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lundi, 02 mai 2011

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

Der Dativ ist dem Genitiv sein Tod - I. Band ("Le datif est la mort au génitif" Tome 1), Bastian Sick Un peu dur d'arriver au bout du premier tome, et je laisse les deux autres tomes pour plus tard, quand j'aurai digéré. L'humour de Bastian Sick est légèrement répétitif, plus approprié à être dégusté à petite dose qu'en gros pavé.
Mais j'ai appris des tas de trucs sur la langue allemande, sur l'emploi du ß et la distinction entre "anscheinend" et "scheinbar". Y'a plus qu'à ne plus faire de faute maintenant.

Une tourmente de neige, Léon Tolstoi
En ce début de semestre, avant la reprise des cours, j'ai jeté un coup d'oeil sur les cours proposés, principalement ceux des études de littérature. Or, il y avait un cours sur Tolstoi qui a retenu mon attention.
Léon Tolstoi, avec son Anna Karénine et surtout son autobiographie Enfance, m'a beaucoup plu. Pas que Dostoievski soit ennuyeux, j'aime bien aussi, mais Tolstoi a un regard incomparable sur l'âme humaine. Un regard incomparable, qui n'épargne personne, mais jamais méchant.
Me voilà donc tous les mardi matin à suivre un cours sur les nouvelles de Tolstoi, avec une nouvelle à lire chaque semaine. Comme c'est passionnant et que je ne veux pas lire trop l'avance, je me suis rabattue sur quelques nouvelles qui n'étaient pas au programme.
Longue introduction sur cette nouvelle pas très palpitante d'un voyageur perdu dans une tourmente de neige. Comme plongé dans un rêve, sans aucun repère, ni spatial, ni temporel.

Der Überfall, Lew Tolstoj
Je découvre avec Der Überfall ("L'attaque" ? je n'ai pas trouvé la référence en francais) les récits de guerre de Tolstoi. Ici, c'est la guerre du Caucase contre les rebelles montagnards (dirigés par Chamil, pour ceux qui connaissent).
Un mélange intéressant de fascination et d'horreur de la guerre, plutôt critique, sans tomber dans le pacifisme la-guerre-c'est-pas-bien.

"Est-ce qu'il était brave ? lui demandai-je.
- Dieu le sait : il galoppait toujours de le premier, et s'il y avait une escarmouche quelque part, il en était.
- Donc il était brave. dis-je.
- Non, ce n'est pas de la bravoure que de toujours traîner là où on ne le lui demande pas...
- Qu'est-ce que vous appelez bravoure, alors ?
- La Bravoure ? La bravoure ?" répéta le capitaine, comme si la question lui était posée pour la première fois. "Le brave, c'est celui qui se conduit comme il faut." dit-il
après un moment de réflexion.
Je me souvins que Platon définissait la bravoure comme "la connaissance de ce qu'il faut craindre et de ce qu'il ne faut pas craindre", et bien que le capitaine ait formulé sa définition de manière très générale et peu claire, je me dis que leur deux définitions n'étaient pas si éloignées qu'elles le semblaient au premier abord, et même que la définition du capitaine était plus juste que celle du philosophe ; Car s'il avait su s'exprimer à la manière d'un Platon, il aurait dit que le brave est celui qui ne craind que ce qui est à craindre et pas ce qui n'est pas à craindre.

Sewastopol im Dezember 1854 ("Sebastopol en décembre 1854"), Lew Tolstoj, le premier des Ecrits de Sebastopol.
Je quitte la guerre du Caucase pour la guerre de Crimée, celle qui a joué un rôle capital dans la vie de Tolstoi. Ce premier écrit est comme un reportage sur la ville de Sebastopol pendant le conflit, et surtout sur le quatrième bastion, l'endroit le plus dangereux des affrontements. Outre la peinture extrèmement réaliste, ce qui frappe, c'est la présence du reporter et de ses sentiments. Le narrateur ne s'efface pas tout à fait derrière les évènements, sa peur reste présente, sa peur et son envie de faire bonne figure malgré tout.
La fierté, la peur... on commence à se préparer au second récit.

Maintenant, nous avons clairement compris, et nous reconnaissons dans les hommes que nous venons de rencontrer ces héros qui ne perdirent pas leur courage dans les premiers temps [du siège] mais se préparèrent à la mort, non pour cette ville, mais pour leur patrie. Cette épopée de Sebastopol, dont le peuple russe était le héro, laissera longtemps ses trace en Russie.

Sewastopol im Mai 1955 ("Sebastopol en mai 1955"), Lew Tolstoj
Quel fossé entre cette envolée lyrique à la fin du premier récit et ce deuxième récit !
Le deuxième récit n'est pas un reportage. C'est une nouvelle qui couvre les évènements d'une journée de guerre, en sautant sans cesse du point de vue intérieur d'un soldat à un autre. La peur continuelle de la mort, la peur encore plus redoutable d'être déconsidéré et humilié (montrer que l'on a peur d'aller au combat : la pire de toutes les humiliations, ainsi que la certitude de ne plus jamais gagner en grade).
Certains mourront, d'autre pas (jusqu'au jour suivant).
En finissant cette nouvelle, je ne suis dit que l'on pouvait jeter à la poubelle tous les récits de guerre de la 1ère et la 2ème guerre mondiale : en 50 pages, Tolstoi a déjà tout dit.
Incroyable.

Quelqu'un l'attappa par les épaules. Il essaya d'ouvrir les yeux et le ciel au dessus de lui, bleu sombre, des étoiles, et deux grenades qui se poursuivaient au dessus de sa tête, il vit Ignatjew, des soldats avec un brancard et armés de carabines, le talus, les tranchées, et fut soudain persuadé qu'il n'était pas encore dans l'autre monde.
Il avait été légèrement blessé à la tête par une pierre. Sa première impression fut une sorte de regret : il s'était si bien et si tranquillement préparé à son passage dans l'au-delà que le retour à la réalité, avec ses grenades, ses tranchées et tout ce sang lui était désagréable. Sa deuxième impression fut la joie inconsciente d'être en vie, et la troisième : la peur et l'envie de quitter le plus vite possible le bastion. Le tambour banda la tête de son chef de compagnie avec un tissu, le pris par le bras et l'emmena au poste de secours.
"Où vais-je et pourquoi ?" pensa le capitaine en revenant un peu à lui. "Mon devoir est de rester auprès de ma compagnie, d'autant plus qu'elle va bientôt quitter la zone des combats." lui chuchotta une voix intérieure. "Et rester au combat en étant blessé, c'est être sûr de recevoir une distinction !"
"Ce n'est pas nécessaire, mon frère" dit-il au tambour serviable en retirant son bras.

Die Geschichte des gestrigen Tages ("L'histoire de la journée d'hier"), Lew Tolstoj
Je sors enfin des récits de guerre pour renouer avec le style autobiographique de Tolstoi, que j'aime à en pleurer. En une vingtaine de pages, Tolstoi revient sur une soirée et une nuit fort ordinaire. En résumé : jouer au carte chez un ami, prendre congé, rentrer chez lui, dormir et rêver, et se réveiller. Rien de bien extraordinaire dans cette "journée d'hier", mais la finesse de son observation qui ne laisse aucun petit détail de côté en fait une lecture passionnante.

J'ai souvent eu l'occasion d'entendre ces mots : "Un homme superficiel vit sans but". Moi-même, je l'ai dit bien souvent et je le dis encore, non pour reprendre les paroles des autres, mais parce que je sens dans mon coeur que cela n'est pas bien et qu'il faut avoir un but dans la vie.
Mais que faut-il faire pour être un "homme de valeur" et avoir un but ? On ne peut pas se donner de but. Je l'ai déjà essayé plusieurs fois en vain. Il ne faut pas s'inventer un but, il faut trouver le but qui correspond à notre inclinaison, un but qui est déjà présent et que l'on n'avait pas encore identifié jusqu'à présent.

Un des premiers écrits de Tolstoi, extrèmement intéressant quand on connaît déjà un peu ses reflexions futures et sa recherche d'une morale parfaite.

Trois morts, Léon Tolstoi
Je fais un grand pas dans la vie de Léon Tolstoi pour le retrouver dans l'occupation à laquelle il consacrera la fin de sa vie : le monde paysan. Cette nouvelle, très belle et sans prétention, est une sorte de conte écrit pour "ses paysans" (afin de leur enseigner la lecture, je suppose).
Trois mort relate... trois morts. Trois facons de mourir, de trois êtres différents : une femme riche poitrinaire, un vieux paysan et un arbre. Là encore, ce qui me touche, c'est le côté non-caricatural du récit. On aurait pu tomber dans une peinture de la bourgeoise accariatre, du paysan exploité jusque dans sa mort. Mais l'on n'a qu'une série de personnages en relation les uns au autres, en acceptant la faiblesse morale des hommes sans la montrer du doigt.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

La mort d'Iwan Ilitch, Léon Tolstoi
Je passe maintenant au Tolstoi d'après Guerre et Paix et après Anna Karénine, dont après une grande maturation de ses idées.
Le récit commence pour le moment en douceur, avec peut-être plus d'ironie que ses récits précédents.

Krieg und Frieden (Guerre et paix), Lew Tolstoj :
Oui, je sais, j'ai complétement craqué. J'étais en fait juste entrée dans la librairie pour regarder si il y avait la suite de l'autobiographie de Léon Tolstoi à un prix raisonnable, et jeter un coup d'oeil à Guerre et Paix pour plus tard...
Mais quand j'ai tenu le livre en main, que je l'ai ouvert, la mise en page, la typographie, l'odeur de l'encre... j'ai pas pu résister.
Donc maintenant je me lance.

Selbs Betrug, Bernhard Schlink Encore et toujours...

Qu'est-ce que je vais lire ensuite ?

du Tolstoi, du Tolstoi et encore du Tolstoi !

Der Buchtrinker (Le buveur de livres), Klaas Huizing parce que le titre est cool.

Commentaires

Je crois que tu aimes Tolstoï, non ?
(sinon hier au vide-grenier, je suis tombée sur LA fan d'Amélie Nothomb, qui m'a pris tous mes doubles !!)

Écrit par : saremma | lundi, 02 mai 2011

Effectivement, j'aime bien Tolstoi. Mais bon, c'est surtout "à cause" de mon cours sur Tolstoi...

Écrit par : Lodi | lundi, 02 mai 2011

Les commentaires sont fermés.