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lundi, 09 décembre 2013

C'est lundi...

Horreur, malheur ! Je suis retombée dans la lecture et je n'arrive plus à m'arrêter !

Qu'est-ce que j'ai lu cette semaine ?

Saint Augustin raconté à ma fille et aux Kabyles sceptiques, Moh-Christophe Bilek
Je vais complètement me contredire par rapport à ce que je disais il y a une semaine dans mon commentaire sur Camus. Je suis désolée.

Je ne conaissais rien de Saint Augustin. Même pas ses Confessions, c'est dire que j'ai du retard. Par conséquent, toute information sur saint Augustin était bonne à prendre, et la vision d'un kabyle converti ne pouvait qu'être intéressante.

Il y a pas mal de petites choses formelles qui m'ont déconcertée dans ce livre. Je m'attendais à une lecture personelle de saint Augustin, et je suis tombée sur un ouvrage d'historien, pour sa fille (c'est-à-dire vulgarisé), mais suivant certains codes universitaires. Soit. Pourquoi pas. D'autre part, beaucoup de choses me paraissaient justement très non-universitaires, à commencer par la typographie un peu étrange, le plan que j'avais du mal à suivre, et alors surtout les annexes qui sont un rassemblage pas très clair de plein de choses disparates. Hum.

Donc voilà : ce n'est pas mal fait, mais c'est fouilli. Et je n'ai pas vraiment l'habitude dans un ouvrage scientifique que l'auteur me parle de "notre Rédempteur". Je trouve qu'il y a là un mélange des genres un peu perturbant. mais c'est peut-être comme cela que ca se passe en théologie, c'est possible, c'est un domaine que je ne connais pas du tout.

J'ai donc appris beaucoup de choses, et notamment pas mal de choses qui sont le fruit de recherches scientifiques poussées, et donc pas des évidences. C'est ce qui fait l'intérêt du livre. Le centre de gravité du livre se situe par contre vraiment sur des polémiques quasiment kabylo-kabyles. Pas que ce ne soit pas intéressant de lire tout un chapitre sur l'africanité ou la non-africanité du donatisme ou des démonstrations savantes pour nous expliquer que saint Augustin parlait kabyle, mais ca ne fait pas du livre une introduction très générale à saint Augustin. Ce que le titre annonce déjà, d'ailleurs.

J'ai pas mal aimé la distinction qui suit sur les hérésies combattues par saint Augustin. Voilà un thème que j'aimerais bien approfondir. En dépit des apparances, je n'ai donc pas du tout choisi le texte parce qu'on y parle de l'Iran et du zoroastrisme (ce n'est pas de ma faute si l'Iran est complétement onmiprésent en ce moment), mais parce que le manichéisme et le pélagianisme mettent le doigt sur une chose qui m'a toujours dérangée chez les nouvelles églises très à la mode en ce moment.

Nous l'avons dit plus haut il y eut bien des erreurs et bien des hérésies dès le 1er siècle du Christianisme, dès que la Vérité parut en la personne de notre Rédempteur. Augustin en recense déjà 88, et saint Jean Damascène 100, et il y en eut d'autres.

Nous allons survoler celles, parmi les plus connues, que combattit l'enfant retrouvé de Thagaste.

* Le manichéisme : il s'agit d'une hérésie que connait bien Augustin, puisqu'il avait adhéré à cette doctrine qui prétendait que l'homme avait deux âmes, en gros. L'une étant de substance divine, et l'autre procédant des ténèbres, donc mauvaise. Tu remarqueras que c'est une manière de nier le péché originel, ou d'interpréter l'origine du mal. Et de fait cette conception aboutit à admettre qu'il y a deux dieux : l'un bon et l'autre mauvais, qui se livrent une lutte de toute éternité.

- D'où la formule "c'est manichéen"?

Tout à fait, quand on veut dire quelque chose de nettement séparé, de tranché, par exemple le bien d'un côté et le mal de l'autre. L'auteur de cette foi religieuse est issu d'un milieu chrétien, un chrétien perse du 3ème siècle, portant le nom de Mani, influencé, entre autres, par le mazdéisme, qui est la religion propre à la Perse, dans laquelle on retrouve cette dualité entre la lumière et les ténèbres. Lequel mazdéisme a été réformé, antérieurement par le célèbre Zoroastre. Le zoroastrisme existe encore à l'est de l'Iran ; il aurait influencé l'islam shiite d'Iran, tandis que le manichéisme, bien que tout à fait disparu en tant que système religieux, aurait laissé des traces, si bien que d'aucuns disent que la doctrine des cathares en serait issue.

* Le pélagianisme : ce mot vient du nom d'un moine breton du 4/5ème siècle, Pélage, qui minimisait l'oeuvre de la grâce, au profit d'un effort personnel permettant à l'homme d'accéder aux vertus, par son libre arbitre, en évitant le péché ; de fait il niait le péché originel. Ce moine fut finalement excommunié en 426, en grande partie grâce à saint Augustin.

Le moine et le philosophe, Jean-Francois Revel et Matthieu Ricard

Tant que j'en étais dans des réflexions religieuses, j'ai continué sur ma lancée, et j'ai emprunté à la bibliothèque francaise un livre qui me fait envie depuis des années...

M. - Choisir la vie monastique ou érémitique est signe que notre esprit tout entier est tourné vers la pratique spirituelle. Lorsque j'ai pris les voeux monastiques, j'ai ressenti un immense sentiment de liberté : je pouvais enfin consacrer chaque moment de l'existence à faire ce que je souhaitais. Mais il y a toutes les gradations possibles entre une vie de renoncement et une vie ordinaire d'Occidental. Les idées du bouddhisme peuvent fort bien imprégner notre esprit et nous apporter de grands bienfaits sans que nous renoncions à nos activités. La vie monacale était très développée au Tibet, puisqu'avant l'invasion chinoise jusqu'à vingt pour cent de la population était dans les ordres. Je suis d'accord qu'on ne peut guère s'attendre à quoi que ce soit de ce genre en Occident ! Toutefois, je ne pense pas que cet aspect constitue une barrière à la compréhension du bouddhisme dans nos pays. On peut très bien avoir une vie spirituelle très riche, tout en ne consacrant que quelques minutes ou une heure par jour à une pratique contemplative.

J.F. - Comment concilier cela avec les activités de tous les jours ?

M. - On distingue la "méditation" et l'"après-méditation". La méditation, ce n'est pas simplement s'asseoir quelques instants afin d'acquérir un calme béat. C'est une démarche analytique et contemplative permettant de comprendre le fonctionnement et la nature de l'esprit, de saisir le mode d'être des choses. Ce qu'on appelle l'après-méditation consiste à éviter de reprendre ses habitudes exactement comme avant. Elle consiste à savoir utiliser dans la vie quotidienne la compréhension acquise durant la méditation, pour acquérir une plus grande ouverture d'esprit, davantage de bonté et de patience ; bref, pour devenir un meilleur être humain. C'est bien aussi ce qui se passe dans la communauté laique tibétaine, qui vit en symbiose avec la communauté monastique et les maîtres spirituels. Elle se nourrit de cette inspiration pour vivre mieux la vie de tous les jours.

J.F. - Mais les philosophes et les religions occidentales, en principe, offrent aussi une possibilité de vivre selon sa philosophie ou religion d'élection tout en étant engagé dans l'action, dans le siècle. Nombre de religieux ont été des hommes d'Etat, des écrivains, des artistes, des philosophes, des chercheurs, hors même leur religion. Le rêve de Platon était le roi-philosophe, garantie selon lui du bon gouvernement de la cité. Si, comme l'affirme le bouddhisme, le monde n'est qu'une illusion, un défilé d'images qui n'ont pas de réalité, et le moi de même, à quoi bon être chef d'entreprise, dirigeant politique, chercheur scientifique ? Ca ne sert à rien ! C'est se rendre complice d'une illusion mensongère.

M. - Pour un ermite, à vrai dire, les activités mondaines n'ont guère de sens. Toutefois, je voudrais préciser ici le sens du mot "illusion" dans le bouddhisme, qui semble difficile à comprendre en Occident. Pour nous qui vivons cette illusion, le monde est aussi réel qu'il peut l'être. Mais de même que la glace n'est que de l'eau solidifiée, la solidité que nous accordons au monde n'est pas sa réalité ultime. Cette nature illusoire du monde n'empêche pas que les lois de causes à effets soient inéluctables. Les physiciens diront aussi que les électrons ne sont pas des petits boulets de canon mais des concentrations d'énergie. Cette affirmation ne diminue en rien la nécessité de développer la médecine, de soulager les souffrances et de résoudre les difficultés de tous les jours ! Même si le moi n'est qu'une imposture et même si le monde extérieur n'est pas fait d'entités douées d'existence propre, il est parfaitement légitime de remédier par tous les moyens possibles à la souffrance et d'employer tous les moyens possibles pour augmenter le bien-être ! De même que le savant qui comprend que nous ne sommes faits que de particules qui se réduisent à de l'énergie ne sera pas pour autant indifférent au bonheur et à la souffrance.

J.F. - Une fois de plus, je suis frappé par l'analogie de cette théorie avec le kantisme : le phénomène n'est pas la chose en soi, c'est pourtant notre réalité.

Désolée pour le pavé, mais je pense que j'aurais à peu près pu vous citer les 405 pages du livre en entier, donc estimez-vous heureux !

Comme vous l'aurez peut-être compris, ce livre consitait en un regard croisé sur le bouddhisme, un vrai dialogue (on est loin des dialogues très rhétoriques du livre précédent dans lesquels la "fille" n'est là que pour faire semblant de donner la réplique et se laisser convaincre) entre Jean-Francois Revel et Matthieu Ricard sur lesquels il faut dire deux mots. Jean-Francois Revel est philosophe, je suppose à la fois professeur et chercheur. Matthieu Ricard est son fils, ancien chercheur en biologie moléculaire, qui est parti se faire moine bouddhiste auprès de maîtres tibétains et maintenant accompagne le Dalai-Lama en Francophonie. C'est éviemment ce qui fait le dialogue passionnant, mais alors VRAIMENT passionnant.

J'ai beaucoup aimé l'extrème honnêteté de la démarche de la part de chacun des deux. Et il suffit de lire le dialogue pour bien se rendre compte que c'était honnête et sincèrement honnête. Aucun des deux ne ressortira d'ailleurs "converti" de la discussion, et ce n'est pas le but de "convertir" d'une manière ou d'une autre. J.F. Revel est un scientifique, non-croyant, et exprime sans détour ses doutes quand il en a. Il n'hésite pas à poser des questions très précises, et toutes les questions qu'il peut avoir. C'est pour ca que le livre est un peu bavard, mais c'est ce qui en fait tout l'intérêt. M. Ricard est très ouvert et n'essaye jamais d'éluder une question. Il présente très clairement le bouddhisme de manière concrète et compréhensible, et rend un peu palpables ce qu'est la méditation, le nirvana, etc.

Ce n'est pourtant pas un livre de présentation du bouddhisme (même s'il faut bien présenter pour pouvoir en parler), mais plutôt une recherche de la part du philosophe de replacer le bouddhisme à travers l'histoire de la philosophie, et surtout de la philosophie occidentale. La question de départ est de savoir pourquoi le bouddhisme gagne du terrain en Occident. Ce n'est pas vraiment la question centrale d'ailleurs, mais plutôt le fil rouge. Que dit le bouddhisme sur la condition humaine, sur la mort, sur la politique ? Le bouddhisme est-il une religion ou pas ? J.F. Revel remet toujours des repères occidentaux dans le débat : Aristote, Spinoza, Kant, Marx, Cioran (il FAUT que je lise Cioran). Rien de nouveau sous le soleil en sorte, le bouddhisme est pour ainsi dire déjà en Occident, mais il montre aussi qu'à son avis l'attrais du bouddhisme résulte de l'impasse dans laquelle se trouve la philosophie.

La lecture m'a beaucoup apporté. Le bouddhisme est une forme de religion très intéressante, son dialogue avec le christianisme est très enrichissant et il en est assez souvent question dans le dialogue. L'analyse du philosophe me paraît très juste. L'impasse philosophique est en grande partie celle qui m'a plutôt donné envie de partir dans d'autres études, et l'idée que la religion est une forme de réponse à cette impasse me semble également exacte même si je suis tout à fait aussi sceptique que J.F. Revel sur la capacité de changer de cours de l'Histoire en méditant très fort. Pour autant, je donne raison à M. Ricard que notre esprit est à peu près la seule arme que nous possédons.

Il y a tellement de choses qui nous parlent directement dans ces échanges que je ne peux pas imaginer qu'on n'aime pas le livre. Il est vrai que les premiers chapitres qui mettent en place les éléments de la discussion sont un peu moins passionants, puisque la discussion ne fait encore que commencer.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

J'ai un mémoire à noter, je crois que ca va me prendre un bout de temps...
 
Qu'est-ce que j'ai vu cette semaine ?

Week-end assez actif, en visite chez un ami, on a passé une soirée canapé-télé complètement non-philosophique (je vous épargne les jeux télévisés idiots).
 
Real Steel (Shawn Levy, 2011)
Une histoire de robots géants qui font... de la boxe (gné ?). Mon Dieu ! Que suis-je venue faire dans cette galère ?
(Enfin, c'était ca ou Moby Dick version le-grand-dragon-blanc-pourchassé-par-un-noir-fou-dans-un-univers-speudo-Tolkien-avec-une-top-model-chasseuse-de-dragon. NO WAY.)
 
Nader und Simin - Eine Trennung (Une séparation) (Asghar Farhadi, 2011)
aka la version syncronisée en allemand du film iranien qui a gagné l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2012.
Et non, je ne fait pas exprès, je ne peux pas me retourner sans tomber nez à nez avec un truc qui vient de Téhéran, c'est pas ma faute...
Ce film était super angoissant. SUPER angoissant. J'étais mal dans ma peau du début à la fin, je suppose que le metteur en scène a réussi un peu à faire passer quelque chose de la société iranienne. (Du moins je suppose que c'était le but.) 
 
Et après ?
Quand je me serait sortie du mémoire à noter, je crois qu'on va poursuivre dans le bouddhisme (NON je n'ai pas décidé de partir vivre dans un monastère bouddhiste en Iran).

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