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mardi, 18 novembre 2008

Lectures croisées

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C'est par un hasard presque incroyable que je referme le livre que m'a offert Winnie pour mon anniversaire alors que l'horloge indique que commence précisement le jour du sien. Je lui en veux mortellement parce qu'elle vient de me faire passer trois jours d'une des lectures les plus déprimantes que je connaisse, et c'est la mort dans l'âme que je me rend compte que je n'ai prévu aucun cadeau pour elle (ni le moindre petit commencement d'idée, ni son adresse, que dalle, nada).

Alors je pense au "message" de ce livre que j'achève à l'instant.
Winnie, je t'aime !

Extrèmement fort et incroyablement près de J.S. Foer fait partie de ces livres dont je ne peux même pas dire si je mes ai aimés ou non.
Je dis "ces livres", mais je n'en vois qu'un, Les Bienveillantes de J. Littel. Je n'arrive pas dans ma mémoire à trouver d'autres livres qui me laissent aussi traumatisée par la lecture que je n'arrive pas à formuler un jugement. J'ai aimé je n'ai pas aimé Extrèmement fort et incroyablement près*, quelle importance puisqu'il y a la mort et que c'est injuste (copier-coller la même phrase avec "Les Bienveillantes").

Coincidence amusante, une même scène (bien qu'assez anecdotique) revient dans ces deux oeuvres : le narrateur se trouve dans un zoo en plein bombardement. J'ignore quelle même vérité les deux auteurs ont voulu dépeindre alors dans des images presque identiques.
Renforcer l'illusion de la folie ? Rendre la confusion encore plus palpable, la débandade de ces foules paniquées moins humaine ?
Je voulais juste noter le fait, rien de plus.

Une grande différence pourtant, et pas des moindres, c'est que je pense que J.S. Foer restera parmi les grands auteurs de la littérature du XXIème siècle. Indubiablement. (Littel, j'ai des doutes, c'est trop mal écrit.)

* mais quel roman relu récemment vient de m'inspirer cette phrase ? il doit s'agir d'un personnage donnant systématiquement une réponse et son inverse... C'est assez tordu pour être un Amélie Nothomb.

J'ai parlé du (des) "message(s)" du livre.
L'impérieuse nécessité face à la mort de dire à ceux qu'on aime qu'on les aime. Les messages d'amour non-dits, cachés, mal décryptés, trop cryptés innondent le roman, c'est un vrai raz de marrée. Je pense qu'une seconde relecture révèlerait que chaque mot, chaque geste, chaque photo est un message d'amour dont on ne découvre la clés qu'à la fin.
C'est absolument génial. Mais une fois qu'on l'a dit... bon ben on l'a dit.

De quoi parle le livre ?
Non, c'est pas l'histoire d'un-garçon-qui (je hais les quatrièmes de couverture). Ok, le livre parle de mort, mais une fois que je vous aurai dit que toute l'histoire gravite autour du 11 septembre, vous direz que c'est pas un scoop, et vous saurez pas plus de quoi parle le livre pour autant.

Ce livre, en fait, ça parle d'écrire.
Ca ne parle que de ça. De gens qui écrivent, qui écrivent sans arrêt, qui écrivent sur leurs mains, sur le sol et les rideaux, qui écrivent sans arrêt, il n'est question que d'écrire, que de feuilles et de cahiers, de valises pleines de feuilles, de feuilles qui s'empilent à côté d'une machine à écrire, de stylos, ça ne parle que de l'impossibilité de ne pas écrire et de l'impossibilité d'écrire tout à la fois, l'impossibilité rendue par les miliers de pages blanches, les pages trop pleines d'écriture, les photos (l'impossibilité d'écrire à l'état pur), et la plsion d'écrire malgré tout, d'écrire des miliers de pages en n'appuyant que sur la barre espace.

J'ai dit au début que je ne savais pas si j'avais aimé ?
Je retire ce que j'ai dit : MAIS J'ADORE !!!
C'est incroyable, je n'ai jamais lu personne capable d'écrire sur l'écrire avec une telle force.

Ce qui nous ramène à l'article que je voulais écrire avant (avant d'avoir lu ce livre). Sur les derniers livres que j'avais lu (avant de lire ce livre).

Des rares Amélie Nothomb que je ne connais(sais) pas encore, je viens de découvrir Antéchrista.
Ce livre a été assez bouleversant. C'est pourtant loin d'être le meilleur d'Amélie Nothomb, mais c'est le premier qui se rapporte autant à moi. Pas que j'ai vécu la même chose (non, ça va, j'ai toujours eu des amies, vous inquiétez pas). Mais des infimes petits détails. Parfois même des tournures de phrase. Des gestes que j'ai déjà fait, ou des phrases que j'ai déjà dites. L'impression de connaître les objets et les visages. Mais c'est assez confu.

Toujours est-il que ce bouquin regorge de passages que je vais apprendre par coeur tellement qu'ils sont beaux. Comme celui-ci sur la lecture (lecture/écriture, d'où le lien qui peut sembler assez biscornu avec ce qui précède):

L'un des bonheurs de ma vie d'adolescente avait consisté à lire : je me couchais sur mon lit avec un livre et je devenais le texte. Si le roman était de qualité, il me transformait en lui.

Je ne sais même quoi dire comme commentaire tant ces deux phrases me subjuguent...

Et encore :

Ceux qui croient que lire est une fuite sont à l'opposé de la vérité : lire, c'est être mis en présence du réel dans son état le plus concentré - ce qui, bizarrement, est moins effrayant que d'avoir affaire à ses perpétuelles dilutions.
[...] On se trompe quand on croit lire au hasard : ce fut à ce moment que je commençai à lire Bernanos, l'auteur dont j'avais le plus besoin.

Vous ne vous étonnerez même plus alors, si je vous dit que j'ai justement lu Antéchrista entre deux Bernanos (trois pour être plus précis), que je viens de découvrir. Bernanos, "l'auteur dont j'avais le plus besoin".

J'admire Nothomb d'avoir su employer ce terme de "besoin" pour parler d'un auteur, terme qui a l'air a priori si peu à sa place ici.
Je l'admire d'avoir su en un mot m'ouvrir les yeux sur la lecture.

(Copyrights :1. Q, 2. Joyeux Anniversaire !, 3. Fallin' all over myself.., 4. extremement fort et incroyablement pres., 5. Les Bienveillantes, 6. Manhattan, 7. September 11, 2001, 8. Ecrire, marcher § Writing, walking §, 9. Nothomb, 10. 2004_lecture, 11. Robert Bresson, 12. Lectura)

Commentaires

Je me permets un lien vers mon article sur "Extrêmement fort et incroyablement près" où que y'a des extraits du livre : http://quandlechat.hautetfort.com/archive/2007/12/13/extremement-fort-et-incroyablement-pres-jonathan-safran-foer.html

Maintenant faut lire le premier roman de Jonathan, "Tout est illuminé", dans mon souvenir il est encore mieux que celui-là !

Sur ce, je m'atelle au Blog-o-trésors, j'adore l'idée ;)

Écrit par : Winnie | mardi, 18 novembre 2008

Tiens ce wk on a acheté avec maman au vide-grenier de Sigean : MERCURE d'Amélie Nothomb (il ne nous semblait pas que tu l'aies ... vu que c'est papa qui vient de lire toute ton "intégrale") Voilà je le lirai, et je te l'offre !

Écrit par : Ingrid | mardi, 18 novembre 2008

Si, j'avais déjà "Mercure" (très bien d'ailleurs).

Écrit par : Lodi | mardi, 18 novembre 2008

Ah, puis je veux savoir comment papa a trouvé les Catilinaires.
Un article de papa sur le blog, un article de papa sur le blog !!

Écrit par : Lodi | mardi, 18 novembre 2008

Les commentaires sont fermés.