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lundi, 03 mars 2014

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces deux dernières semaines ?

Tuer le père, Amélie Nothomb

Je fais court : pas le meilleur Amélie Nothomb...

L'éternel mari, Dostoievski

Barbe bleue, Amélie Nothomb

Enfin un TRÈS TRÈS BON Amélie Nothomb ! Je suis ravie !
Barbe bleue est une sorte d'achèvement de plein de choses nées dans les autres derniers romans. Il y a notamment beaucoup d'échos du Fait du prince. L'imaginaire d'Amélie Nothomb se transforme : c'est toujours le froid, toujours le sucré, et le trop-plein s'installe de plus en plus. Très très aboutit, et un sujet parfait (parce que Barbe Bleue, c'est quand même un des meilleurs contes qui existe au monde), même s'il est transparent (ce qui est peut-être même un avantage).

- N'exagérons rien. J'apprécie votre gâteau, voilá tout. Voulez-vous sécher vos larmes, je vous prie.
- Non. J'aime pleurer devant une belle jeune femme à qui j'offre de la volupté.
- Vous êtes insortable.
- Vous voyez, j'ai raison de ne pas sortir.
Elle rit.
- Quand je pense à toutes ces femmes qui rêvent de vous rencontrer ! Si elles savaient que vous sanglotez à la moindre occasion et qu'il n'y a pas de champagne chez vous !
- Je corrigerai ce dernier point. Vous m'avez converti. D'où vous vient cette habitude ?
- Cette habitude ? Vous plaisantez. Je n'ai pas bu beaucoup de champagne dans ma vie, mais dès la première fois, j'ai su qu'il n'y avait rien de meilleur. Comment avez-vous évité de vous en apercevoir, vous ?
- J'imagine que le champagne m'a été gâché par les mondanités. Je n'y avais plus touché depuis vingt ans.

Le Visiteur, Eric-Emmanuel Schmitt

Pour moi un chef d'oeuvre absolu de Eric-Emmanuel Schmitt. Nous sommes à Vienne, juste après l'Anschluss, et Freud, grâce à ses appuis aux Etats-Unis, est en train de se préparer à fuir. Un Inconnu rentre dans son bureau, et petit à petit, il s'avère que ce serait... peut-être... Dieu. Ou juste un fou.
En tous cas, le dialogue va partir très loin : le sens de la vie, l'incompatibilité de Dieu et de la haine (incarnée par le nazisme), la crise de la foi (individuelle et historique) auquel contribue la psychanalyse...

FREUD (véhément). Allez ! Intervenez ! Arrêtez ce cauchemar, vite !

L'INCONNU. Je ne peux pas. Je ne peux plus !
L'Inconnu se dégage, rassemble ses forces pour aller fermer la fenêtre. Au moins, le bruit des bottes a disparu... Il s'appuie contre la vitre, épuisé.

FREUD. Tu es tout-puissant !

L'INCONNU. Faux. Le moment où j'ai fait les hommes libres, j'ai perdu la toute-puissance et l'omniscience. J'aurais pu tout contrôler et tout connaître d'avance si j'avais simplement construit des automates.

FREUD. Alors pourquoi l'avoir fait, ce monde ?

L'INCONNU. Pour la raison qui fait faire toutes les bêtises, pour la raison qui fait tout faire, sans quoi rien ne serait... par amour.

La nuit de Valognes, Eric-Emmanuel Schmitt

MADEMOISELLE DE LA TRINGLE (voulant comprendre). Votre paon est en train de mourir ?

LA DUCHESSE. Voilà.

MADAME CASSIN. Vous y étiez très attachée ?

LA DUCHESSE. Nous nous connaissons depuis l'enfance.

LA RELIGIEUSE (naivement). Je ne savais pas que les paons vivaient aussi longtemps.

LA DUCHESSE (faussement vexée). Je vous remercie. (Changeant de ton sans transition.) Dans ma famille, il est d'usage que tout enfant naisse en même temps qu'un paon. C'est une tradition. Nous sommes nés ici, mon paon et moi, enfin, lui dans le parc et moi dans la chambre de l'aile droite. (Changeant de ton) Oui, je l'avoue, j'ai négligé mon paon pendant ma vie de femme. Et puis, presque par hasard, je suis revenue ici il y a quinze ans. J'ai vu mon paon dans un si pauvre état, grossi, boiteux, déplumé, rhumatisant, sa queue ne déployant qu'un éventail édenté, que ce jour-là, je me suis apitoyée sur nous-même. Oui, nous avions vieilli. Il était bien passé, le temps de nos splendeurs. Car je dois dire sans fausse modestie que c'était un très beau paon. De l'avis général. Alors je l'ai emmené avec moi, à Paris, où il vécut dans mon jardin. Mais cette dernière semaine fut terrible pour lui, son état s'est aggravé : il respire avec peine et trahit des signes de grave lassitude. Il ne peut plus ni bouger ni chanter.

LA RELIGIEUSE. Cel chante, un paon ?

LA DUCHESSE (joyeuse). La première fois que je me suis trouvée à l'Opéra, j'ai cru qu'il s'était caché dans la fosse.

LA RELIGIEUSE (sans rapport). La pauvre bête.

LA DUCHESSE. N'est-ce pas ?

La Duchesse a rassemblé 4 amies chez elle. Pourquoi ? Parce que son paon est en train de mourir. Et qu'il est donc grand temps de régler son compte à Don Juan. Toutes les quatre, elles ont été les victimes de Don Juan. Elles lui tendent un piège dans lequel Don Juan semble se jeter tête baissé. Mais on comprendra que Don Juan a bien changé. Que s'est-il passé ?
Une bonne pièce qui réfléchis sur la vieillesse, tout en gardant une forme d'humour agréable. Mais pas non plus extraordinaire.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Iran (Guide de voyage Lonely Planet)

Les Pintades à Téhéran, Delphine Minoui

Vous l'aurez compris, je me prépare. Si tout se passe comme prévu, à l'heure où se billet est publié, j'atterris à Téhéran !

Qu'est-ce que j'ai vu ces deux dernières semaines ?

Lourdes (Jessica Hausner, 2009)

Entre les murs (Laurent Cantet, 2008)

Un film magnifique, que je regarde bien trop tard. Le travail avec les acteurs est palpitant, je suis conquise !

La femme infidèle (Chabrol, 1969)

Mon premier Chabrol. Enfin, mon premier Chabrol conscient. Sans doute qu'en y regardant de plus près, je trouverais bien quelques films de lui que j'ai dû voir sans le savoir.
Je ne peux pas dire que j'aie complétement adopté Chabrol. Je trouve son cinéma un peu froid. La caméra peut-être trop objective ? Je ne sais pas. Mais j'ai clairement identifié une touche Chabrol : la musique, les cadrages et les mouvements de caméra géniaux. Et puis un certain type d'acteurs aussi. Dans La femme infidèle, c'était Michel Bouquet. Pas croyable comme il peut ressembler à Michel Duchaussoy à certains moment ! Et soudain, qui voilà tout jeunot dans un petit rôle ? Michel en personne. Je comprends maintenant pourquoi le titre me disait quelque chose, j'avais dû le voir passer dans sa filmographie.

Le boucher (Chabrol, 1970)

Dans Le boucher, j'ai retrouvé... du Chabrol. Même musique (presque exactement), mêmes genres d'acteurs (et la même actrice principale), mêmes géniales idées de cadrage. Et cette fois, l'acteur Chabrol, c'était Jean Yanne. L'histoire était plus forte, m'a plus touchée.

L'ivresse du pouvoir (Chabrol, 2006)

J'avais déjà vu le film. Il n'y pas même pas si longtemps. Et depuis le temps que je veux le voir, je pense que je n'ai pas dû savoir qu'il s'agissait du même...
C'était d'ailleurs agréable de le revoir. Le film est plus ou moins inspiré de l'affaire elf, ce que je n'avais pas su à la première visison (et découvert dans le making of à la deuxième).
Cette fois-ci, par contre, j'avais une petite idée de la marque "Chabrol". La musique d'une part, cette musique étrange qui passe bien chez Chabrol, et qui passerai sûrement mal partout ailleurs. Le mouvement de caméra m'a moins marqué que dans les deux films précédents. Et sinon, il y a les acteurs. J'ai adoré l'acteur de Felix. J'ai pensé : c'est vraiment un acteur typiquement "Chabrol". Et vous savez qui joue le rôle de Felix ? Thomas Chabrol.

Les invasions barbares (Denys Arcand, 2003)

Je manque de temps pour dire tout le bien que j'ai pensé de ce film, très drôle et très intelligemment composé. Pas un chef-d'oeuvre artistique, mais un film sincère, avec des personnages attachants. (Je manque de temps..)

La traversée de Paris (Claude Autant-Lara, 1956)

Un film merveilleusement bien ficelé. L'histoire est simple (en pleine Occupation, deux hommes qui transportent des malles pleines de viande destinée au marché noir), deux acteurs géniaux (Jean Gabin et Bourvil, on peut difficilement faire mieux...) et des dialogues succulent (scénario signé Marcel Aymé, c'était prévisible), une esthétique très particulière (mi-scène de théâtre, mi-kitsch). Pourquoi n'ai-je jamais vu ce film, moi qui ai été abreuvée de classiques depuis le biberon ?

La cité des enfants perdus (Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, 1995)

J'avais déjà vu ce film, il y a longtemps. Et je savais très bien qu'il était génial. Mais j'avais oublié à quel point il était génial. Jeunet est un des plus grands parmi les plus grands, indiscutable. Le DVD offrait en prime une version commentée du film par le réalisateur (j'adore) où il s'accusait de beaucoup de "fautes" dans le film. Entre autre, que certaines choses sont difficiles à comprendre. C'est ce que moi j'aime dans le film, que l'histoire soit si étrange et tarabiscotée qu'on peut regarder deux ou trois fois avant d'en saisir tous les détails. Peut-être que Jeunet a voulu mettre trop de choses dans ce film : trops d'idées, trop d'imagination, trop de personnages, trop de nouveautés techniques, trop de Jeunet. Mais bon, c'est merveilleux quand même (rien à voir avec Amélie Poulain, il faut bien le dire).

Commentaires

De temps en temps, quand je veux passer une bonne soirée télé, je revisionne "le visiteur"... je me régale. Je crois que "La nuit de Valognes" me plairait assez (Il est grand temps pour moi de réfléchir sur la vieillesse !).

Écrit par : Maman | mercredi, 19 mars 2014

Je ne sais pas comment tu as pu ne jamais avoir vu La traversée de Paris car je suis quasiment certaine de l'avoir vu sur l'écran noir et blanc de la maison de Port-la-Nouvelle avec Tata Francise qui faisait le commentaire... donc tu devais dû être dans les parages.

Écrit par : Winnie | samedi, 26 juillet 2014

Je trouve La traversée de Paris très différent de tout ce que j'aie pu voir comme films sur la guerre. Je n'ai vraiment aucun souvenir de l'avoir vu à PLN... (mais c'est peut-être juste trop lointain)

Écrit par : Lodi | lundi, 18 août 2014

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