Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 14 février 2011

C'est lundi...

De quoi est-ce que j'ai encore envie de parler ?

Das Brot der frühen Jahren ("Le pain des jeunes années), Heinrich Böll, parce que j'ai pas eu le temps de vous traduire un passage, et je veux absolument !

Je suis resté debout devant l'escalier qui menait au quai, et j'ai pensé : blonde, vingt ans, qui vient en ville pour devenir institutrice ; en dévisageant les gens qui passent devant moi, c'était comme si le monde était rempli de jeunes filles blondes de vingt ans tant il y en avait qui sortaient de ce train, et toutes portaient une valise à la main et avaient l'air de venir en ville pour y devenir institutrices. J'étais trop fatigué pour adresser la parole à l'une d'elle, je me suis planté une cigarette entre les lèvres et suis allé de l'autre côté de l'escalier, et, derrière la rampe d'escalier, j'ai vu une jeune fille juchée sur une valise, une jeune fille qui avaient dû être dans mon dos pendant tout ce temps: elle avait les cheveux bruns, et son manteau était vert comme l'herbe qui a été battue par la pluie pendant toute une nuit chaude, il était si vert, que j'avais l'impression qu'il devait sentir l'herbe ; ses cheveux étaient sombres comme le sont les toits d'ardoise après la pluie, son visage était blanc, d'un blanc presque cru comme de la chaux fraîche aux reflets ocres. J'ai pensé qu'elle devait être maquillée, mais elle ne l'était pas. Je ne voyais que ce manteau vert vif, que ce visage, et soudain j'ai eu peur, cette peur que les explorateur ressentent, lorsqu'il pose le pied sur une terre inconnue, sachant qu'une autre expédition est en route et qu'elle a peut-être déjà planté là son drapeau, pris possession de la terre ; des explorateurs qui doivent avoir peur que le long voyage, les fatigues, les risques de vie ou de morts n'aient été en vain.

et plus loin :

J'avais peur, non plus la peur que quelqu'un puisse la découvrir et la conquérir, cette peur-là avait disparu, car je n'allais plus la quitter, plus de toute la journée, non plus que des nombreux jours qui allaient suivre, tous ces jours, dont la somme s'appelle la vie. C'était une autre peur, la peur de ce qui allait venir: le train dans lequel j'avais voulu monter était prêt à partir, la chaudière fumait, les passagers étaient déjà en voiture, le signal avait déjà été donné, et l'homme au bonnet rouge avait déjà levé sa truelle, et tous n'attendaient plus que moi, déjà sur le marchepied, attendaient que je dépềche encore de monter en voiture, mais à cet instant j'avais sauté. [...] Je regardais l'autre, la vie passable, s'éloigner, comme une machine compliquée construite à l'intention de quelqu'un qui n'était plus là: je n'étais plus là.

Bon ok, j'arrête avec ma traduction, sinon je suis partie pour faire tout le bouquin (et j'ai pas le droit).
Nan mais sans dèc, le livre est bien. Lisez-le.

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

Les deux nigauds, la Comtesse de Ségur, sympatique comme tout. Mais j'ai déjà tout dit là-dessus la semaine dernière.

Der Tod des Königs Tsongor ("La Mort du roi Tsongor"), Laurent Gaudé
Pour la deuxième fois, un livre francais lu en allemand... C'est un peu naze, mais des fois, les hasards des marchés au puces décident à votre place...
Ce livre est grandiose. Franchement. Et je pèse mes mots. Je sais qu'il a été assez salué à sa sortie, mais il me semble complètement tombé dans l'oubli depuis, je me demande bien pourquoi. Pour décrire ce livre, on pense à l'Iliade (mais en plus court), au Seigneur des Anneaux (la fantasy en moins), à Ségou (mais intemporel)... Une grande épopée, comme une légende.

C'est ainsi qu'Arkalas donna la mort à Karavanath. Il lui trancha la gorge, et la mort descendit sur lui. Son corps tressaillit encore un peu, et il put entendre la voix de son bourreau qui lui murmurait à l'oreille "Je suis belle, et je te tue."
[...] Lorsque le combat fut terminé, et que les deux armées retournèrent sur les collines, vaincues, à bout de force, trempées de sang et de sueur, on eut dit qu'ils avaient accouché, là-bas dans la plaine, d'une troisième armée. Une armée immobile, dont le visage mordait la poussière. Une armée de mort, mise au monde après dix heures de contractions sanglantes. L'armée de tous ceux qui allaient gésir à jamais dans la poussière de la plaine aux pieds de Massaba.

(C'est bien la dernière fois que je traduis une traduction du francais en francais...)
La mort est omniprésente dans ce roman. Ces deux armées qui se battent se battent en réalité contre l'armée de la mort, et c'est elle la seule à remporter des victoires. Le grand talent de Laurent Gaudé est de confronter les personnages à des situations qui ne cessent de leur offrir des occasions de mettre fin à la guerre, de sauver des vies. Mais sans cesse, c'est la mort qui l'emporte.
La mort du roi Tsongor, c'est un roman qui explore l'âme humaine, fait des constats terribles, mais... tout de même, l'homme vaut le coup. C'est exactement ce que Souba découvre sur son père, le roi Tsongor.
Bref, un livre vraiment incroyable (mais quand même avec plein de gens qui s'arrachent les yeux et se dévorent vivants, et même si c'est plus stylistique que réaliste (comme toutes les épopées où les héros tuent plein d'ennemis, et où les méchants sont des sadistes finis) c'est pas vraiment tout public).

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

Selbs Betrug, Bernhard Schlink

Un Printemps à Petersbourg, Dostoievski, un journal très méchant et très bien écrit.

Montessori oder Waldorf? ("Montessori ou Steiner" ?), Seitz und Hallwachs

Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Jean-Jacques Rousseau

Sterben ("Mourir"), Arthur Schnitzler

Qu'est-ce que je vais lire après ?

Les sept pendus, Andreiev

Commentaires

Bon j'ai rajouté le Pain des Jeunes Années à ma PAL, j'espère que tu es contente :p

Écrit par : Winnie | mardi, 15 février 2011

Les commentaires sont fermés.