. Lesquels ont trahi ? Ceux qui sont passés aux armes pour lutter contre le capitalisme, quitte à tuer ? Ceux qui font mine de ne pas se souvenir avoir brandi des banderoles aux messages agressifs dans les démonstrations ? Ceux qui veulent aider Jörg à se ranger ?
J'adore tout ce que fait Bernhard Schlink d'une manière générale et son obsession à rechercher le passé dans le présent. Pour une fois, l'Histoire est moins intriquée, seule la dérive terroriste marxiste est abordée, sans doute un des épisodes de l'Histoire les plus oubliées dans l'Allemagne actuelle. Bernhard Schlink m'aide à en déceler les cicatrices bien visibles dans la mentalité allemande et c'est un pur plaisir.

Mortimer
, Terry Pratchett
J'attendais un peu plus que ca de Mortimer, étant donné que, comme à peu près TOUT LE MONDE, Mort est mon personnage préféré dans la saga pour le moment (mon deuxième nom est Originalité) et qu'en plus le bouquin m'avait été loué comme étant un des meilleurs de Terry Pratchett.

L'homme qui savait la langue des serpents,
Andrus Kivirähk
Je remercie beaucoup Winnie pour ce cadeau de Noel, que je me suis hâtée de lire (à cet endroit, une pensée attendrie pour tous les formidables livres qui prennent la poussière sur une étagère de ma chambre s'impose - un jour, je vous sortirai de là !!!).
L'expérience était très dépaysante, le roman se situant dans une espèce d'Estonie mythique. La civilisation apportée par les envahisseurs germaniques se répand en Estonie et les hommes quittent la forêt (où ils passent leurs journées à boire le lait des louves et manger des élans) pour se rendre dans des villages (où l'on travaille toute la journée pour récolter du blé et manger un machin dégeulasse : le pain). Le héros fait partie des derniers humains qui refusent les nouvelles modes et technologies modernes et qui connaît encore les anciens mythes et la langue des serpents.
Evidemment, tout l'humour du livre repose sur le décalage entre la perception "décadence moderne" des villageois qui vivent un style de vie que nous percevons en tant que lecteur comme très primitif. Je n'ai compris qu'une infime partie des enjeux du roman, comme j'ai pu m'en assurer en lisant l'excellente postface qui tente d'expliquer les allusions à la politique de l'Estonie.
L'histoire est dans le roman assez secondaire, en tout cas c'est ainsi que je l'ai
perçue. Ce que j'ai surtout apprécié, c'est l'univers installé par l'auteur, ce monde d'humains qui vivent dans la forêt et communiquent avec les animaux, toute l'ambiance créée était accueillante, elle donnait envie de s'y installer pour un moment. Le ton était aussi très bien maitrisé, mélangeant l'humour, l'épique, le carrément sanguinolent. D'une manière générale, l'ambiance du livre est plutôt sombre, mais elle ne s'installe jamais dans un registre unique, changeant tout le temps subtilement le registre.
Une très belle découverte que cet auteur, ca donne envie de le suivre.

Qu'attendent les singes, Yasmina Khadra
Comme j'avais beaucoup aimé Ce que le jour doit à la nuit, j'étais impatiente de jeter un coup d'œil au nouveau Yasmina Khadra. Et vraiment, quelle déception ! Je n'ai pas réussi à un seul moment à être impliqué à quelque niveau que ce soit dans cette histoire, je me fichais de ce qui pouvait arriver à tous ces personnages, je me fichais même de savoir qui était le coupable du meurtre et comment les différents retournements de situation allaient être résolus à la fin. Je m'en fichais cordialement et je voulais juste arriver à la fin du livre pour pouvoir enfin passer à autre chose.
A aucun moment je n'ai senti un message intéressant dans le roman, même si je pense que Yasmina Khadra a vraiment essayé de dire quelque chose sur l'Algérie. Mais justement, elle essayait tant de dire quelque chose que l'intrigue entière ne semblait qu'une excuse pour dire que les gros bonnets en Algérie sont des pourris, mais que quand même, le peuple d'Algérie est généreux et l'avenir sera sans doute meilleur. Et qu'une excuse pour enchaîner punch-line sur punch-line.
Ca m'a terriblement ennuyé.

lundi, 27 octobre 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces 7 dernières semaines ?

Masculin/Féminin II, Françoise Héritier

Françoise Héritier ressent le besoin de pousser plus loin la réflexion. Elle voyait dans le tome I au départ de l'opposition en hommes et femmes la question du sang (le sang qu'on donne, le sang qu'on perd). Elle se voit forcée de constater que cette opposition elle-même ne peut pas être originelle: rien dans la passivité n'est a priori une infériorité. A moins justement qu'on ne décide qu'elle le soit PARCE QUE elle est l’apanage de la femme. Elle reprend donc tout depuis le début.
Sa conclusion ici sera donc que l'opposition entre homme et femme provient d'un déséquilibre originel: les femmes se créent elles-mêmes (elles mettent au monde des filles), les hommes ne le peuvent pas. Elle voit en cela l'origine de l'asservissement de la femme à des fins reproductives, et tout ce qui en découle.

Un petit extrait d'un chapitre consacré aux "tournantes", les viols de groupe accomplis en général au sein des élèves des collèges et lycées.

L'inquiétude devant cette situation vient de ce que ce sont des adolescents de plus en plus jeunes (on notera que je ne parle pas de la jeunesse en générale mais d'individus en particulier) qui reprennent le modèle archaïque en l'exacerbant : non seulement ils l'ont intériorisé somme chacun l'a fait et continue de le faire dès l'enfance, mais au lieu de lutter contre lui ils en ont inventé une nouvelle formule, institutionnelle au sens où elle est socialement admise par ce qu'on appelle la culture de groupe des jeunes, pour le traduire efficacement dans les faits de la vie courante sous sa forme la plus brutale. De plus, les garçons mineurs concernés considèrent ce mode d'accès à la sexualité comme le mode normal, au même titre que la recherche prévue en d'autres temps par les mêmes acteurs d'une vierge épouse, ou que la fréquentation par les adultes de prostituées. [...] Deux types de femmes restent seuls en présence : la fille préservée, en vue du mariage traditionnel et de la procréation, et [...] les faibles de sa mouvance que l'on contraint et dont on peut user et abuser sans remords.

Elle se réfère ici à des citations de jeunes. On les connaît en substance : les filles victimes "l'ont bien cherché", elles sont souvent des individus mal intégrés dans les groupes, les groupes de violeurs parlent de ce qui s'est passé comme de choses parfaitement normales. Un violeur expliquait qu'il faisait très attention à sa propre sœur, la "fille préservée", donc.

Un barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras

J'avais en tête à ce titre un vague souvenir d'adaptation radiophonique. Je n'ai absolument rien reconnu, si ce n'est le huis clos familial (un peu tautologique quand on parle de Marguerite Duras). Était-ce peut-être "Des journées entières dans les arbres" ?
Après Moderato Cantabile qui m'a laissée un peu dubitative, j'ai voulu en avoir le cœur net avec Marguerite Duras. Franchement est-ce que c'est bien ou est-ce que c'est pas bien ?

Franchement : j'ai adoré.
J'ai l'impression qu'on pourrait passer sa vie à faire l'analyse grammaticale des romans de Marguerite Duras. Pour une linguiste, c'est assez palpitant.

La force des choses (Tomes I et II), Simone de Beauvoir

J'ai terminé donc le dernier volume des mémoires de Simone de Beauvoir. Je me rallie à ce que m'a dit la bibliothécaire de l'Institut Français en me tendant le livre : c'est bien moins passionnant que les précédents, mais tout de même, ça vaut le coup.

J'aurais dû m'en douter, et pourtant la guerre d'Algérie m'a prise par surprise. Terrain glissant. Dans une famille de pied-noirs, Sartre et Beauvoir ne sont pas forcément les bienvenus. Tout de même, j'ai été soulagée de pouvoir lire les choses vues de l'"autre côté". J'ai toujours apprécié la franchise des écrits de Sartre, il ne m'a jamais été antipathique. J'avais du mal à le voir se transformer en un exécrable bonhomme juste pour la guerre d'Algérie. Après lecture, tout reste bien confus. Il y a trop de gens que je ne replace pas, trop d'anecdotes qui me restent fermées. Qu'est-ce que c'est que klaxonner Algérie Française ? Qui nous racontera un jour une histoire de la guerre sans parti pris ? Les séjours de Sartre et Beauvoir à Cuba me laissent également perplexes. Je me demande sincèrement où se trouve la vérité.

Rue Jacob, j'achète des iris bleus et blancs et des glaieuls rouges : qui nous aurait dit, voici vingt ans, que nous irions un jour déposer des bouquets tricolores au pied de la statue de la République ! Au carrefour Sèvres Croix-Rouge, beaucoup de manifestants avec drapeau et pancartes, les uns disséminés, les autres en groupe serré. Une auto passe et klaxonne : "Al-gé-rie-fran-caise". On se rue devant elle ; le conducteur fonce en zigzagant, ricaneur, sous les huées. on crie : "A bas de Gaulle" et des consommateurs, à la terrasse du Lutétia, ripostent : "Vive de Gaulle."

Pétronille, Amélie Nothomb

Le dernier Amélie Nothomb est sympathique, mais sans plus. Elle y redéploie ses thèmes, encore, encore, encore. C'est vraiment chouette à lire, quand on est déjà fan. On attend le prochain roman vraiment génial d'elle, qui finira bien par arriver.

Les perroquets de la place d'Arezzo, Éric-Emmanuel Schmitt

Dans toute la première moitié de ce gros roman, j'ai été très enthousiaste. J'admirais la manière dont Éric-Emmanuel Schmitt tressait les histoires de ces dizaines de personnages (une bonne trentaine) les unes dans les autres sans qu'on ne perde le fil. Je trouvais le procédé ingénieux pour parler des milles et unes manières d'appréhender l'amour.
En entrant dans la seconde moitié, j'ai un peu déchanté. Procédé ingénieux, certes, mais ces multiples personnages manquent désespérément de diversité. Au final, c'est toujours Éric-Emmanuel Schmitt qui parle. C'est Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'une dévergondée invétéré, c'est Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'un célibataire asexué, c'est Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'un mari fidèle et heureux, c'est Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'un homosexuel refoulé, c'est encore Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'une vieille fille amoureuse de son perroquet, c'est toujours toujours toujours Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'une ado qui se cherche dans le maquillage. Non, vraiment, tout cela manque à mon sens terriblement d'ouverture.

L'amant, Marguerite Duras

J'ai peu de mal à imaginer pourquoi Marguerite Duras s'est désolidarisée du film fait à partir de ce roman. Sans avoir vu le film (manque à réparer), j'en sais assez pour me faire une idée. D'une manière générale, il y a un malentendu sur Marguerite Duras, je pense, le même malentendu qui fait que je n'ai rien compris à l'époque au "Ravissement de Lol V. Stein". On associe Marguerite Duras à une écriture érotique, et son écriture n'est pas érotique. Pour ce que j'en comprends maintenant, c'est une écriture du néant, elle parle à longueur de roman de l'inanité de la condition humaine. Ses personnages ne font rien, n'ont jamais rien à faire, s'ennuient en général à mourir ou bien s'agitent sans raison. Cela est lié à ce soleil, bien sûr, à cette chaleur étouffante de l'Indochine, à la pauvreté aussi.
Bref, il faut reprendre tout Marguerite Duras depuis le début.

Ils sont doués de la même faculté de colère, de ces colères noires, meurtrières, qu'on n'a jamais vues ailleurs que chez les frères, les sœurs, les mères. Le frère aîné souffre de ne pas faire librement le mal, de ne pas régenter le mal, pas seulement ici mais partout ailleurs. Le petit frère d'assister impuissant à cette horreur, cette disposition de son frère aîné.
Quand ils se battaient on avait une peur égale de la mort pour l'un et pour l'autre ; la mère disait qu'ils s'étaient toujours battus, qu'ils n'avaient jamais joué ensemble, jamais parlé ensemble. Que la seule chose qu'ils avaient en commun c'était elle leur mère et surtout cette petite sœur, rien d'autre que le sang.

Mécanismes de survie en milieu hostile, Olivia Rosenthal

J'attendais beaucoup de ce livre qui me semblait le plus prometteur de cette rentrée. Peut-être que justement j'en attendais trop. Il y a plein de choses que j'ai trouvées assez extraordinaires, assez neuves, mais une fois le livre refermé, je n'ai pas trop su quoi en penser. J'ai l'impression que c'est un livre à relire, plus tard, quand ce ne sera plus aussi nouveau (peut-être serait-ce l'occasion de lire d'autres Olivia Rosenthal).

Après des semaines d'inquiétude, de rencontres fugaces, de conversations maladroites et gênées, je prends les devants. J'appelle mon ami au téléphone, je lui demande de ne pas s'absenter, je lui explique que j'ai besoin de marcher avec lui, d'arpenter nos territoires, d'écouter nos pas. De vivre en cadence. Je lui reproche de partir, je fais comme si je n'étais pas triste mais furieuse, je manifeste ma colère qui est une colère de façade, les colères de ceux qui se sentent trahis, humiliés, abandonnés, qui ne veulent pas être seuls. Je ne veux pas être à nouveau confrontée à une annonce qui vous dévaste parce que vous ne savez pas comment la rendre intelligible. Perdre quelqu'un qu'on aime est incompréhensible, inadmissible et révoltant. Il faudrait interdire de telles pratiques, le départ, la séparation, le suicide, la mort auraient dû faire l'objet de réglementations drastiques. Personne n'a pris la peine de réfléchir juridiquement au contrats implicites par lesquels un humain s'engage à l'égard d'un autre humain, personne n'a rendu illégaux les ruptures, les relégations, les séparations, les départs.

Night and Day, Virgina Woolf

C'était le livre parfait pour lire en anglais. C'était bien écrit, pas trop difficile, l'histoire était prenante, intelligente. L'histoire a peut-être un peu vieilli, ne correspondant plus trop à la société et aux problèmes auxquels un lecteur d'aujourd'hui est confronté. Il reste une réflexion sur l'amour qui est loin d'être mièvre (ou ne l'est que pour se renverser d'un coup) ou convenue. C'était chouette.

"I suppose I'm in love. Anyhow, I'm out of my mind. I can't think, I can't work, I don't care a hang for anything in the world. Good Heavens, Mary! I'm in torment! One moment I'm happy; next I'm miserable. I hate her for half an hour; then I'd give my whole life to be with her for ten minutes; all the time I don't know what I feel, or why I feel it; it's insanity, and yet it's perfectly reasonable. Can you make any sense of it? Can you see what's happened? I'm raving, I know; don't listen, Mary; go on with your work."
He rose and began, as usual, to pace up and down the room. He knew that what he had just said bore very little resemblance to what he felt, for Mary's presence acted upon him like a very strong magnet, drawing from him certain expressions which were not those he made use of when he spoke to himself, nor did they represent his deepest feelings. He felt a little contempt for himself at having spoken thus; but somehow he had been forced into speech.

Les Impudents, Marguerite Duras

Le premier roman de Marguerite Duras. Bien que l'histoire se passe dans la campagne française, on y retrouve déjà tout ce qui fera Un barrage contre le Pacifique ou L’Amant : la fille, personnage principal, étouffée entre une mère incompréhensible et des frères pour lesquels elle éprouve un mélange d'amour et de haine,un frère aîné traversé par une force destructrice. On dirait que Marguerite Duras écrit encore et toujours la même histoire, se débat avec la même ambiance étouffante.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Eden Arabie, Paul Nizan

Ça fait une éternité que je veux lire ce roman. M'y voilà enfin.

Qu'est-ce que j'ai vu ces 7 dernières semaines ?

Berlin Alexanderplatz, Fassbinder (1981)

J'ai fait mon premier binge watching (j'en ai sûrement fait d'autres avant, je ne connaissais pas le nom à l'époque) à une semaine du début du semestre. Je me suis calée mon vendredi soir et mon samedi entier, et c'est parti pour un magnifique film de Fassbinder de 16h.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'était une expérience hors du commun. Un film très étrange, une opération titanesque entreprise par Fassbinder de faire une adaptation cinématographique du roman d'Alfred Döblin (que je dois avouer avec honte n'avoir pas lu - mais ça m'a vraiment donné envie). Je ne sais vraiment pas d'ailleurs comment cette histoire si subtile aurait pu être racontée en moins de 16h. C'est une histoire qui demande à prendre du temps, il faut que l'on voie la situation s'installer, bouger lentement. Il faut qu'il y ait de longues scènes de silence. Indispensable.

L'histoire : Franz Bieberkopf sort de prison, où il a passé 4 ans. Il arrive dans Berlin de la fin des années 20 et se jure à lui-même d'être honnête quoi qu'il en coûte. Mais cette période de crise économique, où le chômage ne cesse de croître, où prospère le marché noir et la magouille ne va pas se révéler l'ambiance idéal pour devenir un honnête homme.

La cerise sur le gâteau pour le linguiste, c'est que les acteurs parlent dans un dialecte berlinois absolument délectable. Je pourrais prendre le script du film et passer des heures à analyser cette grammaire. J'avais envie d'apprendre par cœur la moitié des phrases qu'ils prononçaient. Une syntaxe tellement intéressante, pleine de redondances, un bonheur.