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mercredi, 28 septembre 2011

Focus, Topic et autres structures informatives

Ca fait déjà un an que je vous parle de mon mémoire, et en fait, vous ne savez toujours pas sur quoi j'écris.
C'est vraiment bête tout de même.

Voilà donc un petit cours express sur la "information structure" (structure informative, donc), un sujet sur lequel je me casse déjà la tête depuis plus d'un an tout de même.

Sémantique
En linguistique, il y a un domaine très important, encore relativement peu exploré (relativement, j'ai dit) et surtout très très très chiant compliqué : la sémantique. Pour faire simple, la sémantique porte sur le fond, tandis que la syntaxe par exemple porte sur la forme.
Exemple de constat syntaxique : "Toutes les phrases ont un verbe."
Exemple de constat sémantique : "Un grand homme n'est pas un homme grand."

Un domaine de la sémantique s'intéresse à la pragmatique, c'est à dire à la facon dont la communication fonctionne dans la vraie vie avec des vrais gens. Du coup, en pragmatique, on va s'intéresser à des trucs inutiles passionnants comme: "Comment la prise de parole a lieu dans une discussion de telle sorte qu'on sait que c'est à nous de parler et sans qu'on se coupe la parole."

Bon, l'exemple que je viens de vous donner n'est pas vraiment de la sémantique (ca ne porte pas sur le fond du dialogue).
Parce que justement, la sémantique pragmatique, c'est ce qui étudie la structure informative d'une phrase.

Structure informative
Je vais vous épargner les définitions de Lambrecht (la structure informative, c'est le "dynamisme communicatif", la "perspective phrasale fonctionelle" - gné ?), et on va regarder deux phrases :
a) Pierre a mangé le gâteau de Jeanne.
b) C'est Pierre qui a mangé le gâteau de Jeanne.
Est-ce que vous voyez la différence ? Il y en a pas mal en fait : dans un cas, on savait d'avance que le gâteau était mangé, et on apprend par qui. Donc l'information de la phrase a), c'est une action effectuée ; l'information de la phrase b), c'est le coupable de l'action.

Mouais, en gros, hein.

Nous voilà donc avec deux éléments de la structure informative : le Topic et le Focus.

Focus
C'est le plus simple à comprendre. Le focus, c'est ce sur quoi on insiste dans une phrase.
--> C'est moi que je suis le plus beau.
--> C'est à Vienne que tout à commencé.
--> Pierre a MANGÉ sa télé ???
--> Non, Luc n'a pas embrassé Marie, il a embrassé Pauline.

En francais, on a l'avantage d'avoir cette expression bien sympatique "c'est ... qui/que". Les allemands eux, aiment bien mettre un élément en début de phrase.
--> Den Hund hast du gegessen !?! (mot-à-mot : Le chien as tu mangé !?!)
En général, et dans toutes les langues, on appuie aussi en parlant sur un mot précis (on retranscrit ca souvent en mettant en majuscule "Mais non, il veut qu'on lui achète UN ÉLÉPHANT.")

NB : Je suis désolée, j'ai que des exemples stupides qui me vienennt en tête aujourd'hui...

Vous remarquerez qu'en général, le Focus est la nouvelle information apportée dans la communication. Que Luc a embrassé quelqu'un, c'est connu. Ce qui ne l'est pas, c'est qu'il ait embrassé Pauline (et pas Marie).
Sauf que sauf que... Interdit d'en faire une généralité ! Sinon Lambrecht et Krifka prennent l'avion illico pour venir vous hurler dessus. Donc retenez bien : ceci est une idée éculée de l'école de Vienne. Pas bien.

Topic
Le topic, c'est comme le temps : tant qu'on y réfléchit pas trop, on sait ce que c'est, quand on essaye d'y réfléchir, on ne sait plus ce que c'est.

Pourtant, comme je vous dis, ca a l'air très simple : le topic, c'est ce dont parle la phrase.
--> Nicolas Sarkozy est idiot.
On parle de Nicolas Sarkozy. Facile.
--> Le chien n'est pas revenu.
On parle du chien. Facile facile.

Attention cependant à ne pas confondre sujet et topic (idée éculée de l'école de Vienne, pas bien, tout ca).
--> J'aime mon chien. Je le caresse tous les jours.
--> J'ai rencontré le Colonel Trucmuch. Nicolas Sarkozy l'a décoré la semaine dernière.

Après, ca peut se corser:
--> Le politicien n'est pas apprécié par ses confrères. On critique son programme politique.
Dans la deuxième phrase, parle-t-on du programme ? ou du politicien ? ou des confrères ?
--> Il fait beau à Vienne.
Parle-t-on de Vienne ? ou du temps ?

Et qu'est-ce que j'en fais de ca ?
Voilà voilà. Maintenant vous savez ce que c'est la structure informative.
Alors on est bien d'accord : ca ne sert à rien. Stric-te-ment à rien.
Mais ca fait travailler les linguistes, c'est déjà ca. Et puis si on veut faire parler des ordinateurs, ca peut être utile qu'ils sachent de quoi on leur parle.

Donc mon but, c'est de regarder comment la structure informative fonctionne en hongrois.
Et vu que les hongrois eux-même ne sont pas vraiment d'accord entre eux, c'est un peu compliqué. D'autant que je parle pas hongrois et qu'on entre quand même dans des nuances de language bien fines.

Donc en résumé, je passe des journées entières à me prendre la tête sur Jónas qui embrasse Mari (et pas Szofi, le bougre).

Commentaires

Merci pour ce petit exposé fort instructif !

Tiens, ça me donne même envie de me lancer dans le développement d'un détecteur automatique de topic ... ^_^

(je le fais dès que j'aurais fini les 18 chantiers sur lesquels je travaille en ce moment ... )

Écrit par : Raccoon | jeudi, 29 septembre 2011

Et bien écoute, je n'aurai qu'une parole:
BONNE CHANCE

Je serais vraiment bien curieuse de savoir en quoi consiste ton travail. Essayer de comprendre sur quelle théorie tu te bases et tout.

Écrit par : Lodi | jeudi, 29 septembre 2011

d'accord, d'accord ....
Mais pourquoi le hongrois (que tu ne parles pas) et pas l'allemand (que apparemment tu parles plus couramment que le hongrois ...) ??
euh ... question existentielle : et sinon, dans la vraie vie, ça mène où, l'étude des topics hongrois ?(mis à part pour une satisfaction toute personnelle de démontrer que NS est un idiot) ?

Écrit par : saremma | vendredi, 30 septembre 2011

Pourquoi pas l'allemand : Parce que mon prof et tous ses collaborateurs travaillent déjà sur l'allemand.
Pourquoi le hongrois : Parce que c'est ma deuxième langue de Master, après l'allemand. Parce que très peu de gens se sont penché sur la question, et personne dans le cadre de la HPSG (article arrive tout bientôt). Parce que mon prof ne parle pas hongrois et ne peut pas faire les recherches dessus lui-même. Parce que les quelques personnes qui ont travaillé sur la structure informative du hongrois ont découvert des choses qui ont pas mal bouleversé la théorie sur la strcuture informative d'un point de vue UG (toutes langues confondues)

Et personellement, l'étude des topic de hongrois (à part d'être super palpitant) ca m'amène à avoir un diplôme.

Écrit par : Lodi | samedi, 01 octobre 2011

ah ben voilà ! on comprend tout maintenant !!

Écrit par : saremma | samedi, 01 octobre 2011

Les commentaires sont fermés.