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lundi, 10 juillet 2017

La vidéo du mois de Juillet

Cette vidéo est cool, parce qu'en effet je me suis rendu compte que je n'avais jamais rien pigé à ces deux notions. Pas que je me réveille tous les matins en me demandant "mais au fait, comment ca se fait que l'entropie existe et que il y ait des êtres humains sur Terre ?", mais bon, on est content de se coucher moins bête le soir quand même, ca n'empêche rien.

Puis minutephysics fait VRAIMENT de chouettes vidéos, et cell-ci est sans doute une des mieux.

lundi, 03 juillet 2017

C'est Annecy...

Début juin avait lieu le festival international du film d'animation à Annecy. Comme je suis en plein semestre universitaire, je n'ai pu m'y rendre que quelques jours. Ca a été vraiment une très chouette expérience, dans une ambiance complètement différente de celle qui règne à la Berlinale. Le festival est très étudiant, et tout un tas de petits rituels de groupe ont court dès l'entrée en salle et avant le commencement du film. On reconnait à cela un public d'habitués, et celui ou celle qui découvrirait le festival sans être accompagné de quelqu'un pour lui expliquer serait un peu décontenancé pour sa premiére séance.

Pour ma part, j'étais guidée par un connaisseur, autant du festival que du cinéma d'animation. Je l'ai donc suivi les yeux fermés (enfin, juste assez ouverts pour voir les films quand même) à travers Annecy. Nous avons eu la chance d'avoir un temps magnifique, et de pouvoir profiter de la ville, flâner le long du lac, nous gaver de glaces. Bref, des vacances formidables, même si malheureusement trop courtes.

Je poursuis donc ici mon "c'est lundi" de la semaine dernière avec les longs métrages que j'ai vu pendant ces quelques jours, laissant de côté les court-métrages qui rendraient la liste trente fois plus longue.

Perfect Blue (Satoshi Kon, 1997)

Et pour commencer : un classique. Il s'agissait d'un autre long métrage de Satoshi Kon, dont j'ai présenté la semaine dernière le "Millenium actress", ce film étrange en hommage au cinéma japonais. Perfect Blues est de facture plus classique, il s'agit d'un thriller mettant en scène une jeune fille, qui souhaite mettre fin à sa carrière d'idol pour entamer une carrière d'actrice. On sent bien sûr dans le thème l'obsession de Satoshi Kon pour le cinéma... Les idols sont un phénomène très japonais : des groupes de très jeunes filles qui chantent de la musique pop très commerciale en dansant dans les tenues kitchissimes. Par conséquent, le changement de carrière est très clairement une manière de symboliser un passage à l'âge adulte d'une jeune fille.

La jeune héroine se retrouve soudain confrontée à toute une série d'humiliations. Elle n'est pas vraiment prise au sérieux, et la production va surtout mettre en avant son physique dans des scènes d'un goût douteux. En parallèle, une série de meutres ont lieu parmi les gens en contact avec elle. Tout cela s'accumule et la jeune fille commence à plonger doucement dans la folie.

L'intrigue est vraiment chouette, l'ambiance fait froid dans le dos, et Satoshi Kon a formidablement bien mis en scène la perte de repères de l'héroine. Le spectateur est lui aussi complétement perdu, c'est à peine si l'on arrive à faire le tri entre les scènes réelles, les rêves, et les scènes de tournage, à l'instar de l'héroine elle-même qui a de plus en plus de mal à séparer la fiction de la réalité (c'était déjà exactement le principe de Millenium actress, mais Perfect Blues donne quand même plus de clés pour comprendre une fois le film terminé ce qui s'est "vraiment" passé).

En ce qui concerne la technique d'animation, j'ai été vraiment émerveillée par la subtilité avec laquelle Satoshi Kon arrive à créer une impression de matérialité. Il y a plusieurs scènes de course-poursuite (on les voit passer très furtivement dans la bande-annonce) dans lesquelles la jeune héroine cours après une version virtuelle d'elle-même (ou l'inverse). Et bien qu'il s'agisse dans les deux cas exactement du même personnage dessiné de la même manière, l'animation arrive à donner à la "vraie" jeune fille quelque chose de bien plus corporel, elle est sans cesse en contact avec son environnement, on sent qu'elle pèse, que ses pieds reposent sur la terre. Cela mis en relation avec toute la thématique du corps, qui est à la fois son outil de travail en tant qu'actrice, mais aussi exploité et maltraité par l'industrie du cinéma, on sent que Satoshi Kon interroge vraiment la question du corps sur tous les plans. C'est une question cruciale au cinéma bien sûr, et avec des problématiques très particulières pour le cinéma d'animation. L'animation 3D, par exemple, est encore maintenant absolument incapable de donner l'impression que les corps pèsent quelque chose ou que deux corps se touchent. Tous les objets donnent l'air de flotter. L'animation 2D s'en sort un peu mieux, mais faire croire à l'existence physique d'un corps dessiné n'a rien de trivial.

Tehran Taboo (Ali Soozandeh, 2017)

Avec un titre pareil, bien entendu obligatoire dans notre programme.



Comme la bande-annonce le laisse deviner, le film brasse une bonne dizaines de problématiques très courantes en Iran : la drogue (un très très gros problème en Iran), la prostitution, l'obligation pour les femmes d'obtenir l'autorisation de leur mari pour travailler, etc, etc. Il y a aussi tout un tas de motifs récurrents des films iraniens, problématiques de la société absurde dans laquelle ils vivent (les toits recouverts d'antennes satellites alors qu'elles sont interdites, etc, etc.). On a affaire à un film choral avec plusieurs destins croisés (trois personnages principaux et tout un tas de secondaires qui tournent autour d'eux). Sans être très original, le scénario est bien ficelé et les intrications entre les personnages sont bien orchestrées. Je n'avais d'autre part jamais vu un film iranien aller aussi loin dans la représentation de la sexualité, et je suppose que l'animation permet cela. À part cela, l'animation ne semble avoir été choisie que parce qu'elle permet de combiner l'action et les décors de Téhéran (il aurait bien sûr été impossible de tourner le film sur place) et n'est pas vraiment exploitée sur d'autres aspects, mais elle donne quand m1eme une personalité singulière au film (qui par son ambiance et ses thèmes est assez proche de ce qui se fait de par ailleurs dans le cinéma iranien).

Big Fish & Begonia (Xuan Liang et Chun Zhang, 2016)

On a rarement l'habitude de voir des films d'animation chinois. J'espère sincèrement que celui-ci sortira dans les salles en France. Il me semble avoir tout ce qu'il faut pour trouver son public. On sent que les créateurs ont beaucoup regardé du côté des films de Miazaki, mais ils intégrent dans leur imaginaire tout plein de motifs chinois. Ca donne un très bel univers, avec plein de choses inhabituelles, mais dans lequel on ne sent pas trop perdu non plus.



Si je devais chercher la petite bête, je dirais que le film a quelques problèmes de rythme et traîne un peu en longueur sur la fin. L'animation est impecable, c'est très coloré. Je pense que c'est à portée de tout public capable de regarder un film qui parle de la mort (puisque toute l'histoire consiste pour l'héroine à essayer de faire revenir à la vie un jeune homme qui s'est noyé en la sauvant, quitte à donner sa propre vie pour cela, etc.). Mais encore faudrait-il pour cela que le film sorte en VF, bien sûr (même si, pour les adultes, je recommande la VO, parce que le chinois, c'est beau).

1917 - Der wahre Oktober (Katrin Rothe, 2017)

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Un documentaire d'animation sur la révolution russe. Il s'agissait de procéder à une reconstitution des évènements qui se sont déroulés entre l'abdication du tsar en février et l'arrivée au pouvoir des bolchéviques en octobre en se basant sur les témoignages de 4 artistes.

L'idée était louable (et part du constat qu'on oublie en général complètement que plusieurs mois ses sont passés entre les deux évènements), mais le film était très très bavard et je me suis complètement perdue dans l'avalanche de détails. J'aurais aimé qu'on dézoome un peu pour que je sache où on en est de la chronologie. L'inconvénient de se baser sur des témoignages, c'est que les protagonistes eux-mêmes n'ont qu'une vision très partielle des évènements et n'ont pas forcément des intuitions très pertinentes sur ce qui se passe. En définitive, j'ai surtout retenu que c'était grave le bazar, et que rien n'annoncait lors de l'abdication du tsar que les bolchéviques allaient devenir si importants dans cette révolution. Le style d'animation choisi (collages animés en stop-motion) est ludique mais un peu austère. Il est approprié pour un documentaire, mais n'aide pas vraiment à alléger le propos qui est d'autre part difficile à digérer.

Je ne garderai donc pas un super souvenir de ce documentaire. C'est dommage, parce que je pense que l'animation peut être une forme très intéressante à explorer pour le film documentaire.

A Silent Voice (Naoko Yamada, 2016)

Animé japonais de facture assez classique, très mignon, très coloré, sans trop de surprises du point de vue technique.

Son point fort est de toute évidence le sujet, puisqu'il s'agit de dépeindre des relations compliquées dans un groupe de collégiens qui deviennent de jeunes adultes et au milieu desquels évolue une jeune fille sourde. Au collège, la jeune sourde devient le bouc émissaire de sa classe. Le héro était un de ceux qui l'ont le plus malmenée, et développe en grandissant un fort sentiment de culpabilité. Il apprend la langue des signes et retrouve la jeune fille.

Le film donne lieu à tout une déclinaison de problématiques sur le thème de la communication, de l'incapacité d'entendre (et d'écouter) ou de parler. Des choses que l'on refuse d'entendre, que l'on ne demande pas, que l'on n'ose pas dire...

J'ai beaucoup aimé le thème, beaucoup aimé l'introduction du language des signes (certains signes sont si souvent répétés qu'ils ne sont plus traduits au bout d'un moment, c'est un petit détail qui me plaît), et de la voix très disgracieuse de la jeune fille (un effet de réalisme bienvenu). Le film a l'air d'avoir à coeur de sensibiliser son public au quotidien des personnes sourdes, mais sans que l'on ait l'impression à aucun moment que l'histoire n'est qu'un prétexte.
Les personnages sont sympathiques, on a des personnalités clairement définies, qui manquent peut-être un chouilla de nuances en dehors des deux personnages principaux.

Je suis un peu moins fan de la fin, qui en rajoute une couche sur le drama et s'étire un peu en longueur. Mais dans l'ensemble c'était un très chouette film, sans doute en priorité à destination d'un public ado.

The Man Who Knew 75 Languages (Anne Magnussen, 2016)

Il suffit de lire le titre pour savoir que j'étais un peu obligée d'aller voir ce film. Il s'agit en fait d'un biopic sur la vie de Georg Sauerwein, intellectuel amoureux des langues qui s'est engagé dans la défense des peuples minoritaires à parler leur langue maternelle.

Le biopic était intéressant pour découvrir la vie de cet homme à peu près oublié et pour se familiariser avec la problématique des langues "mineures", mais il passait un peu à côté du problème historique. Si Georg Sauerwein est tellement combattu en Allemagne à l'époque, c'est parce que l'on est en pleine montée des nationalismes, et que le combat pour l'indépendance - les détracteurs de Georg Sauerwein l'ont bien compris - passe dans beaucoup de cas par le renouveau d'une langue nationale. Prenez le cas de la Serbie, que je connais assez bien : c'est à cette époque que les intellectuels serbes commencent à faire une distinction entre le serbe et le croate, et à les définir comme deux langues distinctes. Et pendant ce temps, l'Autriche-Hongrie envoie des Croates taper sur les rebelles serbes. Je simplifie un peu les choses, mais vous voyez l'idée. Le combat de Georg Sauerwein est donc éminemment politique. Il est possible qu'il ne s'en soit pas rendu compte, je n'en sais rien, mais je trouve bizarre de ne pas thématiser cet aspect des choses, et de présenter les choses de maniére très manichéenne : le gentil Sauerwein qui aime les petites gens des villages de Lituanie et les méchants allemands bornés qui ne veulent rien entendre (on ne nous explique même pas vraiment pourquoi). Je pense qu'on aurait facilement pu montrer que l'essor du nationalisme était lui-même violent et intolérant parfois, et que ce n'était pas anodin de le soutenir.

Je ne suis pas non plus complétement fan de ce genre d'animation, mais cela donne un style de réalisme épuré au film, qui peut avoir son charme.

Bozzetto non troppo (Marco Bonfanti, 2016)

Oui bon, ben, désolée, pas moyen de trouver une bande-annonce avec des sous-titres pour ce film documentaire. Ca vous fera travailler votre italien.

Un film documentaire sur Bruno Bozzetto, un vieux de la vieille de l'animation. Personellement, je ne connaissais pas du tout, donc j'y suis allée à l'aveugle, mais c'était intéressant de découvrir comment il raconte ce qu'a été sa vie et sa carrière.

Zombillenium (Arthur de Pins et Alexis Ducord, 2017)

Formidablement sympa ce film d'animation francais, qui fait bien plaisir à voir. L'histoire est sympa (pour enfants, mais sympa), les graphismes super beau, l'univers est original, le doublage est su-per bien fait (c'est rare), on n'a pas l'impression qu'on nous prend pour des débiles, il y a des tas de petits clins d'oeil dans tous les sens. Les personnages sont malheureusement vraiment des archétypes pas très subtils, mais une fois qu'on a accepté qu'on est dans du film pour enfant à la Pixar, c'est plutôt un film à mettre dans le haut du panier.

Nous, on est sortis enchantés, à ce dire que c'était le film qui aurait notre vote parmi les films en compétition. Pas une fausse note de rythme, l'animation classique mais impeccable, et on a passé un super moment à bien rigoler.



Baron Prásil (Le Baron de Crac) (Karel Zeman, 1962)

J'ai rarement vu un film aussi complétement WTFesque que ce baron de Crac (qui ne s'appelle pas du tout Crac, pas plus que Munchausen, d'ailleurs, les traductions n'ont vraiment aucun sens). Le fait est que nous sommes accueillis sur la lune par Cyrano de Bergerac, ce qui est des plus réjouissant. Nous nous trouvons après cela dans le palais d'un sultan, après quelques calvalcades dans le ventre d'un poisson et après d'autres aventures dans un château en guerre. C'est la franche rigolade, mais on a un peu l'impression que les auteurs du film s'étaient drogués avant d'écrire le scénario.

Gandahar (René Laloux, 1988)

On clôt en beauté avec ce film d'animation étonnant des années 80. Certaines images du début du film me sont connues, mais je suis à peu près sûre de ne jamais avoir vu ce film. Après des heures de réflexion, l'hypothèse la plus probable est que ce film se trouvait sur une cassette sur laquelle était un autre film que je regardais régulièrement. Mais venons-en au film.

Je suis loin d'être une grande fan des univers fantastico-futuristes, mais dans le genre, ce film est une vraie perle. L'intrigue est complexe, un peu alambiquée mais pas trop tirée par les cheveux. J'ai bien aimé la fin (qui zieute un peu du côté de 2001 l'Odyssée de l'espace me semble-t-il, ou alors je suis juste monomaniaque), qui était moins basique que le film ne pouvait le laisser attendre. Des tas de problématiques sont abordées dans le film, pas toutes exploitées jusqu'au bout, mais qui font qu'on peut sans doute revoir le film plusieurs fois sans s'en lasser. L'animation a quelques défauts, et a un petit quelque chose de "francais", que je n'arrive pas à saisir. Le doublage est assez mauvais et les dialogues pas très naturels, mais l'univers visuel est sans doute plus important que l'histoire elle-même (mais si l'histoire est bien), des tas d'émotions sont véhiculées par les images.

On sent aussi dans le film le traumatisme de la deuxième guerre mondiale. Je ne vois aucun film de science-fiction où ce traumatisme est aussi sensible (en dehors des films d'anticipations très réalistes avec l'instauration d'une dictature, etc... ce n'est absoluement pas cet aspect-là qu'on retrouve dans Gandahar.

Je recommanderais le film en priorité à des amoureux de science-fiction, à ceux qui aiment les univers à la Moebius et les héros très héroique. Ou alors à des gens très curieux qui auraient envie de voir quelque chose de vraiment inhabituel.