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lundi, 24 janvier 2011

C'est lundi...

Enfin rentrée. Enfin débarrassée des scouts. Je retourne enfin à mes livres.

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

L'éducation sentimentale, Flaubert, et sincèrement, c'est un peu ennuyeux.
Bof bof bof. (Pour la peine, pas d'extrait cette fois-ci)

Les enfants du Limon, Queneau, une véritable délectation !

Chapitre CXXIV

Il se mit à pleuvoir inopinément, avec violence.
- Voilà la pluie, dit le patron.
On approuva.
Et là-dessus entra brusquement un monsieur assez âgé, vêtu avec négligence et pointillé de quelques gouttes d'eau.
[...]
- Ce sera ? demanda le patron.
C'était un petit bistro, il n'y avait pas de garcon.
- Je boirais volontiers une tasse de lait chaud avec un petit verre de rhum dedans, dit le monsieur. Breuvage excellent pour prévenir la grippe.
- Un lait chaud avec un petit verre de rhum dedans, dit le patron.
En attendant le breuvage excellent pour prévenir la grippe, le monsieur assez âgé avait déplacé son paquet et croisé ses bras dessus, comme pour le couver. Son voisin, abandonnant la recherche d'un mot de sept lettres qui, etc., le regarda du coin de l'oeil et, dans le coin de l'oeil du monsieur assez âgé, il apercut des reflets hagards qui vacillaient et s'éteignaient comme des feux follets sur un étang.
Le patron apporta la tasse de lait chaud, avec un petit verre de rhum qu'il renversa d'un seul coup dedans. Dehors il continuait à pleuvoir avec violence.
- Ca vaut encore mieux que la pluie, dit le patron.
Et il retourna derrière son comptoir.
Le monsieur assez âgé but à petites gorgées le breuvage excellent pour prévenr la grippe. Un soubresaut l'agitait chaque fois qu'il se brûlait la gueule.
- Sale temps, lui dit son voisin.
Le monsieur assez âgé parut hésiter avant de se décider à la causette. Mais le désir de parler de ses malheurs l'emporta sur ses méfiances. Aussi, lorsqu'ils eurent épuisé les chapitres de la météorologie et de l'épidémiologie, se mit-il à raconter divers incidents de sa propre vie. Et tout d'abord qu'il allait de ce pas chez des parents habitant rue de Longchamp et que son parcours avait été interrompu par cette chute inopinée d'eau.
Son interlocuteur s'intéressa à l'état civil des dits parents, justifiant sa curiosité par une connaissance approfondie du quartier et par l'intérêt qu'il portait à tous incidents, accidents, évènements, modifications et changements qui pouvaient altérer la stabilité de son état, au quartier.
Avec un minimum de roublardise cet interlocuteur ne tarda donc pas à apprendre que ce monsieur assez âgé qui craignait les pluies et les grippes se rendait, avant l'averse tombante, chez Mme Hachamoth, sa belle-soeur ; qu'il se nommait Chambernac ; qu'il était proviseur émérite ; qu'il venait habiter Paris ; que son veuvage l'affectait grandement ; qu'il avait écrit un ouvrage extraordinaire contenu dans ce paquet ; qu'il désirait pour lui le calme et la paix et pour cette oeuvre la gloire ; que des incidents étranges avaient échancré le cours de sa vie.
[...]
- Tiens il ne pleut plus, remarqua le patron.
Cette observation parfaitement exacte, détermina un départ rapide de Chambernac, qui s'éloigna en tenant serré sur son coeur le manuscrit de l'Encyclopédie.
Robert Bossu, tout rêveur, se remit à son mot-croisé.

L'Encyclopédie dont il est question constitue le coeur du roman. Le professeur Chambernac y expose toutes les théories développées par des "fous littéraires" (c'est-à-dire des gens atteints d'une folie quelconque, mais qui ont réussit à se faire publier de leur vivant).
Le titre du roman, "Les enfants du Limon", fait ainsi référence à la fois aux petit-enfants de M. Limon, grand industriel atteint lentement par la faillite, et que nous suivons dans leur vie, et à la fois à la théorie de comologie d'un de ces fous littéraires (selon laquelle le soleil et la terre sont régis par les force de la pureté et de l'impureté ; le soleil étant un énorme tas d'excréments et les hommes les enfants sortis du limon). La vie de la famille Limon et les recherches du professeur Chambernac se mélangent dans un joyeux méli-mélo.
Tout ce roman est assez étrange, il faut en convenir, mais si l'on accepte de se laisser porter par la langue sans trop réfléchir, c'est une plongée très agréable, Queneau maniant la langue francaise comme un jongleur des balles et des massues, élégant et drôle, sans jamais faire de faux mouvement.

La rumeur dans la montagne, Maurice Renard
Je ne connaissais pas Maurice Renard, et je l'ai découvert cette semaine par inadvertance, pensant qu'il s'agissait de son homonyme Jules Renard. Bien m'en a pris. Cette petite histoire d'un homme à la recherche d'un bruit dans la montagne est ce que j'ai lu de plus joli depuis des siècles.
Je suis méga-fan de cet auteur.

« Tiens ! se dit Florent Max. Il faut que je sache si c’est un essaim ou un ruisseau. »
Il n’était pas pressé d’arriver au but de son ascension. Aujourd’hui, le plus modeste imprévu semblait rempli d’attraits, et tout ce qui pouvait le distraire était béni.
« Ce doit être un ruisseau souterrain, pensa-t-il. On ne l’entend que par une fente. »
Le bruit était venu de la droite. Là se creusait une ravine encombrée de quartiers de roc et de végétations. La piste suivie par Florent Max longeait le bord du trou, au-delà de quoi une muraille à pic s’élevait brutalement, grisâtre et nue.
Florent Max déposa son attirail, et descendit dans la ravine. Au fond, il écouta. L’immobilité augmentait le silence. Un sourd aurait pu voir qu’il n’y avait rien à entendre. Pas un grésil-
lement d’insecte. Pas une mouche vibrant au-dessus d’un calice.
L’homme, aux aguets, banda son ouïe et tourna le profil deci de-là.
– C’est un peu fort ! dit-il tout haut. Je suis pourtant sûr que ce n’était pas un bourdonnement d’oreille ! Cela faisait le bruit d’un champ de trèfle au soleil.
Et il se mit à fureter en tous sens.

Le lapidaire, Maurice Renard
J'enchaîne immédiatement avec une autre nouvelle de ce Maurice Renard, elle aussi délectable à souhait. Maurice Renard est le plus grand descripteur du monde. C'est d'une beauté exquise (Balzac et ses fleurs peuvent aller se rhabiller).
D'habitude, une description illustre le récit. Chez Maurice Renard, c'est le récit qui décore la description.
Plus jamais je ne regarderai un rubis sans penser à ce lapidaire.

– Ces douze gemmes, reprit Hermann, sont les symboles des douze mois chez les Slaves, et voici le calendrier des Latins. Différence de races : il n’existe pas de concordance entre ces deux fantaisies ; l’attribut d’avril, par exemple, est ici le diamant, et là c’est le saphir...
– La saison printanière, fit Cellini, a la couleur des yeux qu’on aime ; c’est folie de la vouloir fixer à jamais et pour tous...

Qu'est-ce que je suis en train de lire ?

La Tentation de Saint Antoine, Gustave Flaubert
L'idée est intéressante, mais décidemment, je crois que je n'aime pas l'écriture de Flaubert. Il y a quelque chose qui ne passe pas. Même si le côté onirique rend le texte intéressant.

Cependant l’ange annonciateur, dans Matthieu, apparaît à Joseph, tandis que dans Luc, c’est à Marie. L’onction de Jésus par une femme se passe, d’après le premier évangile, au commencement de sa vie publique, et, selon les trois autres, peu de jours avant sa mort. Le breuvage qu’on lui offre sur la croix, c’est, dans Matthieu, du vinaigre avec du fiel, dans Marc du vin et de la myrrhe. Suivant Luc et Matthieu, les apôtres ne doivent prendre ni argent ni sac, pas même de sandales et de bâton ; dans Marc, au contraire, Jésus leur défend de rien emporter si ce n’est des sandales et un bâton. Je m’y perds ! ...
Antoine avec ébahissement : en effet... en effet...
Hilarion.
Au contact de l’hémorroïdesse, Jésus se retourna en disant : " qui m’a touché ? " il ne savait donc pas qui le touchait ? Cela contredit l’omniscience de Jésus. Si le tombeau était surveillé par des gardes, les femmes n’avaient pas à s’inquiéter d’un aide pour soulever la pierre de ce tombeau. Donc, il n’y avait pas de gardes, ou bien les saintes femmes n’étaient pas là. à Emmaüs, il mange avec ses disciples et leur fait tâter ses plaies. C’est un corps humain, un objet matériel, pondérable, et cependant qui traverse les murailles. Est-ce possible ?
Antoine.
Il faudrait beaucoup de temps pour te répondre !
Hilarion.
Pourquoi reçut-il le saint-esprit, bien qu’étant le fils ? Qu’avait-il besoin du baptême s’il était le verbe ? Comment le diable pouvait-il le tenter, lui, Dieu ?
Est-ce que ces pensées-là ne te sont jamais venues ?
Antoine.
Oui ! ... souvent ! Engourdies ou furieuses, elles demeurent dans ma conscience. Je les écrase, elles renaissent, m’étouffent ; et je crois parfois que je suis maudit.
Hilarion.
Alors, tu n’as que faire de servir Dieu ?

Das Brot der frühen Jahren("Le pain des jeunes années"), Heinrich Böll et comme d'habitude, Heinrich Böll, c'est tout simplement renversant. Je m'emporte tellement que je cours sur le texte avant d'avoir le temps de le comprendre, et je dois reprendre souvent des pages entières en me rendant compte que je me suis laissée étourdir par les mots sans savoir de quoi ils parlent. Le texte est tellement beau que j'ai envie de noter des pages et des pages dans mon grimoire des plus beaux passages de romans.
Cette magnifique nouvelle parle du pain qui manque et du pain qu'on mange, parle de la faim et de la guerre, et parle aussi de lèvres rouges et de l'odeur écoeurante de la lessive.

Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Jean-Jacques Rousseau

Sterben ("Mourir"), Arthur Schnitzler

Qu'est-ce que je vais lire après ?

Les deux nigauds, la Comtesse de Ségur

Der Tod des Königs Tsongor, Laurent Gaudé, oui, encore un livre francais que je vais lire en allemand...

Die Waldorf Pädagogik, d'un auteur dont je n'ai pas le nom en tête. Il s'agit d'un livre que j'ai emprunté à la bibliothèque des sciences de l'éducation, et qui présente la pédagogie de Waldorf. Je ne sais pas si cette pédagogie est connue en France (les maîtresses d'école me répondront), mais je me suis rendu compte que trois de mes scouts étaient dans des "écoles Waldorf". Karolina Herfurth en a fréquenté une également, ainsi que pas mal de mes amis. Foux que j'ai interrogé à ce sujet m'a dit que c'était la pédagogie qui l'attirait le plus au cours de sa formation. Les écoles Waldorf sont en tout cas très à part dans le système éducatif allemand, on s'en moque un peu, on refuse à toute force d'y envoyer ses enfants, ou on se bat pour les y envoyer, ceux qui les ont fréquentées gardent un silence obstiné sur ce qui s'y passe et... et bien, j'étais curieuse d'en savoir plus, voilà.

Commentaires

TOUT ça !!!!!!!!!!!!!
Je suis désespérée .......

Écrit par : Ingrid | lundi, 24 janvier 2011

Et donc, Waldorf ? Tu connais ?

Écrit par : Lodi | mardi, 25 janvier 2011

Bon alors Flaubert pour moi c'est un auteur extrêmement ennuyeux à lire (mais je crois que lui-même le faisait un peu exprès) mais passionnant à étudier.
Même chose pour Queneau (un grand disciple de Flaubert) d'ailleurs, je n'ai aimé ni Zazie dans le métro ni Les Fleurs bleues. L'extrait des Enfants du Limon a l'air moins absurde que d'habitude, j'y jetterais peut-être un oeil.

"Balzac et ses fleurs peuvent se rhabiller"
NON MAIS TU N'AS PAS HONTE.
Cela dit j'aurais bien rajouté La rumeur dans la montagne à ma PAL si elle existait en autre chose que la collection "Bouquins".

Quant à Waldorf, Wikipédia vient de m'apprendre qu'en fait en France on dit plutôt "la pédagogie de Steiner". J'ai lu ici et là des commentaires dessus (des "folles" de la Leche League qui font l'école à la maison) et ça a l'air TRES bizarre de mon point de vue, vu qu'il n'y a pas de "maître" mais un "jardinier". Si tu veux je peux retrouver les mails à ce sujet avec des témoignages et des critiques et te les forwarder.

Écrit par : Winnie | vendredi, 28 janvier 2011

Ouais, je suis d'accord pour les mails. Mais si tu veux, tu peux me les transférer au lieu de me les forwarder...
Le gars des écoles Waldorf s'appelait en effet Rudolf Steiner. J'ai commencé le livre, et pour le moment ca blablate cuistrement de Hegel, c'est pas passionant. Mais je suis pas encore au coeur du sujet.

Les deux nouvelles de Maurice Renard sont dispos sur litteratureaudio.com

Quant à Queneau, étant donné qu'on a de longs longs longs extraits de bouquins écris par des fous... je n'irais pas jusqu'à dire que ce n'est pas absurde...
Mais pour te rassurer, j'ai détesté "Zazie dans le métro".
J'ignorais la parenté littéraire de Flaubert et Queneau. Du coup, mes lectures ont l'air super coordonnées les unes aux autres, c'est fantastique. N'empêche que je finis de me battre contre mon Saint Antoine (je viens d'arriver au dernier chapitre... courage ! (oui, y'en a que 6, c'est un tout petit bouquin, mais c'est dur dur)) et je dis adieu à Flaubert.

Écrit par : Lodi | lundi, 31 janvier 2011

Bon ben je te les transfère ces mails alors...

Bon alors je note Maurice Renard dans ma PAE après Balzac et ses fleurs, et puis Emmanuel Carrière lu par Eric Caravaca *bave* que m'a offert Julien à Noël.

Écrit par : Winnie | mardi, 01 février 2011

Les commentaires sont fermés.