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mercredi, 26 juin 2013

On est le 26 Juin et je vous parle depuis Belin


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lundi, 24 juin 2013

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces 9 dernières semaines ?

Sodome et Gomorrhe, Proust
Quand M. de Charlus ne parlait pas de son admiration pour la beauté de Morel, comme si elle n’eût eu aucun rapport avec un goût — appelé vice — il traitait de ce vice, mais comme s’il n’avait été nullement le sien. Parfois même il n’hésitait pas à l’appeler par son nom. Comme, après avoir regardé la belle reliure de son Balzac, je lui demandais ce qu’il préférait dans la Comédie Humaine, il me répondit, dirigeant sa pensée vers une idée fixe : « Tout l’un ou tout l’autre, les petites miniatures comme le Curé de Tours et la Femme abandonnée, ou les grandes fresques comme la série des Illusions perdues. Comment ! vous ne connaissez pas les Illusions perdues ? C’est si beau, le moment où Carlos Herrera demande le nom du château devant lequel passe sa calèche : c’est Rastignac, la demeure du jeune homme qu’il a aimé autrefois. Et l’abbé alors de tomber dans une rêverie que Swann appelait, ce qui était bien spirituel, la Tristesse d’Olympio de la pédérastie. Et la mort de Lucien ! je ne me rappelle plus quel homme de goût avait eu cette réponse, à qui lui demandait quel événement l’avait le plus affligé dans sa vie : « La mort de Lucien de Rubempré dans Splendeurs et Misères. »

Il semble que l'homme de goût était Oscar Wilde, qui n'est certainement pas le moindre des modèles au personnage de Charlus.
Mais passons sur Sodome et Gomorrhe, que je commence à connaître par coeur, et qui se dispute la première place avec Du côté de Germantes au top du top de Proust.

Et continons sur notre lancée.

La Prisonnière, Proust
La Prisonnière est le plus difficile roman pour moi de toute la grande série. Le plus difficile, parce que très éprouvant. je souffre une torture de la manière dont le narrateur traite la pauvre Albertine.

Je vais anticiper un peu, mais j'ai été très étonnée de ne pas trouver une seule allusion à cela dans tout le cours portant sur "Morales de Proust". Pas un intervenant non plus n'a abordé le sujet. C'est vraiment pourtant la cruauté que je ne pardonne pas au narrateur et qui bouleverse complètement le personnage.
Si j'imagine le personnage sans La Prisonnière et Albertine disparue (ce qui était le plan original de Proust, puisque l'histoire d'Albertine a été rajoutée en dernier), l'objectif change du tout au tout. C'est d'ailleurs la seule intrigue dans laquelle le narrateur n'est pas simplement passif.

Albertine disparue, Proust
La vie a pris en effet soudain, à ses yeux, une valeur plus grande, parce qu’il met dans la vie tout ce qu’il semble qu’elle peut donner, et non pas le peu qu’il lui fait donner habituellement. Il la voit selon son désir, non telle que son expérience lui a appris qu’il savait la rendre, c’est-à-dire si médiocre ! Elle s’est, à l’instant, remplie des labeurs, des voyages, des courses de montagnes, de toutes les belles choses qu’il se dit que la funeste issue de ce duel pourra rendre impossibles, alors qu’elles l’étaient avant qu’il fût question de duel, à cause des mauvaises habitudes qui, même sans duel, auraient continué. Il revient chez lui sans avoir été même blessé, mais il retrouve les mêmes obstacles aux plaisirs, aux excursions, aux voyages, à tout ce dont il avait craint un instant d’être à jamais dépouillé par la mort ; il suffit pour cela de la vie. Quant au travail — les circonstances exceptionnelles ayant pour effet d’exalter ce qui existait préalablement dans l’homme, chez le laborieux le labeur et chez l’oisif la paresse, — il se donne congé.
Je faisais comme lui, et comme j’avais toujours fait depuis ma vieille résolution de me mettre à écrire, que j’avais prise jadis, mais qui me semblait dater d’hier, parce que j’avais considéré chaque jour l’un après l’autre comme non avenu. J’en usais de même pour celui-ci, laissant passer sans rien faire ses averses et ses éclaircies et me promettant de commencer à travailler le lendemain.

À la recherche du temps perdu: le roman de la procrastination.

Je n'avais jamais terminé Albertine disparue. Tout comme la Prisonnière, on aborde là la partie qui m'est la plus difficile. J'en veux au narrateur tout au long des pages (un intervenant du cours dont je parlerai plus bas faisait remarquer l'inversion incroyables des valeurs morales de la société depuis le temps de Proust: l'homosexualité est la pire des hontes et quasi impardonnable, et la pédophilie une petite faute mineure sur laquelle on plaisante entre connaisseurs).

Le Temps retrouvé, Proust
Et enfin vient le temps retrouvé, la révélation absolue.

Enfin, dans une certaine mesure, la germanophilie de M. de Charlus, comme le regard de Saint-Loup sur la photographie d’Albertine, m’avait aidé à me dégager pour un instant, sinon de ma germanophobie, du moins de ma croyance en la pure objectivité de celle-ci et à me faire penser que peut-être en était-il de la haine comme de l’amour, et que, dans le jugement terrible que porte en ce moment même la France à l’égard de l’Allemagne, qu’elle juge hors de l’humanité, y avait-il surtout une objectivité de sentiments, comme ceux qui faisaient paraître Rachel et Albertine si précieuses, l’une à Saint-Loup, l’autre à moi. Ce qui rendait possible, en effet, que cette perversité ne fût pas entièrement intrinsèque à l’Allemagne est que, de même qu’individuellement j’avais eu des amours successives, après la fin desquelles l’objet de cet amour m’apparaissait sans valeur, j’avais déjà vu dans mon pays des haines successives qui avaient fait apparaître, par exemple, comme des traîtres — mille fois pires que les Allemands auxquels ils livraient la France — des dreyfusards comme Reinach avec lequel collaboreraient aujourd’hui les patriotes contre un pays dont chaque membre était forcément un menteur, une bête féroce, un imbécile, exception faite des Allemands qui avaient embrassé la cause française, comme le roi de Roumanie ou l’impératrice de Russie. Il est vrai que les antidreyfusards m’eussent répondu : « Ce n’est pas la même chose. » Mais, en effet, ce n’est jamais la même chose, pas plus que ce n’est la même personne, sans cela, devant le même phénomène, celui qui en est la dupe ne pourrait accuser que son état subjectif et ne pourrait croire que les qualités ou les défauts sont dans l’objet.

(Je suis un peu obnubilée par le choc de culture, je sais...)

Le Temps retrouvé : le chiffre qui décode des 2500 pages précédentes (j'ai pas compté, mais ca doit bien tourner dans ces eaux-là). L'illumination ultime. Un bonheur absolu de voir Proust relier les fils épars du roman les uns aux autres. Sans oublier le bal qui clôture le roman et qui est un bijou.

C'est là aussi que Proust disserte vraiment littérature et explique dans les moindres détails sa vision du roman. En Prépa, le Temps retrouvé faisait partie de la sacro-sainte liste de lecture. Mais je ne pouvais vraiment pas me décider à commencer par la fin. Je ne le regrette que dans la mesure où ce bouquin aurait suffit à alimenter toutes mes compositions de littérature (et sans doute de philosophie) à lui tout seul. Mais aurais-je compris ? Il me semble que mes co-détenus n'ont rien compris à ce qui se passait. Comment aurait-ils pu ?
Antoine Compagnon a prononcé dans un de ses cours cette phrase que je me suis empressée de noter tant elle me paraissait décrire exactement ce que j'avais ressenti en lisant le dernier tome. "C'est ce savoir-vivre appris dans le livre que l'on réinverstit dans le livre." Je revois très exactement cette scène, où une jeune femme assure que Gilberte de Saint-Loup est cousine des Germantes par sa mère, De Forcheville. En lisant cela, j'ai été prise d'un agacement parfaitement réel contre cette pauvre idiote qui osait débiter des inepties pareilles, qui plus est un outrage postume au pauvre Robert dont j'avais subitement envie de défendre la mémoire bec et ongles. Proust sait très bien ce qu'il fait en écrivant cette scène. Quel génie faut-il avoir pour arriver au bout de sept tomes à nous faire réagir de la sorte pour une question d'étiquette et de généalogie relative à des gens qui n'ont même pas existé, même chez moi qui me fout de la généalogie des derniers nobles du Faubourg Saint Gernain comme d'une guigne. Chapeau bas, Proust, pari réussi.

La Recherche du temps perdue est donc terminée. Avant de passer à la suite, un internède musicale avec la sonate de Franck, qu'on prétend être le modèle de la sonate de Vinteuil.

Essuyez vos larmes ; Proust, c'est pas encore fini.

Proust, mémoire de la littérature (Cours du collège de France 2006-2007), Antoine Compagnon
Une fois La Recherche terminée, je ne pouvais décemment pas passer à autre chose. Je n'avais qu'une envie, c'est d'en apprendre encore un peu plus sur Odette, sur Gilberte, sur le Comte de Charlus, sur le Prince de Germantes... Par bonheur, la chaire de littérature du Collège de Farnce est occupée par un proustien, Antoine Compagnon, qui n'en finit pas de parler de Proust. Son premier cours parlait de Proust, de mémoire et de littérature.

J'ai donc appris (pour faire bref) que je devais absolument lire:
- Les mémoires de Saint Simon
- Les Lettres de Madame de Sévigné
- Leconte de Lisle
- Sesam et les lis de Ruskin
Si je veux avoir la moindre idée de ce dont parle Proust.

Morales de Proust (Cours du collège de France 2007-2008), Antoine Compagnon
Puis, je me suis attaquée à Proust et à la morale. Très philosophique, tout ca.

Par conséquent, il faut aussi que je lise
- Bergson (et Jankelewitch)
- Peguy (j'ai jamais lu de Péguy, la honte !)
pour ne pas mourir dans l'ignorance la plus profonde des choses de ce monde.

Séminaire sur "Morales de Proust"
Plein de conférenciers invités qui traitent un aspect de la question.

Proust en 1913 (Cours du Collège de France 2013), Antoine Compagnon
J'ai pu découvrir la manière dont Antoine Compagnon "relit" Du côté de chez Swann.

Pour comprendre quelque chose à Marcel Proust, il est donc indispensable de lire de toute urgence:
- Marcel Proust, de Ernst Robert Curtius
- Biographie de Proust, de Jean-Yves Tadier
- les travaux de Antony Piou sur la croissance de la Recherche
- la Correspondance de Proust en 21 volumes chez Plon

Séminaire sur "Proust en 1913"
Là encore, des conférenciers qui racontent "leur" lecture de Proust. Un peu décue de l'intervention d'Annie Ernaux (un de mes mythes personnels, cette femme). Un bijou: la lecture du député Paul Giacobbi (ils savent bien parler, ces gens, y'a pas à dire). Lui aussi, il adore Du Côté de Germantes, qu'il trouve extrèmement comique (je me tue à l'expliquer aux gens, que Proust c'est super drôle, et personne ne veut me croire).

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?
Rien. Enfin si, des tas d'articles passionnants sur l'analyse HPSG de la flexion des verbes.

Qu'est-ce que j'ai vu ces neuf dernières semaines ?

Dâjerehe zangi ("Tambourine", Parisa Bakhtavar, 2008)
J'adore ce film. Parisa Bakhtavar est une génie. Et je suis amoureuse de Mehran Modiri.

Argo (Ben Affleck, 2012)
Je suis au regret de devoir dire que Ben Affleck a fait un film pas trop mal. Et même réussi à pas trop mal jouer le rôle principal. Argh.
Je suis particulièrement bluffée par tout le générique et l'invasion progressive du bâtiment de l'Ambassade des Etats-Unis. C'est vraiment une superbe scène. Tout le reste du film, l'ambiance est très efficace et on reste vraiment sur les nerfs du début à la fin. Du très bon Hollywood... Après ca, une intrigue tellement américanisée qu'on espèce que les vrais protagonistes de l'histoire se servaient correctement de leur cerveau. Ce qui a sans doute été le cas, sans quoi toute l'histoire n'aurait pas aussi bien fonctionné. L'intrigue est tellement prévisible et les ressorts dramatiques tellement évidents et sans originalité que je pense sincèrement que le vainqueur de l'Oscar est ce fameux Agent de la CIA lui-même, et que tout ca n'a rien à voir avec le film.

The Devil Wears Prada (David Frankel, 2006)
Ce film est une drogue.
Je vous jure, hein, ca m'a pris tout d'un coup, comme d'une envie de gâteau.

devil-wears-prada-merly+streep.jpg
(et Meryl Streep est la femme la plus classe du monde entier)

Barbie Mariposa (Conrad Helten, 2008)
Je n'arrive même pas à croire qu'on ait réussi à me faire regarder ce truc. Je tiens à préciser que je n'étais pas consentante.

Ich - Einfach unverbesserlich ("Moi, moche et méchant", Pierre Coffin et Chris Renaud, 2010)
Ah ben voilà. Ca au moins c'est un dessin annimé qu'il est bien !
(Bon, on a deviné la fin dès le début, mais c'est un dessin animé, ca compte pas.)

Et après ?

Aucune idée.

mardi, 18 juin 2013

On est le 18 Juin et je vous parle depuis Belin


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vendredi, 07 juin 2013

La question des filles en cheveux

Vous connaissez le "choc de culture" ? C'est une amie étudiante en DaF (Allemand Langue Étrangère) qui m'en a (un tout petit peu) parlé. Mais à part pour me permettre de sortir un joli mot, elle n'avait pas vraiment besoin de m'expliquer quoi que ce soit. Le choc de culture, c'est un peu mon pain quotidien. Mais le mot m'est bien pratique pour entamer cet article que je ne savais pas par quel bout prendre. Donc allons-y pour une description d'un choc de culture un peu particulier que j'ai vécu y'a pas si longtemps.

Le concept

La crèche Baby-Loup.
Je pense que j'ai pas besoin de résumer l'histoire, d'ailleurs je n'en sais moi-même pas grand chose, si ce n'est deux ou trois reportages télévisés de deux minutes aux infos. De toutes facons, ce n'est pas extraordinairement différents de tas d'histoires dont on parlait beaucoup aux infos il y a dix ans, quand j'étais au lycée.

Mais cette fois, quelque chose d'étrange : je n'étais plus du tout capable d'identifier le problème. Le "problème" du voile m'était devenu étranger. Comprenez bien ce que je veux dire : je n'ai pas pensé que les gens étaient idiots de faire tant de chichi pour cette histoire ou quoi que ce soit de ce genre, c'est juste que le débat a rencontré un vide conceptuel en moi. Et pourtant, il y a dix ans, il y avait quelque chose à la place de ce vide.

À l'époque, j'étais capable d'identifier le débat, d'identifier le problème. J'étais capable de voir les arguments des uns, de voir les arguments des autres, je reconnaître que la question n'était pas simple. J'écoutais au moins passivement ce qui se passait, même si en l'occurence je n'ai jamais pris position (je veux dire, pas même avec moi-même).

Et quelque chose en moi s'est effacé entre temps. Quoi ? Ca me paraît évident : sur ce point précis, je ne suis plus francaise. À Berlin, la "question du voile" n'existe pas. Ce n'est pas conceptualisé. Personne ne se pose la question de savoir si il ne faudrait peut-être pas qu'on demande aux éducatrices de crèche de porter le voile (ce n'est qu'un exemple, je veux juste dire que ce type de question n'existe pas). Je ne sais pas pourquoi. Je ne peux que supposer que le principe de la laicité n'est pas aussi fondamental dans l'identité allemande que dans l'identité francaise.

(NB: Je n'ai pas dit qu'il n'y a pas de problème avec l'Islam à Berlin. Oh que non ! Et on identifie le voile à une oppression de la femme autant qu'en France, ni plus ni moins. Mais cette question-là, celle dont je parle (qu'on l'appelle la "question du voile dans les écoles", "question du voile dans l'entreprise" ou que sais-je) n'existe pas dans le... comment dire... le débat public. (J'emploie plein de grands mots dans cet article, vous aurez vu (et en plus j'espère que vous êtes bien assis, parce qu'il ne va jamais finir à cette allure.)))

Je me suis retrouvée en face de mon propre pays comme un étranger d'une culture complètement différente qui regarderait avec étonnement une scène dont il ne pourrait pas comprendre les tenants et les aboutissants parce que sa culture propre ne lui permet pas de le comprendre. La faute n'est à aucune des deux cultures. En fait, il n'y a pas de faute.

Enfin, je crois.

Une question de culture

L'un des seuls trucs vraiment bien de ce Jamboree international scout fait en été 2011, c'était le jour où j'ai pu discuté très longtemps avec une scoute italienne musulmanne qui distribuait du thé dans la tente "espace musulman" du "village des religions". Et j'étais curieuse de son avis sur le voile, donc je lui ai demandé ce que disait le Coran exactement là-dessus. Il y avait justement un Coran en traduction francaise à portée de main, et elle m'a fait lire LA place (si ca vous intéresse, c'est la sourate XXIV verset 31).
J'avoue n'avoir lu qu'en diagonale le verset qui était très confus (ou la traduction était confuse, je ne sais pas) et j'ai expérimenté là encore un choc de culture très fort. En levant les yeux vers mon italienne, j'ai compris que nous n'avions pas lu le même verset. Moi je lisais une très claire interdiction de porter un décolleté. Elle, elle lisait une interdiction de montrer ses cheveux. Et qu'aurait lu une troisième personne ?

Il faut croire que mon système de valeur personnel mettait la limite au niveau du décolleté. Mais après tout, montrer un bout de sein ou montrer une mèche de cheveux, anatomiquement parlant, ca n'a aucune différence.

J'ai lu trop de littérature du XiXème pour ne pas être familière avec cette conception des femmes "en cheveux". Elle fait parfaitement partie de mon imaginaire. Je n'ai donc pas beaucoup de mal à faire appel à cet imaginaire en regardant les passantes dans la rue. Effet choc de culture garanti.

Seulement une question de culture ?

Je vais vous raconter mon premier gros gros choc de culture, et un des plus violents de ma vie (si ce n'est pas une transition parfaite, je ne sais pas ce que c'est (décidemment, ce concept de "choc de culture" est formidable)). C'était y'a dix ans, un peu plus, en plein débat sur le voile à l'école. Je regardais un débat télévisé et un des invités (sincèrement, si vous avez une idée de qui il peut s'agir, dites-le moi, ce mec a changé ma vie et j'aimerais vraiment savoir qui c'est) essayait d'expliquer le dialogue de sourd qui avait lieu.

Nous, occidentaux (c'est ce qu'il disait), nous voyons ces femmes obligés de porter le voile et nous interprêtons cela comme une dévalorisation de la femme. Mais quel modèle leur proposons nous comme alternative ? Eux regardent vers l'occident, et que voyent-il ? Une pancarte dans la rue qui pour nous vendre une brosse à dent nous montre une femme posant pour ainsi dire nue. Voilà un bon exemple de société qui valorise la femme, en effet.

Je ne veux pas m'étendre sur la question de savoir si l'argument tient ou non la route, ca m'est égal. Mais à l'époque j'étais jeune et je n'avais jamais encore expérimenté le choc de ma culture contre celle de quelqu'un d'autre. Le choc a été vraiment violent.

Les voiles, je trouve ca très joli. C'est incroyable le nombre de manière différentes qu'il y a de porter le voile. Ma copine Maleke n'est jamais aussi jolie que quand elle le porte coulant des deux côtés de son visage. Elle rabbat les deux pans sur ses épaules, comme une écharpe. Des fois, elle le porte en foulard noué sous le menton. On dirait une actrice des années 50. Les parisiennes sont très très chic. Je me demande sincèrement où elles trouvent de belles étoffes comme ca. À la bibliothèque où je travaille cette semaine, une grande majorité sont enfouies sous un long voile qui enferme leur visage et qui leur descend jusqu'aux genoux. Par dessous, elles portent une robe très ample avec des couleurs qui s'harmonient magnifiquement entre elles. J'en regardais passer une dans un assorti de marrons et d'un vert sombre à tomber par terre. Magnifique. C'était quand même étrange ce visage flottant dans cette masse verte. Elle avait quelque chose d'un fantôme. En fait, c'était un personnage de Marjane Strapi.

la femme 2.jpg

Et j'ai eu un choc (encore), parce que c'est une autre image qui s'est imposée face à celle-là.

la femme 1.jpg

La femme "décapité" à double poitrine qui fait faire à Mar_Lard dans son article monumental sur le sexisme dans l'univers du jeu vidéo (et pas que) ce commentaire "Quatre seins. Pas de tête. Le sens des priorités."

Je voyais ces deux images, ce visage flottant et cette femme décapitée... Ca ne PEUT PAS être un hasard. Le corps de la femme n'est sans doute pas traité de la même facon, mais il est considéré de la même facon.

On me demandera peut-être où je veux en venir. Mais je n'ai jamais dit que je voulais en venir quelque part.

Le choc

Maleke était doctorante dans une université en Autriche. Et visiblement, en Autriche, c'est pas comme à Berlin. De la part de son professeur, elle se sentait méprisée, à cause de son voile. Porter le voile, c'était le signe d'une aliénation intellectuelle, d'une soumission à des carcans idéologiques. Bref, si Maleke portait le voile, c'est qu'elle n'était pas si intelligente que ca. Maleke a quitté son prof, quitté l'Autriche, placé par la même occasion des centaines de kilomètres entre elle et son mari pour pouvoir se sentir appréciée à sa juste valeur dans son travail.

Quand elle envisage l'avenir, elle se voit vraiment vivre à Berlin.

"D'ailleurs je pense que d'ici deux ou trois ans peut-être je ne porterai plus le voile." J'ai eu du mal à cacher ma surprise quand elle m'a dit ca. Du coup, elle s'est expliquée : "Je te regarde par exemple : tu n'es pas indécente parce que tu ne portes pas de voile." Maleke venait exactement de confirmer mes intuitions. Dans le regard de Maleke, je n'étais pas en cheveux.

Quel incroyable glissement culturel a vécu Maleke. Probablement qu'elle ne lit plus le même verset du Coran maintenant. En vivant dans une autre culture le signifié a glissé petit à petit du signifiant dans un autre. Et en dessous du signifiant "en cheveux", maintenant, peut-être qu'elle voit exactement ce même vide que j'ai expérimenté et dont je parlais au début de l'article.

Parce que tout est dans le signifié, rien dans le signifiant. Ce qui ne veut certainement pas dire que le signifiant est... heu... insignifiant. Je peux trouver ca joli, un voile, il n'empêche qu'il est absolument inenvisageable que je mette demain un voile sur ma tête parce que je trouve ca joli. D'autre part, si je me retrouve un jour à rendre visite à Maleke chez ses parents, il est inenvisageable que je sorte dans la rue sans porter un voile. Je peux désapprouver la dimension politique du voile, c'est vrai, mais j'accueille par contre avec joie sa dimension culturelle. Je nai pas envie de me promener dans la capitale kurde en cheveux tout de même !

Pour conclure

Ce post n'a ni queue ni tête, je m'en excuse. J'aimerais bien vous donner en conclusion mon avis sur la question, mais la seule chose que m'a appris toute cette réflexion c'est justement que tout avis que je pourrais avoir serait placé dans une culture. Je préfère le non-avis et continuer à frapper ma culture contre tous les murs qu'elle rencontre, parce que j'aime bien le petit bruit du choc.

dimanche, 02 juin 2013

On est le 2 Juin et je vous parle depuis Belin

On était d'ailleurs le 28 Mai et je vous parlais depuis Belin :


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Et j'ai enfin trouvé le temps de complèter (j'ai dû couper en deux parce que c'était trop long) :


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Comme je vous parle du concert où j'étais hier soir (ca se sent que je suis encore un tout petit peu hystérique de ce concert ?), voilà la chanson pour laquelle j'avais eu le coup de foudre et qui m'a poussée à accompagner Maleke. Les costumes ne rendent RIEN DU TOUT en vidéo. On y voit un peu le grand tambourin dont je parle (celui tenu par une femme  en rouge et un homme barbu) mais malheureusement on ne les voit pas bien les utiliser en "dansant" avec dans cette chanson.