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lundi, 26 décembre 2011

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu les deux semaines dernières ?

Ben, c'est les vacances, quoi ! Et j'étais chez ma maman, j'ai profité de la bibliothèque.
 
Les vingt-et-un jours d'un neurasthénique, Octave Mirbeau
 
Dans le ciel, Octave Mirbeau
 
Sébastien Roch, Octave Mirbeau

Un chef d'oeuvre.
Mais alors déprimant comme pas possible. Horrible.
Je pense que ca en dit long sur l'humeur d'Octave Mirbeau, et notamment sur sa vision de l'amour.

— Oui… tu comprends, interrompit Jean… Papa a dit en me tirant les oreilles : « Si on l’écoutait, ce gamin-là, il nous amènerait tout le collège. » Enfin, il n’a pas voulu, quoi ! ni maman non plus. Ils m’ont demandé ce que tu étais. Je leur ai expliqué que tu étais quincaillier… qu’on t’embêtait à cause de ça… mais que tu étais tout de même bien gentil… et que je t’avais promis de te montrer mon uniforme de hussard… Alors, ils m’ont défendu de te voir… ils m’ont dit que tu n’étais pas une société pour moi… que je prendrais avec toi de mauvaises habitudes… tu comprends… Et ils m’ont fait un sermon parce que j’avais la manie de ne me lier qu’avec des pouilleux… J’ai répondu que tu n’étais pas un pouilleux, que tu n’étais pas sale comme Bolorec… Enfin, voilà !
Inquiet, piétinant sur place, Jean regardait autour de lui. Il reprit avec volubilité :
— Il ne faut plus que je te voie… il ne faut plus que nous allions ensemble… Le Père Dumont est venu, et il a promis à papa qu’il me surveillerait… Mais je t’aime bien tout de même… Je te parlerai quelquefois, quand on ne nous verra pas, tu comprends… Et puis, Bolorec, on ne lui a pas défendu à lui, d’aller avec toi… Tu iras avec Bolorec… Il est très gentil, Bolorec… Je m’en vais, parce que le Père nous regarde… Il m’attraperait si je causais trop longtemps avec toi… Ah ! dis donc !… Il faudra aussi que tu me rendes le ballon en cuir que je t’ai donné…
L’enfant ne pleura pas. Mais la douleur du coup fut si forte, qu’il pensa s’évanouir. Il voulut crier : « Jean ! Jean ! » et ne le put. Il avait la gorge serrée, la tête bourdonnante et vide, les membres tout froids. Il essaya de faire un pas, et ne le put… Le sol sous ses pieds se dérobait, se creusait en abîmes… Des lumières rouges dansèrent devant ses yeux. Et Jean s’éloigna en sautillant.

Sébastien Roch est le récit sans espoir d'un gamin violenté et violé. Puis d'un jeune homme vide. Complètement vide. Je vous jure qu'il faut avoir l'estomac accroché. Je ne relirais pas ca tous les jours.
 
Alles ist erleuchtet, Jonathan Safran Foer
 
Pour comprendre cette merveilleuse petite traduction que je vous fais, il vous faut d'abord savoir un peu le contexte. Le héro est un juif américain, Jonathan Safran Foer. Le narrateur, c'est Alex, un ado ukrainien, qui lui sert de traducteur dans le voyage que le héro entreprend à travers l'Ukraine à la recherche de l'Histoire de sa famille.
En gros, tout va pour le mieux. Si ce n'est que le traducteur ne parle pas très bien anglais, que le chauffeur de la voiture (Alex, le grand-père d'Alex) est non-voyant et que sa chienne est folle. Sinon, en gros, tout va pour le mieux.
Et là, ben ils ont faim.
 
« Juste une chose », dit le héro. « Quoi ? » « Il faut que vous sachiez que...» « Oui ? » « Je suis... comment dire...? » « Quoi ? » « Je suis... » « Vous êtes très affamé, non ? » « Je suis végétarien. » « Je ne comprends pas. » « Je ne mange pas de viande. » « Pourquoi ? » « Je n'en mange pas, c'est tout. » « Il ne mange pas de viande. » j'informe grand-père. « Bien sûr qu'il en mange. » grand-père dit. « Bien sûr que vous mangez. » j'informe le héro. « Non. Je n'en mange pas. » « Pourquoi non ? » je demande encore une fois. « Je n'en mange pas. C'est comme ca. Pas de viande. » « Du porc ? » « Non. » « De la viande ? » « Pas de viande. » « Un steack ? » « Non. » « Du poulet ? » « Non. » « Vous mangez du mouton ? » « Grand dieux, non ! Absolument pas de viande de mouton. » « Et des saucisses ? » « Pas de saucisse non plus. » J'ai dit ca à grand-père et il m'a regardé énervé. « C'est quoi son problème ? » il demande. « C'est quoi votre probème ? » je demande au héro. « Je suis comme ca. » il dit. « Un hamburger ? » « Non. » « De la langue de boeuf ? » « Non. » « Qu'est-ce qu'il t'a dit que c'était son problème ? » grand-père demande. « Il est comme ca. » « Il mange de la saucisse ? » « Non. » « Pas de saucisse ! » « Non. Il a dit qu'il ne mange pas de saucisse. » « Vraiment ? » « C'est ce qu'il dit. » « Mais la saucisse, c'est... » « Je sais. Vous ne mangez vraiment pas de saucisse ? » « Pas de saucisse. » « Pas de saucisse » je dit à grand-père. Il a fermé les yeux et essayé de croiser les bras sur son ventre, mais il n'y avait pas de place à cause du volant de la voiture. Il avait l'air qu'il allait se trouver mal parce que le héro ne mange pas de saucisse. « Bien, il peut bien décider ce qu'il veut manger. Nous allons au restaurant le plus proche.. » « Vous êtes un schmock. » j'informe le héro. « Vous n'utilisez pas ce mot correctement. » il dit. « Oh, si. » je dis.
 
« Comment ca, il ne mange pas de viande ? » la serveuse demande, et grand-père a pris sa tête dans ses mains. « C'est quoi son problème ? » elle a demandé. « À qui ? À celui qui ne mange pas de viande, à celui qui prend sa tête dans ses mains, ou au chien qui se mâche la queue ? » « À celui qui ne mange pas de viande. » « Il est comme ca. » Le héro demande de quoi nous parlons. « Ils n'ont rien avec pas de viande. » je l'informe. « Il ne mange pas de viande du tout ? » la serveuse demande encore une fois. « Non. Il est comme ca. » je lui dis. « De la saucisse ? » « Pas de saucisse. » grand-père dit à la serveuse et tournait la tête dans tous les sens. « Peut-être que vous pouvez quand même manger un peu de viande » je dis au héro « car il n'ont rien avec pas de viande. » « Ils n'ont pas de pomme de terre par exemple ? » il demande. « Vous n'avez pas de pomme de terre par exemple ? » je demande à la serveuse. « Les pommes de terre sont toujours servies avec la viande. » elle dit. J'ai dit ca au héro. « Je ne peux pas avoir une assiette de pomme de terres ? » « Quoi ? » « Je ne peux pas avoir deux ou trois pommes de terre dans une assiette, sans viande ? » J'ai demandé à la serveuse, et elle a dit, qu'elle allait voir le chef et lui demander. « Demande-lui si il mange du foie. » grand-père a dit.
 
La serveuse est revenue et a dit : « Je peux vous dire que nous faisons une exception pour vous. Nous pouvons lui donner deux pommes de terre, mais elles vont être servies avec de la viande. Le chef a dit que c'est comme ca et un point c'est tout. Il faut qu'il mange ca. » « Deux pommes de terre, c'est bien ? » je demande au héro. « Fantastique. » 
 
Pour vous gâcher le suspens: à la fin de l'histoire, une des deux pommes de terre tombe par terre...

Bon, j'ai beaucoup aimé, bien sûr, parce que Safran Foer est génial. Mais QUAND MÊME, Extrèmement Fort et Incroyablement Près c'était mieux. (Non, parce que quand le grand-père en est à dépuceler sa cinquante-deuxième vierge, je me suis un peu ennuyée quand même.)
 
Cora, Georges Sand

Tentative ratée de me re-réconcilier avec Georges Sand. Bon, j'avoue que c'était marrant...
 
La belle sabotière, Octave Mirbeau
 
Kervilahouen, Octave Mirbeau
 
Veuve, Octave Mirbeau

Un peu bizarre pour du Mirbeau. Je le croyais moins romantique que ca.

Ce que je sais de Véra Candida, Véronique Ovaldé

J'étais curieuse, parce que tout le monde me le conseillait. Puis finalement... je crois que je ne suis pas assez féministe pour ce genre de choses.

Beckett, Anouilh

Le petit mendiant, Octave Mirbeau

Ma chaumière, Octave Mirbeau

Lady L., Romain Gary

Quand j'étais plus petite, j'ai souvent inscrit Lady L. comme mon livre préféré. C'est à dire bien avant de pouvoir comprendre de quoi il était exactement question. Lady L., c'est donc une vieille histoire d'amour.
J'aime toujours Lady L., cet espèce de collision inconciliable entre l'idéalisme et le nihilisme. Et pourtant, la frontière est si floue...

Une autre très grande dame, la princesse Alice de Bade, devait lui dire un jour en parlant du drame de Mayerling : "L'amour, voyons, mais nous devons laisser ca aux pauvres."
Armand s'était tourné vers la chandelle au cou tordu qui paraissait le dévisager et sourit tristement à la petite flamme.
- Pauvre Sapper. Ca va être beauoup plus dur, sans lui... C'était un homme. Enfin.
Mais ce fut tout : un camarade tombé, cela ne comptait guère auprès de l'humanité. Il se baissa vers la sacoche de cuir, prit une poignée de bijoux et se mit à rire.
- Mazette. Jour de deuil pour Lloyds. On va pouvoir agir. Il y a là de quoi nous faire durer un an au moins.
Elle ferma les yeux. Elle savait ce que ce "nous" voulait dire. Cela voulait dire "personne". Tout au plus Liberté, Égalité, Fraternité, avec leurs grosses moustaches et leur chapeau melon, qui viendront lui passer les menottes et lui montrer le chemin de la guillotine. "Comme c'est étrange, songea-t-elle, en caressant doucement sa joue, le regardant avec une tendre hostilité, comme c'est étrange, il suffit qu'une idée noble et généreuse atteigne à la démesure pour qu'elle devienne aussitôt étroitesse d'esprit."

Comment être aussi vrai en étant aussi factice ? Comment ces personnages si romancés peuvent-ils être aussi vrais ? Je veux dire : on ne peut pas croire un seul instant à de tels personnages, surtout à Lady L., c'est une pure figure littéraire. Et pourtant elle a une plus grande vérité que tous les personnages les plus réalistes.

Farces et moralités, Octave Mirbeau
(L'Épidémie, Vieux ménage, Le portefeuille, Les amants, Scrupules, Interview)

Enfin à nouveau du Octave Mirbeau marrant. Je commencais à déprimer.
La plupart des histoires sont déjà dans Les vingt-et-un jours d'un neurasthénique, mais je les retrouve ici en dialogues.

LE DOCTEUR TRICEPS
Ne touchez pas à cette lettre... Brûlez cette lettre... Elle n'est peut-être pas désinfectée...
(Il se précipite, s'empare vivement de la lettre et la lance dans la cheminée. Puis, tirant de sa poche un vaporisateur, à grands pas, il fait le tour de la pièce.)
Désinfectons, Messieurs, désinfectons !

(Et tandis qu'une épouvante plane au-dessus des conseillers, subitement immobiles et convulsés, le maire, d'une voix qui pleure et qui tremble, poursuit dans le silence mortuaire de la salle.)

LE MAIRE
Nous ignorons son nom... qu'importe ? Nous connaissons son âme... Messieurs, c'était un bourgeois vénérable, gras, rose, heureux... Son ventre faisait envie aux pauvres... Chaque jour, à heure fixe, il se promenait, souriant, sur le cours, et sa face réjouie... son triple menton... ses mains potelées étaient pour chacun un vivant enseignement social... Il semblait qu'il ne dût jamais mourir, et pourtant il est mort... Un bourgeois est mort !...

LE MEMBRE DE LA MAJORITÉ, comme s'il psalmodiait le miserere.
Un bourgeois est mort !

LE MEMBRE DE L'OPPOSITION, même jeu
Un bourgeois est mort !

TOUS, successivement
Un bourgeois est mort !

La Folle, Octave Mirbeau

Pygmalion, Bernard Shaw que j'ai dans le colimateur depuis la prépa.

Par contre, je ne me souvenais absolument pas pourquoi. En puis en lisant, j'ai compris: en fait, c'est une pièce de théâtre pour les linguistes. Avec un spécialiste de phonétique comme principal. Spécialiste de phonétique qui, en plus, a quelque chose de Sheldon. Bref, je suis chez moi...
Donc du coup, ben évidemment, j'ai beaucoup aimé. C'est un peu Ionesco comme écriture, j'adore.

Ruy Blas, Victor Hugo dont Bernard Shaw parlait dans sa préface à Pygmalion. Comme je m'en souvenais plus, j'ai eu envie de le relire.
C'était vraiment super ennuyeux come pièce. À mi-chemin, j'ai laissé tomber (et j'ai regardé la suite en vidéo).
Mais je ne vois absolument pas le rapport avec ce que disait Bernard Shaw dessus...

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Fables, Esope

La mort du Père Dugue, Octave Mirbeau

Qu'est-ce que je vais lire après ?

J'ai envie de lire Jean-Christophe de Romain Rolland, et puis j'ai envie de relire du Sartre...

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