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vendredi, 23 janvier 2009

Critique littéraire

Par un hasard de lecture, j'ai enchaîné récemment coup sur coup trois livres consacrés à la critique littéraire.

Le premier fut Mort d'un critique de Martin Walser, que j'ai emprunté en vitesse à la bibliothèque, un jour où je savais que j'aurais beaucoup de temps à tuer et parce qu'il me semblait me souvenir que c'était un classique.
Le second fut Les illusions perdues de Balzac, que j'ai lu parce que je ne comprenais pas la moitié des discours de Monsieur de Charlus chez Proust. Et que je suis fan de Monsieur de Charlus. (hi hi)
Le troisième fut Stuff I've been reading (traduit en allemand par Ma vie de lecteur) de Nick Hornby, dont je venais de lire About a boy et parce que le titre m'attirait.

Trois approches très différentes du métier de critique littéraire.
Balzac montre la politique et les luttes intestines cachées derrière les articles critiques. Comment il ne s'agit pas tant de la qualité du roman que d'échanges de bons procédés ou de vengeances à l'intérieur du monde littéraire parisien.
Martin Walser nous fait une peinture aigre d'un critique égocentrique et charismatique, qui manipule les goûts du public à son gré, imposant une esthétique unique dans le paysage littéraire. (Je vous conseille d'ailleurs ce livre, très sympathique, et écrit sous la forme d'une intrigue policière.)
Enfin, Nick Hornby EST critique littéraire, et Stuff I've been reading est un recueil de ses articles mensuels parus dans The Believer. Dans sa chronique littéraire, il parle de sa vie, qui à l'en croire n'est qu'une succession de lectures. Elles construisent sa vie quotidienne autant que la nourriture qu'il mange. Il s'échauffe devant les injustices profondes de ce monde : un très bon livre mal accueilli par la critique, le manque d'intérêt du public pour les livres consacrés au cricket, un livre passablement mauvais élevé au rang de "classique", etc.

Les machinations sont délectables à lire chez Balzac. Les piques de Martin Walser le sont également. Ces deux auteurs nous mettent en garde contre l'envers du décors, les petites manigances et les phénomènes de mode.
Mais la démarche de Nick Hornby est originale. Il fait bien sûr en partie de la critique littéraire au sens habituel, discutant des qualités et des défauts de certains livres. Mais il passe également beaucoup de temps à parler en détail du pourquoi de la lecture. De ce qui relie une lecture à une lecture précédente, des raisons qui le poussent à acheter un livre, à s'interrompre au milieu d'un autre. Il décrit ces anecdotes avec minutie (les récits de ses achats dans une librairie avec son fils nouveau-né sous le bras sont délectables), leur confère une importance capitale... qu'elles ont de fait, dans la vie. Il s'agit bel et bien d'une "vie de lecteur".

Nick Hornby a donc à mes yeux réussi à résoudre le problème qui m'a bloquée à mon entrée en classe prépa.
Avant d'entrer en prépa, j'avais envie de faire des études de littérature. Parce que ça semblait couler de source, c'était une évidence, je ne me posais même pas vraiment la question. J'ai eu le malheur de tomber sur un professeur de lettres modernes génial, qui a démoli toute ma conception de la littérature. Il a entamé l'année par un cours sur la critique littéraire.
Il aurait pu commencer par autre chose, d'ailleurs, ça n'aurait peut-être pas changé grand chose. Mon prof était un nihiliste de la littérature. Le nihilisme, c'est ce qui avait déjà bousillé en terminale mes envies d'étudier la philosophie. Le nihilisme, c'est déprimant. Le nihilisme, c'est de dire que toutes les questions que se pose l'homme depuis le début de la pensée ont trouvé une réponse : "Votre question est nulle et non avenue, rentrez chez vous et faites-vous cuire un oeuf". En littérature, c'est un peu pareil. La seule chose valable à écrire sur une oeuvre, c'est "J'ai vachement aimé.".
Avouez que c'est un peu déprimant.

Nick Hornby, pour moi, c'est quelque chose comme de la "critique littéraire quand même".
Dans le fond, il ne dit pas énormément plus que ça : J'ai aimé/ Je n'ai pas aimé. Mais il en profite pour parler de son fils, de sa femme, du dernier concert qu'il a vu, il se moque des critiques qui confondent littérature et politique. Donc, il fait de la critique littéraire. Mais sans faire semblant d'en faire.

Enfin, ce n'est que mon avis, hein.
Vous savez bien, tout est relatif, tout ça...

Commentaires

Ca donne envie de lire tout ça!
Au sujet des règlements de compte et querelles intestines entre critiques, j'avais lu "Corps étranger" de Didier van Cauwelaert où il y a, entre autre, ce sujet.

Écrit par : Kora | samedi, 24 janvier 2009

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