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lundi, 28 avril 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces deux dernières semaines ?

Variations énigmatiques, Eric-Emmanuel Schmitt

Il me semble que c'est la dernière pièce de théâtre de Eric-Emmanuel Schmitt. Et à dire vrai, je n'ai pas été particulièrement emballée...

Un notaire peu ordinaire, Yves Ravey

Plantée dans la librairie de Bruxelles, j'avais passé en revue tous les livres qui m'intéressait. Aucun en stock. "Ah non, le bleu des abeilles, on l'a plus non plus, vous avez pas de chance !". Je cherchais dans les nouveautés une inspiration. Yves Ray vient de sortir La Fille de mon meilleur ami et ça m'a rappelé que j'avais entendu beaucoup de bien de l'avant-dernier. Alors va pour Un notaire peu ordinaire.

On ne peut en effet pas reprocher grand chose à Yves Ravey. Il a un style virtuose et très décalée. Au lieu d'imaginer une intrigue compliquée, il prend quelque chose de très simple, et le raconte de manière compliquée. Il parsème le roman de tas de petits indices, qui s'éclairent tout d'un coup par la révélation d'un fait capital qu'il énonce comme en passant. Limite si on l'aurait pas laissé passer. D'après ce que j'ai entendu sur son dernier livre, c'est d'ailleurs sa marque de fabrique. Du coup, ce nouveau roman me fait de l'oeil aussi.

Pour moi, le roman était un chouilla trop court (100 pages écrit gros, ça ne m'a même pas duré une journée). J'aime les romans à rallonge où j'ai le temps de connaître les persos comme mes meilleurs amis.

Avicenne ou La route d'Ispahan, Gilbert Sinoué

Toujours dans la librairie de Bruxelles, je cherchais. Voyons, y'avait bien ce livre, là, avec Ispahan dans le titre. Et ça se passait y'a plusieurs siècles...

Donc me voilà avec cette biographie romancée d'Avicenne, sans avoir la moindre idée de qui est ce type. Si jamais vous êtes aussi ignares que moi, sachez qu'Avicenne est à peu près aussi important pour la médecine qu'Hypocrate, mais version arabe. D'après ce que j'ai lu après, son encyclopédie des maladies (le Kanon) est encore un ouvrage de référence en fac de pharmacie. Il était aussi philosophe, musicien et ivrogne à ses heures, et de temps en temps aussi vizir.

J'ai trouvé encore plus passionnant la reconstitution historique de la Perse sous les dynasties Buyides. J'ai encore du mal avec toutes les dynasties du Moyen-Orient, mais j'essaye de m'y mettre, histoire de ne pas être aussi stupide la prochaine fois que je me trouverai dans une ruine d'un palais de Abbas le Grand...

(D'ailleurs, si vous connaissez un truc sur Cyrius le Grand (je veux dire, autre chose que la Bible) je prends !)

Un temps infini s'écoula. El-Jozjani bougea le premier.
- Je crois que c'est fini, dit-il d'une voix éteinte.
Le préposé au vestinaire déclara gravement :
- Si l'injustice n'est pas redressée, le taureau bougera à nouveau.
Le fils de Sina s'exclama :
- Qu'est-ce qu'un taureau vient faire dans un phénomène naturel ?
- Il n'y a rien de naturel dans les colères de la terre.
Ali lui lança un regard indulgent.
- Tu ignores sans doute les croyances de Raiy, expliqua le wakkad. Elles prennent leur origine dans la nuit des temps. Tu ne devrais pas en rire.
- Que dit l'histoire du taureau ? interrogea Jozjani.
- Elle dit que la terre repose sur l'une des cornes d'un immense taureau qui se tient lui-même sur un poisson, quelque part dans l'univers des Pléiades. Lorsqu'il y a trop d'injustice dans un coin du monde, le taureau se met en colère et fait basculer la terre d'une corne à l'autre. Le phénomène naturel dont parle ton ami se produit alors à l'endroit précis de la terre qui retombe sur la corne de l'animal. Voilà ce que dit la légende. Et nous savons que l'injustice règne sur notre ville.
- Que cherches-tu à insinuer ?
L'homme entrouvrit les lèvres pour répondre, mais se ravisa.

Le Bleu des Abeilles, Laura Alcoba

J'avais été touchée par le sujet du livre, par l'histoire dans l'Histoire de l'Argentine, cette petite fille qui vient vivre en France et de ce qu'elle dit de la langue française. (C'est aussi ce qui me donne envie de lire du Supervielle.) C'est très très joli.

J'ai aimé mon premier e muet comme tous ceux qui ont suivi. Mais c'est plus que ça, en vérité. Je crois que, tous autant qu'ils sont, je les admire. Parfois, il me semble même que les e muets m'émeuvent, au fond. Être à la fois indispensables et silencieuses : voilà quelque chose que les voyelles, en espagnol, ne peuvent pas faire, quelque chose qui leur échappera toujours. J'aime ces lettres muettes qui ne se laissent pas attraper par la voix, ou alors à peine. C'est un peu comme si elles ne montraient d'elles qu'une mèche de cheveux ou l'extrémité d'un orteil pour se dérober aussitôt. À peine aperçues, elles se tapissent dans l'ombre. À moins qu'elles ne se tiennent en ambuscade ? Même si je ne les entends pas, quand on m'adresse la parole, j'ai souvent l'impression de les voir. Et plus j'apprends le français, plus vite je les repère. Parfois, j'imagine que les voyelles muettes me voient aussi. De mieux en mieux, me semble-t-il, à mesure que j'avance, comme si elles avaient également appris à me connaître. Comme si, depuis leur cachette, elles avaient une attention pour moi - un regard, un geste, une manière de me rendre la pareille. J'aime nous imaginer dans cette communication silencieuse. J'en viens à me sentir en connivence avec l'orthographe française. Et j'adore ça.
Pourtant, la bibliothécaire est persuadée que ces
Fleurs bleues ne sont pas pour moi.
Surtout depuis que j'ai ouvert la bouche.
Malgré tous les efforts que je fais, malgré toutes les voyelles que j'arrive à glisser sous mon nez, et de mieux en mieux, me semble-t-il, en ce mois d'avril de l'année 1979, j'ai encore un accent. Un accent que je déteste toujours autant. Chaque fois que j'ouvre la bouche, avant même de parler, j'en ai déjà honte. Depuis que la bibliothécaire m'a entendue, sa voix est devenue mielleuse, elle s'est mise à me parler comme si j'étais soudain devenue toute petite ou comme si elle venait de découvrir que j'étais un peu idiote.
- Tu ne veux pas plutôt prendre une bande dessinée ? Un
Tintin, un Astérix ? Ou alors Le petit Nicolas, si tu tiens à lire un livre. Ça, c'est de ton âge. Tu as déjà lu Le petit Nicolas ?

Odette Toulemonde et autres histoires, Eric-Emmanuel Schmitt

Je n'ai pas été non plus paticulièrement convaincue par ces nouvelles. Sauf L'Intruse dans laquelle j'ai retrouvé beaucoup d'Oscar et la dame rose, ce mélange d'impossible et de très réel. Pour le reste, je les ai trouvées souvent tracées à trop gros traits.

Un an après son mariage qu'elle décrivit comme "le plus beau jour de sa vie", elle mit au monde un enfant qu'elle trouva laid et mou lorsqu'on le lui tendit. Antoine cependant le surnomma "Maxime" et "mon amour" ; elle s'astreignit à l'imiter ; dès lors, l'insupportable bout de chair pisseur, chieur et criard qui lui avait d'abord déchiré les entrailles devint pendant quelques années l'objet de toutes ses attentions. Une petite "Bérénice" le suivit, dont elle détesta d'emblée l'indécente touffe de cheveux, pour qui elle adopta pourtant le même comportement de mère modèle.

C'est un beau jour de pluie

Ma vie avec Mozart, Eric-Emmanuel Schmitt

Ce livre de Eric-Emmanuel Schmitt est livré avec un CD. Des extraits des opéras de Mozart, d'un concerto, etc. Le livre vous renvoie aux pistes qu'il faut au fur et à mesure. J'ai trouvé au départ que l'idée n'était pas particulièrement pratique. Je devais copier le cd sur mon mp3 avant de pouvoir le lire, trimballer tout ça avec moi... Pas très pratique, vraiment.

Puis, lorsque j'ai eu les larmes aux yeux en entendant l'air de la Comtesse, je me suis dit que finalement, c'était une bonne idée.

Son costume ne contribuait guère à la mettre à l'aise : on avait l'impression qu'en entrant elle s'était par mégarde enroulé les doubles rideaux autour d'elle, les étoffes lourdes et rèches, le tout composant un paquet qu'une ceinture terminait dans le dos en un noeud énorme, disproportionné ; moi, j'aurais pu me confectionner une barque avec ce noeud, un lit, une banquette...
Ses petites mains potelées, ses mouvements raides, son costume empesé, son fond de teint laqué, sa perruque figée aux boucles vernissées, chaque détail la transformait en une immense poupée pathétique.
- Merci, maintenant, on passe au chant, dit le metteur en scène épuisé.
La femme se mit à chanter.
Et là, subitement, tout bascula.

Soudain, la femme était devenue belle. De son étroite bouche sortait une voix claire, lumineuse qui remplissait l'immense théâtre aux fauteuils vides, montant jusqu'aux galeries obscures, planant au-dessus de nous, aérienne, portée par un souffle inépuisable.
Immobile, rayonnante, la cantatrice laissait son chant vibrer dans son corps muté sous nos yeux en instrument de chair. Ce qui donnait à son timbre cette rondeur, ce miel, c'était sa poitrine palpitante, ses épaules douces, ses joues molles, qui devait fournir des enfants aussi magnifiques que ses sons.
Le temps s'était arrêté.
En face de la femme la plus féminine qui soit, je demeurais fasciné, suspendu à son chant, me laissant envelopper par lui, rouler, retourner, emmener, caresser... Je n'étais plus que cette respiration, sa respiration, au plus près de ses lèvres, collé à ses hanches. Elle faisait de moi ce qu'elle voulait. Je consentais, heureux.

Eric-Emmanuel Schmitt met beaucoup de lui dans ce texte, c'est sans doute pour cela qu'il est si réussi. C'est tellement autobiographique que ça en est presque gênant. Il y a aussi toute sa philosophie, sur la vie, sur la littérature, et sur Mozart, ça va sans dire. Mais dans le fond, l'histoire n'est presque qu'un prétexte à écouter la musique de Mozart, qui est la vraie protagoniste de cette histoire (et non pas Mozart lui-même, bien qu'il en soit un peu question).

Moby Dick, Herman Melville

Enfin terminé !

L'avantage de ce grand classique dont on sait déjà trop avant même de le commencer, c'est que dans le fond, on ne sait pas très bien à l'avance comment ça finit. Est-ce que Moby Dick sera tué ? Ou est-ce le capitaine fou, Ahab, qui va mourir ? Ou les deux ? Je ne briserai pas le suspens.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

ماهی سياه کوچولو (Le petit poisson noir), Samad Behrangi

Ça y est ! Mon premier livre en farsi ! Je l'ai depuis longtemps mais je ne me suis réellement attelée à la tâche qu'il y a peu. Le livre est bilingue, j'ai donc la traduction en anglais pour m'aider. Et ma copine de tandem (sans qui je n'arriverais pas à grand chose). Il s'agit d'un grand classique de la littérature pour enfant, l'histoire d'un petite poisson qui part découvrir le monde. L'auteur, Samad Behrangi, a été assassiné par le régime (j'ai appris à l'occasion le verbe "assassiner" qui s'est révélé très utile dans mon séjour en Iran) pour ses écrits un peu trop pédagogiques.

Le petit poisson noir est un peu la version perse du Petit Prince.

Le petit poisson noir dit : "Arrête là, mère ! Il était mon ami !"
La mère déclara : "Je n'avais encore jamais entendu parler d'une amitié entre un poisson et un escargot."
Le petit poisson dit : "Moi non plus, je n'avais encore jamais entendu parler d'une inimitié entre poisson et escargot, vous autres vous êtes pourtant débarrassé de ce pauvre garçon."
La voisine déclara : "Ces choses dont tu parles appartiennent au passé."
Le petit poisson dit : "C'est vous-même qui avez commencé à parler de ces choses du passé."
Et sa mère déclara : "Ce n'est que justice que nous l'ayons tué ; as-tu donc oublié ce qu'il disait en tout lieu où il se trouvait ?"
Le petit poisson dit : "Alors tuez-moi aussi, car moi aussi je dis les mêmes choses."

(ma traduction)

Lolita lesen in Teheran (Lire Lolita à Téhéran), Azar Nafisi

J'ai longtemps cherché des romans sur la Perse antique et je n'en ai pas vraiment trouvé. Mais en chemin, j'ai rencontré ce bouquin qui parle du Téhéran actuel (enfin, plutôt des années 90 en fait) mais d'une manière un peu différente. Je ne sais pas bien pourquoi, mais en ce moment je n'ai pas vraiment envie de lire quelque chose sur l'Iran actuel. J'ai l'impression que la dictature ne se renouvelle pas beaucoup. Mais ce livre-là m'a donné envie.

L'auteure est une jeune professeur de littérature qui, après avoir démissionné de son université, a donné pendant deux ans des cours de littérature clandestins à sept de ses meilleures étudiantes. Dans ce roman, elle raconte cette expérience. Et c'est tout simplement magnifique. Parce que dans le fond, ça parle surtout de littérature, que Azar Nafisi a une conception très extrémiste de la littérature et qu'elle tisse des liens que les étudiantes et elle-même ont pu faire entre leur vie et ces livres qu'elles lisaient (et qu'elles lisaient au risque d'être emprisonnées, faut-il le préciser). Un tel amour de l'Art donne vraiment à réfléchir. Et nous alors ? Quand je pense que, nous autres étudiants, nous râlons quand le livre est trop cher, trop dur à commander dans la bonne édition, quand je pense que ces filles faisaient des photocopies des oeuvres interdites qu'elles devaient cacher. Et pour quoi ? Pour lire Les milles et une nuits (interdit en Iran - juste au cas où vous n'auriez pas encore bien compris que ce régime est complètement absurde), Emma Bovary ou - bien sûr - Lolita.

Azar Nafisi est une spécialiste de Nabokov (l'écrivain du totalitarisme s'il en est), et ce qu'elle décrypte dans Lolita n'est pas seulement génial, mais émouvant quand elle le relie à sa propre histoire.

Bref, je suis bluffée par ce roman, et je le recommande à n'importe quel amoureux de la littérature (qu'il s'intéresse à l'Iran ou pas).

Qu'est-ce que j'ai vu ces deux dernières semaines ?

Rien.

J'avais eu envie de profiter de mon passage sur Bruxelles pour aller un peu au ciné. Mais j'étais tellement creuvée par les conférences que j'ai préféré agoniser dans mon lit le soir après les frites.

Et après ?

J'essaye depuis des mois de me procurer le dernier Nothomb à la bibliothèque. Je vais bien finir par l'avoir. Sinon je continue dans mon intégrale Eric-Emmanuel Schmitt, et j'ai aussi Sinoué l'Egyptien sur ma table de nuit.

Commentaires

On l'a le dernier Ravey, pour le moment il n'a été lu que par une personne mais il a été enchanté donc je ne peux que te le conseiller. J'ai lu des extraits, ça avait l'air brouillon mais intéressant.

C'est très intéressant ce que tu dis que "Lire Lolita à Téhéran" (que j'ai rajouté à ma liste de livres à trouver pour la médiathèque) car je lis en ce moment un roman de fantasy inspiré du monde oriental où le héros est en danger car il possède une version des Mille et Une Nuits (enfin ça s'appelle Les Mille et Un Jours et c'est la version "djinn" des Mille et Une Nuits)(lis ce roman, il est super, il s'appelle "Alif l'invisible" - Alif the Unseen, il a été écrit par une écrivaine américaine spécialiste du Moyen-Orien). Je trouvais ça un peu étrange mais du coup TOUT s'éclaire avec ton commentaire.

Écrit par : Winnie | samedi, 26 juillet 2014

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