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lundi, 28 novembre 2011

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

Les vingt-et-un jours d'un neurasthénique, Octave Mirbeau

Je continue de découvrir avec émerveillement les écrits d'Octave Mirbeau. Les écrits un peu décousus, noirs, très très noirs, mais drôles et sincères.

Ce soir, Roger m’a demandé :
— Penses-tu quelquefois à la mort ?
— Oui… ai-je répondu… Et cela m’effraie… et je m’efforce de repousser l’effrayante image…
— Cela t’effraie ?…
Il a haussé les épaules, et il a continué :
— Tu penses à la mort… et tu vas, et tu viens… et tu tournes sur toi-même… et tu t’agites dans tous les sens ?… Et tu travailles à des choses éphémères ?… Et tu rêves de plaisir, peut-être – et peut-être de gloire ?… Pauvre petit !…
— Les idée ne sont pas des choses éphémères, ai-je protesté… puisque ce sont elles qui préparent l’avenir, qui dirigent le progrès…
D’un geste lent, il m’a montré le cirque des montagnes noires :
— L’avenir… le progrès !… Comment, en face de cela, peux-tu prononcer de telles paroles, et qui n’ont pas de sens ?…
Et, après une courte pause, il a continué :
— Les idées !… Du vent, du vent, du vent… Elles passent, l’arbre s’agite un moment… ses feuilles frémissent… Et puis, elles ont passé… l’arbre redevient immobile comme avant… Il n’y a rien de changé…

Dans le ciel, Octave Mirbeau

Une oeuvre très torturée, dans laquelle Octave Mirbeau raconte l'histoire d'un peintre (sans doute Van Gogh), et dans laquelle il raconte aussi sa conception de l'Art et l'impasse dans laquelle l'artiste se trouve.
C'est un récit vraiment étrange, sans structure, mais superbe. Il faut juste pas être trop déprimé avant de s'y lancer.

– Vois-tu, mon petit, en art, il n'y a qu'une chose belle et grande: la santé !... Moi, je suis un malade... et ma maladie est terrible; et je suis trop vieux maintenant pour m'en guérir... C'est l'ignorance... Oui, je ne sais pas un mot de mon métier, et jamais je n'en saurai un mot !... Je ne suis pas un fou, comme tu pourrais croire, je suis un impuissant, ce qui est bien différent... ou si tu aimes mieux, un raté... Sais-tu pourquoi je me bats les flancs pour trouver un tas de choses compliquées, ce qu'ils appellent, les autres, des sensations rares, et ce qui n'est pas autre chose que de l'enfantillage et du mensonge... Sais-tu pourquoi ?... C'est parce que je suis incapable de rendre le simple!... parce que je ne sais pas dessiner, et parce que je ne sais pas mettre les valeurs ! Alors je remplace ça par des arabesques, par des fioritures, par un tas de perversions de formes qui ne donnent de l'illusion qu'aux imbéciles !... Et, comme je ne peux pas mettre un bonhomme debout sur ses jambes, je le mets debout sur sa tête. On dit : « C'est épatant ! » Eh bien, non! je suis un cochon ! voilà tout !... Va donc voir si les Terburgh, les Metsu , les Rembrandt ont cherché à peindre l'aboi d'un chien , par exemple!... Ils ont peint des hommes et des femmes tout bêtement ! Et ça y est... Et le père Corot ?... Est-ce qu'il a voulu peindre des arbres la racine en l'air ? et des sarabandes d'astres en ribote ? Non ! Et ça y est ! Ah ! qu'ils m'ont fait du mal ces esthètes de malheur, quand ils prêchaient, de leur voix fleurie, l'horreur de la nature, l'inutilité du dessin, l'outrance des couleurs, le retour de l'art aux formes embryonnaires, à la vie larveuse !... Car ça n'est pas autre chose que leur idéal dont ils ont empoisonné toute une génération ? [...] Je n'ai jamais cru à cet art pauvre, à cette basse mysticité, et, pourtant, peu à peu, je me suis, sans le savoir, laissé prendre, envahir, par toutes ces théories trompeuses qui corrodent l'air que nous respirions, nous autres jeunes gens, avides de nouveauté, facilement portés à croire que le beau, c'est le bizarre !... Au lieu de travailler méthodiquement, d'apprendre à dessiner un beau mouvement de nature, une belle forme de vie, de chercher le simple et le grand, j'ai fini par penser que le heurté, le déformé, c'était tout l'art !... Et voilà où j'en suis aujourd'hui !... Je suis fichu !... J'ai un métier et je ne puis pas m'en servir... Alors quoi ?...

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Wallenstein, Schiller, toujours.

Et encore une fois, vous avez droit à une super traduction improvisée.
Elle se trouve au tournant de la pièce. Octavio, le père de Max et meilleur ami de Wallenstein, qui intrigue avec l'empereur contre Wallenstein, décide de passer à l'acte et de tourner les armes contre son chef (Wallenstein, au cas où vous auriez pas suivi). Mais avant, il essaye d'obtenir le soutien des autres généraux.
Le premier qu'il recoit chez lui est un pro-Wallenstein, Isolani, prêt à se retourner contre l'empereur à tout moment. Mais pas très futé. Et qui évidemment rentre chez Octavio Piccolomini sans se douter de rien.

ISOLANI Faites attention. Tout le monde n'est pas de cet avis.
Beaucoup ici sont encore attachés à la Cour,

Et pensent que leur signature de tantôt,
Qui leur fut volée, ne les engage à rien.
OCTAVIO Vraiment ? Dites-moi donc qui sont ceux qui pensent ainsi.
ISOLANI Pardieu ! Tous les Allemands le disent.
De même Esterhazy, Kaunitz et Deodat
Disent maintenant qu'il faut obéir à la Cour.
OCTAVIO Cela me réjouis.
ISOLANI          Vous réjouis ?
OCTAVIO          Que l'Empereur ait
Encore tant d'amis et de preux serviteurs.
ISOLANI Ne plaisantez pas. Ce ne sont pas des hommes sans valeur.
OCTAVIO Certainement pas. Dieu me garde de plaisanter !
C'est très sérieusement que je me réjouis que la situation
Soit si favorable.
ISOLANI          Que Diable ? Qu'est-ce que cela ?
N'êtes-vous pas... Pourquoi suis-je donc ici ?
OCTAVIO (avec autorité) Pour déclarer une bonne fois pour toute, si vous
Êtes un ami ou ennemi de l'Empereur?
ISOLANI (entêtement) Cette déclaration, je la ferai
À qui de droit.
OCTAVIO Si j'en ai le droit, voilà ce que vous apprendra cette lettre.
ISOLANI Que... quoi ? Voici la signature et le seau de l'Empereur
(Il lit)
"Ainsi, tous les commandants de notre
Armée devront obéir aux ordres de notre cher et dévoué
Général en chef, Octavio Piccolomini,
Comme aux notres" Hum... Oui... Donc... Oui, oui !
Je... vous fais mes félicitations, Général en chef.
OCTAVIO Vous vous soumettez à cet ordre ?
ISOLANI          Je... mais
Vous me prenez-là par surprise... On me donnera
Bien je pense le temps d'y réfléchir...
OCTAVIO         Deux minutes.
ISOLANI Mon Dieu, la question est cependant...
OCTAVIO          Simple et claire.
Il vous faut déclarer si vous voulez trahir votre seigneur
ou le servir fidèlement.
ISOLANI Trahir... Mon dieu... Qui parle donc de trahir ?
OCTAVIO C'est bien ce dont il est question. Le prince est un traitre.
Il veut passer l'armée à l'ennemi.
Expliquez-vous clairement. Voulez-vous
Renier l'Empereur ? Vous vendre à l'ennemi ? Voulez-vous ?
ISOLANI Que pensez-vous donc ? Moi, renier sa majesté l'Empereur ?
Dis-je cela ? Quand ai-je donc
Dit cela ?
OCTAVIO Vous ne l'avez encore pas dit. Pas encore.
J'attends de voir si vous allez le dire.
ISOLANI Et bien, vous voyez, je suis bien aise que vous-même témoigniez
Que je n'ai jamais dit cela.
OCTAVIO Vous vous détachez donc du prince ?
ISONALI Si il médite trahison... La trahison brise tous les liens.
OCTAVIO Et vous êtes prêt à tirer les armes contre lui ?
ISOLANI Il a été bon envers moi... Mais si c'est un coquin
Qu'il aille au Diable ! Nous sommes quittes.

Je ne sais pas si vous êtes aussi enthousiasmés que moi par cette scène. Je la trouve formidable. Tout se passe entre les lignes. Un tour de force.

Bref, Isolani va passer du côté de l'Empereur. Octavio décidera aussi Buttler, un ami fidèle de Wallenstein, avec beaucoup plus de perfidie. Puis viendra Max. Max, le propre fils d'Octavio, sera le seul que celui-ci ne gagnera pas.
Même si Max n'acceptera pas non plus de trahir l'Empereur. Parce que Max est un ado idéaliste, je le répète. Je ne sais plus exactement comme il se tire de cette histoire. Je vous raconterai quand j'aurai lu la suite.

Alles ist erleuchtet (Tout est illuminé), Jonathan Safran Foer

J'interromps un peu ma lecture de Schiller pour lire un bouquin prêté par Punky, une fille du taekwondo. Lorsqu'elle a évoqué, il y a quelque semaines, qu'elle était en train de lire ce livre, je m'étais empressée de lui demander de me le prêter après, ayant adoré le deuxième roman de Jonathan Safran Foer. De plus, Winnie m'avait vivement conseillé Tout est illuminé. Donc je n'ai pas hésité.

Maintenant, je vais me dépécher de le finir pour le rendre à sa propriétaire.

Nous y sommes, dit-il, voici les marches du peron. Maintenant, nous y sommes. Voici une porte. Et ceci, c'est une poignée de porte que je tourne. Et ici, nous déposons nos chaussures lorsque nous entrons dans la maison. Et là, nous accrochons les manteaux. Il parlait avec la petite fille comme si elle pouvait le comprendre, jamais avec une voix aigue ou par monosyllabe, et jamais il n'employait de language enfantin. Maintenant, je te nourris avec du lait. Il vient de Mordechai, le laitier, dont tu feras un jour aussi la connaissance. Il recoit ce lait d'une vache. Et quand on y pense, c'est quelque chose de très étrange et de très inquiétant, alors n'y pense pas... Ce qui passe là, sur ton visage, c'est ma main. Certaines personnes sont gauchères, d'autres sont droitières. Ce que tu es, toi, nous ne le savons pas encore, parce que tu restes là à me laisser faire les choses pour toi... Ceci, c'est un baiser. C'est ce qui se passe lorsque l'on presse les lèvres et qu'on les pose sur quelque chose ; parfois sur des lèvres, parfois sur une joue, parfois sur autre chose. Ca dépend... Cela, c'est mon coeur. Tu le touche avec ta main gauche, pas parce que tu es gauchère (encore que cela soit possible) mais parce que je la presse contre mon coeur. Ce que tu sens, ce sont les battements de mon coeur. Ils me tiennent en vie.

Qu'est-ce que je vais lire après ?

Du Octave Mirbeau.

Quelque chose de Georges Sand aussi, rapport à l'article de Dostoievski de la semaine dernière.

dimanche, 27 novembre 2011

Objectif de la semaine

Bilan de la semaine

Bilan de mon entrevue avec Konfus Junior:
- Remodelage du plan en trois parties en un plan en deux parties: au lieu de la structure "morpho/syntaxe/structure informative", j'ai une structure "base pour une grammaire du hongrois (mopho/syntaxe) / Structure Informative". C'est dix mille fois mieux. Cent mille fois mieux. Un milion de fois mieux.
- Je dois réduire réduire réduire cette première partie (qui occupe encore 33 des 70 pages autorisées).
- Je me retrouve avec une liste impressionante de trucs à lire. "Mais c'est pas très grave, vous avez encore beaucoup de temps !" (Trois mois, pour lui, c'est beaucoup, donc.)

CONCLUSION: Mon problème de plan est déjà à moitié réglé, et pour l'autre moitié, au moins, je suis confirmée dans mon impression que OUI, y'a un truc qui cloche. C'est mieux (du moins: plus constructif) que le "mais non, c'est très bien" de Konfus.

Bilan des lectures:
- Is "Focus Movement" Driven by Stress ? Horvarth

Bilan du développement-pas-rédigé:

J'ai fait à vue de nez la moitié de ce que je voulais faire. Pas très brillant donc.
La faute à une crève qui me fatigue et me donne très mal à la tête, et à ce que ce développement-pas-rédigé est sans doute trop rédigé. Mais des fois, j'ai du mal à savoir où je veux moi-même en venir. Alors je rédige un peu. Mais je perds du temps.

Objectif de la semaine prochaine

Mon dilemne de la semaine dernière est résolu par Konfus Junior: Il m'a dit plus ou moins clairement qu'il ne voulait plus me revoir avant que j'aie lu whatmille articles et bouquins qu'il m'a filé, et beaucoup avancé dans ma deuxième partie.
Par conséquent: lecture lecture lecture et prise de notes, et la rédaction attendra.

Développement-pas-rédigé à finir

Ma deuxième partie, telle que je l'avais rédigé il y a deux ou trois semaines, faisait 9 pages. Maintenant, pas vraiment rédigée, elle en fait 15.
Objectif à moyen terme: 25 pages rédigées. À partir de là, je peux présenter à Konfus Junior un deuxième jet. Disons en gros: avant de partir en vacances de Noel.

Objectif à (plus ou moins) court terme: lire les articles et bouquins suivants

a. La théorie de Vallduví (gros classique), son interprétation HPSG et la critique de cette interprétation
- The informational component, Vallduví (à parcourir pour la forme, étant donné que je connais déjà en gros sa théorie)
- Information Packaging in HPSG, Engdahl and Vallduví
- Links without locations, Hendriks and Dekker

b. Autres analyses HPSG utiles pour l'analyse syntactique (celle dont je veux démontrer qu'elle est fausse)
- Strategies for Scope Taking, Szabolcsi (pas une analyse HPSG, mais qui devrait avoir quelques éléments intéressants sur les mouvements A')
- Towards a discourse-oriented representation of information structure in HPSG, Wilcock
- The Secret Life of Focus Exponents, and What it Tells Us about Fronted Verbal Projections, De Kuthy and Meurers
- Information Enriched Constituents in Dialogue, Ericsson

c. Analyse prosodique (celle que je veux prouver)
- Prosody, Focus and Word Order, Zubizarreta (1998)
- On the Relation between Syntactic Phrases and Phonological Phrases, Truckenbrodt (1999)
- Focus Projection and Prosodic Prominence in Nested Foci, Féry et Samek-Lodovici (2006)
- Information Structural Notions and the Fallacy of Invariant Correlates (2007)
- In Need of Mediation: The Relation Between Syntax and Information Structure, Fanselow (2008)
- Effects of Givenness and Constraints on Free Word Order, Fanselow and Skopeteas (2009)

d. Deux ouvrages HPSG-hongrois:
- A new look at information structure in Hungarian, Gécseg & Kiefer
- On the Syntax-Discourse Interface in Hungarian, Gazdik

e. Un ouvrage qui résume le point f.
- Discourse on Information Structure, Kruijff-Korbayová et Steedman (2003)

f. Gros classiques à côté desquels il est difficile de passer (mais qui sont pour certains un peu dépassés (comprendre: je sais vraiment pas si j'ai envie de les lire))
- Deep Structure, Surface Structure, and Semantic Interpretation, Chomsky (1970)
- Focus, Mode and the Nucleus, Gussenhoven (1983)
- The Fine Structure of the Left Periphery, Rizzi (1997)

g. Un truc sur les topic (enfin!)
- The dimensions of topic-comment, Jacobs (2001)

h. Classiques conseillés par un autre prof, donc dans une direction assez éloignée, mais qui donne peut-être un autre élairage sur la question.

i. À essayer de se procurer (dur à trouver):
- Shifting the focus : from static structures to the dynamics of interpretation, Wedgwood
- Intonation and stress: evidence from Hungarian, Varga
- Focus in the Theory of Grammar and the Syntax of Hungarian, Horvarth

CONCLUSION: L'objectif de la semaine est de lire le point e. J'aurai ainsi les notions de base qui me manquent pour un deuxième jet du mémoire.
La semaine suivante: sans doute le point a.

Autre objectif non-négligeable de la semaine

J'assiste à un workshop sur la structure informative organisé par la fac de la périphérie. Avec plein de gens intelligents venus des quatre coins du globe dedans. Le workshop s'étale sur deux jour, vendredi et samedi.
Ce qui me fait le plus peur, ce n'est pas tant d'enchaîner les conférences du soir au matin pendant deux jours (à raison de 6 conférences par jour) que le programme "du soir", à savoir un coming-together le jeudi soir (où on est tous censés faire connaissance dans la joie et la bonne humeur avant de se balancer nos théories dans la figure le lendemain) et un workshop dinner le vendredi soir (où on va manger ensemble au resto, à tous les coups en discutant de trucs trop intelligents dans lesquels je sens que je vais être complètement larguée).

Et oui, ca me fait SUPER peur. Je me vois PAS DU TOUT manger au resto, coincée entre Konfus et Junior qui discuteront de matrices et de framework ceci-celà. (À TOUS LES COUPS je vais me foutre de la sauce sur le pantalon.) J'essaye de me rassurer en me disant que la majorité des workshoppants seront sans doute des élèves de doctorat, et pas des profs avec déjà 10 ans de publications derrière eux. Mais quand même, j'ai très peur de me sentir bête.
J'ai failli me débiner pour les trucs du soir. Puis je me suis dit que c'était le premier pas à faire pour entrer dans la cour des grands, là où on a un bureau pour soi à la fac, un gros ordinateur et où on est PAYÉ pour bosser (hallucinant). Un jour sans doute, je devrai passer au pupitre devant ces gens pour leur présenter le résultat de mes recherches. Et EN ANGLAIS (l'horreur). À côté de quoi, manger des tapas avec Konfus relève du jeu d'enfant, n'est-ce pas ?

Donc voilà, objectif de la semaine prochaine: aller au Workshop (en m'étant un minimum préparée), ne pas me ridiculiser, faire éventuellement connaissance avec des gens intéressants, et ne pas faire couler de sauce sur mon pantalon.
Bon Dieu, mais qu'est-ce que je vais me mettre ???

lundi, 21 novembre 2011

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

Rien.

Oui, je sais, je casse le mythe...

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Toujours les deux mêmes.

Wallenstein, Schiller
Je ne résiste pas à vous faire une traduction-express (j'ai pas le temps) du début de la 2ème scène de l'acte II de La mort de Wallenstein (le troisième volet de la trilogie):

MAX (s'approchant) Mon général...
WALLENSTEIN            Je ne le suis plus
si tu te considères officier de l'empereur.
MAX Donc c'est décidé, tu quittes l'armée ?
WALLENSTEIN             Ou bien plutôt, j'espère
M'y attacher encore, et pas des liens plus forts. (Il s'asseoit)
Oui, Max. Je ne voulais pas te le découvrir
Avant que l'heure d'agir ait sonnée.
Le sentiment heureux de la jeunesse est prompt
À vouloir le Juste, et c'est une joie
Que de servir son propre jugement
Lorsque l'action est pure.
Mais, lorsqu'entre deux malheurs certains
Il faut en choisir un, lorsque le coeur
Ne peut pas seulement s'en rapporter à son devoir,
C'est un soulagement que de ne pas avoir à choisir,
Et la nécessité est une faveur.
- La voici venue. Ne regarde plus en arrière !
Cela ne te sert plus à rien. Regarde devant toi !
Ne juge pas ! Prépare-toi à agir !
- La Cour a décidé ma perte,
Me voici donc forcé de la prendre de vitesse.
- Nous allons nous alliez aux Suédois.
C'est un peuple d'hommes vaillants, et de bon amis.
(Il s'arrête, attendant une réponse de Piccolomini.)
- Je t'ai surpris. Ne me réponds pas.
Je veux te donner le temps de rassembler tes idées.

Je vous laisse sur cet incroyable suspens.
Sachez donc que le commandant Wallenstein a été une des figures marquantes de la guerre de trente ans, qui a opposé (heu... au XVII ème ?) les chrétiens (notamment l'empereur d'Espagne) aux protestants (notamment les Suédois). Wallenstein a apporté son armée au service de l'empereur, contre certains privilèges (la principauté de Bohème, si j'ai tout suivi). Devenu très puissant, plus puissant que l'empereur d'Espagne lui-même, ce dernier a commencé à avoir un peu la trouille. Et a décidé de le mettre en retraite anticipé tant qu'il était encore temps. Wallenstein, qui ne voulait certes pas renoncer à son pouvoir, a préféré pactiser avec l'ennemi, les Suédois.
Voilà donc toute l'histoire de la trilogie de Wallenstein. Comment les généraux vont se laisser corrompre - certains par Wallenstein, et vont renier leur serment à l'empereur - et certains... par l'empereur, sentant bien que des têtes vont tomber et des places se libérer. Mais aussi, comment Wallenstein est entraîné dans cette trahison, comment le cercle vicieux l'y enferme avant même qu'il n'aie vraiment pris la décision de s'y livrer, etc.
Le pauvre Max, un ado schillerien idéaliste au possible et fou amoureux de la fille de Wallenstein, se retrouve coincé entre son père, le "meilleur ami" de Wallenstein qui conspire avec l'empereur contre "le traître" et son père spirituel, qui s'apprête à un acte de haute trahison que notre ado idéaliste ne peut vraiment pas accepter. Mais QUE VA-T-IL FAIRE ???

C'est vraiment grandiose. Un peu aride, c'est vrai. Y'a bien une petite histoire d'amour qui couronne le tout, mais le reste est très politique, très calculs et magouilles, et y'a des noms de généraux, de princes, de rois, d'empereurs et de provinces allemandes qui partent dans tous les sens.
Donc c'est pas une lecture évidente, mais c'est tellement génialissime que ca vaut le coup.

Les vingt-et-un jours d'un neurasthénique, Octave Mirbeau est une galerie de portraits tous plus savoureux les uns que les autres.

Allez, pour en rajouter une couche sur notre cher président (mais oui, tout à fait, Octave Mirbeau parle de Nicolas Sarkozy, vous saviez pas ?):

Mais M. le marquis ne daignait pas… Il était bien trop moderne pour cela… et puis, disons-le, il craignait les juges, tout marquis qu’il était. En résumé, le plus honnête homme du monde et qui n’avait point volé sa popularité… Les paysans passent, d’ordinaire, pour être malins et rusés ; les candidats, très souvent, pour être stupides. On a écrit là-dessus des romans, des comédies, des traités de science sociale, des statistiques qui, tous, ont confirmé ces deux vérités. Or, il arrive que ce sont les candidats stupides qui, toujours, roulent les paysans malins. Ils ont, pour cela, un moyen infaillible qui ne demande aucune intelligence, aucune étude préparatoire, aucune qualité personnelle, rien de ce qu’on exige du plus humble employé, du plus gâteux serviteur de l’État. Le moyen est tout entier dans ce mot : promettre… Pour réussir, le candidat n’a pas autre chose à faire qu’à exploiter – exploiter à coup sûr – la plus persistante, la plus obstinée, la plus inarrachable manie des hommes : l’espérance. Par l’espérance, il s’adresse aux sources mêmes de la vie ; l’intérêt, les passions, les vices. On peut poser en principe absolu l’axiome suivant : « Est nécessairement élu le candidat qui, durant une période électorale, aura le plus promis et le plus de choses, quelles que soient ses opinions, à quelque parti qu’il appartienne, ces opinions et ce parti fussent-ils diamétralement opposés à ceux des électeurs. » Cette opération que les arracheurs de dents pratiquent journellement sur les places publiques, avec moins d’éclat, il et vrai, et plus de retenue, s’appelle pour le mandant : « dicter sa volonté », pour le mandataire : « écouter les vœux des populations »…

Et après ?

Du Octave Mirbeau, bien sûr.

 

vendredi, 18 novembre 2011

Objectif de la semaine

Objectif de la semaine dernière

Entre préparation du week-end groupe de ce week-end (ah, les scouts allemands qui adoooorent organiser un week-end pour 80 personnes la veille au soir...) et réunions pour les rencontres européennes, les heures de bibliothèque ont été un peu tronquées cette semaine.
Je ne vous parle même pas de la semaine qui se termine le vendredi à 14h...

Mais bon. Tant pis.

Lu:
- Intonational Phonology, Ladd
- Interfaces vs. the Computational System in the Syntax of Focus, Horvarth
- A Stress-Based Approach to the Syntax of Hungarian Focus, Szendroi
Ca peut paraître peu, mais je suis vraiment contente. J'ai eu de vraies révélations avec ces articles

J'ai été voir Konfus, mais Konfus Junior ne m'a pas donné signe de vie.

Objectif de la semaine prochaine

Je termine le dernier article qui va avec ceux de cette semaine (même si je le suppose de répêter pas mal ce que j'ai déjà lu - au moins ca sera vite lu):
- Is "Focus Movement" Driven by Stress ? Horvarth

Après ca, travail sur le mémoire: développer les idées qui commencent à se dessiner bien clairement. Mais sans vrai travail de rédaction.

Puis, reprendre la lecture des derniers articles sur le hongrois (orientation HPSG):
- A new look at information structure in Hungarian, Gécseg & Kiefer
- On the Syntax-Discourse Interface in Hungarian, Gazdik

En même temps, je relance Konfus Junior pour qu'il me donne son avis sur mon plan.

Après ?

J'hésite beaucoup. D'une part, je pense qu'il serait grand temps de me mettre à la rédaction.
D'un autre côté, je n'aurai encore fait aucune des lectures préconisées par Konfus Junior, et j'aurai très peu de clés pour le côté HPSG de la chose (juste les deux derniers articles). Encore une semaine de lecture ou pas ?... J'aviserai dans une semaine.

lundi, 14 novembre 2011

Compte rendu de ma rencontre avec Konfus

J'ai donc - enfin - vu Konfus aujourd'hui.

J'ai commencé sur mon premier thème: si il avait des remarques sur l'état actuel du mémoire. Il a malheureusement des centaines de trucs à faire avant fin novembre, il n'a rien eu le temps de regarder, il est désolé.

De toutes facons, je voulais pas spécialement parler de ca avec lui, donc j'ai embrayé sur le deuxième thème: c'est bien beau tout ca, mais qu'est-ce que je vais faire après ?

Tout d'un coup, Konfus doit réfléchir profondemment. Ca c'est une question à laquelle il s'était pas préparé, dites...

Dans un premier temps, il m'explique à quel point ca va être difficile de trouver quelque chose "ici". Le je-sais-pas-quoi qui a plus d'argent, le groupe de recherche machin est complet, etc. "Ici", pour lui, c'est la fac du sud de Berlin. Je le rassure: j'en ai rien à faire d'être à la fac du sud. Je veux bien aller à toutes les fac qu'on voudra, du nord, en périphérie. Même, je veux bien aller ailleurs en Allemagne, je m'en fiche. Ou bien même, je veux bien aller au Vietnam si y'a un truc pour moi là-bas.
Alors là, c'est une autre histoire, je vais trouver facilement.

Oui, c'est ce que TOUT LE MONDE me dit. Ah, mais tu veux bien aller n'importe où ? Ah mais t'es prête à bosser dans n'importe quelle théorie et/ou sur n'importe quelle langue ? Ah, mais trop facile, tu vas trouver tout de suite.
Oui, oui, super. Mais encore ? Je vais trouver quoi ? Où ?

Il m'aiguille sur pas mal de postes de travail en assistant. C'est une vraie industrie dans les facs allemandes, ces postes. Ok, c'est très joli, mais ces ressencements de postes, je les connais: il faut toujours savoir parler turc, savoir parler une langue d'Afrique, savoir parler basque, savoir parler chinois, il faut avoir un diplôme d'ingénieur informaticien ou être natif d'un pays anglophone. Bref: y'a JAMAIS rien qui me correspond. Je peux attendre longtemps comme ca qu'une place parfaite me tombe du ciel.

Reste à passer un doctorat en free-lance. Ca je lui ai expliqué, c'est pas possible. C'est bien joli la recherche, mais j'ai besoin de manger le soir en rentrant chez moi.
Pour être en free-lance et avoir un financement quand même, il reste les bouses d'excellence. Deux inconvénients à ces bourses: la plupart démarrent en septembre (donc il me faut encore tenir un semestre et demi), et la plupart demandent beaucoup de travail et de réunions à côté. Et tout ca sur dossier et avec de petits quota, donc sans être sûr à l'avance d'être pris. Et au bout d'un an, y'a plus qu'à recommencer.

Reste donc à me greffer à quelques projets. Konfus en connaît tout un tas en HPSG, en Allemagne, en France (à Paris, évidemment... youpi). Mais bon, "tout un tas", c'est pas très précis. Il me cite plein de noms que je ne connais pas, c'est super cool, mais c'est pas très concret.
Je lui ai même dit que j'étais prête à partir dans un autre truc. Heu... LFG par exemple ? (j'ai choisi la théorie la plus proche de la HPSG pour ne pas trop le choquer, le pauvre) Ca lui a fait un coup. Faire une infidélité à la HPSG ? "Mais vous ne connaissez pas la LFG !" J'ai pas osé lui dire que, ok, je connais pas plus que ca la LFG, mais je connaissais pas plus la HPSG en commencant mon mémoire, et qu'après tout, je m'en était à peu près sortie quand même.
Il m'a quand même promis de contacter un gars pour une bourse, et que pour le reste, il allait y réfléchir.

On allait se serrer la main pour se dire au revoir, lorsque...

"Ah, mais que suis-je bête ! Je suis en train de monter un projet avec Indiana. C'était sur une langue romane, je suis plus très sûr, attendez je vérifie."
Il fouille dans ses papiers, et VOILÀ:

Konfus et Indiana sont en train de monter un projet pour analyser en HPSG des histoires de liaisons, d'isolations, etc. En bref, il s'agit de comparer les chants des oiseaux et la langue francaise. Si, si, vous avez bien lu. Bref, si ce projet est accepté, il démarrera en mars ou avril.

JE RÊVE. Non mais le projet parfait pour moi, quoi ! Konfus avait tout simplement oublié. Piufff, ca lui était sorti de la tête, comme ca, qu'il recherchait justement une francaise calée en HPSG pour bosser avec lui. Il a pas fait le lien.
Mon dieu, mon dieu, mais que va-t-on faire de ce gars ?
Ok, j'ai aucune idée de ce que sont ces isolations, mais j'avais aucune idée de ce qu'était la structure informative avant de bosser dessus, et pourtant je m'en suis sortie. Et Konfus m'a dit qu'il y aurait des histoires de structure informative dessus.

Donc évidemment, le projet n'est pas encore accepté. Donc rien n'est sûr. Mais porté par deux géants comme Konfus et Indiana, y'a quand même de l'espoir.
De toutes facons, d'ici février - mars au plus tard - on y verra un peu plus clair. D'ici là, j'aurai bien réussi à boucler ce mémoire qui s'approche de sa fin.

Cette fois-ci, on s'est vraiment dit au revoir, et Konfus a conclu en disant:

"En attendant, votre priorité est votre mémoire, et c'est ca qu'il faut mener à bien pour le moment."

Oui chef.

C'est lundi...

Cette fois-ci, je m'y prends au bout d'une semaine, ce qui rend la liste moins impressionnante...

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

Louis Dumoulin, Peintre des colonies, Michel Loirette dont voici mon commentaire pour les Agents Littéraires

 

Qui connaît Louis Dumoulin ? Sans doute pas grand monde. Cet intime de Verlaine, ami de Van Gogh et de Jules Verne, « peintre des colonies » a à peu près disparu des livres d'Histoire de l'Art. Personne ne s'intéresse plus à l'orientalisme un peu suspect du XIXème. Suspect, parce qu'il y reigne un colonialisme non dissimulé, et que le colonialisme, tout le monde le sait, c'est le mal.

 

Pour ma part, j'ai été ravie de retrouver parmi les personnages principaux de ce récit l'une des mes récentes découverte littéraire, Pierre Loti, cet auteur de « roman à l'eau de rose qui a eu ses heures de succès auprès des vieilles dames » (dixit le libraire de la librairie française du coin, lorsque je suis venue lui demander il y a un an s'il avait du Pierre Loti en stock). J'aime les retrouvailles fortuites au gré des lectures, et même si le style un peu précieux de Pierre Loti m'avait alors peu convaincue, j'ai été heureuse de mieux apprendre à connaître cet auteur fantasque, et suivre ses pérégrinations dans le désert egyptien m'a donné envie de lire à nouveau quelque chose de lui. Cette lecture prendra un tout nouvel éclairage.

 

J'ai dit que j'aimais les retrouvailles fortuites. J'aime aussi joindre l'utile à l'agréable. De ce point de vue, je ne pouvais qu'être amplement contentée par cette « biographie romancée ». L'auteur, Michel Loirette, après de nombreuses recherches, s'est trouvé en possession de trop peu de matériel pour écrire un ouvrage scientifique ou une biographie dans les règles de l'art. Ne voulant pas pour autant lâcher complètement son sujet, il a choisi ce style romancé, libre et, finalement, très personnel. Tant mieux pour nous.

 

Ni biographie, donc, ni roman historique, nous suivons Louis Dumoulin de janvier 1886 (le jour où il claqua la porte de l'atelier de son Maître) à l'Exposition Universelle de 1990 (pour laquelle il réalisa une fresque monumentale, le Tour du Monde). Nous revivons ainsi avec lui les débuts et l'apogée de « Monsieur l'Artiste ».

 

« Je ne me suis jamais considéré comme un génie, tout au plus comme un artiste compétent. » Ces mots que Michel Loirette place dans la bouche de Louis Dumoulin, il semble les avoir fait siens.
Sans se lancer dans la grande Littérature, il nous livre un roman bien ficelé, agréable à lire et très documenté. Lui aussi est sans nulle doute un « artiste compétent ».

- C'est affreux ce que vous me dites là ! Si j'ai bien compris, vous avez volontairement tiré un trait sur votre génie pour de l'argent ! Pour de simples toiles de fond destinées à des expositions mercantiles !
- D'abord, je ne me suis jamais considéré comme un génie, tout au plus comme un simple artiste compétent qui connaissait toutes les ficelles de son métier. Mais ces commandes de grande envergure me donnent de l'aisance, de la liberté pour peindre comme je l'entends, sans me soucier des contingences matérielles. N'est-ce pas le plus important ?
- Peut-être pour vous, mais cela manque cruellement de romantisme. Ce n'est pas la vie de bohème des artistes, si étrange et fascinante que je me plaisais à imaginer.
- Le romantisme, la bohème, je m'en contrefiche. J'ai trop bien connu ces peintres, ces poètes qui tiraient le diable par la queue, vivaient dans des soupentes ou dans d'infâmes garnies. La misère n'est jamais fascinante. Elle est sordide, malsaine, ignoble. Je pense à Paul Verlaine qui malgré son génie mourut dans une pauvreté que l'on a du mal à croire, et à Van Gogh que j'aimais tant et qui mis fin à ses jours à Auvers-sur-Oise, sans qu'un marchand de tableaux daigne s'intéresser à lui.

 

Les liaisons dangereuses, Pierre Cholderlos de Laclos que j'adore toujours et encore.

Laquelle des deux, Theophile Gautier

La mort de Georges Sand, Dostoievski

La Convention de 93, en envoyant un diplôme de citoyen au poète allemand Schiller, l’ami de l’Humanité, a, certes, accompli un bel acte, imposant et même prophétique ; mais elle ne soupçonnait même pas qu’à l’autre bout de l’Europe, dans la Russie barbare, l’œuvre de ce même Schiller a été bien plus répandue, naturalisée, en quelque sorte, qu’en France, non seulement à l’époque, mais encore plus tard, au cours de tout ce siècle. Schiller, citoyen français et ami de l’Humanité, n’a été connu en France que des professeurs de littérature et encore pas de tous, — d’une élite seulement. Chez nous, il a profondément influé sur l’âme russe, avec Joukovski, et il y a laissé des traces de son influence ; il a marqué une période dans les annales de notre développement intellectuel. Cette participation du Russe aux apports de la littérature universelle est un phénomène que l’on ne constate presque jamais au même degré chez les hommes des autres races, à quelque période que ce soit de l’histoire du monde ; et si cette aptitude constitue vraiment une particularité nationale, russe, bien à nous, quel patriotisme ombrageux, quel chauvinisme s’arrogera le droit de se révolter contre un pareil phénomène, et ne voudra, en contraire, y voir la plus belle promesse pour nos destinées futures.

Oh, certes, il se trouvera des gens pour sourire de l’importance que j’attribue à l’action de George Sand, mais les moqueurs auront tort.

Bon, ok, ca va, ca va, je vais lire du Georges Sand...

La mort de Balzac, Octave Mirbeau

Donc c'est officiel: Octave Mirbeau est mon nouvel amour.

Ce qui intéresse Octave Mirbeau chez Balzac, ce n'est ni son oeuvre, ni son talent. Non, Octave Mirbeau aime l'humain, le très très humain, le scabreux, les odeurs, les détails. Balzac pue, et Octave Mirbeau s'en donne à coeur joie.
Pourtant, sous ces détails prosaiques, on sent l'admiration inconditionnelle de Mirbeau pour l'oeuvre de cet auteur génial et infatiguable. Mais ce n'est pas ce qui l'intéresse.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Wallenstein, Schiller était l'oeuvre au programme de ma première année de prépa. Autant dire que, incapable d'alligner trois mots d'allemand, j'étais absolument hors d'état de lire une trilogie en vers du XVIIIème siècle (saupoudrée de dialecte souabe qui plus est).
En début de semestre, j'ai vu qu'il y aurait un cours sur Wallenstein. Et comme j'ai malgré tout gardé un souvenir très fort de cette oeuvre (comme de tout ce que j'ai lu de Schiller - génial), j'ai eu envie de me reprendre au jeu. On est déjà à la troisième semaine de cours, c'est vrai, mais ce n'est que maintenant que je me décide à lire la trilogie en entier.
Il y a bien des passages qui m'échappent. Et la lecture des vers demande un certain effort de concentration. Mais ca passe à peu près.

Je PEUX lire du Schiller en VO.
Ces quatre années n'auront pas été en vain.

Histoire de la Prusse, Michel Kerautret

Les vingt-et-un jours d'un neurasténique, Octave Mirbeau

Jubile jubile jubile !

» – Mon cher monsieur, me dit-il, après un geste de condescendance un peu hautaine, je suis l’inventeur d’un nouveau mode de reproduction humaine.

 

» – Ah !

 

» – Oui… Cela s’appelle la Stellogenèse… C’est un genre de conception qui me tient fort à cœur… Je ne puis me faire à l’idée que moi… Clara Fistule… je sois engendré de la bestialité d’un homme et des complaisances prostitutionnelles d’une femme… Aussi, je n’ai jamais voulu reconnaître pour tels les deux abjectes créatures que la loi civile appelle : mes parents.

 

» – Cela vous honore, approuvai-je…

 

» – N’est-ce pas ?… Voyons, cher monsieur, il n’est pas admissible qu’un être d’intelligence, comme je suis, qu’un être tout âme, comme je suis, qu’un être enfin assez supérieur pour n’avoir gardé du corps humain que les strictes apparences nécessaires, hélas ! à un état social aussi imparfait que le nôtre, il n’est pas admissible, dis-je, qu’un tel être soit sorti des organes hideux qui, pour être des instruments d’amour, n’en sont pas moins des vomitoires de déjections… Si j’étais certain d’avoir dû la vie à une telle combinaison d’horreurs, je ne voudrais pas survivre un seul instant à ce déshonneur originel… Mais je crois que je suis né d’une étoile…

 

» – Je le crois aussi…

 

» – Je le crois d’autant plus que, la nuit, quelquefois, dans ma chambre, je répands autour de moi une clarté singulière…

 

» – Mes compliments…

Qu'est-ce que je vais lire après ?

Hum... du Octave Mirbeau ?

 

vendredi, 11 novembre 2011

Objectif de la semaine

Objectif de la semaine dernière

Lu:

- Functional sentence perspective: a case study from Japanese and English, Kuno
- Basic Notions on Information Structure, Krifka
- Identifying reference and truth value, Strawson
- Information Structure, Interdisciplinary Studies on Information Structure (ISIS)
- Focus in Hungarian and Checking Theory, Bródy

En train:
- Intonational Phonology, Ladd
(c'est pas un article mais un bouquin celui-là ; j'ai lu 50 des 100 pages qui m'intéressent)

--> Pas trop mauvais, mais un peu moins que je ne l'espérais.

Objectif pour cette semaine

Je continue mes lectures:
- Intonational Phonology, Ladd
(- Focus in the Theory of Grammar and the Syntax of Hungarian, Horvarth)
- Interfaces vs. the Computational System in the Syntax of Focus, Horvarth
- A Stress-Based Approach to the Syntax of Hungarian Focus, Szendroi
- Is "Focus Movement" Driven by Stress ? Horvarth
- A new look at information structure in Hungarian, Gécseg & Kiefer
- On the Syntax-Discourse Interface in Hungarian, Gazdik

(À cette liste de la semaine dernière, je me suis rajouté:
- Shifting the focus : from static structures to the dynamics of interpretation, Wedgwood
- Intonation and stress: evidence from Hungarian, Varga
Mais ces deux ouvrages, ainsi que celui de Horvarth, vont être un peu difficile à se procurer, donc je les mets entre parenthèse pour le moment.)

Konfus Junior m'a rajouté:
- The Secret Life of Focus Exponents, and What it Tells Us about Fronted Verbal Projections, De Kuthy
- Information Packaging in HPSG, Engdahl and Vallduví
- Towards a discourse-oriented representation of information structure in HPSG, Wilcock
- Information Enriched Constituents in Dialogue, Ericsson

De plus, je vais voir Konfus lundi et Konfus Junior* un jour dans la semaine.
Avec Konfus, j'aimerais surtout parler (enfin) de la problèmatique "mais qu'est-ce que je fais après ???".
Avec Konfus Junior, je veux surtout retravailler mon plan qui me plaît un peu mieux, mais toujours pas complètement.

* Je me demandais la semaine dernière pourquoi Konfus Junior ne répondais plus depuis qu'il est mon correcteur. Maintenant j'ai eu la réponse: il vient d'être papa.
Trop bien, encore un qui aura jamais le temps de rien parce que son bébé sera malade.
(Non, je déconne, en fait je trouve ca trop mignon et je veux qu'il me prenne comme baby-sitter.)

Et après ?

Comme j'aurai sans doute pas fini de lire, on repartira sur une troisième semaine de lecture.
Après, va quand même falloir rédiger un peu...

jeudi, 10 novembre 2011

Depuis hier

Depuis hier, on est tombés dans l'hiver.
Il fait un vent glacial et je consomme deux paquets de mouchoir par jour.

J'aurais dû m'en douter. Toutes les météos nous préviennent depuis fin septembre que l'hiver va être particulièrement dur, que ca va être horrible, qu'on va atteindre des records. Et depuis fin octobre, on a droit à un automne magnifique, avec un joli soleil.

Donc voilà, depuis hier, ca rigole plus. C'est l'hiver.

Depuis hier, aussi, mon mémoire est officiellement déclaré. Je suis donc définitivement sous la direction de Konfus et de Konfus Junior (c'est à dire: coincée entre deux mecs qui ont absolument pas les pieds sur terre et la tête pleine de nuages bleus et de théories compliquées (et de matrices) - bref, ca va pas être triste*).

Donc c'est officiel, imprimé et signé.
Et je dois avoir rendu au plus tard le 20 mars prochain (je vise quand même un mois plus tôt à peu près).

Sinon, ca c'est pas depuis hier, mais je suis enrhubée. Depuis dimanche en fait.
Du coup, c'est bête hein, je peux vraiment pas reprendre le jogging cette semaine. (Mais la semaine prochaine, c'est la reprise. Sûr.)

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* Non, en vrai je suis heureuse comme une vache dans son pré. C'est presque ma définition du monde idéal.

Cher père Noel

Il paraît que je suis pas encore un adulte, et que j'ai le droit encore à un petit lutin employé à plein temps jusqu'au 24 décembre rien que pour moi.

Sache donc, cher père Noel, que je fais du taekwondo (ah bon ?) et que j'aimerais vachement combler un manque important dans ma panoplie: j'aimerais avoir une raquette de taekwondo.
Une raquette, ca ressemble à ca:

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Me demande pas où en trouver. La dernière fois que j'ai été à Décath', ils n'en avaient pas. Mais cela dit, je te donne un tuyau: va demander à Julien, il doit s'y connaitre un minimum.

Je suis également francaise (oui, nous allons ici de surprise en surprise), et comme ca coûte pas cher et que c'est bon, j'aime bien faire des crêpes. Bob m'a donné en partant sa poelle à crêpe, mais elle était de très mauvaise qualité, elle se tord de plus en plus sous l'effet de la chaleur.
Donc j'aimerais une poelle à crêpe bien fichue.

D'autre part, je suis une fille (renversant !), et je suis complètement amoureuse de ce truc:

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C'est le "sérum minceur" de la gamme Action 3D Spa Végétal de chez Yves Rocher. Ca fait pas spécialement mincir, mais ca active les cellules de la peau pour pas qu'elles s'endorment et surtout ca SENT TROP BON (mais j'ai des goûts bizarres, aussi pour les odeurs).
Donc j'en veux... hum... deux flacons. Trois.

lundi, 07 novembre 2011

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu les cinq semaines dernières ?

Non ??? Cinq semaines déjà ?

Emile ou L'Education, Jean-Jacques Rousseau

J'ai été très surprise par les idées de Rousseau concernant l'éducation. Je m'étonne que quelqu'un qui a des idées presque montessoriennes sur l'éducation du garcon puisse avoir des idées aussi obtues sur l'éducation des filles.

Malgré cela, sans doute, il faudra le guider un peu ; mais très peu, sans qu’il y paraisse. S’il se trompe laissez-le faire ne corrigez point ses erreurs, attendez en silence qu’il soit en état de les voir & de les corriger lui-même ; ou tout au plus, dans une occasion favorable, amenez quelque opération qui les lui fasse sentir. S’il ne se trompoit jamais, il n’apprendroit pas si bien. Au reste, il ne s’agit pas qu’il sache exactement la topographie du pays, mais le moyen de s’en instruire ; peu importe qu’il ait des cartes dans la tête, pourvu qu’il conçoive bien ce qu’elles représentent, & qu’il ait une idée nette de l’art qui sert à les dresser. Voyez déjà la différence qu’il y a du savoir de vos élèves à l’ignorance du mien ! Ils savent les cartes, & lui les fait. Voici de nouveaux ornements pour sa chambre.

Dix contes de loups, Jean Paul Bladé

Des contes d'animaux dans la tradition du genre. Ou comment l'escargot se vengea du loup.

À propos de Baudelaire, Proust

Une belle étude des vers de Baudelaire. Il y est aussi beaucoup question d'autres poètes.
Proust cite les vers "de tête". D'ailleurs il est alité, malade, il n'a pas le courage de faire une étude structurée. J'aimerais bâcler les choses comme lui.

L’émotion est accrue encore quand on apprend que ces pièces n’étaient pas là seulement au même titre que les autres, mais que pour Baudelaire elles étaient tellement les pièces capitales qu’il voulait d’abord appeler tout le volume non pas les Fleurs du Mal, mais les Lesbiennes, et que le titre beaucoup plus juste et plus général de Fleurs du Mal, ce titre que nous ne pouvons plus désintégrer aujourd’hui de l’histoire de la Littérature française, ne fut pas trouvé par Baudelaire mais lui fut fourni par Babou. Il n’est pas seulement meilleur. S’étendant à autre chose qu’aux lesbiennes, il ne les exclut pas puisqu’elles sont essentiellement, selon la conception esthétique et morale de Baudelaire, des Fleurs du Mal. Comment a-t-il pu s’intéresser si particulièrement aux lesbiennes que d’aller jusqu’à vouloir donner leur nom comme titre à tout son splendide ouvrage ? Quand Vigny, irrité contre la femme, l’a expliquée par les mystères de l’allaitement

Il rêvera loujpurs à la chaleur du sein,

 

par la physiologie particulière à la femme

 

Enfant malade et douze fois impur,

par sa psychologie

 

Toujours ce compagnon dont le cœur n’est pas sûr,

 

on comprend que dans son amour déçu et jaloux il ait écrit : « la Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome ». Mais du moins c’est en irréconciliables ennemis qu’il les pose loin l’un de l’autre :

 

Et se jetant de loin un regard irrité.
Les deux sexes mourront chacun de son côté.

 

Il n’en est nullement de même pour Baudelaire :

 

Car Lesbos entre tous m’a choisi sur la terre
Pour chanter le secret de ses vierges en fleurs
Et je fus dès l’enfance admis au noir mystère

Désolée, hein, mais vraiment cet extrait est trop intéressant quand on connaît un peu Proust pour que j'aie pu me résoudre à en choisir un autre...

La légende de l'homme à la cervelle d'or, Alphonse Daudet

Le titre en dit long. Mais prenez garde, vous qui ne pouvez pas penser à Daudet sans voir Fernandel souriant devant vous (bref: moi), que Daudet n'écrit pas que des choses gaies.

Les bouches inutiles, Octave Mirbeau

Je ne sais pas comment je suis tombée sur cette nouvelle, mais je me pâme. C'est tellement trop beau comme histoire que je vais me dépêcher de retrouver du Octave Mirbeau.

- Qué qu'tu veux, mon homme !... Quand tu seras là à te désoler pendant des heures !... Tout a une fin sur c'te terre... T'es vieux comme le pont de la Bernache... t'as près de quatre-vingts ans... t'as les reins noués, quasiment une vieille trogne d'orme... Faut t'faire une raison... repose-toi...
Et ce soir-là elle ne lui donna pas à manger.
Quand il vit que le pain et le pot de boisson n'étaient pas sur la table selon la coutume, le père François eut froid au coeur. Il dit d'une voix tremblante, d'une voix humiliée et qui implorait :
- J'ai faim... ma femme... j'voudrais ben ma p'tite croûte...
Alors elle répondit, sans colère :
- T'as faim !... t'as faim... c'est un malheur, mon pauv' vieux... et j'y peux ren... Quand on ne travaille pas..., on n'a pas le droit de manger... il faut gagner le pain qu'on mange... Est-ce vrai ça ?... Un homme qui ne travaille pas, c'est pas un homme... c'est pus ren de ren... c'est pire qu'une pierre dans un jardin... c'est pire qu'un arbre mort contre un mur...

Ida, Alphonse Allais

Là encore, je sais pas comment je suis tombée là-dessus. Je crois que c'est nom Ida qui m#a donné envie. C'était sympa, très frais. Ca se mange sans faim.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

— Qu’est-ce que tu as fait, hier, ma petite Ida ?
— J’ai posé chez Jacquet.
— Ah !… Et qu’est-ce qu’il fait, Jacquet, en ce moment ?
— Une aquarelle épatante. Ça se passe sous Louis XIII… Je ne vous dis que ça !
— Fiche-moi la paix, avec ton Jacquet !… On sait comme il les fait, ses aquarelles !… C’est du propre !
— Quoi donc ?
— Non, c’est trop grave, je ne puis pas te le dire… Si ça venait à se savoir, il serait fichu, ton Jacquet, ce Jacquet dont tu fais ton Dieu !
— Je vous prie, racontez-moi cela.
— Tu me promets de n’en parler à personne ?
— Je vous le jure.
— Eh bien ! Jacquet met de l’eau dans ses aquarelles, tu entends, Ida ? Il met de l’eau dans ses aquarelles. Faut être rudement cochon tout de même.
— Ah !… Et vous en êtes sûr ?

La Guerre des Boutons, Louis Pergaud

Vous pensez qu'il n'y a rien de plus réussi au monde, de plus frais et de plus vrai que la version en noir et blanc des aventures de Lebrac et du P'tit Gibus ? Détrompez-vous. Il y a la version papier, et elle dépote. C'était tellement bien, je pleurais de l'avoir terminée, dites.

 

 

 

 

 

Tel qui s’esjouit à lire Rabelais, ce grand et vrai génie français, accueillera, je crois, avec plaisir, ce livre qui, malgré son titre, ne s’adresse ni aux petits enfants, ni aux jeunes pucelles.
Foin des pudeurs (toutes verbales) d’un temps châtré qui, sous leur hypocrite manteau, ne fleurent trop souvent que la névrose et le poison ! Et foin aussi des purs latins : je suis un Celte.
C’est pourquoi j’ai voulu faire un livre sain, qui fût à la fois gaulois, épique et rabelaisien ; un livre où coulât la sève, la vie, l’enthousiasme ; et ce rire, ce grand rire joyeux qui devait secouer les tripes de nos pères : beuveurs très illustres ou goutteux très précieux.
Aussi n’ai-je point craint l’expression crue, à condition qu’elle fût savoureuse, ni le geste leste pourvu qu’il fût épique.
J’ai voulu restituer un instant de ma vie d’enfant, de notre vie enthousiaste et brutale de vigoureux sauvageons dans ce qu’elle eut de franc et d’héroïque, c’est-à-dire libérée des hypocrisies de la famille et de l’école.
On conçoit qu’il eût été impossible, pour un tel sujet, de s’en tenir au seul vocabulaire de Racine.
Le souci de la sincérité serait mon prétexte, si je voulais me faire pardonner les mots hardis et les expressions violemment colorées de mes héros. Mais personne n’est obligé de me lire. Et après cette préface et l’épigraphe de Rabelais adornant la couverture, je ne reconnais à nul caïman, laïque ou religieux, en mal de morales plus ou moins dégoûtantes, le droit de se plaindre.
Au demeurant, et c’est ma meilleure excuse, j’ai conçu ce livre dans la joie, je l’ai écrit avec volupté, il a amusé quelques amis et fait rire mon éditeur : j’ai le droit d’espérer qu’il plaira aux « hommes de bonne volonté » selon l’évangile de Jésus et pour ce qui est du reste, comme dit Lebrac, un de mes héros, je m’en fous.

En plus, ce que j'aimais le moins dans le film, c'était la fin. Et bingo: elle n'a rien à voir avec celle du roman. Si j'aurais su...

Schlagschatten (Revenants), Paul Auster

Évidemment, je n'avais jamais rien lu de Paul Auster (la honte). Et évidemment, dans ma parfaite ignorance, je me suis débrouillée pour tomber justement sur le deuxième volet d'une trilogie (genre ni le début, ni la fin, pile celui qu'on peut pas lire tout seul). Mais en fait c'est pas grave, je m'en suis même pas rendu compte.

L'histoire commence comme un polar. Ca tombait mal, puisque j'aime pas les polards (enfin, pas trop). Et puis j'ai très vite compris que cette histoire de détective avec une enquête sans objet, allait chercher autre chose que la résolution d'une énigme. Ou alors, justement, la résolution d'une énigme.

Bienvenue chez Kafka. Au milieu des gratte-ciel.

Yolande, Louise Colet

Médecine et Philosophie, Anne Fayot-Largeault

J'avais commandé ce livre au Papa Noel de l'an dernier suite à une interview d'Anna Fayot sur le site de l'Académie à propos de la bioéthique. J'avais trouvé son discours passionant, érudit et très neutre. Justement sur des sujets où je préfère qu'on me laisse trancher moi-même, c'était exactement ce que je cherchais.

Je me suis un peu forcée à ne pas me restreindre aux articles qui m'intéressait, mais à parcourir le livre en entier.
C'était souvent un peu compliqué, mais très instructif. Évidemment, les théories de diagnostique bayésiennes, je n'ai pas besoin de les maîtriser sur le bout des doigts. Mais instructif tout de même.

Quant aux questions un peu plus poignantes, sur l'embryon, les personnes en fin de vie, la question d'éthique... Anne Fagot donne, que je le disais, une approche très neutre et très érudite de la question. Elle m'a ouvert des pistes de réflexion inépuisables. C'est vraiment intéressant de voir à quel point tout est lié en médecin: le problème posé par les bébé-éprouvette est indissociable de celui de l'avortement, celui du don d'organe de l'euthanasie, etc.

À l'économiste Alan Maynard qui défendait les QALYS [quality-adjusted life year], expliquant qu'il serait irrationnel de mettre sous dialyse un vieillard cacochyme et de laisser mourir à côté de lui un homme jeune chargé de famille, le philosophe John Harris répondit que le calcul des QALYS était peut-être rationnel mais qu'il était injuste, qu'il entraînait une discrimination systématique contre les plus vieux et les plus faibles, et que, s'il fallait choisir l'un des deux candidats, mieux valait le tirer au sort.
Deux rationalités s'opposent ici. Elles rejoignent deux grandes traditions de philosophie morale : d'un côté la tradition "téléologique" (J. S: Mill, reprenant la problématique aristotélicienne du Souverain Bien) , de l'autre, la tradition "déontologique" (I. Kant, qui refuse de dériver la loi morale d'une notion de Bien).

D'ailleurs, Anne Fayot m'a vraiment fait découvrir Kant. Je commence à peu près à saisir ses idées. Je trouve tous ces débats très intéressants, et j'aimerais vraiment avoir plus de clés en main pour prendre le recul philosophique nécessaire dessus. Parce que dire "tout le monde à raison", c'est pas mal, mais savoir pourquoi deux opinions contraires ont raison chacune de leur côté, c'est mieux.

Qu'en pensez-vous ? Diderot

Le portrait de Monsieur W. H., Oscar Wilde

Après Proust et les Fleurs du Mal de Baudelaire, voici Oscar Wilde et Les sonnets de Shakespeare. Sous forme de roman tout de même. Mais si je connais mal Baudelaire, je ne connais rien de rien à Shakespeare (surtout sa poésie, vous imaginez...).

J'aimerais bien savoir où Wilde voulait en venir avec cette histoire (cela dit, Wikipedia est mon ami). Si un étudiant en Littérature anglaise passe par là, je peux lui déclarer que je ressens un sujet d'étude croisée entre les Sonnets de Shakespeare et ce portrait d'Oscar Wilde comme le plus génial sujet de thèse qu'il puisse trouver.
En toute subjectivité, parce que j'adore Oscar Wilde.

Nietotschka Nezanova, Dostoievsky

Oeuvre (inachevée) fabuleuse dont je suis surprise qu'elle soit si peu connue. Sept chapitres, chacun tellement abouti qu'il est un roman à lui tout seul. Sept chapitre au bout desquels nous n'arrivons qu'au seize ans de l'héroine, Nietotschka.
Nietotschka, une sorte de Jane Eyre russe. Mais plus sombre, plus vraie aussi.

Il connaissait tous les violonistes de Pétersbourg, et, à son avis, pas un seul ne pouvait rivaliser avec lui. Les amateurs et les dilettantes, qui connaissaient le malheureux fou, aimaient à citer devant lui tel violoniste célèbre, afin de le forcer à parler à son tour. Ils savouraient sa méchanceté, ses remarques judicieuses, ses mots caustiques et spirituels, lorsqu’il critiquait le jeu de ses rivaux imaginaires. Souvent on ne le comprenait pas, mais en revanche on était sûr que personne au monde ne savait si habilement présenter une si bonne caricature des célébrités musicales contemporaines. Les artistes mêmes dont il se moquait le craignaient un peu, car ils connaissaient sa méchante langue et avaient aussi conscience de la justesse de ses attaques et de la sûreté de ses jugements. On s’était habitué à le voir dans les couloirs et les coulisses du théâtre. Les employés le laissaient passer sans aucune difficulté, comme un personnage nécessaire, et il était devenu une sorte de Thersite.

Herr und Knecht ("Maître et Serviteur"), Tolstoj

De quoi de quoi ? Une nouvelle de Tolstoi qui m'avait échappé ? Vite, vite !

On ressent tout plein d'échos d'autres nouvelle dans cette histoire, celle d'un maître et de son moudjik, perdus dans la forêt. Qui est maître et qui est serviteur ? Des multitudes de lectures sont possibles.
Encore une réflexion sur la mort "à la Tolstoi". Encore, encore !

L'enlèvement de la redoute, Mérimée

En pleine lecture de Guerre et Paix, passer dans l'autre camp est intéressant. Et pas très dépaysan.

Krieg und Frieden (Guerre et Paix), Tolstoj

J'Y SUIS ARRIVÉE !!!

Ouf.

Roman monstrueux sur les guerres napoléoniennes, sur les destins croisés de trois ou quatre (ou cinq... heu six ?) familles de la noblesse russe, les amours, les amitiés, les morts, les racontards, la gloire, les bonnes intentions (Tolstoi aurait dû appeler son roman Les hommes de bonne volonté... ah oui, quelqu'un d'autre y a pensé...).

C'est bien mais... c'est long. On décroche un peu parfois. Mais non, c'est super.

Dans le verset 18 du chapitre, 13, il est dit : « Ici est la sagesse : que celui qui a de l’intelligence compte le nombre de la Bête, car c’est un nombre d’homme, et son nombre est six cent soixante-six. » Et au verset 5 du même chapitre : « Et il lui fut donné une bouche qui proférait de grandes choses et des blasphèmes, et il lui fut aussi donné le pouvoir d’accomplir quarante-deux mois. »

 

En appliquant les lettres françaises au calcul hébraïque, en donnant aux dix premières la valeur d’unités, et aux autres celle de dizaine :

 

a b c d e f g h i k l m n o 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 p q r s t u v w x y z 60 70 80 90 100 110 120 130 140 150 160

 

on obtenait, en écrivant d’après cette clef, ces deux mots : « L’Empereur Napoléon, » et, en additionnant le total, le chiffre 666 ; Napoléon était par conséquent la Bête dont parle l’Apocalypse. Ensuite la somme du chiffre quarante-deux, limite indiquée à son pouvoir, équivalait de nouveau, en suivant ce système, au même nombre 666, ce qui indiquait que l’année 1812, la quarante-deuxième de son âge, serait la dernière de sa puissance. Cette prophétie avait frappé l’imagination de Pierre : souvent il cherchait à deviner ce qui mettrait un terme à la puissance de la Bête, autrement dit de Napoléon, et il s’ingéniait même à découvrir dans les différentes combinaisons de ces nombres une réponse à cette mystérieuse question. Il essaya d’y arriver en les combinant avec« l’Empereur Alexandre » ou« la nation russe », mais l’addition de leurs lettres ne donnait plus le nombre fatal. Un jour qu’il travaillait, toujours sans résultat, sur son propre nom, en en changeant l’orthographe, et en en supprimant le titre, l’idée lui vint enfin que, dans une prophétie de ce genre, l’indication de sa nationalité devait y trouver place, mais il n’obtînt encore une fois que le numéro 671, 5 de trop ; le 5 figurait la lettre« e » : il la supprima dans l’article, et alors son émotion fut profonde lorsque, écrit de la sorte, l’Russe Bésuhof, son nom lui donna exactement le nombre 666.

Comment, et pourquoi se trouvait-il ainsi rattaché au grand événement annoncé par l’Apocalypse ? … Bien qu’il n’y pût rien comprendre, il n’en douta pas un seul instant !

Qu'est-ce que les Lumières ? Kant

Un citoyen ne peut refuser de payer les impôts dont il est frappé ; on peut même punir comme un scandale (qui pourrait occasionner des résistances générales) un blâme intempestif des droits qui doivent être acquittés par lui. Mais pourtant il ne manque pas à son devoir de citoyen en publiant, à titre de savant, sa façon de penser sur l'inconve­nance ou même l'iniquité de ces impositions. De même un ec­clésiastique est obligé de suivre, en s'adressant aux élèves aux­quels il enseigne le catéchisme, ou à ses paroissiens, le symbole de l'Église qu'il sert ; car il n'a été nommé qu'à cette condition. Mais, comme savant, il a toute liberté, et c'est même sa voca­tion, de communiquer au public toutes les pensées qu'un exa­men sévère et consciencieux lui a suggérées sur les vices de ce symbole, ainsi que ses projets d'amélioration touchant les choses de la religion et de l'Église. Il n'y a rien là d'ailleurs qui puisse être un fardeau pour sa conscience. Car ce qu'il enseigne en vertu de sa charge, comme fonctionnaire de l'Église, il ne le présente pas comme quelque chose sur quoi il ait la libre fa­culté d'enseigner ce qui lui paraît bon, mais comme ce qu'il a la mission d'exposer d'après l'ordre et au nom d'autrui. Il dira : notre Église enseigne ceci ou cela ; voilà les preuves dont elle se sert. Il montrera alors toute l'utilité pratique que ses pa­roissiens peuvent retirer d'institutions auxquelles il ne souscri­rait pas lui-même avec une entière conviction, mais qu'il peut néanmoins s'engager à exposer, parce qu'il n'est pas du tout im­possible qu'il n'y ait là quelque vérité cachée, et que dans tous les cas du moins on n'y trouve rien de contraire à la reli­gion intérieure.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Louis Dumoulin, peintre des colonies, Michel Loirette

Un nouveau livre envoyé par les agents littéraires. Palpitant.

Undine, Friedrich de la Motte Fouqué

Un roman romantique jusqu'à la moelle épinière, que j'ai "lu" en Licence (comprendre = que j'ai parcouru des yeux et reposé en soupirant "j'y comprends rien"). Avec un peu plus de facilité dans la langue, je découvre ce récit magnifique. Tout est beau, chaque mot, chaque virgule.

Les liaisons dangereuses, Pierre Choderlos de Laclos

J'adooooore les Liaisons Dangereuses. Je suis ravie de relire ce roman.

Qu'est-ce que je vais lire après ?

Une histoire de la Prusse.