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lundi, 07 juillet 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces trois dernières semaines ?

Caprice de la Reine, Jean Echenoz

Vous remarquerez que je n'ai jamais autant lu d'actualité littéraire que cette année.
Je n'ai à part ça pas grand chose à raconter sur ce recueil de nouvelles.

Concerto à la mémoire d'un ange, Eric-Emmanuel Schmitt

Si on peut ne pas croire aux saints de l'Église catholique, il faut néanmoins reconnaître que cette appellation contrôlée n'a pas été attribuée aux personnes les plus mauvaises.

Sainte Rita est le leitmotiv de ce recueil de nouvelles, quatre nouvelles qui tournent autour de la rédemption. La rédemption est-elle possible lorsque l'on est un cas désespéré ?

J'ai été vraiment prise dès la deuxième nouvelle. Eric-Emmanuel Schmitt a tendance à faire des histoires à message. Ca me gène parfois un peu, pour peu que l'alchimie ne prenne pas. Mais c'est sans doute la raison pour laquelle il préfére se tourner vers des formes relativement courtes. Il s'agit seulement d'exposer l'idée et de laisser le lecteur écrire l'autre moitié (référence à Voltaire qu'il reprend dans son journal d'écriture, ajouté à la fin du recueil). C'est sans aucun doute par grosse paresse intellectuelle que je me prends souvent à souhaiter qu'il ait écrit cette deuxième moitié à ma place...

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Die Brücke vom goldenen Horn (Le pont de la Corne d'Or), Emine Sevgi Özdamar

"Un dimanche sanglant". Lorsque dans les journaux suivirent les titres de "Un mercredi sanglant" ou "Un lundi sanglant", beaucoup d'ètudiants de gauche quittèrent le parti des travailleurs, fondèrent Dev Genç (Jeunesse Géante) et s'armèrent : "Nous n'atteindront l'indépendance de notre peuple qu'à travers le combat armé." Ils se costumèrent comme les grands combattants de ce monde : lunettes à la Trotzki, vestes Mao, vestes, Lenin, vestes Stalin, barbes à la Che Guevara, barbes à la Castro et leur langue se subdivisa en de nouvelles langues. Il y eut de nouveaux journaux de gauche, j'achetais tous ces journaux et lisais longtemps dans les toilettes pour apprendre ces nouvelles langues.

(ma traduction)

1968 est un thème toujours intéressant. Toujours et pour tous les pays. 1968 en Turquie n'y fait pas exception. Dans le court texte que j'ai traduit, on devine les prémisse des mouvements terroristes de gauche des années 70.

1968, c'est comme une adolescence de l'Histoire. On ne pourra jamais le revivre en 2014, nous sommes devenus beaucoup trop ciniques. Et puis, justement, la Bande à Baader est passé par là, plus personne ne peut croire au communisme, surtout depuis que Robert Hue n'est plus candidat aux présidentielles.

Il faudrait peut-être préciser que le pont de la Corne d'Or est le pont reliant la partie européenne et la partie asiatique de la ville d'Istanbul, où retourne vivre la narratrice dans la deuxième partie du roman, et que cette deuxième partie est magnifique. Il faudrait aussi préciser que la première partie du roman relate les années passées à Berlin par cette même narratrice, et qu'elle est magnifique aussi. À Berlin, elle apprendra par coeur les titres des journaux allemands qu'elle ne comprend pas encore. Autant dire que les journaux sont omniprésents dans son roman, la vie entière de la narratrice est parcourue de ces titres et illustrations de journaux.

Je ne sais pas si on peut parler d'écriture blanche pour qualifier l'écriture d'Emine Sevgi Özdamar, mais ça doit bien être quelque chose comme ça. C'est un style magnifique d'ailleurs, de quelqu'un qui connaît l langue dans ses moindres recoins, un style qui oscille entre une précision hyperréaliste des détails et des situations d'une absurdité telle qu'on comprend bien que Emine Sevgi Özdamar veut nous faire comprendre que tout cela, le socialisme, les révoltes étudiantes, le communisme, Brecht, Marx, n'était qu'un grand malentendu mondial.

Je recommande chaudement le livre en hiver comme en été, en espérant que la traduction disponible soit à la hauteur de la VO.

Dans ces mêmes jours arriva de Barcelone une carte postale de Jordi. Sur la carte, je voyais une jolie place pleine de cafés, de chaises et de tourterelles. Jordi me disait qu'il levait son verre à mes beaux yeux et m'envoyais ses salutations. Je regardais longtemps la carte, m'étonnais que sous le régime fasciste de Franco, il y eut en Espagne une si jolie place, qu'il y eut des chaises dans les cafés et que des tourterelles se promenâssent devant elles et que Jordi puisse lever et boire un verre à mes beaux yeux. Je m'étonnais qu'un homme de gauche comme Jordi puisse aller en toute légalité à la poste, acheter un timbre et envoyer une carte à l'étranger. Aussi, je lu la carte en secret, afin qu'en Espagne il n'eut aucun problème avec la police. Sur une carte, j'écrivis deux phrases de Lorca : "Vert comme je t'aime, vert. Le vent plus vert et les branches plus vertes." et la jetai dans la mer avec l'adresse de Jordi. La mer la lui apporterait. La carte de Jordi me rendit si heureuse que je recevai des décharges électriques chaque fois que je touchais un objet.

Commentaires

Je vous vante pour votre article. c'est un vrai œuvre d'écriture. Poursuivez .

Écrit par : auto ecole neuilly | dimanche, 20 juillet 2014

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