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lundi, 25 mai 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces 11 dernières semaines ? (11 semaines ?!? tu m'étonnes que la liste st longue !)

Les trois soeurcières, Terry Pratchett
Emouvant : j'ai commencé ce livre peu avant que Terry Pratchett ne décède. Lorsque je l'ai refermé, moins d'une semaine plus tard, j'ai appris sa mort.
Terry Pratchett réinvente Shakespeare d'une amnière inédite et fun...
 
L'homme qui rit, Victor Hugo
Dès les premiers chapitres du livre, en comprenant où Victor Hugo allait me mener et pourquoi cet homme "riait", j'en ai eu la chair de poule. A chaque nouveau roman de Victor Hugo que je découvre, je me demande "mais comment ce personnage tellement extraordinaire n'a-t-l pas été repris et décliné sous toutes ses formes par des centaines d'auteurs à sa suite?"* Après Han d'Islande, voilà donc Gwynplaine...

* y'a le Joker, qui est assez extraordinairement facsinant dans son genre, soit...

Mrs Dalloway, Virgina Woolf

Croiriez-vous que je n'avais encore jamais lu ce texte ? Le flot de conscience par excellence ? Ne le dites surtout pas à mes anciens profs de prépa, ils pourraient me foutre une khôle pour me punir...

L’amour détruit tout. Tout ce qui est beau, tout ce qui est vrai. Voyez, par exemple, Peter Walsh. Si vous vouliez savoir quelque chose de Pope, d’Addison par exemple, ou simplement dire des bêtises, à quoi les gens ressemblent, ce que les choses signifient, il n’y avait pas mieux que Peter. C’est Peter qui l’avait aidée, Peter qui lui avait prêté des livres. Mais les femmes qu’il aimait ! vulgaires, triviales, communes ! Voyez Peter amoureux ! Il était venu la voir après tant d’années, et de quoi avait-il parlé ? De lui-même. Horrible passion ! pensa-t-elle. Passion avilissante, pensa-t-elle en songeant à Kilman et à son Élisabeth qui allaient aux Navy Stores.
Big Ben frappa la demi-heure.
Quelle chose extraordinaire, étrange, touchante même, de voir la vieille dame (elles étaient voisines depuis tant d’années) s’éloigner de la fenêtre, comme si elle était attachée à ce son, à cette corde ! Si gigantesque que fût ce son, il avait cependant un peu à faire avec elle. Très bas, très bas, parmi les choses ordinaires, le battant de la cloche tombait, et le moment devenait solennel. Elle était forcée – imaginait Clarissa, – par ce coup de l’heure, de s’en aller, de partir, mais où ? Clarissa la suivit des yeux et elle la vit se retourner et disparaître et elle aperçut juste son bonnet blanc qui bougeait au fond de la chambre à coucher. Et elle était encore à l’autre bout de la pièce et elle bougeait. À quoi bon des dogmes, des prières, des mackintosh ? pensa Clarissa, quand c’est là le miracle, quand c’est là le mystère : cette vieille dame, pensait-elle, qu’elle pouvait voir aller depuis la commode jusqu’à la coiffeuse. Elle la voyait encore. Et le mystère suprême que Kilman dirait avoir résolu, que Peter dirait avoir résolu – mais Clarissa était sûre qu’ils n’avaient même pas essayé, – était celui-ci simplement : là il y a une chambre, là il y en a une autre. Est-ce que la religion explique cela ? Est-ce que l’amour…
 
La Calèche, Nicolas Gogol
Conte du coq d'or, Alexandre Pouchkine
Conte du pècheur et du petit poisson, Alexandre Pouchkine
Conte du pope et de son serviteur Balda, Alexandre Pouchkine
Eugene Oneguine, Alexandre Pouchkine
 
Ainsi vont les enfants de Zarathoustra - Parsis de l'Inde et Zartushtis d'Iran, Monique Zetlaoui
C'est mon frère qui m'a offert ce livre. Je lui avais demandé s'il connaissait des détails sur les mariages incestueux des Zoroastriens et il m'a offert dans la foulée deux livres, un consacré au Zoroastrisme et l'autre consacré aux mariages incestueux.
Ce livre m'a surtout appris pas mal de choses sur les Parsis d'Inde, qui forment le coeur actuel du zoroastrisme, presque complètement disparu en Iran. J'ai aussi appris pas mal de choses que j'ignorais sur les rites. Je regrette juste que presque rien ne nous soit dit de la vue religieuse à proprement parler et que l'Avesta est à peine évoquée. Mais ce sont justement les sujets sur lesquels j'étais le plus au courant, de sorte que ce livre venait combler les manques.
Quant à l'inceste, ce livre semble mettre en doute la pratique et l'attribuerait à une propagande des grecs. Mais je vais entamer le deuxième livre qui m'en dira plus sur ce sujet.

Extrait où il est question de Nowruz, le nouvel an (21 Mars):
Ce jour-là, tous les produits, posés sur la table recouverte d'un blanc immaculé, sont riches de significations. On y trouve un vase contenant une pièce d'argent surmontée d'une grenade et cinq ou six roses. [...] Plusieurs plateaux prennent place sur cette table dans un ordre précis ; Le premier doit contenir sept produits spécifiques qui commencent par la lettre sh en persan. [...] Un second plateau est garni de sept aliments commencant par le s persan. [...]
La table contient tous les symboles de renouveau, d'abondance et de douceur pour l'année qui débute. On y place les oeufs peints (cette tradition qui remonte à l'ancienne Perse est sans doute à l'origine de la jolie coutume chrétienne des oeufs de Pâques), des graines de différentes céréales, des légumes et des fruits frais ainsi que des fruits secs. Un carré de blé nouvellement germé qui symbolise la nouvelle récolte à venir est au centre de la table. L'encens et le bois de santal diffusent leurs parfums tandis qu'une lampe ou une bougie illumine la table. [...]
A Yazd et à Kermân, en Iran, les zoroastriens ont coutume de mettre sur la table un dessert tout à fait particulier, le cangal ; il est à base de dattes dénoyautées trempées dans un peu d'eau chaude, puis mélangé avec de l'eau de rose, du sucre candi et une pâte de graines de sésame. Le dessert est recouvert de pétales de roses séchées et de canelle et n'est consommée qu'après avoir refroidi entre deux assiettes.
Les juifs invités à cette table trouveront des similitudes avec la table des seder de Pâque et celle de Roch ha chana. Le plateau du seder de Pessah contient lui aussi sept produits, dont le vinaigre, les herbes et l'oeuf, symbole universel de fertilité. Un des éléments importants de ce plateau, les haroset, semble très proche du cangal. [...] Les haroset symbolisent le mortier que les juifs utilisaient lorsqu'ils étaient esclaves de Pharaon en Egypte. On peut se demander si, des siècles après leur long séjour en Perse, les juifs n'ont pas conservé certaines traditions de leurs hôtes zoroastriens, la similitude des deux préparations est troublante.

Quand j'ai entendu parler pour la première fois du Zoroastrisme, ce qui m'a le plus choquée était la similitude que je trouvais avec le christianisme. Jean Kellens, un des grands philologues de l'Avesta et professeur au collège de France, s'est attelé à la traduction de l'Avesta. Certains passages sont troublants. De plus, pour lui, le Yasna est un texte liturgique dans lequel il devine un sacrifice symbolique du prètre sur l'autel (le Zoroastrisme est considéré comme la première religion sans sacrifices humains ou animaux).
Bien entendu, les textes avestiques et gathiques sont très compliqués, et demandent une bonne dose d'interprêtation. On a souvent reproché aux philologues "occidentaux" d'y transposer leur propre religion. Un de mes profs en iranologie disaient que les francais était justement très doués pour comprendre l'Avesta parce qu'ils l'abordaient avec leur religion catholique très ritualisée, comprenant des choses que les allemands protestant étaient incapables de voir dans le texte. Est-ce que Jean Kellens est trop catholique en traduisant l'Avesta ? Toujours est-il que cette religion me trouble beaucoup.
 
Doubrovski, Alexandre Pouchkine
La dame de Pique, Alexandre Pouchkine
La fille du capitaine, Alexandre Pouchkine
Ce roman vient clore mon "cycle Pouchkine", c'est à dire que j'ai lu à peu près tout ce que j'ai trouvé à portée de main. Même si la plupart étaient des relectures, j'avais trop de mal à identifier cet auteur au milieu des autres auteurs russes. Alors un tour d'horizon s'imposait pour savoir quel auteur était exactement ce Pouchkine.
 
Vie et opinions philosophiques d'un chat, Hippolyte Taine
Les Amants, Octave Mirbeau

Les trois Mousquetaires, Alexandre Dumas
Avant d'entamer Vingt ans après, je me suis dit qu'il serait plus de nécessaire de reprendre les trois mousquetaires en entier. J'ai beau l'impression de le connaître par coeur cette histoire, à y regarder de plus près, je connais surtout les ferrets et puis... le reste se perd dans le brouillard. Je me souviens de Milady chantant "Dieu comptera les maux que j'ai soufferts" et je me souvenais du bourreau. Mais pourquoi exactement ? Et quelle est cette histoire de femme avec Aramis ?

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(Y'a-t-il un couple plus super-cool que Lana Turner et Gene Kelly ? Franchement ?)
Alors c'est parti pour une séance de rattrappage avec Milady, la plus badass de toutes les méchantes de la littérature du monde entier.

Le premier homme, Albert Camus
Berlinoise, Wilfried N'Sondé
Pyramides,
Terry Pratchett
Septième volet de la série, et mon préféré, je pense. J'ai adoré la facon qu'a eu Terry Pratchett de reprendre à sa sauce la civilisation égyptienne antique. Dans cette histoire, on suit le fils de Teppicymon XCXVII, qui, après un passage à Ankh-Morpork dans la Guilde des Assassins, va devenir roi à la mort de son père. Son travail consistera principalement à faire se lever le soleil tous les matins, ainsi qu'à organiser les obsèques de son père.

"Bien, bien, dit-il. Vous êtes dans les pyramides depuis longtemps ?"
Ptaclusp, architecte et bâtisseur de pyramides à la tâche, s'inclina très bas.
"Depuis toujours, ô lumière de midi.
- Ce doit être passionnant", fit Teppic. Ptaclusp jeta un regard en coin au grand prêtre qui hocha la tête.
"C'a ses bons côtés, ô source des eaux", hasarda-t-il. Il n'avait pas l'habitude que des rois s'adressent à lui comme à un être humain. Il sentait confusément que ca ne se faisait pas.
Teppic agita une main en direction de la maquette sur son podium.
"Oui, fit-il d'un ton hésitant. Bon. Bien. Quatre murs et un sommet pointu. Très, très bien. Superbe. Rien à dire, vraiment." Le silence lui répondit, de plus en plus lourd. Il se jeta à l'eau.
"Au poil, reprit-il. je veux dire, il n'y a pas à se tromper. C'est... une... pyramide. Et quelle pyramide ! Ca oui."
Ce n'était pas encore assez, apparemment. Il chercha autre chose. "On l'admirera dans les siècles à venir et on dire... on dira... ca, c'est de la pyramide. Hum."
Il toussa. "Les flancs ont une belle pente", coassa-t-il.
"Mais..." ajouta-t-il.
Deux paires d'yeux pivotèrent vers les siens.
"Hum", fit-il.
Dios leva un sourcil.
"Sire ?
- Je crois me rappeler qu'une fois, mon père a dit... vous savez... qu'à sa mort il aimerait bien... enfin, pour ses obsèques... il préférait la mer."

Vingt ans après, Alexandre Dumas

Venon Subutex, Virginie Despentes


Le dernier de Virgine Despentes est sorti, le premier tome d'une trilogie à venir, et j'ai posé illico presto une réservation à la bibliothèque.
Ce roman est dans la lignée de Bye Bye Blondie, avec peut-être un peu moins de musique (mais le personnage principal reste un discaire, les titres et les groupes fusent quand même). C'est bavard, bavard. bavard. Virginie Despentes tire dans tous les sens, sur tout le monde, elle s'énerve, elle enchaîne. Et tout de même, il y a un de ces amour profond pour les humains là-dedans, ca m'attire vers elle. J'aimerais pas vivre dans sa tête, mais j'applaudis à tous ses livres.

Et Daniel, au lieu de rester vendeur et de toucher le SMIC, était devenu responsable du développement des points de vente sur Paris. Un job en or, en réalité. Ca rend Pamela à moitié folle : jamais ca ne se serait passé comme ca sans la transition. Déjà, Déborah, en tant qu'ancienne du X, n'aurait pas pu devenir vendeuse. Ou alors elle se serait fait virer dès qu'on l'aurait appris et va aux prud'hommes pour te plaindre que ton employeur te discrimine parce qu'on peut te voir sur Internet sucer trois connards d'affilée ! Et en admettant que Déborah ait changé de tête, qu'elle se soit fait refaire le nez, qu'elle ait changé de coupe, qu'elle ait pris vingt kilo - qu'on ne puisse pas la reconnaître... on ne confie pas le projet de déveloipper des points de vente d'un bizness florissant à une meuf.
[...]
On peut tout se permettre avec les gros. Leur faire la morale à la cantine, les insulter s'ils grignotent dans la rue, leur donner des surnoms atroces, se foutre d'eux s'ils font du vélo, les tenir à l'écart, leur donner des conseils de régime, leur dire de se taire s'ils prennent la parole, éclater de rire s'ils avouent qu'ils aimeraient plaire à quelqu'un, les regarder en faisant la grimace quand ils arrivent quelque part. On peut les bousculer, leur pincer le bide ou leur mettre des coups de pied : personne n'interviendra. C'est peut-être à cette époque [que Déborah] a appris à renoncer à son genre : mâles ou femelles, les gros sont soumis à une exclusion similaire. On a le droit de les mépriser. Et s'ils se plaignent des traitements qu'on leur inflige, au fond tout le monde pense la même chose : mange moins, gros sac, tu pourras t'intégrer. Deb était dans le sucre comme elle serait dans la coke quelques années plus tard : à fond. Ne pensant qu'à ca.

Au guet ! Terry Pratchett
Je suis sûre d'avoir lu ce tome il y a très longtemps. Certains passages m'étaient vraiment familiers. Une histoire sympathique, comme d'habitude.

Qu'est-ce que j'au vu ces 11 dernières semaines ?
 
Le discours d'un roi (Tom Hooper, 2010)
Grand Budapest Hotel (Wes Anderson, 2014)
The Monuments Men (George Clooney, 2014)
Chevalier (Brian Helgeland, 2001)
Aimer. boire et chanter (Alain Resnais, 2014)

Gone Girl (David Fincher, 2014)
Comme quoi, il ne faut jamais désespérer. Quelqu'un qui a fait Fight Club ne PEUT PAS ne pas être un génie et finira bien par pondre un autre chef d'oeuvre un jour (pas que j'ai pas aimé ses autres films, mais c'était pas à sauter au plafond non plus). David Fincher, je croyais en toi, et hourra, j'ai pu voir avec Gone Girl un film qui me lâchera plus jamais, un chef d'oeuvre. Voui voui.
Mise en scène impeccable, acteurs du feu de Dieu (oui, je suis bien en train de dire que Ben Affleck est un acteur du feu de Dieu), suspens juste comme il faut, jeu d'echec qui te fait ju-bi-ler devant ton écran, le film a vraiment tout pour plaire et dresse un tableau de société au carsher (surtout de la société américaine, mais on y viendra nous aussi, pas l'ombre d'un doute). Cerise sur le gâteau : c'est un film 100% 2014 et c'est pas tous les jours que ca arrive (filmer la modernité, c'est pas facile).


Letters of Iwo Jima (Clint Eastwood, 2006)
Lucy (Luc Besson, 2014)

La pirogue (Moussa Touré, 2012)
Des clandestins sénégalais, embarqués sur une Pirogue, en direction de l'Espagne. On peut se dire que ca sent le sujet d'actualité, mais on a tellement l'impression d'avoir vécu pendant deux heures cette traversée avec eux, qu'on a mal partout une fois le film terminé.


Tonnerre (Guillaume Brac, 2013)
Je me suis ennuyée ferme pendant le film, même s'il a un certrain charme, au final. Et Solène Rigot est super méga jolie.

lundi, 09 mars 2015

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces six dernières semaines ?

Das kurze wundersame Leben des Oscar Wao (La Brève et Merveilleuse Vie d'Oscar Wao), Junot Díaz

Un bouquin qui trainait dans ma liste depuis des années... Je ne sais plus pourquoi, mais bien m'a pris. Grace à Oscar Wao, j'ai découvert la Républiqie Dominicaine et pu approcher au plus près du dictateur psychopathe qu'était Trullijo (et dire que je n'avais jamais entendu parler de de lui avant !). Le tout dans une bonne humeur contagieuse et saupoudrée d'un zeste de geekitude (et les geeks des années 70, ça envoyait du lourd ! (vous savez que vous fréquentez trop de geeks le jours où vous lisez dans un bouquin le nom de Zardoz et que vous savez de quoi il est question (si vous ne savez pas ce qu'est Zardoz, tapez immédiatement "Zardoz Connery" dans Google Image (ne me remerciez pas)))).

Bref, c'était génial.

Sourcellerie, Terry Pratchett

L'écrivain national, Serge Joncour

La fille de mon meilleur ami, Yves Ravey

Vous vous en souvenez peut-être que j'qvqis eu un coup de coeur pour le livre d'Yves Ravey précédent, Un notaire peu ordinaire. C'est pour ça que je me suis précipitée sur La fille de mon meilleur ami lorsque la bibliothèque francaise s'est procuré celui-ci. J'y retrouve le style d'écriture qui m'avait tellement plu, cette manière qu'a l'auteur de nous donner au compte-gouttes les informations qui nous obligent sans cesse à revenir en arrière pour corriger ce que l'on pensait savoir des personnages principaux. Malgré cela, ce livre m'a paru un peu moins fort, l'histoire m'ayant moins emballé. Mais Yves Ravey est un auteur que je vais continuer à suivre avec grand grand intérêt.

Je, d'un accident ou d'amour, Loïc Demey

Ce qui apparaît au premier coup d'oeil dans Je, d'un accident ou d'amour est la forme très particulière de l'écriture : le narrateur raconte son histoire en n'utilisant aucun verbe. Lorsque que le livre a été présenté à la radio, c'est aussi cette caractéristique qui a attiré mon attention, mais c'est surtout suite à un cours donnés par un prof de neurolinguistique de ma fac aux élèves de première année sur l'aphasie qui m'a vraiment donné très envie de le lire.
L'aphasie est une maladie neurologique qui empêche les gens de pouvoir s'exprimer correctement. Souvent, cela se traduit par le fait que la personne aphasique
- n'arrive pas à utiliser de mots fonctionnels (les mots fonctionnels, à l'opposé des mots à contenu, sont les mots qui n'ont pas de contenu précis et servent juste à la syntaxe d'une phrase : "à" "que", etc sont des mots fonctionnels)
- n'arrive pas à combiner les mots à contenu de nature différentes, par exemple : un substantif avec un verbe
Ce qui m'a justement beaucoup intriguée dans cette narration c'est que tout commence par un accident de voiture. Évidemment, et comme le titre le laisse deviner, l'auteur laisse un doute planer sur la cause réelle du problème qui atteint le narrateur : est-ce l'accident de voiture ou est-ce le choc sentimental survenu juste avant cet accident ? Dans le livre, cela reste en suspens, mais le fait que les aphasies sont très souvent causées par des accidents de voiture ne faisait que piquer encore plus ma curiosité.
J'ai beaucoup apprécié la manière que l'auteur a de détourner les substantifs en verbes. Il use et abuse des substantifs réflexifs, et pourtant le texte est très naturel à la lecture. On ne butte jamais sur les phrases, et une certaine part d'interprétatiuon est laissée au lecteur. Sur la forme, ce livre est vraiment une prouesse, même si l'histoire qu'il raconte est elle peu innovante (ce qui est sans doute fait exprès).

Ce n'est pas toi que j'attendais, Fabien Toulmé

Le bouche à oreille semble avoir bien fonctionné pour cette BD (ou roman graphique) autobiographique et qui parle de l'expérience d'un père d'enfant trisomique. On a beaucoup loué le récit très honnête que fait l'auteur de ses peurs et de son rejet face à cette maladie à la fois bien et peu connue. J'ai beaucoup apprécié la lecture, le dessin simple, et j'ai fermé le livre avec l'impression d'en savoir plus.

Das frühe Persien (la Perse ancienne), Josef Wiesehöfer 

Après une tentative voici plusieurs mois qui ne m'avait menée que jusqu'à la page 2, j'ai repris le livre et ai réussi à le terminer au bout d'un effort sans nom. Que dire de ce livre ? L'écriture n'est pas agréable du tout, et à aucun moment l'auteur ne semble essayer de raconter quelque chose. C'est donc plutôt un mémo pour étudiants, mais qui n'invite pas à une deuxième lecture. Tout de même, j'ai fini par comprendre qui étaient les Parthes, je suppose que c'est déjà pas mal. 

Qu'est-ce que j'ai vu des six dernières semaines ?


Paddington (Paul Kingm 2014)

12 years a slave (Steve McQueen, 2013)
The Wolf of Wall Street (Le loup de Wall Street) (Martin Scorsese, 2013)

Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann (Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire) (Felix Herngren, 2013)
Un film à la hauteur de sa réputation. C'est superbement drôle et chaleureux.

Extrasystole (Alice Douard, 2013)

Artificial Intelligence: AI (Steven Spielberg, 2001)
14 ans après la bataille, je découvre enfin le film que Stanley Kubrick a légué à Steven Spielberg. L'histoire aurait pu paraître très convenue, mais j'ai beaucoup aimé, mis à part la tout fin qui m'a laissée très sceptique (soit je n'ai rien compris, soit le scénariste ne savais pas comment finir son film).
Evidemment que ca aurait été cent fois mieux si Kubrick l'avait fait. Evidemment.

Paridan az Ertefa Kam (
A Minor Leap Down) (Hamed Rajabi, 2015)

Härte (Rosa von Praunheim, 2015)
Un de mes gros coups de coeur de la Berlinale.

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À gauche, Andreas Marquardt, Berlinois, entraîneur et ex-champion de karaté, ancien maquereau aussi, ancien petit criminel du Berlin des années 70. À droite, Hanno Koffler, qui interprète le rôle d'Andreas Marquardt jeune.
Le film se base sur le livre écrit par Andreas Marquart suite à ses années de prison et suite surtout à sa thérapie faite en prison. Une thérapie grâce à laquelle il a réussi à régler ses compte avec son enfance : maltraité par son père et abusé sexuellement par sa mère, Andreas est devenu un jeune homme violent, meprisant envers les femmes et incapable de contrôler ses accès de colère.
Le film fait sans cesse des allers-retours entre une reconstitution assez stylisée des évènements marquants de la vie d'Andreas Marquardt et des interviews d'Andreas et de sa compagne  commentant les évènements. Ce va-etr-vient est assez déroutant, mais une très bonne idée, ne serait-ce que pour voir et entendre Andreas Marquardt, très honnête face à la caméra, très vrai, très non-acteur. Le film centrait son propos sur la maltraitance sexuelle et les relations d'Andreas avec sa mère et avec les femmes. Très cru, très honnête et, vraiment, j'avais du mal à respirer à certains moments.
Le highlight du film a été pour moi le Q&A final, où Andreas et son thérapeute sont venu répondre aux questions du public. C'était très fort. Actuellement, Andreas est très engagé auprès des enfants et soutient des associations d'aide aux enfants ayant subi des sévices sexuels.
Le film est arrivé en troisième place du prix Panorama, preuve que le public l'a beaucoup apprécié. Il a été financé par Arte, donc il y a une petite chance qu'on puisse le voir un jour en France mais j'ignore sous quel titre.

Tell Spring Not to Come This Year (Saeed Taji Farouky, Michael McEvoy, 2014)
Après Härte, j'ai vu Tell spring not to come this year, qui a fait grande impression sur son public puisque le film a remporté le prix Panorama du fim documentaire.
On s'y retrouve plongé dans une division de l'armée afghane, peu après le départ des troupes américaines. On assiste aux échanges houleux avec les populations tiraillées entre l'armée et les talibans, on se retrouve encerclés avec eux par les talibans et on tremble de peur en s'enfuyant jusqu'au camion blindé d'être attrappé par une des balles qu'on entend siffler de partout. C'est ca qui m'a personnellement le plus impressionnée. Michael McEvoy, à l'origine du projet, est lui-même un soldat et avait déjà eu l'occasion de combattre avec ces soldats de l'armée afghane. Il a pris des risques insensés en tournant ce film, loin du reportage de guerre (qui est déjà loin d'être une petite ballade de tourisme).

Queen of Earth (Alex Ross Perry, 2014)
Beaucoup aimé l'actrice Katherine Waterston et le ton très agressif des dialogues. Pour ce qui est de l'histoire, je ne voyais pas du tout où elle allait et je me suis un peu ennuyée...

Nasty Baby (Sebastián Silva, 2015)
Il n'existe malheureusement pas (encore ?) de trailer pour ce très très bon film, mon deuxième coup de coeur de la Berlinale.

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Un couple homosexuel essaye d'avoir un bébé avec leur meilleure amie, pendant que l'un d'eux est en train de se lancer dans un projet artistique... étrange et que le quartier entier s'énerve contre un vieil homme à moitié fou... L'intrigue est bien menée, les dialogues sont vifs, drôles et naturels et les acteurs sont tous au top.
Sebastián Silva joue presque son propre rôle dans ce film qui, selon lui, parle de la gentrificaction hypster (thème hautement à la mode à Berlin). Je trouve que ca parle de beaucoup plus que ca, et j'ai adoré.

Danieluv Svet (Veronika Lisková, 2014)
A peine remise de Nasty Baby, j'ai été voir ce documentaire superbe qui est mon troisième et dernier coup de coeur de la Berlinale.

La bande-annonce vous résume assez bien le propos. La caméra suit Daniel, pédophile attiré principalement par les enfants de cinq ans, dans son quotidien. Daniel a fait son coming out de pédophile auprès de sa famille, de ses amis, et même auprès des parents du garcon dont il est amoureux. Aucun des autres garcons de la communauté pédophile n'a eu ce courage et seul un deuxième accèpte de montrer son visage à la caméra.
"Vous allez pouvoir mettre votre tolérance à l'épreuve." est le slogan mis en avant dans la bande-annonce. Je trouve ca un peu racoleur, mais il est exact que c'est ce dont il est question dans le documentaire. L'idée du documentaire est née de chiffres : parmis les personnes jugées coupables d'actes pédophiles, 90% ne sont pas des pédophiles. Pourtant, le concept de "pédophilie" est lié pour la plupart d'entre nous à un crime. Alors comment faire lorsque l'on est né ainsi ? Comme le dit Daniel : comment vivre les 40 prochaines années de ma vie ?
Dans le Q&A qui a suivi la provection du film, on a souligné la "bienveillance" avec laquelle la caméra suit Daniel dans sa vie. Effectivement, il n'y aura pas de débat dans le film, à peine quelques réactions, bienveillantes elles aussi mais d'incompréhension, de la part de ses amis. Reste la réaction du spectateur face à la pédophilie. Personellement, j'étais tiraillée entre une sympathie pour Daniel et le fait que - décidemment - le regard sexualisé porté sur un enfant me met mal à l'aise. Sans doute, cela est lié à ce fameux mythe de l'enfant-ange. Malgré qu'objectivement, la chose ne me dérange pas, il y a toujours quelque chose qui passe mal.
Le grand combat de Daniel, c'est la parole. C'est qu'on ose enfin parler de la pédophilie. De quelque manière que ce soit. Et le film est déjà un très bon début.

Madare ghalb atomi (Ali Ahmadzadeh, 2014)

Le même jour que Nasty Baby et Danieluv Svet (c'était une bonne journée), j'ai pu voir l'autre film iranien de la Berlinale (il y en avait trois en tout avec celui qui a gagné l'ours d'or et que je n'ai pas pu voir).
C'était drôle, les dialogues étaient superbes, l'histoire complètement folle. On y suivait deux amies dans leur voiture roulant à travers Téhéran. J'ai hésité à le mettre dans mes coups de coeur, mais il manquait un petit quelque chose pour que le film soit vraiment un film que j'aie envie de voir et revoir. Ce film restra tout de même dans les annales des Berlinales comme le Q&A le plus épique au monde (visiblement, le traducteur faisait très mal son boulot) et on a bien rigolé.
Ma copine Maleke est allé le voir quelques jours plus tard aussi et a réussi à faire une photographie avec je-ne-sais-qui-qui-est-super-connu-et-ressemble-à-Georges-Clooney-maquillé-en-iranien. En ce qui me concerne, j'ai beaucoup aimé les deux actrices principales, qui n'étaient malheureusement pas au Q&A. Comme d'habitude avec les films iraniens, la moitié du staff n'a pas obtenu l'autorisation de sortir du pays, mais la mère d'une actrice nous a fait un super petit discours.

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Les garçons et Guillaume, à table! (Guillaume Gallienne, 2013)
Oui, en pleine Berlinale, j'ai trouvé le moyen de regarder un DVD chez moi. Mais il faut dire qu'en semaine, j'ai pas pu aller vraiment à la Berlinale à cause des cours, et que je devais rendre le DVD assez urgamment à la bibliothèque.
J'avais réussi à en apprendre assez peu sur le film, malgré tout ce que tout le monde a pu dire dessus et j'ai donc réussi à avoir pas mal de surprises. Du coup, quoi dire qui n'a pas été déjà dit sur ce film ?
J'ai beaucoup aimé, Guillaume Gallienne est super dans le rôle et très honnête, et j'ai même assez aimé la fin.

Koza (Ivan Ostrochovsky, 2014)

Abaabi ba boda boda (Yes! That's Us, 2014)
Film ougandais qui reprend la trame du film italien Le voleur de bicyclette de 1948.

Rien que pour la musique, ca valait le coup. Rien que pour voir Kampala, ca valait le coup.

Suenan los androides (Ion de Sosa, 2014)

Dari Marusan (Izumi Takahashi, 2014)

The Great Gatsby (Baz Luhrmann, 2013)

Insipide. Encore que le travail sur la musique était vraiment chouette.

A Long Way Down (Pascal Chaumeil, 2014)

Avec A long way down, je suis restée dans la thématique Berlinale, étant donné que ce film avait été présenté lors de la Berlinale 2014. Je suis une grande fan de Nick Hornby et j'ai assez apprécié certaines des adaptations cinématographiques qui ont été faites de ces oeuvres. Comme d'autre part j'ai beaucoup aimé le livre A long way down, j'étais très intriguée, j'avais hâte de voir le film. Grosse déception pour ce film qui m'a fait l'effet d'un feel good movie sans grand intérêt (le livre est loin d'être seulement un feel good book). Restent quelques parti-pris intéressants sur les personnages (le rôle de Maureen est bien trouvé ; Jesse est l'exact opposé de ce que j'avais imaginé, mais intéressante) mais au final le film ne m'a vraiment rien apporté.

lundi, 19 janvier 2015

C'est lundi

Douze semaines... Douze semaines sans donner signe de vie, et forcément, la liste des lectures est devenue longue entre temps. Accrochez-vous, on est partis.

Qu'est-ce que j'ai lu ces 12 dernières semaines ?

Peter Pan, James Matthew Barrie
Et bien non... je n'avais jamais lu Peter Pan. Par conséquent, à part la version Disney, je ne savais pas exactement de quoi il en retournait vraiment dans ce personnage qui m'a toujours mise mal à l'aise. Et je ne savais pas pourquoi j'étais mal à l'aise.
J'ai écouté le conte de Jame Matthew Barrie en VO, et tout au long, le sentiment de malaise que je ressens face au personnage ne s'est pas dissipé. J'ai beaucoup apprécié la lecture, là n'est pas la question. Je n'éprouve juste aucune sympathie pour le personnage, il me met mal à l'aise.
J'ai cru avoir identifié dans les premiers chapitres une raison à cela, lorsque l'on commence à découvrir le Neverland et ses habitants. Pour moi, tout le Neverland évoque la mort, et tous ces enfants "disparus" me donnent l'impression d'enfants morts et atterris dans ces espèces de limbes dans lesquels ils oublient d'ailleurs excessivement rapidement les personnes du monde réel.
J'ignore si je projette des choses dans ce conte, qui j'en suis sûre a dû être psychanalysé déjà sous toutes les coutures (mais je ne me suis jamais renseignée sur la question). Mais en tout cas, je ne m'étonne absolument pas que le conte ait pu donner lieu à cette fameuse BD aux visuels très noirs, qu'il faudra aussi que je lise à l'occasion.

De la mode,
Théophile Gautier

Dracula,
Bram Stoker
Dracula était encore un livre écouté en anglais, après un énorme échec il y a quelques années à dépasser la deuxième page du livre. Je n'y comprenais rien (à cause de l'anglais, hein).
Je pense que ma lecture a été un peu gâchée d'abord par mon amour absolu pour le film de Murnau. Tout le début de l'histoire ne m'a pas vraiment emballée, je trouvais que l'auteur n'arrivait pas à exploiter à fond la description du château de Dracula. C'est dès que l'histoire du livre commence à différer fortement du synopsis de Nosferatu que j'ai enfin vraiment été plongée dans l'histoire jusqu'aux sourcils. L'histoire prend beaucoup de temps à s'installer et nous donne l'occasion par là de faire pleinement connaissance avec les personnages. En tant que lecteur, on entre en parfaite empathie avec tous les personnages (et même un peu avec Dracula - la fin est de ce point de vue très réussie) et le suspens reste haletant jusqu'à la fin.

La Guerre du feu,
Rosny aîné
La Première Émotion, Octave
Mirbeau
L'Octogénaire, Octave Mirbeau

Charlotte,
David Foenkinos
Qui a eu tellement de prix cette année et qui a est tellement... plat.
Ca se lit, hein, mais c'est pas palpitant.

Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi, Mathias Malzieu

J'avais déjà lu ce roman et j'avais oublié à quel point il était beau. L'histoire commence alors que la mère de Mathias Malzieu vient de mourir et est un entremélage d'autobiographie, de poésie et d'un récit fantastique qui met en scène une espèce de géant en bois raccommodeur d'âmes. On a envie en lisant ce petit bijou d'apprendre par cœur à peu près toutes les phrases, parce qu'elles sonnent tellement juste.

Pas pleurer, Lydie Salvayre

J'ai trouvé l'histoire du livre, qui joue sur l
'ambiguïté des personnages, bien menée. Elle va quelque part, c'est clair et simple, sans être simpliste. Certaines choses dans le rythme m'ont laissée un peu perplexe, mais c'était une sympathique expérience de lecture.

La huitième couleur, Terry Pratchett
Le huitième sortilège
, Terry Pratchett
La huitième femme
, Terry Pratchett
Pour les vacances de Noel, j'avais pour objectif d'au moins commencer la pharaonique saga du Disque-Monde, plus pour pouvoir dire "bon ca y est, je sais ce que c'est" que pour autre chose. Ni les références culturelles, ni l'esthétique de ce genre de roman n'est vraiment ma tasse de thé. Je m'ennuie quand je lis Tolkien, je ne joue pas aux jeux de rôle, je ne fantasme pas sur les dragons.
Par conséquent, il est évident que je ne suis pas le public cible de la saga, d'autant que je ne saisis sans doute pas la moitié des allusions. Et par conséquent, il n'est pas très étonnant que j'aie apprécié sans plus les premiers tomes de la saga.
Le registre WTF est sans doute encore le meilleur angle d'approche du fantastique pour une lectrice aussi peu impliquée dans le genre que moi, et du coup, les histoires passent très bien. J'aurais certainement eu beaucoup plus de mal avec une écriture qui prend au sérieux ce qu'elle raconte.

Das Wochenende (Le Week-end), Bernhard Schlink
Je pense avoir été claire et si je ne l'ai pas été, je me répète : BERNHARD SCHLINK EST UN GÉNIE. Voilà, c'est dit.
Das Wochenende est un roman assez court qui relate un week-end passé entre anciens camarades d'université, un groupe d'anciens amis qui ont vécu leur jeunesse dans les années 70 et avaient des sympathies RAF (la bande à Baader). L'un d'eux, Jörg, vient de passer 20 années en prison pour ses activités terroristes, et c'est à sa sortie de prison que sa sœur décide de rassembler les anciens amis.
Les bases sont ainsi posées pour un huis-clos étouffant, dans lequel Bernhard Schlink instaure une réflexion sur l'héritage dans la société allemande de cet épisode bien précis de son Histoire. Lesquels ont trahi ? Ceux qui sont passés aux armes pour lutter contre le capitalisme, quitte à tuer ? Ceux qui font mine de ne pas se souvenir avoir brandi des banderoles aux messages agressifs dans les démonstrations ? Ceux qui veulent aider Jörg à se ranger ?
J'adore tout ce que fait Bernhard Schlink d'une manière générale et son obsession à rechercher le passé dans le présent. Pour une fois, l'Histoire est moins intriquée, seule la dérive terroriste marxiste est abordée, sans doute un des épisodes de l'Histoire les plus oubliées dans l'Allemagne actuelle. Bernhard Schlink m'aide à en déceler les cicatrices bien visibles dans la mentalité allemande et c'est un pur plaisir.

Mortimer
, Terry Pratchett
J'attendais un peu plus que ca de Mortimer, étant donné que, comme à peu près TOUT LE MONDE, Mort est mon personnage préféré dans la saga pour le moment (mon deuxième nom est Originalité) et qu'en plus le bouquin m'avait été loué comme étant un des meilleurs de Terry Pratchett.

L'homme qui savait la langue des serpents,
Andrus Kivirähk
Je remercie beaucoup Winnie pour ce cadeau de Noel, que je me suis hâtée de lire (à cet endroit, une pensée attendrie pour tous les formidables livres qui prennent la poussière sur une étagère de ma chambre s'impose - un jour, je vous sortirai de là !!!).
L'expérience était très dépaysante, le roman se situant dans une espèce d'Estonie mythique. La civilisation apportée par les envahisseurs germaniques se répand en Estonie et les hommes quittent la forêt (où ils passent leurs journées à boire le lait des louves et manger des élans) pour se rendre dans des villages (où l'on travaille toute la journée pour récolter du blé et manger un machin dégeulasse : le pain). Le héros fait partie des derniers humains qui refusent les nouvelles modes et technologies modernes et qui connaît encore les anciens mythes et la langue des serpents.
Evidemment, tout l'humour du livre repose sur le décalage entre la perception "décadence moderne" des villageois qui vivent un style de vie que nous percevons en tant que lecteur comme très primitif. Je n'ai compris qu'une infime partie des enjeux du roman, comme j'ai pu m'en assurer en lisant l'excellente postface qui tente d'expliquer les allusions à la politique de l'Estonie.
L'histoire est dans le roman assez secondaire, en tout cas c'est ainsi que je l'ai
perçue. Ce que j'ai surtout apprécié, c'est l'univers installé par l'auteur, ce monde d'humains qui vivent dans la forêt et communiquent avec les animaux, toute l'ambiance créée était accueillante, elle donnait envie de s'y installer pour un moment. Le ton était aussi très bien maitrisé, mélangeant l'humour, l'épique, le carrément sanguinolent. D'une manière générale, l'ambiance du livre est plutôt sombre, mais elle ne s'installe jamais dans un registre unique, changeant tout le temps subtilement le registre.
Une très belle découverte que cet auteur, ca donne envie de le suivre.

Qu'attendent les singes, Yasmina Khadra
Comme j'avais beaucoup aimé Ce que le jour doit à la nuit, j'étais impatiente de jeter un coup d'œil au nouveau Yasmina Khadra. Et vraiment, quelle déception ! Je n'ai pas réussi à un seul moment à être impliqué à quelque niveau que ce soit dans cette histoire, je me fichais de ce qui pouvait arriver à tous ces personnages, je me fichais même de savoir qui était le coupable du meurtre et comment les différents retournements de situation allaient être résolus à la fin. Je m'en fichais cordialement et je voulais juste arriver à la fin du livre pour pouvoir enfin passer à autre chose.
A aucun moment je n'ai senti un message intéressant dans le roman, même si je pense que Yasmina Khadra a vraiment essayé de dire quelque chose sur l'Algérie. Mais justement, elle essayait tant de dire quelque chose que l'intrigue entière ne semblait qu'une excuse pour dire que les gros bonnets en Algérie sont des pourris, mais que quand même, le peuple d'Algérie est généreux et l'avenir sera sans doute meilleur. Et qu'une excuse pour enchaîner punch-line sur punch-line.
Ca m'a terriblement ennuyé.

lundi, 27 octobre 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces 7 dernières semaines ?

Masculin/Féminin II, Françoise Héritier

Françoise Héritier ressent le besoin de pousser plus loin la réflexion. Elle voyait dans le tome I au départ de l'opposition en hommes et femmes la question du sang (le sang qu'on donne, le sang qu'on perd). Elle se voit forcée de constater que cette opposition elle-même ne peut pas être originelle: rien dans la passivité n'est a priori une infériorité. A moins justement qu'on ne décide qu'elle le soit PARCE QUE elle est l’apanage de la femme. Elle reprend donc tout depuis le début.
Sa conclusion ici sera donc que l'opposition entre homme et femme provient d'un déséquilibre originel: les femmes se créent elles-mêmes (elles mettent au monde des filles), les hommes ne le peuvent pas. Elle voit en cela l'origine de l'asservissement de la femme à des fins reproductives, et tout ce qui en découle.

Un petit extrait d'un chapitre consacré aux "tournantes", les viols de groupe accomplis en général au sein des élèves des collèges et lycées.

L'inquiétude devant cette situation vient de ce que ce sont des adolescents de plus en plus jeunes (on notera que je ne parle pas de la jeunesse en générale mais d'individus en particulier) qui reprennent le modèle archaïque en l'exacerbant : non seulement ils l'ont intériorisé somme chacun l'a fait et continue de le faire dès l'enfance, mais au lieu de lutter contre lui ils en ont inventé une nouvelle formule, institutionnelle au sens où elle est socialement admise par ce qu'on appelle la culture de groupe des jeunes, pour le traduire efficacement dans les faits de la vie courante sous sa forme la plus brutale. De plus, les garçons mineurs concernés considèrent ce mode d'accès à la sexualité comme le mode normal, au même titre que la recherche prévue en d'autres temps par les mêmes acteurs d'une vierge épouse, ou que la fréquentation par les adultes de prostituées. [...] Deux types de femmes restent seuls en présence : la fille préservée, en vue du mariage traditionnel et de la procréation, et [...] les faibles de sa mouvance que l'on contraint et dont on peut user et abuser sans remords.

Elle se réfère ici à des citations de jeunes. On les connaît en substance : les filles victimes "l'ont bien cherché", elles sont souvent des individus mal intégrés dans les groupes, les groupes de violeurs parlent de ce qui s'est passé comme de choses parfaitement normales. Un violeur expliquait qu'il faisait très attention à sa propre sœur, la "fille préservée", donc.

Un barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras

J'avais en tête à ce titre un vague souvenir d'adaptation radiophonique. Je n'ai absolument rien reconnu, si ce n'est le huis clos familial (un peu tautologique quand on parle de Marguerite Duras). Était-ce peut-être "Des journées entières dans les arbres" ?
Après Moderato Cantabile qui m'a laissée un peu dubitative, j'ai voulu en avoir le cœur net avec Marguerite Duras. Franchement est-ce que c'est bien ou est-ce que c'est pas bien ?

Franchement : j'ai adoré.
J'ai l'impression qu'on pourrait passer sa vie à faire l'analyse grammaticale des romans de Marguerite Duras. Pour une linguiste, c'est assez palpitant.

La force des choses (Tomes I et II), Simone de Beauvoir

J'ai terminé donc le dernier volume des mémoires de Simone de Beauvoir. Je me rallie à ce que m'a dit la bibliothécaire de l'Institut Français en me tendant le livre : c'est bien moins passionnant que les précédents, mais tout de même, ça vaut le coup.

J'aurais dû m'en douter, et pourtant la guerre d'Algérie m'a prise par surprise. Terrain glissant. Dans une famille de pied-noirs, Sartre et Beauvoir ne sont pas forcément les bienvenus. Tout de même, j'ai été soulagée de pouvoir lire les choses vues de l'"autre côté". J'ai toujours apprécié la franchise des écrits de Sartre, il ne m'a jamais été antipathique. J'avais du mal à le voir se transformer en un exécrable bonhomme juste pour la guerre d'Algérie. Après lecture, tout reste bien confus. Il y a trop de gens que je ne replace pas, trop d'anecdotes qui me restent fermées. Qu'est-ce que c'est que klaxonner Algérie Française ? Qui nous racontera un jour une histoire de la guerre sans parti pris ? Les séjours de Sartre et Beauvoir à Cuba me laissent également perplexes. Je me demande sincèrement où se trouve la vérité.

Rue Jacob, j'achète des iris bleus et blancs et des glaieuls rouges : qui nous aurait dit, voici vingt ans, que nous irions un jour déposer des bouquets tricolores au pied de la statue de la République ! Au carrefour Sèvres Croix-Rouge, beaucoup de manifestants avec drapeau et pancartes, les uns disséminés, les autres en groupe serré. Une auto passe et klaxonne : "Al-gé-rie-fran-caise". On se rue devant elle ; le conducteur fonce en zigzagant, ricaneur, sous les huées. on crie : "A bas de Gaulle" et des consommateurs, à la terrasse du Lutétia, ripostent : "Vive de Gaulle."

Pétronille, Amélie Nothomb

Le dernier Amélie Nothomb est sympathique, mais sans plus. Elle y redéploie ses thèmes, encore, encore, encore. C'est vraiment chouette à lire, quand on est déjà fan. On attend le prochain roman vraiment génial d'elle, qui finira bien par arriver.

Les perroquets de la place d'Arezzo, Éric-Emmanuel Schmitt

Dans toute la première moitié de ce gros roman, j'ai été très enthousiaste. J'admirais la manière dont Éric-Emmanuel Schmitt tressait les histoires de ces dizaines de personnages (une bonne trentaine) les unes dans les autres sans qu'on ne perde le fil. Je trouvais le procédé ingénieux pour parler des milles et unes manières d'appréhender l'amour.
En entrant dans la seconde moitié, j'ai un peu déchanté. Procédé ingénieux, certes, mais ces multiples personnages manquent désespérément de diversité. Au final, c'est toujours Éric-Emmanuel Schmitt qui parle. C'est Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'une dévergondée invétéré, c'est Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'un célibataire asexué, c'est Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'un mari fidèle et heureux, c'est Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'un homosexuel refoulé, c'est encore Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'une vieille fille amoureuse de son perroquet, c'est toujours toujours toujours Éric-Emmanuel Schmitt dans la peau d'une ado qui se cherche dans le maquillage. Non, vraiment, tout cela manque à mon sens terriblement d'ouverture.

L'amant, Marguerite Duras

J'ai peu de mal à imaginer pourquoi Marguerite Duras s'est désolidarisée du film fait à partir de ce roman. Sans avoir vu le film (manque à réparer), j'en sais assez pour me faire une idée. D'une manière générale, il y a un malentendu sur Marguerite Duras, je pense, le même malentendu qui fait que je n'ai rien compris à l'époque au "Ravissement de Lol V. Stein". On associe Marguerite Duras à une écriture érotique, et son écriture n'est pas érotique. Pour ce que j'en comprends maintenant, c'est une écriture du néant, elle parle à longueur de roman de l'inanité de la condition humaine. Ses personnages ne font rien, n'ont jamais rien à faire, s'ennuient en général à mourir ou bien s'agitent sans raison. Cela est lié à ce soleil, bien sûr, à cette chaleur étouffante de l'Indochine, à la pauvreté aussi.
Bref, il faut reprendre tout Marguerite Duras depuis le début.

Ils sont doués de la même faculté de colère, de ces colères noires, meurtrières, qu'on n'a jamais vues ailleurs que chez les frères, les sœurs, les mères. Le frère aîné souffre de ne pas faire librement le mal, de ne pas régenter le mal, pas seulement ici mais partout ailleurs. Le petit frère d'assister impuissant à cette horreur, cette disposition de son frère aîné.
Quand ils se battaient on avait une peur égale de la mort pour l'un et pour l'autre ; la mère disait qu'ils s'étaient toujours battus, qu'ils n'avaient jamais joué ensemble, jamais parlé ensemble. Que la seule chose qu'ils avaient en commun c'était elle leur mère et surtout cette petite sœur, rien d'autre que le sang.

Mécanismes de survie en milieu hostile, Olivia Rosenthal

J'attendais beaucoup de ce livre qui me semblait le plus prometteur de cette rentrée. Peut-être que justement j'en attendais trop. Il y a plein de choses que j'ai trouvées assez extraordinaires, assez neuves, mais une fois le livre refermé, je n'ai pas trop su quoi en penser. J'ai l'impression que c'est un livre à relire, plus tard, quand ce ne sera plus aussi nouveau (peut-être serait-ce l'occasion de lire d'autres Olivia Rosenthal).

Après des semaines d'inquiétude, de rencontres fugaces, de conversations maladroites et gênées, je prends les devants. J'appelle mon ami au téléphone, je lui demande de ne pas s'absenter, je lui explique que j'ai besoin de marcher avec lui, d'arpenter nos territoires, d'écouter nos pas. De vivre en cadence. Je lui reproche de partir, je fais comme si je n'étais pas triste mais furieuse, je manifeste ma colère qui est une colère de façade, les colères de ceux qui se sentent trahis, humiliés, abandonnés, qui ne veulent pas être seuls. Je ne veux pas être à nouveau confrontée à une annonce qui vous dévaste parce que vous ne savez pas comment la rendre intelligible. Perdre quelqu'un qu'on aime est incompréhensible, inadmissible et révoltant. Il faudrait interdire de telles pratiques, le départ, la séparation, le suicide, la mort auraient dû faire l'objet de réglementations drastiques. Personne n'a pris la peine de réfléchir juridiquement au contrats implicites par lesquels un humain s'engage à l'égard d'un autre humain, personne n'a rendu illégaux les ruptures, les relégations, les séparations, les départs.

Night and Day, Virgina Woolf

C'était le livre parfait pour lire en anglais. C'était bien écrit, pas trop difficile, l'histoire était prenante, intelligente. L'histoire a peut-être un peu vieilli, ne correspondant plus trop à la société et aux problèmes auxquels un lecteur d'aujourd'hui est confronté. Il reste une réflexion sur l'amour qui est loin d'être mièvre (ou ne l'est que pour se renverser d'un coup) ou convenue. C'était chouette.

"I suppose I'm in love. Anyhow, I'm out of my mind. I can't think, I can't work, I don't care a hang for anything in the world. Good Heavens, Mary! I'm in torment! One moment I'm happy; next I'm miserable. I hate her for half an hour; then I'd give my whole life to be with her for ten minutes; all the time I don't know what I feel, or why I feel it; it's insanity, and yet it's perfectly reasonable. Can you make any sense of it? Can you see what's happened? I'm raving, I know; don't listen, Mary; go on with your work."
He rose and began, as usual, to pace up and down the room. He knew that what he had just said bore very little resemblance to what he felt, for Mary's presence acted upon him like a very strong magnet, drawing from him certain expressions which were not those he made use of when he spoke to himself, nor did they represent his deepest feelings. He felt a little contempt for himself at having spoken thus; but somehow he had been forced into speech.

Les Impudents, Marguerite Duras

Le premier roman de Marguerite Duras. Bien que l'histoire se passe dans la campagne française, on y retrouve déjà tout ce qui fera Un barrage contre le Pacifique ou L’Amant : la fille, personnage principal, étouffée entre une mère incompréhensible et des frères pour lesquels elle éprouve un mélange d'amour et de haine,un frère aîné traversé par une force destructrice. On dirait que Marguerite Duras écrit encore et toujours la même histoire, se débat avec la même ambiance étouffante.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Eden Arabie, Paul Nizan

Ça fait une éternité que je veux lire ce roman. M'y voilà enfin.

Qu'est-ce que j'ai vu ces 7 dernières semaines ?

Berlin Alexanderplatz, Fassbinder (1981)

J'ai fait mon premier binge watching (j'en ai sûrement fait d'autres avant, je ne connaissais pas le nom à l'époque) à une semaine du début du semestre. Je me suis calée mon vendredi soir et mon samedi entier, et c'est parti pour un magnifique film de Fassbinder de 16h.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'était une expérience hors du commun. Un film très étrange, une opération titanesque entreprise par Fassbinder de faire une adaptation cinématographique du roman d'Alfred Döblin (que je dois avouer avec honte n'avoir pas lu - mais ça m'a vraiment donné envie). Je ne sais vraiment pas d'ailleurs comment cette histoire si subtile aurait pu être racontée en moins de 16h. C'est une histoire qui demande à prendre du temps, il faut que l'on voie la situation s'installer, bouger lentement. Il faut qu'il y ait de longues scènes de silence. Indispensable.

L'histoire : Franz Bieberkopf sort de prison, où il a passé 4 ans. Il arrive dans Berlin de la fin des années 20 et se jure à lui-même d'être honnête quoi qu'il en coûte. Mais cette période de crise économique, où le chômage ne cesse de croître, où prospère le marché noir et la magouille ne va pas se révéler l'ambiance idéal pour devenir un honnête homme.

La cerise sur le gâteau pour le linguiste, c'est que les acteurs parlent dans un dialecte berlinois absolument délectable. Je pourrais prendre le script du film et passer des heures à analyser cette grammaire. J'avais envie d'apprendre par cœur la moitié des phrases qu'ils prononçaient. Une syntaxe tellement intéressante, pleine de redondances, un bonheur.

 

lundi, 08 septembre 2014

C'est lundi...

J'ai oublié en chemin la dernière fois
La Fameuse Fusée, Oscar Wilde
Très très drôle.

— Mon père était fusée comme moi et d’extraction française. Il volait si haut que l’on craignait de ne pas le voir redescendre. Il redescendait, cependant, parce qu’il était d’une excellente constitution et il fit une très brillante chute en une pluie d’étincelles d’or. Les journaux s’exprimèrent à son sujet en termes très flatteurs et même la Gazette de la cour dit de lui qu’il marquait le triomphe de l’art pylotechnique.
— Pyrotechnique, c’est pyrotechnique que vous voulez dire, intervint le feu de bengale. Je sais que c’est pyrotechnique, parce que j’ai vu le mot écrit sur ma boîte de fer-blanc.
— Ma foi, je dis pylotechnique, répliqua la fusée sur un ton de voix sévère.
Et le feu de bengale en fut si anéanti qu’il commença aussitôt à malmener les petits pétards pour montrer qu’il était, lui aussi, une personne de quelque importance.
— Je disais… continua la fusée… — Je disais… Qu’est-ce que je disais ?
— Vous parliez de vous, reprit la chandelle romaine.
— Naturellement. Je sais que je discourais sur quelque intéressant sujet quand j’ai été si grossièrement interrompue. Je déteste la grossièreté et les mauvaises manières de toute espèce, car je suis extrêmement sensible. Nul au monde n’est aussi sensible que moi, j’en suis certaine.
— Qu’est-ce qu’une personne sensible ? dit le marron à la chandelle romaine.
— Une personne qui, parce qu’elle a des cors, marche toujours sur les orteils des autres, répondit la chandelle dans un faible murmure.
Et le marron éclata presque de rire.
— Pardon ! De quoi riez-vous ? demanda la fusée. Je ne ris pas.

La Pauvre Lise, Nikolaï Mikhaïlovitch Karamzine

Han d'Islande, Victor Hugo

Je ne comprends juste pas qu'il n'existe pas des centaines de versions différentes de l'histoire de Han d'Islande. Le sujet est tellement riche, vraiment fascinant. Ce serait peu que de dire que j'ai été captivé par ma lecture : j'en ai même rêvé la nuit. Je me suis retrouvée en compagnie d'Ordener et de Han sur le banc des accusés. J'étais terrorisée de ce qui allait nous arriver.
De toutes manière, je suis complètement réconciliée avec Victor Hugo depuis que j'ai écouté cette conférence de Henri Guillemin (ce type a beaucoup trop d'influence sur moi, ça commence à devenir inquiétant).

Qu'est-ce que j'ai lu ces 3 dernières semaines ?

Psychologie de la motivation, Paul Diel

Video Girl Ai, Masakazu Katsura

J'avais adoré A''s, du même Masakazu Katsura. Mais à en croire le premier volume de Video Girl Ai, il s'agit de persos qui ressemblent trait pour trait à ceux de A''s, avec une histoire plus tirée par les cheveux et plus agaçante. Je laisse donc tomber.

Les deux Messieurs de Bruxelles, Eric-Emmanuel Schmitt

Eric-Emmanuel Schmitt fait de la littérature pleine de bon sentiments et le revendique. Il n'empêche, j'ai souvent sourit d'attendrissement de très bon cœur dans ces jolies nouvelles, qui sont à la hauteur de celles de Concerto pour un ange.

Même affamé, Argos attendait lorsque je mastiquais mon pain. Un homme m'aurait sauté dessus ; lui, il patientait avec confiance, certain que je lui donnerais un morceau. Pourtant, je n'aurais cédé ma part à personne ! Son estime me rendait bon. Si les hommes ont la naiveté de croire en Dieu, les chiens ont la naïveté de croire en l'homme. Sous le regard d'Argos, j'allais peut-être m'humaniser.

La femme au miroir, Eric-Emmanuel Schmitt

ENFIN ! Je savais qu'il ne fallait pas perdre courage et qu'Eric-Emmanuel Schmitt allait à nouveau faire quelque chose de vraiment vraiment bien. Mon assiduité n'a pas été vaine. J'ai découvert Anne de Bruges et je suis comblée. Il me semble qu'Eric-Emmanuel Schmitt a été dans ce livre beaucoup plus loin que d'habitude (et il parle de foi, ce qui lui réussit beaucoup).

Mémoires d'une jeune fille rangée, Simone de Beauvoir

Je relis ce premier livre de mémoires pour la deuxième (la troisième ? déjà la dernière fois j'avais une impression de "déjà lu"). Je ne sais pas exactement pourquoi Winnie disais que ce livre avait été écrit pour moi, mais c'est en effet un bouleversement à chaque fois. Pourtant, je n'ai pas l'impression d'avoir grandi dans un milieu petit-bourgeois étriqué ni qu'on ait jamais essayé de m'emprisonner dans des conventions sociales. Je ne suis même pas une grande lectrice de Simone de Beauvoir.
Non, je ne sais pas pourquoi, mais il y a une lucidité et une force de vie qui me touchent beaucoup dans ces Mémoires d'une jeune fille rangée. A relire sans modération. 

Paradoxalement, ce fut une lecture licite qui me précipita dans les affres de la trahison. J'avais expliqué en classe Silas Marner. Avant de partir en vacances, ma mère m'acheta Adam Bede. Assise sous les peupliers du "parc paysage", je suivis pendant plusieurs jours avec patience le déroulement d'une lente histoire, un peu fade. Soudain, à la suite d'une promenade dans un bois, l’héroïne - qui n'était pas mariée - se trouvait enceinte. Mon cœur se mit à battre à grands coups : pourvu que maman ne lise pas ce livre ! Car elle saurait que je savais : je ne pouvais pas supporter cette idée. Je ne redoutais pas une réprimande. J'étais irréprochable. Mais j'avais une peur panique de ce qui se passerait dans sa tête. Peut-être se croirait-elle obligée d'avoir une conversation avec moi : cette perspective m'épouvantait parce que, au silence qu'elle avait toujours gardé sur ces problèmes, je mesurais sa répugnance à les aborder. Pour moi, l'existence des filles-mères était un fait objectif qui ne m'incommodait pas plus que celle des antipodes : mais la connaissance que j'en avais deviendrait, à travers la conscience de ma mère, un scandale qui nous souillerait toutes deux.

Masculin/Féminin, La pensée de la différence, Françoise Héritier.

Pour entrecouper les différentes parties des mémoires de Simone de Beauvoir, et comme j'ai déjà lu le Deuxième Sexe, quoi de mieux que de lire (enfin !) Françoise Héritier, successeure de Levi Strauss (love love love), qui parle de la différence masculin/féminin d'un point de vue anthropologique. Elle analyse en détail les schémas d'alliance attestés : tous les schéma potentiels n'ont pas été réalisés, et cet inventaire montre souvent un déséquilibre en "défaveur" du féminin. Elle étudie non seulement l'alliance, mais aussi la stérilité, le changement de genre (à défaut de changement de sexe), la différence entre géniteur et père, etc. Son fil rouge est en effet de montrer que les grands bouleversements auxquels nous avons du mal à nous adapter (mère porteuse, don de sperme, etc) sont loin d'être des nouveautés à l'échelle de l'Humanité (en gros, ils ne sont pas ancrés dans notre culture propre, mais ils ne sont pas non-humains). C'est en tout cas ce que j'en ai compris.

Pour ma part, je cherchais plutôt à comprendre d'où vient cette différence systématique entre masculin et féminin. Je pense que le deuxième tome se penchera plus sur la question, mais j'ai déjà trouvé cet élément de réponse très intéressant : quand l'homme perd son sang, il agit (il chasse, guerroie, prend des risques), alors que lorsque la femme perd son sang, elle est passive (elle ne peut rien faire pour empêcher d'avoir ses règles). D'ailleurs, la femme stérile ou ménopausée obtient dans certaines sociétés un statut masculin.
Ce serait un peu réducteur de dire que c'est LA réponse que donne Françoise Héritier. C'est plutôt celle qui m'a frappée et assez convaincue.

Nous avons vu que chez les Samo, comme dans bien d'autres sociétés de l'Ouest africain, une jeune fille qui avait été accordée en mariage légitime dans sa très petite enfance par les hommes de son lignage était remise à son mari après avoir accouché de son premier enfant [...]. Mais ce premier enfant, dont le mari était le père socialement reconnu, était en fait né des œuvres d'un autre homme, partenaire prénuptial choisi par la jeune fille elle-même ou par sa mère, mieux accordé avec elle en âge et surtout en inclination mutuelle que le mari légitime.
Les jeunes gens avaient de manière tout à fait licite et ouverte cohabité ensemble, de nuit seulement, après que le père de la jeune fille avait accompli pour elle le sacrifice de la puberté sans lequel elle n'aurait pu avoir accès aux relations sexuelles sous peine de sanction immanentes (elle aurait dépéri).
Ces rapports amoureux prénuptiaux cessent à la naissance du premier enfant, quand l'épouse rejoint le mari, père social de l'enfant, au bout de trois ans si cette union reste stérile.
Ainsi, sauf dans ce cas précis où au bout de trois ans l'épouse est remise au mari même sans avoir enfanté, un homme peut avoir au moins autant d'enfants qu'il a d'épouses légitimes, à condition qu'ils vivent.

La force de l'âge, Simone de Beauvoir

Cette fois-ci, je découvrais la suite des mémoires de Simone de Beauvoir. J'ai beaucoup apprécié encore. Ça me fait vraiemnt très étrange de fréquenter d'aussi près Sartre, de le voir aller acheter des fruits, faire du vélo sous la pluie et avoir une crise de foie. Mis à part ce côté perturbant, j'apprécie énormément de côtoyer de si près Nizan, Picasso, Cocteau...
La lucidité de Beauvoir sur elle-même m'étonne toujours autant. Je suis très sensible à ce déchirement intérieur entre la supériorité qu'elle accorde les yeux fermés à Sartre et la nécessité vitale pour elle de "ne pas se trahir".

Je m'émus bien davantage l'après-midi où j'étais convenue que nous visiterions le British Museum et où il me dit tranquillement qu'il n'en avait aucune envie : rien ne m'empêchait, ajouta-il, d'y aller seule. C'est ce que je fis. Mais je me promenai sans entrain parmi les bas-reliefs, les statues, les momies ; il m'avait paru si important de voir ces choses : ne l'était-ce pas ? Je refusais de penser que dans mes volontés à moi il entrât du caprice : elles se fondaient sur des valeurs, elles reflétaient des impératifs que je tenais pour absolus. Misant moins que Sartre sur la littérature, j'avais davantage besoin d'introduire de la nécessité dans ma vie ; mais alors il fallait qu'il adhérât à mes décisions comme à d'aveuglantes évidences ; sinon ma curiosité, mon avidité devenaient de simples traits de caractère, peut-être même des travers : je n'obéissais plus à un mandat.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Night and Day (Nuit et jour), Virginia Woolf


Ce Virgina Woolf, de facture trop classique, n'est pas considéré comme une de ses œuvres majeures. Mais une facture classique, c'est exactement ce qu'il me faut pour une écoute en VO. Et effectivement, je sais à peu près à quoi m'attendre d'un chapitre sur l'autre. On est dans des salons, on boit du thé. L'écriture est extrêmement agréable, je prends un plaisir fou à écouter ce roman et je rigole même beaucoup. J'aime beaucoup l'humour et le ton.

Mrs. Hilbery would have been perfectly well able to sustain herself if the world had been what the world is not. She was beautifully adapted for life in another planet.

lundi, 18 août 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces 6 dernières semaines ?

Die Brücke vom goldenen Horn (Le pont de la Corne d'Or), Emine Sevgi Özdamar

Naissance d'un pont, Maylis de Kerangal

Parmi ces gens, un groupe de réfractaires se manifeste de plus en plus souvent, des habitants de vieille souche qui arguent de l'ancienneté de leur présence à Coca comme d'un surcroît de légitimité, des individus qui connaissent la zone par coeur, et rappellent en préambule de chaque intervention publique - conseil municipal, éditorial de presse, assemblée de leurs associations - qu'enfants, ils ont couru dans les champs vastes comme des océans, écartant les hautes herbes qui griffaient leur front pâle, qu'ils se sont baignés dans chaque anfractuosité du fleuve, sont capables de citer le nom des rochers et ceux de la moindre pâture avant sa conversion en terre à bâtir, que leur aïeux ont mélangé la poussière de leurs corps à celle de la terre. Ceux-là, qui regroupent propriétaires terriens, vieilles familles de négociants, exploitants de bacs - dont le Français -, forment l'essentiel de l'opposition municipale, s'émeuvent de ces tours qui les signalent au monde, ajoutant le nom de Coca à celle des cibles potentielles du terrorisme, comme si depuis l'attentat du World Trade Center, leur imaginaire était contaminé par la menace et que désormais, voyant s'affermir dans leur ciel des lignes verticales, ils ne pouvaient s'empêcher d'envisager que ces masses s'effondrent, se résorbent, sur elles-mêmes en un nuage morbide, paranoïa diffuse dont le corollaire, en matière d'architecture, se résumait à une simple ligne : on ne veut pas d'histoire.

Réparer les vivants, LE livre de l'année littéraire 2013-14. À mon humble avis. Comme c'était l'anniversaire de Fée, j'ai fait une virée à la librairie française - pas celle des Galeries Lafayettes, une autre dont je n'ai appris l'existence que récemment. Le livre était épuisé, victime de son succès (tu m'étonnes), et pendant qu'il m'inscrivait en réservation, le libraire me tapais la causette, et bien entendu, je suis repartie avec un autre bouquin de Maylis de Kerangal dans les mains. Vous allez vraiment aimer, qu'il m'a dit.

Le livre était écrit dans ce même style, qui m'a un peu bloquée au tout début. Mais là, je connaissais, j'ai continué les yeux fermés (ou presque). C'était merveilleux, un grand moment de bonheur. Maylis de Kerangal a un style virtuose, pourtant résolument contemporain. C'est étrange d'ailleurs ce "pourtant", comme si être le gardien de la langue française vous transformait automatiquement en gardien de musée, comme si la grammaire portait inscrite en elle des images d'un autre temps. Mais c'est un fait que j'ai rarement lu des romans intégrant de manière convaincante ne serait-ce que l'usage du sms dans leur trame narrative. Mais ceci est une parenthèse, reprenons plutôt sur Maylis de Kerangal (on est toujours obligé de donner son nom en entier, parce que sincèrement, "de Kerangal" ça fait snob, et "Kerangal", on a laissé la moitié du nom en chemin, c'est ridicule...).

Moi, Maylis de Kerangal à l'Académie Française, je parie déjà dessus. C'est clairement mon plus gros coup de foudre depuis Amélie Nothomb (ça commence à remonter). C'est tellement tellement tellement bien.

N'aie pas peur de savoir, Yolande Mukagasana

Parce que c'était l'anniversaire de la fin du génocide y'a quelques semaines.

- Et les autres médecins ?
Les autres médecins ? Le regard de Théoneste tombe au sol.
" Il y a vous. Et moi. Et puis c'est tout."
La jeep et son chauffeur kaki me conduisent vers mon nouveau foyer. Oui, ce soir, peut-être, pour la première fois depuis le début du génocide, la vie redevient comme avant. Je rentre du travail, des êtres chers m'attendent et m'ont préparé quelque chose à manger. Pour la première fois, peut-être, j'ai à nouveau un foyer.
Mon nouveau foyer, c'est une ruine.
Je comprends à la visite des lieux, par la seule odeur, que la maison était remplie de cadavres il y a quelques heures encore.
Je fais un tour dans la bananeraie qui jouxte la parcelle. Je tombe sur un paquet de vêtements en boule qui semble avoir été perdu par des fuyards. Une jupe rouge me fait envie. Je m'en ceins aussitôt les hanches. Je me sens belle. Je ne résiste pas. Je passe un chemisier blanc. je suis heureuse. Heureuse de vivre encore et d'avoir le goût de la coquetterie.

Le livre de Mukagasana est très particulier. Outre le témoignage du génocide, qui bien évidemment est très prenant, elle va plus loin et met directement en cause le gouvernement français de l'époque. Je me suis demandée au fur et à mesure du livre pourquoi ses accusations me braquaient. Par patriotisme ? Parce que cela s'opposait à une certaine image que j'avais de Mitterrand ? Après tout, je n'avais aucune connaissance du sujet, et n'avais donc aucune raison de douter de ses affirmations plus que d'y croire.

Finalement, ce "n'aie pas peur de savoir", je l'ai pris aussi pour moi. N'aies pas peur de remettre en cause ce que tu penses (sans même savoir que tu le penses). Je ne dis pas que les accusations de Mukagasana sont justes, mais je trouve grave qu'aucune enquête sérieuse n'aie été menée. C'est toujours ainsi que fonctionne le travail historique. On découvrira dans 100 ans ce qui s'est vraiment passé. Et ce sera bien tard.

Mais ces considérations pseudo-politiques sont loin de constituer le cœur du roman, qui est avant tout un témoignage de l'horreur. Quelque chose de bien différent des camps de concentration, mais où l'on reconnaît le même air de famille. La haine de l'autre et l'envie de faire du mal possède une imagination effrayante.

Tu es fière, n'est-ce pas ? Tu es fière avec ton corps qui fonctionne correctement, avec ton sourire pour des brimborions, avec tes gestes automatiques d'infirmière. mais tes enfants sont morts. Comment oses-tu encore vivre après cela ? Comment oses-tu leur survivre ? Mais tes enfants sont morts. Comment oses-tu encore vivre après cela ? Comment oses-tu leur survivre ? Yolande, tes enfants ! Qu'en as-tu fait ? Yolande, tes enfants, tes enfants, tes enfants !

Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent..., Eric-Emmanuel Schmitt

- Je ne mendie pas. J'écoute Beethoven, point. C'est gratuit.
- Ah...
- Vaut mieux d'ailleurs, parce que tout le monde décampe. Vous comprenez ça, vous ?
- Normal. La beauté, c'est intolérable.
Il avait énoncé cela comme une évidence. Il poursuivit :
- Si l'on veut mener une vie ordinaire, mieux vaut se tenir à l'écart de la beauté ; sinon, par contraste, on aperçoit sa médiocrité, on mesure sa nullité. Écouter du Beethoven, c'est chausser les sandales d'un génie et se rendre compte qu'on n'a pas la même pointure.

Sur le modèle très réussi de Ma vie avec Mozart, Eric-Emmanuel Schmitt raconte sa perception de Beethoven, la leçon de vie que l'homme et sa musique lui donnent. Le tout illustré d'extraits musicaux. C'est aussi une réponse à Mozart, le sublime. Beethoven, c'est l'humain très humain. C'est peut-être pour cela que j'ai un peu moins aimé ce deuxième livre.

Profanes, Jeanne Benameur

Little Women, Luisa May Alcott (tomes 1 et 2)

Je ne peux pas m'empêcher d'aimer à la folie ces quatre filles du docteur March alors que chaque phrase de Luisa May Alcott donne des crises d'urticaire à mon féminisme...

Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus, Eric-Emmanuel Schmitt

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Psychologie de la motivation, Paul Diel

Paul Diel, contemporain de Freud, va beaucoup plus loin que Freud dans son analyse des motivations de nos actes, de nos peurs et de nos envies (disons qu'en gros, il ne ramène pas tout à la sexualité ni à des fantasmes - sexuels - originaires). C'était l'ami d'Einstein, de Bachelard, et de tout un tas de gens très recommandables du même acabit. Dès que j'ai entendu parler de sa théorie, je me suis précipitée pour lire son premier livre.

J'avoue que je ne comprends pas grand chose (et surtout je ne comprends rien de rien au calcul psychologique), mais je ne perds pas espoir.

lundi, 07 juillet 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Caprice de la Reine, Jean Echenoz

Vous remarquerez que je n'ai jamais autant lu d'actualité littéraire que cette année.
Je n'ai à part ça pas grand chose à raconter sur ce recueil de nouvelles.

Concerto à la mémoire d'un ange, Eric-Emmanuel Schmitt

Si on peut ne pas croire aux saints de l'Église catholique, il faut néanmoins reconnaître que cette appellation contrôlée n'a pas été attribuée aux personnes les plus mauvaises.

Sainte Rita est le leitmotiv de ce recueil de nouvelles, quatre nouvelles qui tournent autour de la rédemption. La rédemption est-elle possible lorsque l'on est un cas désespéré ?

J'ai été vraiment prise dès la deuxième nouvelle. Eric-Emmanuel Schmitt a tendance à faire des histoires à message. Ca me gène parfois un peu, pour peu que l'alchimie ne prenne pas. Mais c'est sans doute la raison pour laquelle il préfére se tourner vers des formes relativement courtes. Il s'agit seulement d'exposer l'idée et de laisser le lecteur écrire l'autre moitié (référence à Voltaire qu'il reprend dans son journal d'écriture, ajouté à la fin du recueil). C'est sans aucun doute par grosse paresse intellectuelle que je me prends souvent à souhaiter qu'il ait écrit cette deuxième moitié à ma place...

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Die Brücke vom goldenen Horn (Le pont de la Corne d'Or), Emine Sevgi Özdamar

"Un dimanche sanglant". Lorsque dans les journaux suivirent les titres de "Un mercredi sanglant" ou "Un lundi sanglant", beaucoup d'ètudiants de gauche quittèrent le parti des travailleurs, fondèrent Dev Genç (Jeunesse Géante) et s'armèrent : "Nous n'atteindront l'indépendance de notre peuple qu'à travers le combat armé." Ils se costumèrent comme les grands combattants de ce monde : lunettes à la Trotzki, vestes Mao, vestes, Lenin, vestes Stalin, barbes à la Che Guevara, barbes à la Castro et leur langue se subdivisa en de nouvelles langues. Il y eut de nouveaux journaux de gauche, j'achetais tous ces journaux et lisais longtemps dans les toilettes pour apprendre ces nouvelles langues.

(ma traduction)

1968 est un thème toujours intéressant. Toujours et pour tous les pays. 1968 en Turquie n'y fait pas exception. Dans le court texte que j'ai traduit, on devine les prémisse des mouvements terroristes de gauche des années 70.

1968, c'est comme une adolescence de l'Histoire. On ne pourra jamais le revivre en 2014, nous sommes devenus beaucoup trop ciniques. Et puis, justement, la Bande à Baader est passé par là, plus personne ne peut croire au communisme, surtout depuis que Robert Hue n'est plus candidat aux présidentielles.

Il faudrait peut-être préciser que le pont de la Corne d'Or est le pont reliant la partie européenne et la partie asiatique de la ville d'Istanbul, où retourne vivre la narratrice dans la deuxième partie du roman, et que cette deuxième partie est magnifique. Il faudrait aussi préciser que la première partie du roman relate les années passées à Berlin par cette même narratrice, et qu'elle est magnifique aussi. À Berlin, elle apprendra par coeur les titres des journaux allemands qu'elle ne comprend pas encore. Autant dire que les journaux sont omniprésents dans son roman, la vie entière de la narratrice est parcourue de ces titres et illustrations de journaux.

Je ne sais pas si on peut parler d'écriture blanche pour qualifier l'écriture d'Emine Sevgi Özdamar, mais ça doit bien être quelque chose comme ça. C'est un style magnifique d'ailleurs, de quelqu'un qui connaît l langue dans ses moindres recoins, un style qui oscille entre une précision hyperréaliste des détails et des situations d'une absurdité telle qu'on comprend bien que Emine Sevgi Özdamar veut nous faire comprendre que tout cela, le socialisme, les révoltes étudiantes, le communisme, Brecht, Marx, n'était qu'un grand malentendu mondial.

Je recommande chaudement le livre en hiver comme en été, en espérant que la traduction disponible soit à la hauteur de la VO.

Dans ces mêmes jours arriva de Barcelone une carte postale de Jordi. Sur la carte, je voyais une jolie place pleine de cafés, de chaises et de tourterelles. Jordi me disait qu'il levait son verre à mes beaux yeux et m'envoyais ses salutations. Je regardais longtemps la carte, m'étonnais que sous le régime fasciste de Franco, il y eut en Espagne une si jolie place, qu'il y eut des chaises dans les cafés et que des tourterelles se promenâssent devant elles et que Jordi puisse lever et boire un verre à mes beaux yeux. Je m'étonnais qu'un homme de gauche comme Jordi puisse aller en toute légalité à la poste, acheter un timbre et envoyer une carte à l'étranger. Aussi, je lu la carte en secret, afin qu'en Espagne il n'eut aucun problème avec la police. Sur une carte, j'écrivis deux phrases de Lorca : "Vert comme je t'aime, vert. Le vent plus vert et les branches plus vertes." et la jetai dans la mer avec l'adresse de Jordi. La mer la lui apporterait. La carte de Jordi me rendit si heureuse que je recevai des décharges électriques chaque fois que je touchais un objet.

lundi, 16 juin 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces quatre dernières semaines ?

Zarathustra und seine Religion ("Zarathoustra et sa religion"), Michael Strausberg

parce que la religion de la perse antique (et encore pratiquée de nos jours), c'est palpitant.

La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb

Pas énormément emballée par ce roman un peu étrange, pourtant une autofiction, donc le genre dans lequel Amélie Nothomb excelle le plus à mon avis. Elle y retrace un voyage au Japon effectué pour un documentaire d'ARTE. Quelques belles scènes, mais pas un tout vraiment convainquant.
Amélie ne peut pas faire un chef d'oeuvre à chaque fois et Barbe Bleue était une merveille.

Sinouhé l'Égyptien I, Mika Waltari

Je n'ai pas d'avis sur Sinouhé l'Égyptien, dont j'ai bien envie de lire le tome II mais sans plus.

Réparer les vivants, Maylis de Kerangal

LE roman de la rentrée 2013, tellement qu'il est presque inutile de s'attarder en éloges. C'est le meilleur livre que j'ai lu depuis bien longtemps.
J'étais pourtant sceptique, les éloges que j'entendais sur ce livre allait peu dans le sens de ce que j'aime en littérature, j'ai laissé passer bien des critiques enthousiastes avant de me dire que bon, pourquoi pas, le prendre à la bibliothèque ne coûtait rien de toutes manières. J'ai aussi eu du mal à rentrer dans ce style très particulier. L'écriture de Maylis de Kerangal est très particulière et pas forcémment agréable immédiatement. J'ai hésité sur les premiers chapitres, j'avais trop entendu parler du livre pour que le suspens fasse effet, puis j'ai plongé et, au final, j'ai lu le roman d'une traite en une merveilleuse nuit de train dont je ne garderai que des bons souvenirs.
Au cours de cette nuit, j'ai souvent fermé le livre, juste pour réfléchir en écoutant le train rouler. Je regrette souvent d'être dans une trop grande boulimie quand je lis, de ne pas prendre le temps de me demander ce que je lis et ce que le livre signifie pour moi. Ce n'est même pas pour cela que je l'ai fait, mais Réparer les vivants a produit cette envie de juste arrêter de temps en temps et de réfléchir. Au livre ou à autre chose. Et puis de reprendre.
La plus grande force du livre à mon avis, c'est d'interroger un aspect de la vie humaine qui n'a jamais pu se poser autrefois, quelque chose de complétement neuf. Et de rester en même temps très humble, de philosopher sans morale. Pour moi, c'était un livre vraiment "nécessaire".

Le sumo qui ne pouvait pas grossir, Eric-Emmanuel Schmitt

Une histoire agréable de Eric-Emmanuel Schmitt, qui s'aventure du côté du Bouddhisme zen mais... mais je reste sur ma faim.
Et donc ?.. Mais encore ?.. 
Je trouve qu'il est resté très en surface, comme s'il n'avait écrit que le premier chapitre d'un bouquin qui pourrait vraiment être palpitant.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

ماهی سياه کوچولو (Le petit poisson noir), Samad Behrangi

Little Women, Alcott

Ruhm (Gloire), Daniel Kehlmann

Qu'est-ce que j'ai vu ces quatre dernières semaines ?

Rois et Reine (Arnaud Desplechin, 2004)

J'ai eu tellement de mal à me procurer "Rois et reine" que cela a interrompu ma lecture de la Philosophie du cinéma. Heureusement, j'ai pu continuer une fois le DVD acheté. Il s'agit d'ailleurs d'un très beau film, d'une structure à la Yves Ravey. On découvre l'histoire à rebours et on découvre les personnages principaux à travers ce que les autres disent d'eux plus que par leurs actes "en direct". Une écriture en dentelle pour le scénario. Un film très bien choisi pour illustrer le chapitre sur l'inconscient.

J'ai énormément aimé les acteurs (Mathieu Amalric, Magali Woch, Maurice garrel...), malheureusement pas tellement l'actrice fétiche de Desplechin, Emmanuelle Devos.

Blue Jasmine (Woody Allen, 2013)

J'aime tellement l'humour de Woody Allen ! Mais j'ai en même temps l'impression que son humour devient de plus en plus enfoui. Dans "Blue Jasmine", l'ironie de certaines situations sautait aux yeux, mais rien ne vous donnait envie de rigoler...

Cate Blanchett était absolument divine dans le rôle principal. Elle était vraiment Jasmine jusqu'au bout des ongles. Tous les acteurs d'une manière générales étaient parfaits, mais sa performance à elle creuvait l'écran. Tu m'étonnes qu'elle ait gagné un Oscar... (et un Golden Globe, etc, etc, etc)

Tout le monde sait bien que Cate Blanchett est très douée. Je compte malheureusement tout un tas de films dans lesquels elle a joué dans la liste de "mes impardonnables lacunes en cinéma". J'ai dû la voir en tout et pour tout dans "Aviator" il y a dix ans, où elle était déjà parfaite.
(Je l'ai vue aussi dans "Babel" et dans toute la trilogie du "Seigneur des Anneaux", mais ces rôles étant très mauvais, elle ne pouvait pas vraiment me convaincre.)

Moon (Jones Duncan, 2009)

Ce film est TELLEMENT EXTRAORDINAIREMENT BIEN que je ne sais quoi dire dessus. Tout tient sur un scénario de science-fiction impeccable, à la fois très simple et très complexe, sans une fausse note et auquel on adhère immédiatement.

Je ne suis pourtant pas une grande fanatique de science-fiction. Ce qui est d'ailleurs la seule raison crédible pour laquelle j'ai tant tarder à regarder ce film sur lequel tout le monde se répandait en compliments dès sa sortie.

Bref, il n'y a rien à dire sur ce film. Je n'avais pas vu un aussi bon film depuis très longtemps.

Into the wild (Sean Penn, 2007)

Je n'avais pas vraiment réussi à me fermer assez les oreilles pour ne pas du tout savoir ce qui se passait dans le film. Ce qui est fort dommage, car cela gâche une partie du plaisir.
Je pourrais sire objectivement parlant qu'il s'agit d'un très bon film. J'ai entendu une fois un artsite (ça devait être un metteur en scène de ballet ou quelque chose comme ça à qui ont demandais s'il imaginait de tourner un film un jour) qu'un film devait être "nécessaire". Into the wild était nécessaire.
Les rêves de grands espaces et de cueillette des baies sauvages dans les forêts du Canada ne font pas vraiment partie ni de mon imaginaire ni de mes fantasmes, ce qui fait que je n'ai pas réussi vraiment à entrer dans la problématique du film. Qui d'autre part était magnifique, très intelligent et posait les bonnes questions. Mais ce n'était juste pas mon film.

Ich einfach unverbesserlich 2 (Moi, moche et méchant 2) (Pierre Coffin et Chris Renaud, 2013)

Que faire quand un dessin animé a bien marché mais qu'on n'a pas d'idée pour faire une suite ? On refait le même en faisant tomber tous les persos amoureux de quelqu'un.
Quel DOMMAGE pour ce dessin animé qui était vraiment super drôle, à la base. (Mais sans pseudo Bill Gates comme méchant, c'est juste plus du tout marrant...)

Grindhouse (Quentin Tarantino et Robert Rodriguez, 2007)

Si jamais vous ne connaissez pas le principe de ce merveilleux OVNI qu'est Grindhouse, sachez qu'il s'agit d'un double-film entrecoupé de fausses bandes-annonces. L'idée étant de donner l'impression de se retrouver propulsé dans un ancien cinéma cheap de séries B, avec scénarios bidons, mauvais gôut assumé, mauvais effets spéciaux, pellicule abîmées, qui crâme pendant la projection ou dont il manque une bobine en plein milieu. Un joli petit fake, donc, et quand en plus ce sont Quentin Tarantino et Robert Rodriguez qui sont aux commandes, c'est le pied, le pied, le pied.

On commence donc avec Planete Terror (Robert Rodriguez, 2007), un film de zombie délectable, avec tous les ingrédients nécessaire : un militaire taré (Bruce Willis, dingue comme ce gars peut être bien quand il sort du mainstream), un médecin psychopathe, des filles à moitié nues (si il y a un truc où Rodriguez est fort, c'est pour choisir ses actrices), des trucs gluants, du sang, du sang gluant et une intrigue bien foireuse qui surfe bien sur l'actualité (guerre d'Irak, armes bactériologiques, tout ça). Comme avec les autres films de Rodriguez, on commence par un moment de flottement parce qu'on n'arrive pas à se mettre tout de suite dans l'état d'esprit bizarre qu'il faut pour apprécier un film de Rodriguez, puis la sauce prend et c'est juste délectable.
On pensait être ravi de sa soirée, mais attention, car on enchaîne sur Death Proof (Quentin Tarantino, 2007) et le film qui à première vue de paye pas de mine est tout simplement un des meilleurs Tarantino que j'aie jamais vus. J'avoue que j'étais un peu sur ma faim depuis Pulp Fiction et Reservoir Dog. Tarantino est passé à quelque chose de différent, et je pensais devoir me résigner à regarder en boucle John Travolta danser avec Ema Truman, mais NON : bonheur absolut, Death Proof est clairement dans la veine de Pulp Fiction, malgré un scénario dix fois plus simple et un casting sans machine de guerre. Je peux vous le dire : je suis ravie, ravie de voir que Tarantino peut faire du neuf sans que je décroche. Je suis toujours une fan de Tarantino ! Cool !

The Iron Laidy (La dame de fer) (Phyllida Lloyd, 2011)

Rien d'extraordinaire, mais j'aime bien Meryl Streep. En plus, je la comprends quand elle parle (en anglais s'entend). J'ai trouvé le film bizarrement structuré et trop court. Thatcher était à peine au pouvoir qu'elle n'y était déjà plus. Étrange.

lundi, 19 mai 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Lolita lesen in Teheran (Lire Lolita à Téhéran), Azar Nafisi

J'en ai déjà parlé longuement la dernière fois. J'ai adoré, et je le conseille vivement à toute personne intéressée par la littérature et qui ne peut pas se lasser de lire des réflexions sur des grandes œuvres de la littérature mondiale. Les amoureux de Nabokov devraient être particulièrement servis.

La rêveuse d'Ostende, Eric-Emmanuel Schmitt

Pour une fois, un recueil de nouvelles qui me plaît bien. Surtout la première nouvelle qui donne son titre au recueil et qui est une perle.

Ulysse from Bagdad, Eric-Emmanuel Schmitt

L'homme lutte contre la peur mais, contrairement à ce qu'on répète toujours, cette peur n'est pas celle de la mort, car la peur de la mort, tout le monde ne l'éprouve pas, certains n'ayant aucune imagination, d'autres se croyant immortels, d'autres encore espérant des rencontres merveilleuses après leur trépas ; la seule peur universelle, la peur unique, celle qui conduit toutes nos pensées, c'est la peur de n'être rien. Parce que chaque individu a éprouvé ceci, ne fût-ce qu'une seconde au cours d'une journée : se rendre compte que, par nature, ne lui appartient aucune des identités qui le définissent, qu'il aurait pu ne pas être doté de ce qui le caractérise, qu'il s'en est fallu d'un cheveu qu'il naissent ailleurs, apprenne une autre langue, reçoive une éducation religieuse différente, qu'on l'élève dans une autre culture, qu'on l'instruise dans une autre idéologie, avec d'autres parents, d'autres tuteurs, d'autres modèles. Vertige !

Je commence à cerner ce que j'aime chez Eric-Emmanuel Schmitt : j'aime quand il parle de Dieu et de la vie, je reste complétement hermétique quand il parle d'amour. Il faut croire qu'on ne vit pas sur la même planète.

Le démarrage a été un peu difficile. J'ai du mal à lire du Eric-Emmanuel Schmitt et à bien vouloir me laisser persuader que c'est un sans-papier irakien qui parle. Mais comme il y a quelques années quand j'ai lu son Jésus, j'ai arrêté un moment ma lecture, signé mentalement notre pacte de lecture, et j'ai pu profiter du roman. Comme trois pages plus tard, le héro discute tranquillement de ses verrues avec le fantôme de son père, on se rend compte que de toutes manières, le réalisme n'était pas le but premier de l'auteur.

Eric-Emmanuel Schmitt parle assez peu d'amour dans ce roman, du coup j'ai bien pu apprécié. Le sujet est peu ordinaire, et particulièrement intéressant à (re)lire avec 6 ans de distance. Dans ce livre publié en 2008, on retrouve Kadafi avant les printemps arabes et on assiste impuissant au naufrage d'une barque de clandestins au large de Lampedusa. On ne peut pas dire qu'Eric-Emmanuel Schmitt était mal documenté. Le tout flottant dans des références constantes à l'épopée d'Ulysse (comme c'était le cas pour la rêveuse d'Ostende).

La tectonique des sentiments, Eric-Emmanuel Schmitt

Une pièce de théâtre qui parle d'amour d'amour et d'amour.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

ماهی سياه کوچولو (Le petit poisson noir), Samad Behrangi

Little Women, Alcott

Et après ?

Je continue Eric-Emmanuel Schmitt, je termine Amélie Nothomb et je pourrai passer à Simone de Beauvoir...

lundi, 28 avril 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces deux dernières semaines ?

Variations énigmatiques, Eric-Emmanuel Schmitt

Il me semble que c'est la dernière pièce de théâtre de Eric-Emmanuel Schmitt. Et à dire vrai, je n'ai pas été particulièrement emballée...

Un notaire peu ordinaire, Yves Ravey

Plantée dans la librairie de Bruxelles, j'avais passé en revue tous les livres qui m'intéressait. Aucun en stock. "Ah non, le bleu des abeilles, on l'a plus non plus, vous avez pas de chance !". Je cherchais dans les nouveautés une inspiration. Yves Ray vient de sortir La Fille de mon meilleur ami et ça m'a rappelé que j'avais entendu beaucoup de bien de l'avant-dernier. Alors va pour Un notaire peu ordinaire.

On ne peut en effet pas reprocher grand chose à Yves Ravey. Il a un style virtuose et très décalée. Au lieu d'imaginer une intrigue compliquée, il prend quelque chose de très simple, et le raconte de manière compliquée. Il parsème le roman de tas de petits indices, qui s'éclairent tout d'un coup par la révélation d'un fait capital qu'il énonce comme en passant. Limite si on l'aurait pas laissé passer. D'après ce que j'ai entendu sur son dernier livre, c'est d'ailleurs sa marque de fabrique. Du coup, ce nouveau roman me fait de l'oeil aussi.

Pour moi, le roman était un chouilla trop court (100 pages écrit gros, ça ne m'a même pas duré une journée). J'aime les romans à rallonge où j'ai le temps de connaître les persos comme mes meilleurs amis.

Avicenne ou La route d'Ispahan, Gilbert Sinoué

Toujours dans la librairie de Bruxelles, je cherchais. Voyons, y'avait bien ce livre, là, avec Ispahan dans le titre. Et ça se passait y'a plusieurs siècles...

Donc me voilà avec cette biographie romancée d'Avicenne, sans avoir la moindre idée de qui est ce type. Si jamais vous êtes aussi ignares que moi, sachez qu'Avicenne est à peu près aussi important pour la médecine qu'Hypocrate, mais version arabe. D'après ce que j'ai lu après, son encyclopédie des maladies (le Kanon) est encore un ouvrage de référence en fac de pharmacie. Il était aussi philosophe, musicien et ivrogne à ses heures, et de temps en temps aussi vizir.

J'ai trouvé encore plus passionnant la reconstitution historique de la Perse sous les dynasties Buyides. J'ai encore du mal avec toutes les dynasties du Moyen-Orient, mais j'essaye de m'y mettre, histoire de ne pas être aussi stupide la prochaine fois que je me trouverai dans une ruine d'un palais de Abbas le Grand...

(D'ailleurs, si vous connaissez un truc sur Cyrius le Grand (je veux dire, autre chose que la Bible) je prends !)

Un temps infini s'écoula. El-Jozjani bougea le premier.
- Je crois que c'est fini, dit-il d'une voix éteinte.
Le préposé au vestinaire déclara gravement :
- Si l'injustice n'est pas redressée, le taureau bougera à nouveau.
Le fils de Sina s'exclama :
- Qu'est-ce qu'un taureau vient faire dans un phénomène naturel ?
- Il n'y a rien de naturel dans les colères de la terre.
Ali lui lança un regard indulgent.
- Tu ignores sans doute les croyances de Raiy, expliqua le wakkad. Elles prennent leur origine dans la nuit des temps. Tu ne devrais pas en rire.
- Que dit l'histoire du taureau ? interrogea Jozjani.
- Elle dit que la terre repose sur l'une des cornes d'un immense taureau qui se tient lui-même sur un poisson, quelque part dans l'univers des Pléiades. Lorsqu'il y a trop d'injustice dans un coin du monde, le taureau se met en colère et fait basculer la terre d'une corne à l'autre. Le phénomène naturel dont parle ton ami se produit alors à l'endroit précis de la terre qui retombe sur la corne de l'animal. Voilà ce que dit la légende. Et nous savons que l'injustice règne sur notre ville.
- Que cherches-tu à insinuer ?
L'homme entrouvrit les lèvres pour répondre, mais se ravisa.

Le Bleu des Abeilles, Laura Alcoba

J'avais été touchée par le sujet du livre, par l'histoire dans l'Histoire de l'Argentine, cette petite fille qui vient vivre en France et de ce qu'elle dit de la langue française. (C'est aussi ce qui me donne envie de lire du Supervielle.) C'est très très joli.

J'ai aimé mon premier e muet comme tous ceux qui ont suivi. Mais c'est plus que ça, en vérité. Je crois que, tous autant qu'ils sont, je les admire. Parfois, il me semble même que les e muets m'émeuvent, au fond. Être à la fois indispensables et silencieuses : voilà quelque chose que les voyelles, en espagnol, ne peuvent pas faire, quelque chose qui leur échappera toujours. J'aime ces lettres muettes qui ne se laissent pas attraper par la voix, ou alors à peine. C'est un peu comme si elles ne montraient d'elles qu'une mèche de cheveux ou l'extrémité d'un orteil pour se dérober aussitôt. À peine aperçues, elles se tapissent dans l'ombre. À moins qu'elles ne se tiennent en ambuscade ? Même si je ne les entends pas, quand on m'adresse la parole, j'ai souvent l'impression de les voir. Et plus j'apprends le français, plus vite je les repère. Parfois, j'imagine que les voyelles muettes me voient aussi. De mieux en mieux, me semble-t-il, à mesure que j'avance, comme si elles avaient également appris à me connaître. Comme si, depuis leur cachette, elles avaient une attention pour moi - un regard, un geste, une manière de me rendre la pareille. J'aime nous imaginer dans cette communication silencieuse. J'en viens à me sentir en connivence avec l'orthographe française. Et j'adore ça.
Pourtant, la bibliothécaire est persuadée que ces
Fleurs bleues ne sont pas pour moi.
Surtout depuis que j'ai ouvert la bouche.
Malgré tous les efforts que je fais, malgré toutes les voyelles que j'arrive à glisser sous mon nez, et de mieux en mieux, me semble-t-il, en ce mois d'avril de l'année 1979, j'ai encore un accent. Un accent que je déteste toujours autant. Chaque fois que j'ouvre la bouche, avant même de parler, j'en ai déjà honte. Depuis que la bibliothécaire m'a entendue, sa voix est devenue mielleuse, elle s'est mise à me parler comme si j'étais soudain devenue toute petite ou comme si elle venait de découvrir que j'étais un peu idiote.
- Tu ne veux pas plutôt prendre une bande dessinée ? Un
Tintin, un Astérix ? Ou alors Le petit Nicolas, si tu tiens à lire un livre. Ça, c'est de ton âge. Tu as déjà lu Le petit Nicolas ?

Odette Toulemonde et autres histoires, Eric-Emmanuel Schmitt

Je n'ai pas été non plus paticulièrement convaincue par ces nouvelles. Sauf L'Intruse dans laquelle j'ai retrouvé beaucoup d'Oscar et la dame rose, ce mélange d'impossible et de très réel. Pour le reste, je les ai trouvées souvent tracées à trop gros traits.

Un an après son mariage qu'elle décrivit comme "le plus beau jour de sa vie", elle mit au monde un enfant qu'elle trouva laid et mou lorsqu'on le lui tendit. Antoine cependant le surnomma "Maxime" et "mon amour" ; elle s'astreignit à l'imiter ; dès lors, l'insupportable bout de chair pisseur, chieur et criard qui lui avait d'abord déchiré les entrailles devint pendant quelques années l'objet de toutes ses attentions. Une petite "Bérénice" le suivit, dont elle détesta d'emblée l'indécente touffe de cheveux, pour qui elle adopta pourtant le même comportement de mère modèle.

C'est un beau jour de pluie

Ma vie avec Mozart, Eric-Emmanuel Schmitt

Ce livre de Eric-Emmanuel Schmitt est livré avec un CD. Des extraits des opéras de Mozart, d'un concerto, etc. Le livre vous renvoie aux pistes qu'il faut au fur et à mesure. J'ai trouvé au départ que l'idée n'était pas particulièrement pratique. Je devais copier le cd sur mon mp3 avant de pouvoir le lire, trimballer tout ça avec moi... Pas très pratique, vraiment.

Puis, lorsque j'ai eu les larmes aux yeux en entendant l'air de la Comtesse, je me suis dit que finalement, c'était une bonne idée.

Son costume ne contribuait guère à la mettre à l'aise : on avait l'impression qu'en entrant elle s'était par mégarde enroulé les doubles rideaux autour d'elle, les étoffes lourdes et rèches, le tout composant un paquet qu'une ceinture terminait dans le dos en un noeud énorme, disproportionné ; moi, j'aurais pu me confectionner une barque avec ce noeud, un lit, une banquette...
Ses petites mains potelées, ses mouvements raides, son costume empesé, son fond de teint laqué, sa perruque figée aux boucles vernissées, chaque détail la transformait en une immense poupée pathétique.
- Merci, maintenant, on passe au chant, dit le metteur en scène épuisé.
La femme se mit à chanter.
Et là, subitement, tout bascula.

Soudain, la femme était devenue belle. De son étroite bouche sortait une voix claire, lumineuse qui remplissait l'immense théâtre aux fauteuils vides, montant jusqu'aux galeries obscures, planant au-dessus de nous, aérienne, portée par un souffle inépuisable.
Immobile, rayonnante, la cantatrice laissait son chant vibrer dans son corps muté sous nos yeux en instrument de chair. Ce qui donnait à son timbre cette rondeur, ce miel, c'était sa poitrine palpitante, ses épaules douces, ses joues molles, qui devait fournir des enfants aussi magnifiques que ses sons.
Le temps s'était arrêté.
En face de la femme la plus féminine qui soit, je demeurais fasciné, suspendu à son chant, me laissant envelopper par lui, rouler, retourner, emmener, caresser... Je n'étais plus que cette respiration, sa respiration, au plus près de ses lèvres, collé à ses hanches. Elle faisait de moi ce qu'elle voulait. Je consentais, heureux.

Eric-Emmanuel Schmitt met beaucoup de lui dans ce texte, c'est sans doute pour cela qu'il est si réussi. C'est tellement autobiographique que ça en est presque gênant. Il y a aussi toute sa philosophie, sur la vie, sur la littérature, et sur Mozart, ça va sans dire. Mais dans le fond, l'histoire n'est presque qu'un prétexte à écouter la musique de Mozart, qui est la vraie protagoniste de cette histoire (et non pas Mozart lui-même, bien qu'il en soit un peu question).

Moby Dick, Herman Melville

Enfin terminé !

L'avantage de ce grand classique dont on sait déjà trop avant même de le commencer, c'est que dans le fond, on ne sait pas très bien à l'avance comment ça finit. Est-ce que Moby Dick sera tué ? Ou est-ce le capitaine fou, Ahab, qui va mourir ? Ou les deux ? Je ne briserai pas le suspens.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

ماهی سياه کوچولو (Le petit poisson noir), Samad Behrangi

Ça y est ! Mon premier livre en farsi ! Je l'ai depuis longtemps mais je ne me suis réellement attelée à la tâche qu'il y a peu. Le livre est bilingue, j'ai donc la traduction en anglais pour m'aider. Et ma copine de tandem (sans qui je n'arriverais pas à grand chose). Il s'agit d'un grand classique de la littérature pour enfant, l'histoire d'un petite poisson qui part découvrir le monde. L'auteur, Samad Behrangi, a été assassiné par le régime (j'ai appris à l'occasion le verbe "assassiner" qui s'est révélé très utile dans mon séjour en Iran) pour ses écrits un peu trop pédagogiques.

Le petit poisson noir est un peu la version perse du Petit Prince.

Le petit poisson noir dit : "Arrête là, mère ! Il était mon ami !"
La mère déclara : "Je n'avais encore jamais entendu parler d'une amitié entre un poisson et un escargot."
Le petit poisson dit : "Moi non plus, je n'avais encore jamais entendu parler d'une inimitié entre poisson et escargot, vous autres vous êtes pourtant débarrassé de ce pauvre garçon."
La voisine déclara : "Ces choses dont tu parles appartiennent au passé."
Le petit poisson dit : "C'est vous-même qui avez commencé à parler de ces choses du passé."
Et sa mère déclara : "Ce n'est que justice que nous l'ayons tué ; as-tu donc oublié ce qu'il disait en tout lieu où il se trouvait ?"
Le petit poisson dit : "Alors tuez-moi aussi, car moi aussi je dis les mêmes choses."

(ma traduction)

Lolita lesen in Teheran (Lire Lolita à Téhéran), Azar Nafisi

J'ai longtemps cherché des romans sur la Perse antique et je n'en ai pas vraiment trouvé. Mais en chemin, j'ai rencontré ce bouquin qui parle du Téhéran actuel (enfin, plutôt des années 90 en fait) mais d'une manière un peu différente. Je ne sais pas bien pourquoi, mais en ce moment je n'ai pas vraiment envie de lire quelque chose sur l'Iran actuel. J'ai l'impression que la dictature ne se renouvelle pas beaucoup. Mais ce livre-là m'a donné envie.

L'auteure est une jeune professeur de littérature qui, après avoir démissionné de son université, a donné pendant deux ans des cours de littérature clandestins à sept de ses meilleures étudiantes. Dans ce roman, elle raconte cette expérience. Et c'est tout simplement magnifique. Parce que dans le fond, ça parle surtout de littérature, que Azar Nafisi a une conception très extrémiste de la littérature et qu'elle tisse des liens que les étudiantes et elle-même ont pu faire entre leur vie et ces livres qu'elles lisaient (et qu'elles lisaient au risque d'être emprisonnées, faut-il le préciser). Un tel amour de l'Art donne vraiment à réfléchir. Et nous alors ? Quand je pense que, nous autres étudiants, nous râlons quand le livre est trop cher, trop dur à commander dans la bonne édition, quand je pense que ces filles faisaient des photocopies des oeuvres interdites qu'elles devaient cacher. Et pour quoi ? Pour lire Les milles et une nuits (interdit en Iran - juste au cas où vous n'auriez pas encore bien compris que ce régime est complètement absurde), Emma Bovary ou - bien sûr - Lolita.

Azar Nafisi est une spécialiste de Nabokov (l'écrivain du totalitarisme s'il en est), et ce qu'elle décrypte dans Lolita n'est pas seulement génial, mais émouvant quand elle le relie à sa propre histoire.

Bref, je suis bluffée par ce roman, et je le recommande à n'importe quel amoureux de la littérature (qu'il s'intéresse à l'Iran ou pas).

Qu'est-ce que j'ai vu ces deux dernières semaines ?

Rien.

J'avais eu envie de profiter de mon passage sur Bruxelles pour aller un peu au ciné. Mais j'étais tellement creuvée par les conférences que j'ai préféré agoniser dans mon lit le soir après les frites.

Et après ?

J'essaye depuis des mois de me procurer le dernier Nothomb à la bibliothèque. Je vais bien finir par l'avoir. Sinon je continue dans mon intégrale Eric-Emmanuel Schmitt, et j'ai aussi Sinoué l'Egyptien sur ma table de nuit.