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lundi, 28 novembre 2011

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

Les vingt-et-un jours d'un neurasthénique, Octave Mirbeau

Je continue de découvrir avec émerveillement les écrits d'Octave Mirbeau. Les écrits un peu décousus, noirs, très très noirs, mais drôles et sincères.

Ce soir, Roger m’a demandé :
— Penses-tu quelquefois à la mort ?
— Oui… ai-je répondu… Et cela m’effraie… et je m’efforce de repousser l’effrayante image…
— Cela t’effraie ?…
Il a haussé les épaules, et il a continué :
— Tu penses à la mort… et tu vas, et tu viens… et tu tournes sur toi-même… et tu t’agites dans tous les sens ?… Et tu travailles à des choses éphémères ?… Et tu rêves de plaisir, peut-être – et peut-être de gloire ?… Pauvre petit !…
— Les idée ne sont pas des choses éphémères, ai-je protesté… puisque ce sont elles qui préparent l’avenir, qui dirigent le progrès…
D’un geste lent, il m’a montré le cirque des montagnes noires :
— L’avenir… le progrès !… Comment, en face de cela, peux-tu prononcer de telles paroles, et qui n’ont pas de sens ?…
Et, après une courte pause, il a continué :
— Les idées !… Du vent, du vent, du vent… Elles passent, l’arbre s’agite un moment… ses feuilles frémissent… Et puis, elles ont passé… l’arbre redevient immobile comme avant… Il n’y a rien de changé…

Dans le ciel, Octave Mirbeau

Une oeuvre très torturée, dans laquelle Octave Mirbeau raconte l'histoire d'un peintre (sans doute Van Gogh), et dans laquelle il raconte aussi sa conception de l'Art et l'impasse dans laquelle l'artiste se trouve.
C'est un récit vraiment étrange, sans structure, mais superbe. Il faut juste pas être trop déprimé avant de s'y lancer.

– Vois-tu, mon petit, en art, il n'y a qu'une chose belle et grande: la santé !... Moi, je suis un malade... et ma maladie est terrible; et je suis trop vieux maintenant pour m'en guérir... C'est l'ignorance... Oui, je ne sais pas un mot de mon métier, et jamais je n'en saurai un mot !... Je ne suis pas un fou, comme tu pourrais croire, je suis un impuissant, ce qui est bien différent... ou si tu aimes mieux, un raté... Sais-tu pourquoi je me bats les flancs pour trouver un tas de choses compliquées, ce qu'ils appellent, les autres, des sensations rares, et ce qui n'est pas autre chose que de l'enfantillage et du mensonge... Sais-tu pourquoi ?... C'est parce que je suis incapable de rendre le simple!... parce que je ne sais pas dessiner, et parce que je ne sais pas mettre les valeurs ! Alors je remplace ça par des arabesques, par des fioritures, par un tas de perversions de formes qui ne donnent de l'illusion qu'aux imbéciles !... Et, comme je ne peux pas mettre un bonhomme debout sur ses jambes, je le mets debout sur sa tête. On dit : « C'est épatant ! » Eh bien, non! je suis un cochon ! voilà tout !... Va donc voir si les Terburgh, les Metsu , les Rembrandt ont cherché à peindre l'aboi d'un chien , par exemple!... Ils ont peint des hommes et des femmes tout bêtement ! Et ça y est... Et le père Corot ?... Est-ce qu'il a voulu peindre des arbres la racine en l'air ? et des sarabandes d'astres en ribote ? Non ! Et ça y est ! Ah ! qu'ils m'ont fait du mal ces esthètes de malheur, quand ils prêchaient, de leur voix fleurie, l'horreur de la nature, l'inutilité du dessin, l'outrance des couleurs, le retour de l'art aux formes embryonnaires, à la vie larveuse !... Car ça n'est pas autre chose que leur idéal dont ils ont empoisonné toute une génération ? [...] Je n'ai jamais cru à cet art pauvre, à cette basse mysticité, et, pourtant, peu à peu, je me suis, sans le savoir, laissé prendre, envahir, par toutes ces théories trompeuses qui corrodent l'air que nous respirions, nous autres jeunes gens, avides de nouveauté, facilement portés à croire que le beau, c'est le bizarre !... Au lieu de travailler méthodiquement, d'apprendre à dessiner un beau mouvement de nature, une belle forme de vie, de chercher le simple et le grand, j'ai fini par penser que le heurté, le déformé, c'était tout l'art !... Et voilà où j'en suis aujourd'hui !... Je suis fichu !... J'ai un métier et je ne puis pas m'en servir... Alors quoi ?...

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Wallenstein, Schiller, toujours.

Et encore une fois, vous avez droit à une super traduction improvisée.
Elle se trouve au tournant de la pièce. Octavio, le père de Max et meilleur ami de Wallenstein, qui intrigue avec l'empereur contre Wallenstein, décide de passer à l'acte et de tourner les armes contre son chef (Wallenstein, au cas où vous auriez pas suivi). Mais avant, il essaye d'obtenir le soutien des autres généraux.
Le premier qu'il recoit chez lui est un pro-Wallenstein, Isolani, prêt à se retourner contre l'empereur à tout moment. Mais pas très futé. Et qui évidemment rentre chez Octavio Piccolomini sans se douter de rien.

ISOLANI Faites attention. Tout le monde n'est pas de cet avis.
Beaucoup ici sont encore attachés à la Cour,

Et pensent que leur signature de tantôt,
Qui leur fut volée, ne les engage à rien.
OCTAVIO Vraiment ? Dites-moi donc qui sont ceux qui pensent ainsi.
ISOLANI Pardieu ! Tous les Allemands le disent.
De même Esterhazy, Kaunitz et Deodat
Disent maintenant qu'il faut obéir à la Cour.
OCTAVIO Cela me réjouis.
ISOLANI          Vous réjouis ?
OCTAVIO          Que l'Empereur ait
Encore tant d'amis et de preux serviteurs.
ISOLANI Ne plaisantez pas. Ce ne sont pas des hommes sans valeur.
OCTAVIO Certainement pas. Dieu me garde de plaisanter !
C'est très sérieusement que je me réjouis que la situation
Soit si favorable.
ISOLANI          Que Diable ? Qu'est-ce que cela ?
N'êtes-vous pas... Pourquoi suis-je donc ici ?
OCTAVIO (avec autorité) Pour déclarer une bonne fois pour toute, si vous
Êtes un ami ou ennemi de l'Empereur?
ISOLANI (entêtement) Cette déclaration, je la ferai
À qui de droit.
OCTAVIO Si j'en ai le droit, voilà ce que vous apprendra cette lettre.
ISOLANI Que... quoi ? Voici la signature et le seau de l'Empereur
(Il lit)
"Ainsi, tous les commandants de notre
Armée devront obéir aux ordres de notre cher et dévoué
Général en chef, Octavio Piccolomini,
Comme aux notres" Hum... Oui... Donc... Oui, oui !
Je... vous fais mes félicitations, Général en chef.
OCTAVIO Vous vous soumettez à cet ordre ?
ISOLANI          Je... mais
Vous me prenez-là par surprise... On me donnera
Bien je pense le temps d'y réfléchir...
OCTAVIO         Deux minutes.
ISOLANI Mon Dieu, la question est cependant...
OCTAVIO          Simple et claire.
Il vous faut déclarer si vous voulez trahir votre seigneur
ou le servir fidèlement.
ISOLANI Trahir... Mon dieu... Qui parle donc de trahir ?
OCTAVIO C'est bien ce dont il est question. Le prince est un traitre.
Il veut passer l'armée à l'ennemi.
Expliquez-vous clairement. Voulez-vous
Renier l'Empereur ? Vous vendre à l'ennemi ? Voulez-vous ?
ISOLANI Que pensez-vous donc ? Moi, renier sa majesté l'Empereur ?
Dis-je cela ? Quand ai-je donc
Dit cela ?
OCTAVIO Vous ne l'avez encore pas dit. Pas encore.
J'attends de voir si vous allez le dire.
ISOLANI Et bien, vous voyez, je suis bien aise que vous-même témoigniez
Que je n'ai jamais dit cela.
OCTAVIO Vous vous détachez donc du prince ?
ISONALI Si il médite trahison... La trahison brise tous les liens.
OCTAVIO Et vous êtes prêt à tirer les armes contre lui ?
ISOLANI Il a été bon envers moi... Mais si c'est un coquin
Qu'il aille au Diable ! Nous sommes quittes.

Je ne sais pas si vous êtes aussi enthousiasmés que moi par cette scène. Je la trouve formidable. Tout se passe entre les lignes. Un tour de force.

Bref, Isolani va passer du côté de l'Empereur. Octavio décidera aussi Buttler, un ami fidèle de Wallenstein, avec beaucoup plus de perfidie. Puis viendra Max. Max, le propre fils d'Octavio, sera le seul que celui-ci ne gagnera pas.
Même si Max n'acceptera pas non plus de trahir l'Empereur. Parce que Max est un ado idéaliste, je le répète. Je ne sais plus exactement comme il se tire de cette histoire. Je vous raconterai quand j'aurai lu la suite.

Alles ist erleuchtet (Tout est illuminé), Jonathan Safran Foer

J'interromps un peu ma lecture de Schiller pour lire un bouquin prêté par Punky, une fille du taekwondo. Lorsqu'elle a évoqué, il y a quelque semaines, qu'elle était en train de lire ce livre, je m'étais empressée de lui demander de me le prêter après, ayant adoré le deuxième roman de Jonathan Safran Foer. De plus, Winnie m'avait vivement conseillé Tout est illuminé. Donc je n'ai pas hésité.

Maintenant, je vais me dépécher de le finir pour le rendre à sa propriétaire.

Nous y sommes, dit-il, voici les marches du peron. Maintenant, nous y sommes. Voici une porte. Et ceci, c'est une poignée de porte que je tourne. Et ici, nous déposons nos chaussures lorsque nous entrons dans la maison. Et là, nous accrochons les manteaux. Il parlait avec la petite fille comme si elle pouvait le comprendre, jamais avec une voix aigue ou par monosyllabe, et jamais il n'employait de language enfantin. Maintenant, je te nourris avec du lait. Il vient de Mordechai, le laitier, dont tu feras un jour aussi la connaissance. Il recoit ce lait d'une vache. Et quand on y pense, c'est quelque chose de très étrange et de très inquiétant, alors n'y pense pas... Ce qui passe là, sur ton visage, c'est ma main. Certaines personnes sont gauchères, d'autres sont droitières. Ce que tu es, toi, nous ne le savons pas encore, parce que tu restes là à me laisser faire les choses pour toi... Ceci, c'est un baiser. C'est ce qui se passe lorsque l'on presse les lèvres et qu'on les pose sur quelque chose ; parfois sur des lèvres, parfois sur une joue, parfois sur autre chose. Ca dépend... Cela, c'est mon coeur. Tu le touche avec ta main gauche, pas parce que tu es gauchère (encore que cela soit possible) mais parce que je la presse contre mon coeur. Ce que tu sens, ce sont les battements de mon coeur. Ils me tiennent en vie.

Qu'est-ce que je vais lire après ?

Du Octave Mirbeau.

Quelque chose de Georges Sand aussi, rapport à l'article de Dostoievski de la semaine dernière.

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