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mardi, 29 juin 2010

Comme une classe de ZEP

On n'a jamais tellement entendu parler de la France qu'en ce moment.

Comme je suis "la francaise", c'est à moi que tout le monde demande ce qui s'est passé.
"Mais alors, Lodi, qu'est-ce qu'il s'est passé en fait ?"
Ce qu'il s'est passé en fait, je suis la moins bien placée pour le savoir. J'essaye juste de faire un paquet coérent de toutes les infos qu'on a pu me dire. "Alors tu vois, c'est à ce moment-là que Anelka..."

"Et qu'est-ce que ca te fais ?"
Moi ? Ca me fait rire. :-)
Quoi d'autre ?

Si ca m'étonne ? Pas le moins du monde. C'est l'aventure quotidienne d'une classe de ZEP, je ne vois pas ce que ca a de surprenant.

vendredi, 18 juin 2010

Je crois qu'y a match

La cantine est étrangement vide ce midi. En fait, elle semble remplie à moitié d'indiens (je ne savais pas qu'il y avait autant d'indiens à la FU). Les rares allemands qui s'y attardent encore portent des t-shirts de l'équipe de foot.
En me dirigeant vers la bibliothèque, j'entends un brouhaha monstre. C'est l'amphithéâtre qui a été réquisitionné pour retransmettre le match. Je comprends: il n'y a personne à la cantine parce que l'intégralité des universitaires (profs et étudiants confondus) sont dans l'amphitéâtre plein à craquer (il n'a jamais été aussi plein, remarqué-je).
Je croise Julie. Elle rentre chez elle, ses cours de l'après-midi ont été annulés pour cause de coupe du monde. On entend un hurlement. Il y a dû y avoir un but. Des applaudissements et des cris. Sans doute un but allemand.

Foux aussi ce matin était au désespoir de devoir travailler cet après-midi à la Kita. Mais je suppose qu'ils vont bien regarder le match avec leurs gosses, non ? Comment les éduquer à devenir de bons petits Allemands sans ca ?
Moi je m'en fous. En ce moment, la grammaire du Stokavien et l'accord littéraire de Vienne de 1850 m'occupent bien trop pour perdre mon temps à des trucs aussi inintéressants que le football.
La bonne nouvelle, c'est que ca va pas être difficile de trouver une place libre à la bibliothèque aujourd'hui.

lundi, 07 juin 2010

Haute Fidélité, de Nick Hornby

Il n'y a pas vraiment de chansons pop sur la mort - pas de bonnes, en tous cas. C'est peut-être pour ca que j'aime la pop music, et que je trouve la musique classique un peu craignos. Il y avait bien cet instrumental d'Elton John, Song for Guy, mais bon, c'était juste un truc au piano, gling-gling, qui peut vous servir à l'aéroport autant qu'à votre enterrement.
"Bon, les gars, les cinq meilleures chansons pop sur la mort.
- Super, dit Barry. Une liste en hommage au père de Laura. D'accord, d'accord.
Leader of the pack. Le mec meurt en moto, non ? Et puis y'a Dead man's curve de Jan and Dean, Terry de Twinkle. Hm... celle de Bobby Goldsboro, tu sais, And honey, I miss you..." Il la chante faux, plus encore qu'il n'aurait fait normalement, et Dick rigole. "Et Tell Laura I love her, alors ? Ca ca déménagerait, non ?" Je suis content que Laura ne soit pas là pour voir quel divertissement nous a fourni la mort de son père.
"Je cherchais des chansons sérieuses. Un truc qui témoigne d'un peu de respect, tu vois.
- Quoi, tu fais DJ pour l'enterrement, c'est ca ? Aie. Dur boulot. Mais même, celle de Bobby Goldsboro ferait un tabac. Tu vois, quand les gens ont besoin de se changer les idées. Même la mère de Laura pourrait la chanter." Il chante la même phrase, toujours aussi faux, mais cette fois avec une voix de fausset qui indique que c'est une femme qui chante.
"Laisse béton, Barry.
- J'ai déjà trouvé ce qui passera à mon enterrement, en tous cas.
One step beyond de Madness. You can't always get what you want.
- Juste parce que c'est dans
Les copains d'abord.
- Mais j'ai jamais vu
Les copains d'abord, si ?
- Sale menteur. On l'a vu dans une double séance Lawrence Kasdan, avec
La fièvre au corps.
- Ah ouais. Mais j'avais oublié ce truc-là, je te jure. J'y pensais même pas.
- À peine."
Et cetera.
Je ressaye plus tard.
"
Abraham, Martin and John, dit Dick. Elle est plutôt douce.
- C'est quoi le prénom du père de Laura ?
- Ken.
-
Abraham, Martin, John et Ken. Nan. Je le sens pas.
- Dégage.
- Black Sabbath ? Nirvana ? Ils sont tous branchés mort."
Et voilà comment Ken est pleuré chez Championship Vinyl.

J'ai pensé à ce que je voudrais qu'on entende à mon enterrement, mais je n'ai pu le confier à personne de peur qu'on ne me rie au nez. One love de Bob Marley ; Many rivers to cross de Jimmy Cliff ; Angel d'Aretha Franklin. Et j'ai toujours rêvé qu'une très belle femme en pleurs insiste pour qu'on passe You're the best thing that ever happened to me de Gladys Knight, sauf que je ne vois pas qui serait cette très belle femme en pleurs. Mais , après tout, c'est mon enterrement, et j'ai le droit d'être généreux et sentimental si je veux. Ca ne change rien à ce qu'a démontré Barry, même s'il ne le savait pas lui-même : à savoir que nous avons ici quelques milliards d'heures de musique enregistrée, et pas plus d'une minute qui décrive ce qu'éprouve Laura en ce moment.

mercredi, 02 juin 2010

Le miroir fêlé

Je relis aujourd'hui Le miroir fêlé de Svetislav Basara au moins pour la troisième fois (au moins).

Ce bouquin est tellement absurde que je ne sais pas si je vais réussir à le présenter.
Essayons.
Svetislav écrit un roman. Ou alors c'est Anan qui écrit un roman autobiographique. Étant personnage de son roman autobiographique, Anan est un personnage de fiction, et obéit donc aux règles qui régissent les personnages de fiction (Basara se base sur les théories de Käte Hamburger et de Heyse - en tout cas c'est ce que dit Anan...).
Donc, Basara fait vivre ses personneges de fiction comme s'ils étaient des personnages de fiction, et surtout les fait réfléchir sur leur statut  métaphysique en prenant comme point de départ des théories sur les personnages fictifs, et on aboutit à des situations si absurdes qu'on s'y perd à peu près. Mais le plus étonnant, c'est que cet absurde de la fiction n'est pas si loin de dire beaucoup de vérités métaphysiques sur notre monde réel.

En un mot, Le miroir fêlé, c'est jouissif.
Chaque phrase mérite de devenir une citation. Choisir un extrait n'a pas été de la tarte...

Mon père s'est pris la tête dans les mains. Il voulait par ce geste m'inciter à la compassion. Mais il n'a pas réussi. D'une part, je le plaignais : l'endoctrinement lui faisait croire qu'en se prenant la tête dans les mains, il éveillerait la compassion. D'autre part, je restais indifférent, car je n'existais pas. Et adieu les émotions. D'ailleurs, au fond de lui-même, comme tout père, il n'a même jamais essayé de me comprendre. Et puis, comment avoir confiance en un homme qui couche avec votre mère ? Il ne faut jamais perdre de vue ce fait. Être père, c'est le prétexte dont se sert un homme pour coucher avec votre mère. Les pères ont coiffé cette doctrine d'une auréole de sainteté, et les empereurs devant lesquels ils se prosternaient leur ont accordé une charte de luxure.

- Peux-tu m'expliquer ca ? demanda mon père.
Il voulait parler du désendoctrinement.
- Peut-être y arriverais-je, si tu avais le temps de m'écouter.
Mon père pondit le gros bobard :
- Il faut bien que j'aie du temps pour mon enfant.
- Vois-tu, papa, lui dis-je, nous sommes vides en dedans. Je ne nie pas que nous existons objectivement. Mais de la même manière qu'existent aussi cette table et cette chaise. À l'intérieur, au fond de nous, il n'y a rien. Ontologiquement, il n'y a aucune différence entre toi et Mickey Mouse.
- C'est comme ca qu'on parle à son père ?
- Tu voulais qu'on parle.
- Oui, mais pas de cette facon. Je n'aurais pas cru que tu puisses me comparer à Donald Duck et Mickey Mouse.

Le miroir fêlé de Svetislav Basara

Joseph Breitbach

C'est intéressant de lire les pièces de Joseph Breitbach, et c'est compliqué d'en parler.

C'est intéressant, mais si l'on joue le jeu.
Je n'ai pas sû tout d'abord où Breitbach voulait en venir avec ses grandes réflexions sur le marxisme. Sa dernière pièce, Requiem pour l'église, m'a un peu éclairée. Sans doute parce que le "problème" me parlait plus.
Dans Camarade Veygond, un écrivain sympatisant communiste est pris en otage par une petite bande de marxistes fanatiques qui veulent le forcer à appliquer le marxisme qu'il prône. Dans Requiem pour l'église, c'est un prètre qui se retrouve en quelque sorte pris en otage par un catholique fanatique qui veut le forcer à appliquer son cathéchisme à la lettre. Tout est dit. De ces confrontations insolites naît le comique. Et le drame humain.
À la base un seul voeu: que les actions correspondent aux belles paroles de l'idéologie.

Il faut jouer le jeu, et les pièces méritent vraiment l'analyse...

ARTHUR: Camarade Veygond, le militant marxiste veut et doit savoir ce qui l'attend si nous arrivons au pouvoir, sans se faire d'illusion.
VEYGOND: Celui qui mise sur un meilleur futur attends surtout en retour quelque chose pour lui-même. C'est peut-être ce qui défavorise le marxisme.
ARTHUR: Vous ne vous faites donc pas d'illusion sur ce point. La priorité du bien-être de la communauté sur celui de l'individu va sans doute en décevoir quelques uns quand nous arriverons au pouvoir. Mais il ne faut pas garder sous silence que cela va se produire. Or c'est justement ce que vous faites dans vos livres.
VEYGOND: Devrais-je donc dans mon prochain livre énumérer à mes lecteurs toutes les choses qu'un système socialiste - et vous savez bien pour quelles raisons - ne peut pas aussi bien lui procurer qu'un système capitaliste ?
Il marque une pause. Depuis le logement jusqu'à la nourriture, en passant par la qualité des vêtements.
GEORGES: C'est le prix à payer pour arriver enfin à une juste répartition des biens de production !
VEYGOND: Si j'écrivais cela, que diriez-vous ?
GEORGES: Bravo ! Voilà ce que je dirais !
ARTHUR: Mais c'est toujours pareil: au lieu de nous servir du vin, on nous promet un paradis qui n'existera jamais.
VEYGOND: "On" ? Qui est maintenant ce "on" ?
ARTHUR: Le bureau politique et le comité central du parti.

Camarade Veygond, Joseph Breitbach
(traduction personnelle)

À la Une aujourd'hui

Pendant que tout le monde ne parle que de Lena-Nena-Maya (enfin bref, de la gamine qui a gagné au Grand prix de la Chanson* (*en francais dans le texte, s'il vous plaît...)), personne n'a plus le temps de s'occuper de savoir quelle mouche a pris le président allemand de démissionner tout d'un coup.

Moi j'espère que c'est von der Layen qui va être la nouvelle présidente, parce que ca sera fun avec deux femmes au pouvoir, et parce que c'est la seule parmi ceux préssentis pour le poste que je connais.
Ouais, c'est un argument de poids, je sais.

Et sinon, c'est toujours autant l'hiver ici, et j'ai plein de trajets à faire en ce moment, donc je lis beaucoup.