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mercredi, 15 octobre 2008

Solution à l'amorphose scoutesque

 

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- Alors comme ça, il paraît que tu as été élue au comité des votes ?
- Oui. Je n'en suis pas peu fière.
- Et en quoi ça consiste ?
- En pas grand chose, en fait. Le comité peut être amené à se réunir si une personne quitte ses fonctions et qu'il faut lui trouver un remplaçant. Le comité des votes propose des personnes aptes à remplir cette fonction, avant que l'assemblée ne vote.
- L'assemblée ?
- Oui, on aime bien utiliser des grands mots aux scouts. Toujours est-il que le comité des votes se rassemble rarement, et en général le choix est fait d'avance : il n'y a pas trent-six mille volontaires pour s'occuper de la compta.
- Tu dis que tu es fière, mais tu n'as pas l'air satisfaite.
- Je ne suis pas satisfaite. Je veux plus m'investir.
- Qu'est-ce qui t'en empêche ? On ne te fait pas confiance ?
- C'est moi qui ne me fait pas confiance. C'est de moi-même que je ne suis pas satisfaite. Je laisse les autres chefs faire, et je les regarde, mi-terrorisée à l'idée de faire échouer leurs projets en faisant une gaffe, mi-honteuse de ne pas les aider plus que ça. Alors je préfère ne rien faire. L'an dernier par exemple, quand il a été question d'organiser le week-end de mars, j'aurais voulu me terrer dans une fissure du mur. Je ne pensais que "pas moi, pas moi".
- Organiser un truc pareil, quand tu ne maîtrises pas bien la langue, ce n'est pas facile.
- On n'est pas scout pour faire des trucs faciles. Et ça n'a rien à voir avec la langue. Paulo, le chef italien à Toulouse, ne maîtrisait pas bien le français. Mais à la première seconde où il est arrivé, il était déjà un chef parfait. Il avait le truc.
(silence)
J'ai connu tellement de chefs extraordinaires. Et je ne suis pas une bonne cheftaine.
(silence)
J'ai pensé à aller me confesser.
- A quel sujet ?
- Parce que je ne suis pas une bonne cheftaine.
- C'est ton curé qui va bien se marrer. Soyons sérieuses deux minutes. D'ailleurs qu'est-ce qu'un bon chef ? Un bon chef s'occupe bien des enfants.
- Mais pas seulement. Il faut aussi porter sur soi une joie de vivre qui me manque.
- Tu n'as pas la joie de vivre ?
- Pas une joie de vivre alors, mais une capacité à l'extérioriser.
- Une capacité à faire le pitre, tu veux dire.
- C'est ça. Ne parlons même pas de Bob, qui a une tête de clown. Mais il suffit de jeter un coup d'oeil aux photos de notre camp en Isarël. Chtef-Chtef et Michi sont sur toutes les photos. Ce sont eux les vrais chefs.

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Une formatrice ma dit un jour que si l'on arrive à avoir les enfants avec soi, on pouvait les emmener au bout des projets les plus fous. Michi, par exemple. Les enfants sont 100% avec lui. Ils le suivraient au bout du monde. C'est ça que je voudrais.
- C'est peut-être plus facile pour un garçon, non ?
- Comment ça ?
- J'en ai discuté un jour avec Michi. Il ne voit pas les choses de cette façon. Lui-même trouve qu'il ne réfléchi pas assez avant de faire.
- Et moi je réfléchi trop.
- Par définition, une fille, ça réfléchi trop.
- Et alors c'est un cercle vicieux que je n'arrive pas à briser. Ce que j'ai été jusqu'ici, comment ne pas continuer à l'être ? Cela demande beaucoup d'effort de volonté de ne plus réfléchir.
- Tu veux savoir ce que je pense ? Je pense que tu ne fais effectivement que regarder les autres. Mais pas dans le sens où tu l'entends toi. Tu me parles de Paulo, de Bob, de Michi, de Chtef-Chtef... Mais il y a autant de manière d'être chef qu'il y a de chefs. Le chef que tu es, toi, tu ne le connais pas. Pire, tu ne cherches même pas à le découvrir.
- En Israël, j'ai cru l'apercevoir. Ce sont les enfants qui me l'ont fait découvrir. Nous avons discuté avec les enfants, un par un. Beaucoup nous ont dit que nous étions des chefs supers, blablabla, mais chez deux d'entre eux, la même analyse est ressortie : il ya Michi et Chtef-Chtef, qui font les foufous, et Lodi contrôle un peu la situation. C'est là que j'ai compris que j'avais un rôle à part entière dans la maîtrise à leurs yeux.
- C'est mignon.
- C'est peut-être mignon, mais il n'y a pas une miette de vrai. Il y a un moment que je n'oublierai jamais. Ce jour-là justement, une fois les discussions terminées, nous nous sommes rendus compte que nous avions une bonne demi-heure de pause, rien que pour nous. C'était la première fois depuis le début du camp. Chtef-Chtef a fait mine de faire une sièste et Michi lui a sauté dessus. Ils ont joué à se battre en se roulant par terre. Moi je regardais, et je rigolais. Mais que je contrôle la situation... d'où est-ce qu'ils tiennent que je contrôle quoi que ce soit ?
- Mais pour les enfants, tu es une cheftaine. Une bonne cheftaine ?
- Je l'ai cru alors. Des petits rien, qui me disaient que j'avais quand même des qualités. Et puis le jour de faire sa promesse, c'est moi que Helli a choisi pour la recevoir. Elle a alors sans le savoir scellé un pacte entre moi et le scoutisme allemand.
- Alors, ces qualités ?
- Je les ai reperdues de vue depuis. Mais une chose est sûre : j'aime ces gosses. L'amour que j'ai pour eux n'est pas quelque chose d'exprimable, c'est tellement grand, plus grand que moi.
- C'est peut-être cet amour ta solution.
- Ma solution ?
- Oui. Ne me dit pas que tu as déjà oublié que ton titre était "solution à l'amorphose" ? Il ne suffit pas de poser l'amorphose, il faut maintenant la résoudre.
- Mais comment ?
- Ton amour est si grand, dis-tu. Il devrait alors être assez grand pour te faire changer.
(silence)
Non ?

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Cet article a été écrit pour la rédac' du mois d'octobre. Le sujet ce mois-ci était "Un dîner en tête  tête". J'avoue m'être vraiment écarté du thème d'origine, car vous aurez compris que je n'ai retenu que le tête à tête, e encore bien particulier, puisque la discussion que vous avez pu lire au-dessus n'est issue que d'une discussion avec moi-même. C'est le propre des sujets imposés que d'être transgressés, et c'était pour moi à la fois l'occasion idéale pour introduire ma nouvelle rubrique ("Bon chemin", en référence au "Gut Pfad", l'expression consacrée des scouts allemands) et pour vous donner un aperçu de ce qui me turupine le plus en ce moment. Pour des éventuels visiteurs venus des quatre coins de la toile, cela leur permettra de découvrir une réalité peu connue... et oui, c'est que ça se prend beaucoup la tête aussi, un chef scout.
Sur ce, n'hésitez surtout pas à aller voir ce que vous ont tout fraîchement pondu
Laurent, Noelia, Bergere, Bertrand, JvH, Hibiscus, Anne, Julien, Chantal, Looange, Jo Ann v, Cecfrombelgium, Julie70, Gazou, BlogBalso, Lydie, Lucile, Optensia, Joël, Linda, Denis, Julie, Le chat qui, Ckankonvaou, Asibella, Mariuccia, Brigetoun, Renée, Mouton, Agnes, Laetitia, MissBrownie, Karmichette, Rikard, Pivoine Merlin, Sandrine, Andree, Orchidee, Laure, Virginie et A-So.

PS : Mon préféré.

Commentaires

Je n'ai eu aucune envie d'un célébrité pour diner, j'aurais préféré que c'est toi qui vienne: j'adore cette récit!

Que c'est dur et que c'est important de donner de la confiance!

Écrit par : julie70 | mercredi, 15 octobre 2008

Merci :')
La confiance... je crois que c'est le maître mot chez les scouts. Je suis contente de voir que ce texte n'est pas seulement un embrouillamini de choses compliquées prise-de-tête incompréhensible.

Écrit par : Lodi | mercredi, 15 octobre 2008

Non mais je ne suis pas du tout d'accord avec toi. Etre un chef, c'est pas forcément faire le clown. Il faut aussi des exemples de gens posés.
Ma meilleure cheftaine scoute était une fille très calme, qui savait rigoler quand il le fallait mais qui savait surtout écouter et consoler les petites scoutes désemparées. Lors du seul camp scout de toute ma vie, elle m'a dit un truc super fort dont je me rappellerais toute ma vie et qui m'a vachement servi dans mes moments de manque de confiance justement.
Je suis sûre que les enfants ont trouvé en toi des choses qu'ils cherchaient même si toi-même tu n'arrives pas à les voir.

Bref, cela dit, si tu veux t'impliquer plus, tu n'as pas à "copier" les autres chefs. Fais les choses à ta manière et je suis sûre que les enfants adoreront.

Écrit par : Winnie | jeudi, 16 octobre 2008

Merci pour ton com Winnie (et pour tous tes coms en général), je pense qu'il va me faire réfléchir.
C'est évident que la solution, ce n'est pas de copier les autres chefs, mais de trouver celui que je suis, moi. Je ne comprends juste pas très bien comment on peut être quelqu'un qui n'est pas tel qu'on voudrait l'être. C'est quand même un paradoxe étrange.

Écrit par : Lodi | jeudi, 16 octobre 2008

oupsss ... mille excuses pour le fait que tu ne sois pas dans la liste des participants. Une petite erreur de ma part.

Écrit par : Laurent | jeudi, 16 octobre 2008

Ta réflexion me touche beaucoup parce que je pense avoir vécu un peu la même situation lorsque j'étais cheftaine. Je crois que j'ai essayé de tout contrôler du début jusqu'à la fin, sans arriver à lâcher du leste et à prendre tout simplement le temps de "célébrer" avec les jeunes !
Alors si je peux te donner un conseil ça serait de réfléchir aux petits moments ou tu peux te permettre de ne pas contrôler (pendant un jeu, pendant un repas) et d'essayer de vivre ces moments pleinement !

Écrit par : Lydie | jeudi, 16 octobre 2008

Lydie, alors une autre cheftaine comme ça ?

Laurent : pas de problème, je me suis dit que j'avais dû être éliminée au passage parce que j'avais pas bien rendu ma copie en septembre (et que c'était pas la première fois cet été). Mais là c'est bon, le rythme redevient normal, et je ferai mes devoirs bien comme il faut.

Écrit par : Lodi | jeudi, 16 octobre 2008

Ex-cheftaine, mais qui replongerai bien si elle avait le temps et qu'elle était en France !

Écrit par : Lydie | mardi, 21 octobre 2008

Lydie, pourquoi ? Faut absolument être en France pour ça ?
(moi je fais ça en Allemagne, et c'est un super moyen de faire des progrès dans la langue)

Écrit par : Lodi | mardi, 21 octobre 2008

Il ne faut pas spécialement être en France mais c'est quand même mieux de pouvoir s'engager pour une année entière histoire de suivre un peu les jeunes dans leurs projets... Et comme je ne sais pas où je serais dans quelques mois j'ai laissé tomber. Mais on verra au retour en France comment ça se passera :)

Écrit par : Lydie | lundi, 27 octobre 2008

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