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lundi, 08 septembre 2014

C'est lundi...

J'ai oublié en chemin la dernière fois
La Fameuse Fusée, Oscar Wilde
Très très drôle.

— Mon père était fusée comme moi et d’extraction française. Il volait si haut que l’on craignait de ne pas le voir redescendre. Il redescendait, cependant, parce qu’il était d’une excellente constitution et il fit une très brillante chute en une pluie d’étincelles d’or. Les journaux s’exprimèrent à son sujet en termes très flatteurs et même la Gazette de la cour dit de lui qu’il marquait le triomphe de l’art pylotechnique.
— Pyrotechnique, c’est pyrotechnique que vous voulez dire, intervint le feu de bengale. Je sais que c’est pyrotechnique, parce que j’ai vu le mot écrit sur ma boîte de fer-blanc.
— Ma foi, je dis pylotechnique, répliqua la fusée sur un ton de voix sévère.
Et le feu de bengale en fut si anéanti qu’il commença aussitôt à malmener les petits pétards pour montrer qu’il était, lui aussi, une personne de quelque importance.
— Je disais… continua la fusée… — Je disais… Qu’est-ce que je disais ?
— Vous parliez de vous, reprit la chandelle romaine.
— Naturellement. Je sais que je discourais sur quelque intéressant sujet quand j’ai été si grossièrement interrompue. Je déteste la grossièreté et les mauvaises manières de toute espèce, car je suis extrêmement sensible. Nul au monde n’est aussi sensible que moi, j’en suis certaine.
— Qu’est-ce qu’une personne sensible ? dit le marron à la chandelle romaine.
— Une personne qui, parce qu’elle a des cors, marche toujours sur les orteils des autres, répondit la chandelle dans un faible murmure.
Et le marron éclata presque de rire.
— Pardon ! De quoi riez-vous ? demanda la fusée. Je ne ris pas.

La Pauvre Lise, Nikolaï Mikhaïlovitch Karamzine

Han d'Islande, Victor Hugo

Je ne comprends juste pas qu'il n'existe pas des centaines de versions différentes de l'histoire de Han d'Islande. Le sujet est tellement riche, vraiment fascinant. Ce serait peu que de dire que j'ai été captivé par ma lecture : j'en ai même rêvé la nuit. Je me suis retrouvée en compagnie d'Ordener et de Han sur le banc des accusés. J'étais terrorisée de ce qui allait nous arriver.
De toutes manière, je suis complètement réconciliée avec Victor Hugo depuis que j'ai écouté cette conférence de Henri Guillemin (ce type a beaucoup trop d'influence sur moi, ça commence à devenir inquiétant).

Qu'est-ce que j'ai lu ces 3 dernières semaines ?

Psychologie de la motivation, Paul Diel

Video Girl Ai, Masakazu Katsura

J'avais adoré A''s, du même Masakazu Katsura. Mais à en croire le premier volume de Video Girl Ai, il s'agit de persos qui ressemblent trait pour trait à ceux de A''s, avec une histoire plus tirée par les cheveux et plus agaçante. Je laisse donc tomber.

Les deux Messieurs de Bruxelles, Eric-Emmanuel Schmitt

Eric-Emmanuel Schmitt fait de la littérature pleine de bon sentiments et le revendique. Il n'empêche, j'ai souvent sourit d'attendrissement de très bon cœur dans ces jolies nouvelles, qui sont à la hauteur de celles de Concerto pour un ange.

Même affamé, Argos attendait lorsque je mastiquais mon pain. Un homme m'aurait sauté dessus ; lui, il patientait avec confiance, certain que je lui donnerais un morceau. Pourtant, je n'aurais cédé ma part à personne ! Son estime me rendait bon. Si les hommes ont la naiveté de croire en Dieu, les chiens ont la naïveté de croire en l'homme. Sous le regard d'Argos, j'allais peut-être m'humaniser.

La femme au miroir, Eric-Emmanuel Schmitt

ENFIN ! Je savais qu'il ne fallait pas perdre courage et qu'Eric-Emmanuel Schmitt allait à nouveau faire quelque chose de vraiment vraiment bien. Mon assiduité n'a pas été vaine. J'ai découvert Anne de Bruges et je suis comblée. Il me semble qu'Eric-Emmanuel Schmitt a été dans ce livre beaucoup plus loin que d'habitude (et il parle de foi, ce qui lui réussit beaucoup).

Mémoires d'une jeune fille rangée, Simone de Beauvoir

Je relis ce premier livre de mémoires pour la deuxième (la troisième ? déjà la dernière fois j'avais une impression de "déjà lu"). Je ne sais pas exactement pourquoi Winnie disais que ce livre avait été écrit pour moi, mais c'est en effet un bouleversement à chaque fois. Pourtant, je n'ai pas l'impression d'avoir grandi dans un milieu petit-bourgeois étriqué ni qu'on ait jamais essayé de m'emprisonner dans des conventions sociales. Je ne suis même pas une grande lectrice de Simone de Beauvoir.
Non, je ne sais pas pourquoi, mais il y a une lucidité et une force de vie qui me touchent beaucoup dans ces Mémoires d'une jeune fille rangée. A relire sans modération. 

Paradoxalement, ce fut une lecture licite qui me précipita dans les affres de la trahison. J'avais expliqué en classe Silas Marner. Avant de partir en vacances, ma mère m'acheta Adam Bede. Assise sous les peupliers du "parc paysage", je suivis pendant plusieurs jours avec patience le déroulement d'une lente histoire, un peu fade. Soudain, à la suite d'une promenade dans un bois, l’héroïne - qui n'était pas mariée - se trouvait enceinte. Mon cœur se mit à battre à grands coups : pourvu que maman ne lise pas ce livre ! Car elle saurait que je savais : je ne pouvais pas supporter cette idée. Je ne redoutais pas une réprimande. J'étais irréprochable. Mais j'avais une peur panique de ce qui se passerait dans sa tête. Peut-être se croirait-elle obligée d'avoir une conversation avec moi : cette perspective m'épouvantait parce que, au silence qu'elle avait toujours gardé sur ces problèmes, je mesurais sa répugnance à les aborder. Pour moi, l'existence des filles-mères était un fait objectif qui ne m'incommodait pas plus que celle des antipodes : mais la connaissance que j'en avais deviendrait, à travers la conscience de ma mère, un scandale qui nous souillerait toutes deux.

Masculin/Féminin, La pensée de la différence, Françoise Héritier.

Pour entrecouper les différentes parties des mémoires de Simone de Beauvoir, et comme j'ai déjà lu le Deuxième Sexe, quoi de mieux que de lire (enfin !) Françoise Héritier, successeure de Levi Strauss (love love love), qui parle de la différence masculin/féminin d'un point de vue anthropologique. Elle analyse en détail les schémas d'alliance attestés : tous les schéma potentiels n'ont pas été réalisés, et cet inventaire montre souvent un déséquilibre en "défaveur" du féminin. Elle étudie non seulement l'alliance, mais aussi la stérilité, le changement de genre (à défaut de changement de sexe), la différence entre géniteur et père, etc. Son fil rouge est en effet de montrer que les grands bouleversements auxquels nous avons du mal à nous adapter (mère porteuse, don de sperme, etc) sont loin d'être des nouveautés à l'échelle de l'Humanité (en gros, ils ne sont pas ancrés dans notre culture propre, mais ils ne sont pas non-humains). C'est en tout cas ce que j'en ai compris.

Pour ma part, je cherchais plutôt à comprendre d'où vient cette différence systématique entre masculin et féminin. Je pense que le deuxième tome se penchera plus sur la question, mais j'ai déjà trouvé cet élément de réponse très intéressant : quand l'homme perd son sang, il agit (il chasse, guerroie, prend des risques), alors que lorsque la femme perd son sang, elle est passive (elle ne peut rien faire pour empêcher d'avoir ses règles). D'ailleurs, la femme stérile ou ménopausée obtient dans certaines sociétés un statut masculin.
Ce serait un peu réducteur de dire que c'est LA réponse que donne Françoise Héritier. C'est plutôt celle qui m'a frappée et assez convaincue.

Nous avons vu que chez les Samo, comme dans bien d'autres sociétés de l'Ouest africain, une jeune fille qui avait été accordée en mariage légitime dans sa très petite enfance par les hommes de son lignage était remise à son mari après avoir accouché de son premier enfant [...]. Mais ce premier enfant, dont le mari était le père socialement reconnu, était en fait né des œuvres d'un autre homme, partenaire prénuptial choisi par la jeune fille elle-même ou par sa mère, mieux accordé avec elle en âge et surtout en inclination mutuelle que le mari légitime.
Les jeunes gens avaient de manière tout à fait licite et ouverte cohabité ensemble, de nuit seulement, après que le père de la jeune fille avait accompli pour elle le sacrifice de la puberté sans lequel elle n'aurait pu avoir accès aux relations sexuelles sous peine de sanction immanentes (elle aurait dépéri).
Ces rapports amoureux prénuptiaux cessent à la naissance du premier enfant, quand l'épouse rejoint le mari, père social de l'enfant, au bout de trois ans si cette union reste stérile.
Ainsi, sauf dans ce cas précis où au bout de trois ans l'épouse est remise au mari même sans avoir enfanté, un homme peut avoir au moins autant d'enfants qu'il a d'épouses légitimes, à condition qu'ils vivent.

La force de l'âge, Simone de Beauvoir

Cette fois-ci, je découvrais la suite des mémoires de Simone de Beauvoir. J'ai beaucoup apprécié encore. Ça me fait vraiemnt très étrange de fréquenter d'aussi près Sartre, de le voir aller acheter des fruits, faire du vélo sous la pluie et avoir une crise de foie. Mis à part ce côté perturbant, j'apprécie énormément de côtoyer de si près Nizan, Picasso, Cocteau...
La lucidité de Beauvoir sur elle-même m'étonne toujours autant. Je suis très sensible à ce déchirement intérieur entre la supériorité qu'elle accorde les yeux fermés à Sartre et la nécessité vitale pour elle de "ne pas se trahir".

Je m'émus bien davantage l'après-midi où j'étais convenue que nous visiterions le British Museum et où il me dit tranquillement qu'il n'en avait aucune envie : rien ne m'empêchait, ajouta-il, d'y aller seule. C'est ce que je fis. Mais je me promenai sans entrain parmi les bas-reliefs, les statues, les momies ; il m'avait paru si important de voir ces choses : ne l'était-ce pas ? Je refusais de penser que dans mes volontés à moi il entrât du caprice : elles se fondaient sur des valeurs, elles reflétaient des impératifs que je tenais pour absolus. Misant moins que Sartre sur la littérature, j'avais davantage besoin d'introduire de la nécessité dans ma vie ; mais alors il fallait qu'il adhérât à mes décisions comme à d'aveuglantes évidences ; sinon ma curiosité, mon avidité devenaient de simples traits de caractère, peut-être même des travers : je n'obéissais plus à un mandat.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Night and Day (Nuit et jour), Virginia Woolf


Ce Virgina Woolf, de facture trop classique, n'est pas considéré comme une de ses œuvres majeures. Mais une facture classique, c'est exactement ce qu'il me faut pour une écoute en VO. Et effectivement, je sais à peu près à quoi m'attendre d'un chapitre sur l'autre. On est dans des salons, on boit du thé. L'écriture est extrêmement agréable, je prends un plaisir fou à écouter ce roman et je rigole même beaucoup. J'aime beaucoup l'humour et le ton.

Mrs. Hilbery would have been perfectly well able to sustain herself if the world had been what the world is not. She was beautifully adapted for life in another planet.

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