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mardi, 24 mai 2011

Junior

Après une entrevue avec Konfus (j'ai du aller le relancer chez lui pour qu'il puisse enfin m'accorder une heure de son temps si précieux) et quinze mille mails qui ne firent que creuser notre incompréhension réciproque, j'ai eu la joie et le bonheur aujourd'hui de rendre à nouveau visite à Konfus2.

(Ce qui veut dire: J'ai harcelé Konfus2 de mails en apprenant par Konfus qu'il était de retour à la fac, jusqu'à ce qu'il m'accorde une heure de son temps si précieux)

À peine entrée chez Konfus2, John déboule en trombe dans le bureau et s'interrompt dans son élan. Visiblement, il s'attendait pas à trouver deux personnes dans la pièce (une FILLE dans le bureau de Konfus2, alias le Sheldon des linguistes ???).
- Je voulais savoir si tu vas à la conférence du mec, là, à 16h...
- Ben oui, j'en avais l'intention. (Je veux: Il peut m'acorder qu'une heure sous prétexte qu'il va à la conférence, alors j'espère bien qu'il y va.)
- Ah zut. Je me disais que j'avais bien envie de pas y aller... (Ah ben c'est du propre...)
- Mais... heu... ben... (On sent que Konfus2 est perturbé par un input "flemmardise" qui n'est pas défini dans les paramètres de son boot.) Mais si. Konfus y va. (THE argument. Là, c'est clair, y'a plus rien à dire.)
- Konfus est à la fac aujourd'hui ???
- Ben...
- Il est MALADE ??? (Je me marre...)
- Ben... heu... Il est venu pour la conférence, quoi...

On dirait bien que je suis pas la seule à qui l'absence entêtée de Konfus ce semestre pose problème.

Enfin bref, j'ai fini par attaquer les choses sérieuses avec Konfus2.
Il y a vraiment mis beaucoup de bonne volonté. Malheureusement, comme Konfus, lorsque je veux lui présenter un élément qui pose problème, il commence à buter sur une annonce du programme au démarrage, passe un quart d'heure à régler ce problème sans importance, arrive à mon code, s'écrie que "oh la la, mais pourquoi vous avez codé comme ca, ca fait pas très propre", et passe une demi-heure à chercher comment recoder mon code qui marche pour que ca soit plus joli.
Donc oui, c'est vrai que je code à la barbare. En même temps, je suis pas informaticienne moi, je fais comme je peux. Et surtout je me contrefiche que le code soit pas joli: IL MARCHE.
C'est pas comme le reste du code qui marche pas et qu'il pourrait m'aider à corriger...

En plein milieu de la discussion:
- ... Alors que ici, fk est contenu directement dans infl...
- Ha...
- ... de sorte que affix n'apparaît qu'en fin de processus... Et chez vous c'est pas comme ca et... Enfin, vous comprenez le problème ?
- Oui.
Il me regarde avec surprise.
- C'est VRAI ?

Ah ben c'est sympa... C'est si surprenant que ca que je comprenne un truc ? ^^

Après une heure de travail intense, je repars tout de même avec de bonnes pistes pour corriger mon code.
Et même que j'essayerai de recoder le truc pas beau pour lui faire plaisir.

À 16h et comme la conférence dont il était question avec John était aux dires de Konfus2 "primordiale, LA conférence de l'année", je me suis rendue dans la salle. Elle était pleine à craquer, c'est clair, j'ai même du aller chercher une chaise dans la salle voisine.
On était... bien 15 personnes je crois. Une conférence primordiale dans le monde des linguistes. Dans la salle de cours la plus petite de la fac. Le gratin de la linguistique était là au grand complet: Konfus, Konfus2, John, The Brain (un autre assistant de Konfus avec un cerveau gigantesque), deux autres profs de linguistique, et quelques élèves, sans doute des Master 1.

Konfus trépignait de joie sur sa chaise.
Les tables étaient installées en U, et Konfus et Konfus2 se faisaient face. Si je ne connaissais pas leurs noms de famille, je les croirais père et fils. Konfus a exactement la même tête de nerd sympatique que Konfus, avec en plus un air naif de grand gamin préado. Un Konfus Junior en quelque sorte.

Dans sa conférence, le monsieur a sorti quelques maximes bien sentencieuses sur son sujet (qui est aussi le sujet sur lequel est en train de travailler Konfus (et mon sujet, d'ailleurs)), et j'ai retenu ma respiration. Un coup d'oeil en direction de Konfus: tout va bien, il n'a pas l'air sur le point de se lever pour se jeter à la gorge du conférencier.
Konfus Junior fait la moue. John souris d'excitation. La discussion va être intéressante.
Enfin le conférencier termine son exposé et la discussion est ouverte.

Aujourd'hui, j'ai appris un truc important pendant la conférence. J'ai décrypté le language du linguiste dans une discussion:

"Je ne suis pas bien sûr d'avoir compris..." (= 5/20, monsieur, et c'est parce que je suis gentil) "... est-ce que vous pourriez expliciter ce point ?" (= je vous mets au défi de reprendre votre argumentation de manière détaillée sans vous emmêler les pieds dans vos propres erreurs)

Le premier à attaquer a été John. Il avait tellement de questions sur des points qu'il "n'était pas sûr d'avoir bien compris" qu'on a cru qu'il allait achever le conférencier à lui tout seul.
Finalement, The Brain a pris la parole, et a exposé le plus calmement du monde un contre-exemple tellement précis, clair et réfléchi que plus personne ne savait quoi dire. Le conférencier a accordé qu'il n'avait jamais pris en considération ce cas de figure, et la discussion s'est close.

Pour ma part, après ca, j'ai séché le teakwondo pour faire du code jusqu'à 22h, heure à laquelle les bibliothécaires m'ont fichue dehors (mais attendeeeeez, encore cinq minuteeeeeuh...).

mardi, 03 mai 2011

So this is Mai, and what have you done ?

a - Courir au moins deux fois plus que [l'année dernière].
Très très bon mois, puisque j'ai couru sur ce mois - accrochez-vous bien - 11h03. Nan, nan, j'ai recompté quinze fois, c'est bien 11h03. Ce qui fait en tout 68km.
Ce mois a de toutes facons été le mois de tous les exploits, puisque j'ai atteind une course de 1h (youpi !), puis de 1h10 (ouais !!), puis de 1h20 (OUAIS !!!). Mon record étant donc un 10km sans pause.

b - Relancer le blog d'Une vache en Germanie.
Ah oui, tiens, le blog...

c - Faire un bon mémoire.
Cela dit, c'est pas pour rien que j'ai eu plein de temps à consacrer au sport ce mois-ci...
Hem hem. Donc le mémoire : c'est le point mort le plus absolut. Le début du mois a été très bien, j'ai bien avancé. Puis j'ai commencé à bloquer, j'ai continué à bloquer, et j'ai fini par être complétement bloquée.
Je ne peux absolument plus rien faire sans l'aide de mon prof qui COMME DE PAR HASARD fait un semestre "hors les murs". Histoire que je puisse jamais le voir. Il y a d'abord eu les vacances universitaires. Il était pas là. Puis à la rentrée universitaire, il m'a dit qu'on pourrait se voir "après le 17 avril". Puis le 17 avril, il m'a donné rdv pour le 3 mai (ah oui, effectivement, c'est APRÈS le 17 avril). Et aujourd'hui, évidemment, il n'était pas au rdv, mais ceci fait partie des bonnes nouvelles du mois de mai, n'anticipons pas !

lundi, 02 mai 2011

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

Der Dativ ist dem Genitiv sein Tod - I. Band ("Le datif est la mort au génitif" Tome 1), Bastian Sick Un peu dur d'arriver au bout du premier tome, et je laisse les deux autres tomes pour plus tard, quand j'aurai digéré. L'humour de Bastian Sick est légèrement répétitif, plus approprié à être dégusté à petite dose qu'en gros pavé.
Mais j'ai appris des tas de trucs sur la langue allemande, sur l'emploi du ß et la distinction entre "anscheinend" et "scheinbar". Y'a plus qu'à ne plus faire de faute maintenant.

Une tourmente de neige, Léon Tolstoi
En ce début de semestre, avant la reprise des cours, j'ai jeté un coup d'oeil sur les cours proposés, principalement ceux des études de littérature. Or, il y avait un cours sur Tolstoi qui a retenu mon attention.
Léon Tolstoi, avec son Anna Karénine et surtout son autobiographie Enfance, m'a beaucoup plu. Pas que Dostoievski soit ennuyeux, j'aime bien aussi, mais Tolstoi a un regard incomparable sur l'âme humaine. Un regard incomparable, qui n'épargne personne, mais jamais méchant.
Me voilà donc tous les mardi matin à suivre un cours sur les nouvelles de Tolstoi, avec une nouvelle à lire chaque semaine. Comme c'est passionnant et que je ne veux pas lire trop l'avance, je me suis rabattue sur quelques nouvelles qui n'étaient pas au programme.
Longue introduction sur cette nouvelle pas très palpitante d'un voyageur perdu dans une tourmente de neige. Comme plongé dans un rêve, sans aucun repère, ni spatial, ni temporel.

Der Überfall, Lew Tolstoj
Je découvre avec Der Überfall ("L'attaque" ? je n'ai pas trouvé la référence en francais) les récits de guerre de Tolstoi. Ici, c'est la guerre du Caucase contre les rebelles montagnards (dirigés par Chamil, pour ceux qui connaissent).
Un mélange intéressant de fascination et d'horreur de la guerre, plutôt critique, sans tomber dans le pacifisme la-guerre-c'est-pas-bien.

"Est-ce qu'il était brave ? lui demandai-je.
- Dieu le sait : il galoppait toujours de le premier, et s'il y avait une escarmouche quelque part, il en était.
- Donc il était brave. dis-je.
- Non, ce n'est pas de la bravoure que de toujours traîner là où on ne le lui demande pas...
- Qu'est-ce que vous appelez bravoure, alors ?
- La Bravoure ? La bravoure ?" répéta le capitaine, comme si la question lui était posée pour la première fois. "Le brave, c'est celui qui se conduit comme il faut." dit-il
après un moment de réflexion.
Je me souvins que Platon définissait la bravoure comme "la connaissance de ce qu'il faut craindre et de ce qu'il ne faut pas craindre", et bien que le capitaine ait formulé sa définition de manière très générale et peu claire, je me dis que leur deux définitions n'étaient pas si éloignées qu'elles le semblaient au premier abord, et même que la définition du capitaine était plus juste que celle du philosophe ; Car s'il avait su s'exprimer à la manière d'un Platon, il aurait dit que le brave est celui qui ne craind que ce qui est à craindre et pas ce qui n'est pas à craindre.

Sewastopol im Dezember 1854 ("Sebastopol en décembre 1854"), Lew Tolstoj, le premier des Ecrits de Sebastopol.
Je quitte la guerre du Caucase pour la guerre de Crimée, celle qui a joué un rôle capital dans la vie de Tolstoi. Ce premier écrit est comme un reportage sur la ville de Sebastopol pendant le conflit, et surtout sur le quatrième bastion, l'endroit le plus dangereux des affrontements. Outre la peinture extrèmement réaliste, ce qui frappe, c'est la présence du reporter et de ses sentiments. Le narrateur ne s'efface pas tout à fait derrière les évènements, sa peur reste présente, sa peur et son envie de faire bonne figure malgré tout.
La fierté, la peur... on commence à se préparer au second récit.

Maintenant, nous avons clairement compris, et nous reconnaissons dans les hommes que nous venons de rencontrer ces héros qui ne perdirent pas leur courage dans les premiers temps [du siège] mais se préparèrent à la mort, non pour cette ville, mais pour leur patrie. Cette épopée de Sebastopol, dont le peuple russe était le héro, laissera longtemps ses trace en Russie.

Sewastopol im Mai 1955 ("Sebastopol en mai 1955"), Lew Tolstoj
Quel fossé entre cette envolée lyrique à la fin du premier récit et ce deuxième récit !
Le deuxième récit n'est pas un reportage. C'est une nouvelle qui couvre les évènements d'une journée de guerre, en sautant sans cesse du point de vue intérieur d'un soldat à un autre. La peur continuelle de la mort, la peur encore plus redoutable d'être déconsidéré et humilié (montrer que l'on a peur d'aller au combat : la pire de toutes les humiliations, ainsi que la certitude de ne plus jamais gagner en grade).
Certains mourront, d'autre pas (jusqu'au jour suivant).
En finissant cette nouvelle, je ne suis dit que l'on pouvait jeter à la poubelle tous les récits de guerre de la 1ère et la 2ème guerre mondiale : en 50 pages, Tolstoi a déjà tout dit.
Incroyable.

Quelqu'un l'attappa par les épaules. Il essaya d'ouvrir les yeux et le ciel au dessus de lui, bleu sombre, des étoiles, et deux grenades qui se poursuivaient au dessus de sa tête, il vit Ignatjew, des soldats avec un brancard et armés de carabines, le talus, les tranchées, et fut soudain persuadé qu'il n'était pas encore dans l'autre monde.
Il avait été légèrement blessé à la tête par une pierre. Sa première impression fut une sorte de regret : il s'était si bien et si tranquillement préparé à son passage dans l'au-delà que le retour à la réalité, avec ses grenades, ses tranchées et tout ce sang lui était désagréable. Sa deuxième impression fut la joie inconsciente d'être en vie, et la troisième : la peur et l'envie de quitter le plus vite possible le bastion. Le tambour banda la tête de son chef de compagnie avec un tissu, le pris par le bras et l'emmena au poste de secours.
"Où vais-je et pourquoi ?" pensa le capitaine en revenant un peu à lui. "Mon devoir est de rester auprès de ma compagnie, d'autant plus qu'elle va bientôt quitter la zone des combats." lui chuchotta une voix intérieure. "Et rester au combat en étant blessé, c'est être sûr de recevoir une distinction !"
"Ce n'est pas nécessaire, mon frère" dit-il au tambour serviable en retirant son bras.

Die Geschichte des gestrigen Tages ("L'histoire de la journée d'hier"), Lew Tolstoj
Je sors enfin des récits de guerre pour renouer avec le style autobiographique de Tolstoi, que j'aime à en pleurer. En une vingtaine de pages, Tolstoi revient sur une soirée et une nuit fort ordinaire. En résumé : jouer au carte chez un ami, prendre congé, rentrer chez lui, dormir et rêver, et se réveiller. Rien de bien extraordinaire dans cette "journée d'hier", mais la finesse de son observation qui ne laisse aucun petit détail de côté en fait une lecture passionnante.

J'ai souvent eu l'occasion d'entendre ces mots : "Un homme superficiel vit sans but". Moi-même, je l'ai dit bien souvent et je le dis encore, non pour reprendre les paroles des autres, mais parce que je sens dans mon coeur que cela n'est pas bien et qu'il faut avoir un but dans la vie.
Mais que faut-il faire pour être un "homme de valeur" et avoir un but ? On ne peut pas se donner de but. Je l'ai déjà essayé plusieurs fois en vain. Il ne faut pas s'inventer un but, il faut trouver le but qui correspond à notre inclinaison, un but qui est déjà présent et que l'on n'avait pas encore identifié jusqu'à présent.

Un des premiers écrits de Tolstoi, extrèmement intéressant quand on connaît déjà un peu ses reflexions futures et sa recherche d'une morale parfaite.

Trois morts, Léon Tolstoi
Je fais un grand pas dans la vie de Léon Tolstoi pour le retrouver dans l'occupation à laquelle il consacrera la fin de sa vie : le monde paysan. Cette nouvelle, très belle et sans prétention, est une sorte de conte écrit pour "ses paysans" (afin de leur enseigner la lecture, je suppose).
Trois mort relate... trois morts. Trois facons de mourir, de trois êtres différents : une femme riche poitrinaire, un vieux paysan et un arbre. Là encore, ce qui me touche, c'est le côté non-caricatural du récit. On aurait pu tomber dans une peinture de la bourgeoise accariatre, du paysan exploité jusque dans sa mort. Mais l'on n'a qu'une série de personnages en relation les uns au autres, en acceptant la faiblesse morale des hommes sans la montrer du doigt.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

La mort d'Iwan Ilitch, Léon Tolstoi
Je passe maintenant au Tolstoi d'après Guerre et Paix et après Anna Karénine, dont après une grande maturation de ses idées.
Le récit commence pour le moment en douceur, avec peut-être plus d'ironie que ses récits précédents.

Krieg und Frieden (Guerre et paix), Lew Tolstoj :
Oui, je sais, j'ai complétement craqué. J'étais en fait juste entrée dans la librairie pour regarder si il y avait la suite de l'autobiographie de Léon Tolstoi à un prix raisonnable, et jeter un coup d'oeil à Guerre et Paix pour plus tard...
Mais quand j'ai tenu le livre en main, que je l'ai ouvert, la mise en page, la typographie, l'odeur de l'encre... j'ai pas pu résister.
Donc maintenant je me lance.

Selbs Betrug, Bernhard Schlink Encore et toujours...

Qu'est-ce que je vais lire ensuite ?

du Tolstoi, du Tolstoi et encore du Tolstoi !

Der Buchtrinker (Le buveur de livres), Klaas Huizing parce que le titre est cool.