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lundi, 04 avril 2011

C'est lundi...

Qu'est-ce que j'ai lu ces cinq dernières semaines ?

Jalna - La naissance de Jalna : Premier tome d'une loooongue saga. Les personnages sont attachants, mais je ne sais pas si j'écriture m'a emballée au point d'avoir envie de me lancer dans la saga entière.

Andreiev, Les sept pendus : Je n'ai jamais lu "Les derniers jours d'un condamné" de Victor Hugo, mais je suppose que ces sept pendus en sont assez proches. J'ai particulièrement apprécié l'entrée en matière, et l'évocation de cette sorte de huitième condamné à mort que l'on oublie bien vite par la suite.
Pour le reste, évidemment, ce n'est pas une histoire vraiment marrante, mais intéressante.

Ils se turent de nouveau. Ils avaient peur de prononcer une parole, comme si chaque mot de la langue avait perdu son sens propre et ne signifiait plus qu’une chose : la mort. Serge regardait la petite redingote proprette à l’odeur de benzine et pensa : « Il n’a plus d’ordonnance, il a donc, nettoyé son habit lui-même. Comment n’ai-je jamais remarqué quand il nettoyait son habit ? Ce devait être le matin, probablement. Soudain il demanda :
— Et ma sœur ? Elle va bien ?
— Ninotchka ne sait rien ! répondit vivement la mère.
Mais le colonel l’interrompit avec sévérité :
— A quoi bon mentir ? Elle a lu les journaux... Que Serge sache que... tous... les siens... ont pensé... et...
Il ne put continuer et s’arrêta. Soudain, le visage de la mère se tira, les traits se brouillèrent et devinrent sauvages. Les yeux décolorés s’écarquillèrent follement ; la respiration devint de plus en plus haletante et forte.
— Se.. Ser... Ser... Ser... — répéta-t-elle sans mouvoir le lèvres — Ser...
— Petite mère !
Le colonel fit un pas ; tremblant tout entier, sans savoir combien il était affreux dans sa blancheur cadavérique, dans sa fermeté désespérée et voulue ; il dît à sa femme :
— Tais-toi ! Ne le torture pas ! Ne le torture pas ! Ne le torture pas ! Il doit mourir ! Ne le torture pas !

Le rêve d'un drôle d'homme, Dostoievski : Une nouvelle mi-fantastique mi-philosophique. Ce "drôle d'homme" a des accents de Gulliver saupoudré d'un peu de Rousseau. On est en pleines Lumières. Encore une facette de Dostoievski à laquelle je ne m'attendais pas.

Ils étaient vifs et gais comme des enfants. Ils se promenaient dans leurs belles forêts, dans leurs douces clairières, en chantant leurs belles et douces chansons ; leur nourriture ne consistait qu’en fruits de leurs arbres, en miel des bois et en lait de leurs amis le animaux. Ils n’avaient que peu à faire pour se procurer des aliments et des vêtements. Ils connaissaient l’amour matériel, car des enfants naissaient chez eux, mais jamais je ne les ai vus tourmentés de ce féroce désir de volupté qui torture les pauvres hommes de notre globe, et qui est la source de tous nos péchés. Ils étaient heureux de voir naître des enfants qui seraient pour eux de nouveaux compagnons appelés à partager leur félicité.
Entre eux, jamais de disputes ni de jalousie ; ils ne comprenaient même pas ce que ce dernier mot voulait dire. Leurs enfants appartenaient à tous, car ils n’étaient tous qu’une seule et même famille.

Enfance, Tolstoi : Un gros coup de coeur pour ce roman (autobiographique ?) à la première personne, relativement court, qui nous fait vivre quelques journées importantes de la vie d'un petit garcon de 8 ans de la bonne société russe.
C'est admirablement bien écrit (oui, je sais : Tolstoi écrit bien = le scoop). Si il y a une suite, je signe.

Je dansais la seconde contredanse avec Sonia. Quand je fus en place, à côté d’elle, je me sentis atrocement embarrassé. Je ne savais absolument pas de quoi lui parler. Mon silence devenant par trop prolongé, j’eus peur qu’elle ne me prit pour un sot et je résolus de la tirer à tout prix d’une semblable erreur.
« Vous êtes une habitante de Moscou ? » lui dis-je en français. Ayant reçu une réponse affirmative, je poursuivis : « Moi, je n’ai encore jamais fréquenté la capitale. »
Je comptais beaucoup sur l’effet du mot « fréquenter » ; toutefois je sentais qu’après ce début brillant, qui montrait combien j’étais fort en français, il me serait impossible de maintenir la conversation au même diapason. Ce n’était pas encore, de longtemps, notre tour de danser, et le silence avait recommencé. Je la regardais avec inquiétude, désireux de savoir quelle impression je produisais et attendant qu’elle vint à mon secours. « Où avez-vous trouvé ce drôle de gant ? » demanda-t-elle tout à coup, et cette question me causa un plaisir et un soulagement extrêmes.

Moumou, Ivan Tourgeniev : Je poursuis dans la littérature russe. Cette nouvelle est très belle, très simple, à la Maupassant.

- Je n'ai rien à dire contre cette jeune fille. Elle est douce, modeste, laborieuse... Mais vous savez, Gabriel Andreitch... vous savez... cet affreux portier, cette espèce de monstre marin !...
- Oui... répondit l'intendant avec une expression de dépit, mais puisque la baruinia...
- Voyez : Gabriel Andreitch, il me tuera, c'est sûr, il m'écrasera comme une mouche. Quels bras ! quelles mains ! Il a les mains de la statue de Minine et Pojarski. Vit-on jamais des membres pareils ? Il est sourd, et n'entend pas résonner les coups qu'il porte. Il frappe comme un homme qui agite les bras dans son sommeil. L'apaiser, c'est impossible, car outre qu'il est sourd, il est stupide. Un animal ! une idole, pire qu'une idole, une bûche...

Les généraux et le moujik, Mikhail Saltykov-Chtchedrine : Cette nouvelle satirique d'un auteur russe dont je n'avais jamais entendu parler m'a mise en joie. C'est drôle à souhait.

Il y avait une fois deux généraux, gens de peu de cervelle.
Tout à coup, par sortilège, ils se trouvèrent transportés dans une île déserte.
Ces deux généraux avaient servi, toute leur vie durant, je ne sais dans quels bureaux. Ils y étaient nés, ils y avaient grandi, ils y étaient devenus vieux. Aussi n’entendaient-ils rien à rien. Ils ne connaissaient pas d’autres mots de la langue que : « Veuillez agréer l’assurance de mon profond respect et de ma haute considération. »
Or il advint qu’on supprima leur emploi comme n’étant d’aucune utilité. Rendus à la liberté et mis en disponibilité, nos deux généraux se fixèrent à Saint-Pétersbourg, dans la rue Podiatcheskaïa. Chacun avait son appartement et sa cuisinière, et ils recevaient chacun une pension du gouvernement.
Mais voilà qu’un beau jour, comme on l’a déjà dit ci-dessus, ils se trouvèrent tout à coup dans une île déserte et s’y réveillèrent couchés tous deux sous une seule et même couverture.
[...]
D’un côté, c’était la mer ; de l’autre, un coin de terre au delà duquel on voyait encore la mer, rien que la mer, à perte de vue.
Nos généraux versèrent alors des larmes, les premières depuis la suppression de leurs emplois. Ils se considérèrent l’un l’autre, et ils s’aperçurent qu’ils étaient en chemise de nuit avec leurs décorations au cou.
« Comme ce serait bon de prendre son café ! » dit l’un. Mais, se rappelant aussitôt l’aventure inouïe qui venait de leur arriver, ils se mirent à pleurer. « Que faire ? ajouta-t-il au milieu des sanglots. Faire un rapport sur notre aventure ? À quoi cela servirait-il ?

Le coup de pistolet, Alexandre Pouchkine : Difficile de sentir le côté "russe" de cette nouvelle, qui me fait beaucoup penser aux nouvelles de Schnitzler. L'ambiance des casernes du XIXème est un universel européen...

Sa grande occupation était de tirer le pistolet ; les murs de sa chambre, criblés de balles, ressemblaient à des rayons de miel. Une riche collection de pistolets, voilà le seul luxe de la misérable baraque qu'il habitait. L'adresse qu'il avait acquise était incroyable, et, s'il avait parié d'abattre le pompon d'une casquette, personne dans notre régiment n'eût fait difficulté de mettre la casquette sur sa tête.

Zipper und sein Vater, Joseph Roth : Je sors un peu de la littérature russe pour revenir à mes anciennes amours, les auteurs autrichiens du début du XXème.
Ici, c'est une très beau portrait croisé entre un père et son fils. Le portrait de deux générations : celle des pères qui ont envoyé leurs fils à la guerre, et celle de ces fils, poilus de la 1ère guerre mondiale.

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Selbs Betrug, Bernhard Schlink : J'avance avec difficulté dans cette enquête policière aux nombreux rebondissements. Dans ses nouvelles, Berhard Schlink se concentre en général sur une ou deux périodes clés de l'Histoire allemande. Dans ce gros roman, c'est tout le XXeme siècle qui y passe, la 1ère guerre, la 2ème, Stalingrad, l'occupation russe, américaine, la RAF (la "Bande à Baader"), la montée des verts, les coalitions... Toute l'Histoire allemande se cache dans les recoins de l'hôpital psychiatrique de Mannheim, et je m'y perds un peu. Mais c'est évidemment passionnant, même si je passe sans doute à côté de la moitié des références historiques.

Raison et sensibilité, Jane Austen

Freizeichen, Ildikó von Kürthy : De la chick-litt allemande. Que du bonheur.

Qu'est-ce que je vais lire ensuite ?

Der Dativ ist dem Genitiv sein Tod, Bastian Sick : Un classique des classiques. J'ai les trois premiers tomes, je crois qu'il y en a entre temps deux de plus de sortis... Je l'avais commencé, puis abandonné (trop de références que je voulais approfondir). Cett fois-ci, c'est décidé, c'est sans prendre de notes, juste pour le plaisir...

Les frères Karamazof, Dostoievski

Commentaires

"Raison et sensibilité" c'est une nouvelle traduction de "Raison et sentiments" ou c'est encore un autre roman de Jane Austen ? (de toute façon je les confonds tous !)

Écrit par : Winnie | mardi, 05 avril 2011

Oui, c'est le même roman. Je crois que c'est plutôt une ancienne traduction qu'une nouvelle.
"Raison et sensibilité" c'est quand même vachement plus rigolo que "Orgueil et préjugés". Mais je suis d'accord que c'est toujours un peu la même chose, et l'écriture est pas à tomber par terre...

Dans le genre:
"Elinore, j'ai une chose à vous dire.
- Confiez-vous à moi, Edgard.
- Mais je dois vous dire que je ne vous dis cette chose que parce que je sens qu'il va de mon devoir de vous la dire, sinon je n'oserais pas vous importuner avec une chose qui, quand je vous l'aurai dite, pourra vous surprendre.
- Mon dieu, qu'est-ce donc ! Parlez vite !
- Cette chose que j'ai à vous dire...
- Oui ?
- Pour vous la dire, je dois d'abord vous dire une autre chose que vous ignorez.
- Est-ce possible ? Mais quelle chose est-ce ?
- Une chose qui m'est très pénible à dire, mais je vais vous la dire pour que vous compreniez pourquoi je dois absolument vous dire la chose, plus importante, que je veux vous dire mais que vous ne pourrez pas comprendre sans autre chose que j'ai à vous dire.
- Vous pouvez compter sur moi pour ne pas émettre de critique à ce que vous me disiez cette chose, car je vous crois un homme de coeur, et je sais que vous ne me diriez pas cette chose si ce n'était fort nécessaire."

Mais QUEL SUSPENS !!!!

Écrit par : Lodi | jeudi, 07 avril 2011

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