Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 21 novembre 2011

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

Rien.

Oui, je sais, je casse le mythe...

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Toujours les deux mêmes.

Wallenstein, Schiller
Je ne résiste pas à vous faire une traduction-express (j'ai pas le temps) du début de la 2ème scène de l'acte II de La mort de Wallenstein (le troisième volet de la trilogie):

MAX (s'approchant) Mon général...
WALLENSTEIN            Je ne le suis plus
si tu te considères officier de l'empereur.
MAX Donc c'est décidé, tu quittes l'armée ?
WALLENSTEIN             Ou bien plutôt, j'espère
M'y attacher encore, et pas des liens plus forts. (Il s'asseoit)
Oui, Max. Je ne voulais pas te le découvrir
Avant que l'heure d'agir ait sonnée.
Le sentiment heureux de la jeunesse est prompt
À vouloir le Juste, et c'est une joie
Que de servir son propre jugement
Lorsque l'action est pure.
Mais, lorsqu'entre deux malheurs certains
Il faut en choisir un, lorsque le coeur
Ne peut pas seulement s'en rapporter à son devoir,
C'est un soulagement que de ne pas avoir à choisir,
Et la nécessité est une faveur.
- La voici venue. Ne regarde plus en arrière !
Cela ne te sert plus à rien. Regarde devant toi !
Ne juge pas ! Prépare-toi à agir !
- La Cour a décidé ma perte,
Me voici donc forcé de la prendre de vitesse.
- Nous allons nous alliez aux Suédois.
C'est un peuple d'hommes vaillants, et de bon amis.
(Il s'arrête, attendant une réponse de Piccolomini.)
- Je t'ai surpris. Ne me réponds pas.
Je veux te donner le temps de rassembler tes idées.

Je vous laisse sur cet incroyable suspens.
Sachez donc que le commandant Wallenstein a été une des figures marquantes de la guerre de trente ans, qui a opposé (heu... au XVII ème ?) les chrétiens (notamment l'empereur d'Espagne) aux protestants (notamment les Suédois). Wallenstein a apporté son armée au service de l'empereur, contre certains privilèges (la principauté de Bohème, si j'ai tout suivi). Devenu très puissant, plus puissant que l'empereur d'Espagne lui-même, ce dernier a commencé à avoir un peu la trouille. Et a décidé de le mettre en retraite anticipé tant qu'il était encore temps. Wallenstein, qui ne voulait certes pas renoncer à son pouvoir, a préféré pactiser avec l'ennemi, les Suédois.
Voilà donc toute l'histoire de la trilogie de Wallenstein. Comment les généraux vont se laisser corrompre - certains par Wallenstein, et vont renier leur serment à l'empereur - et certains... par l'empereur, sentant bien que des têtes vont tomber et des places se libérer. Mais aussi, comment Wallenstein est entraîné dans cette trahison, comment le cercle vicieux l'y enferme avant même qu'il n'aie vraiment pris la décision de s'y livrer, etc.
Le pauvre Max, un ado schillerien idéaliste au possible et fou amoureux de la fille de Wallenstein, se retrouve coincé entre son père, le "meilleur ami" de Wallenstein qui conspire avec l'empereur contre "le traître" et son père spirituel, qui s'apprête à un acte de haute trahison que notre ado idéaliste ne peut vraiment pas accepter. Mais QUE VA-T-IL FAIRE ???

C'est vraiment grandiose. Un peu aride, c'est vrai. Y'a bien une petite histoire d'amour qui couronne le tout, mais le reste est très politique, très calculs et magouilles, et y'a des noms de généraux, de princes, de rois, d'empereurs et de provinces allemandes qui partent dans tous les sens.
Donc c'est pas une lecture évidente, mais c'est tellement génialissime que ca vaut le coup.

Les vingt-et-un jours d'un neurasthénique, Octave Mirbeau est une galerie de portraits tous plus savoureux les uns que les autres.

Allez, pour en rajouter une couche sur notre cher président (mais oui, tout à fait, Octave Mirbeau parle de Nicolas Sarkozy, vous saviez pas ?):

Mais M. le marquis ne daignait pas… Il était bien trop moderne pour cela… et puis, disons-le, il craignait les juges, tout marquis qu’il était. En résumé, le plus honnête homme du monde et qui n’avait point volé sa popularité… Les paysans passent, d’ordinaire, pour être malins et rusés ; les candidats, très souvent, pour être stupides. On a écrit là-dessus des romans, des comédies, des traités de science sociale, des statistiques qui, tous, ont confirmé ces deux vérités. Or, il arrive que ce sont les candidats stupides qui, toujours, roulent les paysans malins. Ils ont, pour cela, un moyen infaillible qui ne demande aucune intelligence, aucune étude préparatoire, aucune qualité personnelle, rien de ce qu’on exige du plus humble employé, du plus gâteux serviteur de l’État. Le moyen est tout entier dans ce mot : promettre… Pour réussir, le candidat n’a pas autre chose à faire qu’à exploiter – exploiter à coup sûr – la plus persistante, la plus obstinée, la plus inarrachable manie des hommes : l’espérance. Par l’espérance, il s’adresse aux sources mêmes de la vie ; l’intérêt, les passions, les vices. On peut poser en principe absolu l’axiome suivant : « Est nécessairement élu le candidat qui, durant une période électorale, aura le plus promis et le plus de choses, quelles que soient ses opinions, à quelque parti qu’il appartienne, ces opinions et ce parti fussent-ils diamétralement opposés à ceux des électeurs. » Cette opération que les arracheurs de dents pratiquent journellement sur les places publiques, avec moins d’éclat, il et vrai, et plus de retenue, s’appelle pour le mandant : « dicter sa volonté », pour le mandataire : « écouter les vœux des populations »…

Et après ?

Du Octave Mirbeau, bien sûr.

 

Les commentaires sont fermés.