Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 14 avril 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu cette semaine ?

Le déclin de l'Empire Whiting, Richard Russo

Je ne sais absolument plus comment je suis tombée sur ce livre. Mais je suis tombée dessus, et j'en suis assez contente. Je ne suis pas sûre d'avoir envie de le relire encore une fois, mais je n'hésiterais pas si il y avait une suite.
Je vais donc commencer par le défaut du livre : c'est un livre américain, et sincèrement, tous les auteurs américains écrivent de la même façon. Ou alors c'est juste un problème de traduction, je ne sais pas. Mais ça sent gravement le roman américain.
Cela mis à part, le roman est bien mené. L'auteur prend le temps de planter les personnages (plus de 500 pages, ça donne le temps de mettre en place une histoire convainquante), d'installer l'ambiance. L'histoire se situe dans une ancienne ville industrielle, de plus en plus désaffectée. Le squelette de l'histoire repose sur un va-et-vient entre les générations, entre les souvenirs de la générations des parents et le quotidien de leurs enfants, l'insupportable monde du collége/lycée, l'enfermement dans un microcosme très restreint dans lequel les liens de domination et de pouvoir sont le principal moteur des actions.
Il y a des romans qui agacent parce que ce qu'ils racontent est complètement improbable. Dans le déclin de l'Empire Whiting, on sent dès le début qu'on ne prend aucun risque, puisque dans le fond, on comprend qu'il ne va jamais rien se passer. Tout reste figé dans un engourdissement de décrépitude, malgré le positivisme ambiant. (En fait, à la fin, il se passe tout de même quelque chose. En y arrivant, on se rend compte que les 500 pages précédentes n'ont servi qu'à préparer le terrain pour cet évènement. Et ça marche super bien.)

Miles s'autorisa un demi-sourire en entendant la porte des toilettes se rouvrir dans son dos. En général rien ne s'arrangeait en présence de Max Roby, mais une exception était envisageable.
"J'arrête pas de lui répéter que, s'il fait pas un peu plus attention à ses notes, aucune fac ne voudra de lui, mais non, il croit avoir tout compris, comme le reste de la bande. Bon, c'est pas que je lui jette la pierre, vraiment. Il voit bien que son père s'en est sorti sans aller en fac - et mieux qu'un peu, d'ailleurs - , alors il se dit à quoi bon."
Jimmy s'interrompit de nouveau. "Ce qu'ils veulent pas comprendre, nos gosses, c'est qu'on veut qu'ils fassent
mieux que nous, plutôt qu'aussi bien. Je me trompe ?"
Le retour de Max évita à Miles l'obligation de partager cet avis.
"Jimmy Minty", dit Max qui, s'asseyant sur le même banc que le policier, força celui-ci à se décaler vers la fenêtre. Max le considérait d'un oeil, semblait-il, totalement ébahi. "Nom de
Dieu, mais ce que tu étais con, quand tu étais gosse.
- Vas-y mollo, papa, dit Miles. Il a un pistolet sur lui, aujourd'hui.
- J'espère au moins qu'il est moins crétin qu'à l'époque", répondit Max, qui offrit sa pogne à l'agent. "Alors, qu'est-ce que tu fous maintenant, Jimmy ?"
Minty regarda la main tendue en se demandant si son propriétaire l'avait lavée avant de quitter les toilettes, mais il accepta de la serrer. "Comment allez-vous, Mr. Roby ?"

En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis

Je sais pas si vous aviez remarqué mais mon blog est au top de l'actualité littéraire. Du moins aujourd'hui exceptionellement. Enfin, pour ce roman-là seulement. Et à condition d'avoir une définition assez large du terme "actualité". Mais c'est déjà ça, n'est-ce pas ?

LE roman de la rentrée littéraire, donc : En finir avec Eddy Bellegueule. Vous en aviez pas entendu parler ? Pfff, vous êtes trop pas au courant de l'actualité littéraire, je vais vous dire. Alors que moi, oui. Moi je suis super méga au courant de l'actualité. Et donc, pour résumer, En finir avec Eddy Bellegueule est LE roman qu'il faut avoir lu.

Qu'est-ce que moi j'en ai pensé ? Mouais. (une critique littéraire de génie se cache en moi)
Nan, sincèrement, c'est pas mal. (de mieux en mieux)
Disons que ouais, j'ai passé un bon moment à le lire, c'était très sincère, il y avait un aller-retour bien fichu entre un récit chronologique et des... heu... flash-forward. De sorte qu'on avait beau savoir ce qui allait se passer, on attendait quand même avec impatience la suite pour avoir plus de détails. Le style était un espèce de language oral très écrit, là encore bien réussi. Donc, oui, c'était très chouette. Je ne suis pas sûre pour autant d'avoir envie de relire un jour le livre, mais c'était plutôt bien que pas bien.
Une grosse critique qui a été faite au livre est qu'il afficherait un mépris pour le milieu d'origine du narrateur (un village très pauvre du Nord de la France) avec la suffisance d'un jeune qui, lui, vaut mieux que tout le monde parce qu'il est entré en classe prépa... Donc mon avis là-dessus ? Et bien je me demande bien où les gens ont pu voir du mépris ou de la suffisance où que ce soit dans le livre. Je trouve qu'au contraire le livre déborde d'amour, et surtout d'un amour extraordinaire pour les personnages du père et de la mère. Il ne me semble pas qu'à aucun moment le narrateur n'affiche de mépris envers les gens du village. Au contraire il essaye désespérémment - et en pure perte - d'y trouver sa place. Et au final il montre assez bien que le monde "de la prépa" (qui est à peine évoqué) obéit clairement à des règles elles aussi arbitraires. Qui conviennent mieux à sa nature à lui, mais dans lesquelles quelqu'un d'autre aurait tout autant de mal à trouver sa place. De ce fait, on peut lui reprocher d'être fataliste, ou pessimiste, peut-être.

Ma soeur avait d'abord voulu s'orienter, quand elle était au collège, vers une carrière de sage-femme avant de nous faire savoir qu'elle serait finalement professeure d'espagnol pour gagner beaucoup d'argent. Nous percevions les enseignants comme des petits-bourgeois et mon père s'agaçait lors des grèves dans l'Éducation nationale Avec tout le fric qu'y se mettent dans les poches ils se plaignent encore.
Elle avait été convoquée aux habituels rendez-vous avec le conseiller d'orientation et lui avait exposé son souhait de devenir professeure d'espagnol dans un collège 
Mais vous savez mademoiselle maintenant l'éducation c'est bouché, tout le monde veut devenir prof alors il y a de moins en moins de places, et les gouvernements donnent de moins en moins d'argent pour ça, l'éducation. Vous devriez faire quelque chose de plus sûr, de moins risqué, comme la vente, et en plus, je regarde vos résultats, pas très bons il faut bien le dire, à peine la moyenne c'est juste pour faire un baccalauréat.
Elle était rentrée irritée un soir, après un de ces rendez-vous, dépitée par les tentatives du conseiller d'orientation pour modifier ses projets Je vois pas pourquoi qu'il me pète les couilles l'autre, je veux faire prof d'espagnol. Mon père Tu dois pas te laisser donner des leçons par un nègre (le conseiller d'orientation était martiniquais).

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Moby Dick, Herman Melville

Ce roman devrait s'appeler "Encyclopédie de tout et n'importe quoi sur les baleines".

Reference was made to the historical story of Jonah and the whale in the preceding chapter. Now some Nantucketers rather distrust this historical story of Jonah and the whale.
[...]
[Sag-Harbor] had still another reason for his want of faith. It was this, if I remember right: Jonah was swallowed by the whale in the Mediterranean Sea, and after three days he was vomited up somewhere within three days' journey of Nineveh, a city on the Tigris, very much more than three days' journey across from the nearest point of the Mediterranean coast. How is that?
But was there no other way for the whale to land the prophet within that short distance of Nineveh? Yes. He might have carried him round by the way of the Cape of Good Hope. But not to speak of the passage through the whole length of the Mediterranean, and another passage up the Persian Gulf and Red Sea, such a supposition would involve the complete circumnavigation of all Africa in three days, not to speak of the Tigris waters, near the site of Nineveh, being too shallow for any whale to swim in. Besides, this idea of Jonah's weathering the Cape of Good Hope at so early a day would wrest the honour of the discovery of that great headland from Bartholomew Diaz, its reputed discoverer, and so make modern history a liar.
But all these foolish arguments of old Sag-Harbor only evinced his foolish pride of reason — a thing still more reprehensible in him, seeing that he had but little learning except what he had picked up from the sun and the sea. I say it only shows his foolish, impious pride, and abominable, devilish rebellion against the reverend clergy.

Les commentaires sont fermés.