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dimanche, 27 juillet 2008

La Serbie au coeur

"Srbija od srca" c'est ce qu'il y a écrit sur un t-shirt que j'ai ramené de mon premier voyage en Serbie, il y a longtemps (2 ans) déjà.

Maintenant il semble que la Serbie est au coeur de l'actualité.
Je suppose que personne n'a raté la grande nouvelle européenne de la semaine, l'arrestation de Karadzic (dont je n'arrive pas à savoir s'il a un lien avec le célèbre grammairien Vuk Karadzic qui a tant contribué à la révolution de 1948 dans les Balkans, mais ceci est une autre histoire).

Je vous invite à ce sujet à aller lire la courte mais intelligente interview de Vesna Pesic, qui m'a plu pour deux raisons.
D'une part parce que les réactions ouest-européennes, et principalement de Carla Del Ponte (malgré tout le bien que je pense d'elle de par ailleurs) et compagnie commençaient à m'irriter sérieusement àconsidérer la Serbie comme un sale gosse mal élevé et non-coopératif qui doit faire ses devoirs de vacances (retrouver encore Mladic et Hadzic) si elle veut passer dans la classe supérieure (l'UE) l'an prochain (ou plus vraissemblablement bien plus tard de toutes façons). Les choses sont un peu plus compliquées en Serbie. (Et je ne comprends que trop l'agacement des serbes qui se demandent pourquoi La Haye vient mettre son nez dans leurs affaires. Mais passons.)
D'autre part, parce que les jolies contes de Noëlqu'on lit dans la presse sur l'arrestation de Karadzic soudain par les gentils policiers serbes me semblait quelque peu douteuse et me faisait bien marrer. Comme d'autre part je suis trop peu au fait de ce qui s'est passé pour balancer mon opinion personnelle non-fondée, je n'aurais quand même pas oser m'exprimer là-dessus si Vesna Pesic ne disait pas elle-même tout haut ce que je pensais tout bas.

Enfin, finir sur une note d'optimisme me plaît.
Moi aussi, je suis plutôt enthousiaste face à l'avenir de la Serbie.
(Et puis, si vous voulez mon avis, la situation du pays peut difficilement aller pire... donc ça ne peut qu'aller mieux)

Ca bouge en Serbie, on dirait.
J'ai été toute étonnée en rentrant de la bibliothèque de tomber sur une série de deux reportages à la télévision. L'un sur la Voïvodine (mon Dieu, décidement Novi Sad a l'air d'une ville merveilleuse), l'autre sur la Serbie.
Pour moi, cela a toujours une saveur particulière. Que des personnes interviewées parlent serbe, et mon coeur bat à toutes berzingues. Apercevoir un coin de rue que je connais (les ruches du village ethno... les mêmes que celle en photo sur mon blog), où voir que depuis mon dernier voyage les travaux de restauration de l'église de Novi Sad sont terminés, me fait sourire comme une droguée, seule devant mon écran.

Le premier reportage, particulièrement, s'est penché sur autre chose que du pur tourisme. S'est mêlé aux étudiants de Novi Sad. S'est interrogé sur le nationalisme et la vie culturelle.

Un des intervenants a analysé de manière intéressante ce qui constitue pour lui le problème principal de la mentalité serbe, à savoir leur incapacité à coller à la réalité.
Ce n'est pas si faux. Au détour d'une conversation, Stevan a énuméré les pays des Balkans, et je lui ai fait remarquer pour plaisanter qu'il n'avait pas cité le Kosovo. Il a rigolé aussi. "Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'est censé être le Kosovo maintenant. Si ça fait encore partie de la Serbie ou si c'est un pays. Je ne comprends pas très bien."
Je suis assez plongée dans la mentalité serbe pour pouvoir le rassurer sur ce point. "Personne ne sait ce qu'est le Kosovo".
Alors soit, le Kosovo est une question un peu critique.
Mais pas une discussion ne peut rouler sur la politique, ou l'économie, ou n'importe quel suje de société sans qu'on ne soupire. "O Tito Tito !" Le bon vieux temps, le communisme, Tito. Stevan avait un an lorsque Tito, et ce temps qu'il n'a pas connu reste pour lui la référence absolue.
En fait, je ne saurais pas trop l'exprimer encore. Je ne suis pas encore assez serbianisée. Mais cette analyse m'a vraiment frappée. Je me suis dit : c'est exact.

Les différents reportages ont souligné la grande vie culturelle en Serbie.
Ce qui est exact, et vraiment surprenant. Qu'un pays aussi pauvre, qui a tellement de problèmes sociaux, économiques, où la chômage touche à peu près un tiers de la population active... aie une vie culturelle dont ont oserait pas rêver en France. Du moins, une vie culturelle populaire, gratuite ou à portée de tous.
Je connais, comme vous avez tous pu le remarquer, surtout la scène musicale, et j'ai pu me rendre compte à quel point celle-ci est vivante et accessible.
Mais rien qu'une ville comme Zrenjanin possède dans son centre un musée, petit mais avec des expositions plutôt bien ficelées, et une galerie d'art contemporain qui est loin d'être d'un petit niveau.
La Serbie est le pays des festivals. Des festivals populaires innombrables, carnaval, fête du vin, de la bière ou du raisin, festival de musique tzigane, rock ou métal. Et ainsi de suite.
Des dramaturges comme Biljana Srbljanovic laissent présager de la scène théâtrale. Le théâtre de Belgrade est paraît-il très vivant (mais ce n'est pas demain la veille que je serai capable de m'y rendre).
J'ignore ce qu'il en est de la littérature (j'entends la littérature contemporaine), même si je connais pas mal d'auteurs vraiment intéressants.

Bref, la Serbie bouge.

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