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jeudi, 27 mars 2008

La littérature d'Outre-France : les Bienveillantes, Jonathan Littel

Je suis rentrée dans le livre à reculon.

J'en avais eu un extrait à traduire lors de mon partiel, et j'avais trouvé le texte extrèmement mal écrit.
Finalement, après la lecture du roman, je reviens un peu sur mon jugement : ce n'est pas mal écrit, c'est vrai. Mais enfin, ce n'est pas bien écrit non plus. Je persiste à penser que ça ne méritait pas un Prix Goncourt, et surtout encore moins un prix de l'Académie Française.
C'est écrit.

Par contre, ce qui est indéniable, c'est que cet énorme pavé de près de 1400 pages est une vraie encyclopédie des actions des SS pendant la seconde guerre mondiale. Ce sont un peu plus de trois années de guerre qui sont racontées ici, du point de vue d'un SS, principalement chargé de faire des rapports, mais qui est aussi parfois amené à mettre les mains dans... la chose. Sa spécialité, un peu malgré lui, sera la fameuse "question juive", depuis ses débuts jusqu'à la débâcle. Il décrit avec minutie toutes les étapes, les dérives, les bonnes et mauvaises volontés au sein de la SS, qui ont fait du nazisme ce que l'on sait, et de la Sha ce que l'on sait également.

La thèse de notre narrateur est assez simple finalement.
N'importe qui aurait fait la même chose.
C'est assez rude. Quand même. Parfois.

"Encore une fois, soyons clairs : je ne cherche pas à dire que je ne suis pas coupable de tel ou tel fait. Je suis coupable, vous ne l'êtes pas, c'est bien. Mais vous devez quand même pouvoir vous dire que ce que j'ai fait, vous l'auriez fait aussi. Avec peut-être aussi moins de zèle, mais peut-être aussi moins de désespoir, en tous cas d'une façon ou d'une autre. [...] Les victimes, dans la vaste majorité des cas, n'ont pas plus été torturées ou tuées parce qu'elles étaient bonnesque leurs bourreaux ne les ont tourmentées parce qu'ils étaient méchants. Il serat naïf de le croire, et il suffit de fréquenter n'importe quelle bureaucratie, même celle de la Croix-Rouge, pour s'en convaincre."

"Et en effet la victoire aurait tout réglé, car si nous avions gagné, imaginez-le un instant, si l'Allemagne avait écrasé les Rouges et détruit l'Union soviétique, il n'aurait plus jamais été question de crimes, ou plutôt si, mais de crimes bolchéviques, dûment documentés grâce aux archives saisies [...] et ensuite tout le monde, Anglais et Américains en tête, aurait composé avec nous, les diplomaties se seraient réalignées sur les nouvelles réalités, et malgré l'inévitable braillement des Juifs de New York, ceux d'Europe, qui de toute façon n'auraient manqué à personne, auraient été passés par pertes et profits, comme tous les autres morts d'ailleurs, tsiganes, polonais, que sais-je, l'herbe pousse drue sur les tombes des vaincus, et nul ne demande de comptes au vainqueur, je ne dis pas cela pour tenter de nous justifier, non, c'est la simple et effroyable vérité, regardez donc Roosevelt, cet homme de bien, avec son cher ami Uncle Joe, combien donc de millions Staline en avait-il déjà tué, en 1941, ou même avant 1939, bien plus que nous, c'est sûr, et même si l'on dresse un bilan définitif il risque fort de rester en tête, entre la collectivisation, la dékoulakisation, les grandes purges et les déportations des peuples en 1943 et 1944, et cela, on le savait bien, à l'époque, tout le monde le savait plus ou moins, durant les années 30, ce qui se passait en Russie, Roosevelt le savait aussi, cet ami des hommes, mais ça ne l'a jamais empêché de louer la loyauté et l'humanité de Staline, en dépit d'ailleurs des avertissements répétés de Churchill, un peu moins naïf d'un certain point de vue, un peu moins réaliste, d'un autre, et si donc nos autres avions en effet gagné cette guerre, il en aurait certainement été de même, petit à petit, les obstinés qui n'auraient cessé de nous appeler les ennemis du genre humain se seraient tus un à un, faute de public, et les diplomates auraient arrondi les angles, car après tout, n'est-ce pas, Krieg ist Krieg und Schnaps ist Schnaps, et ainsi va le monde. Et peut-être même en fin de compte aurait-on applaudi nos efforts, comme l'a souvent prédit le Führer, ou peut-être pas, quoi qu'il en soit beaucoup auraient applaudi, qui entre-temps se sont tus, car nous avons perdu, dure réalité."

J'imagine que le livre a du faire polémique, quand même, et je pense qu'il y a de quoi, et que justement le débat à partir de ce livre peut être très intelligent, étant doné que le livre lui-même est très inelligent.

La comparaison au communisme est omni-présente. Et je pense qu'en effet, le discours va plus loin que le "vous auriez fait pareil". Le héro est un nazi convaincu, tout en n'étant pas un sadique antisémite. Son attachement au national-socialisme est déroutant.
J'avais au collège une prof d'histoire, communiste jusqu'au bout des ongles, qui s'obstinait à détacher la théorie communiste (tout le monde vit en harmonie, c'est la fraternité, c'est beau) et ce que les vilains bolchéviques staliniens en avaient fait. Et après tout, n'est-ce pas possible de le faire aussi pour le nazisme ? C'est en tous cas la question que pose le narrateur. Est-ce que ses convictions étaient si absurdes que ça ?

Là, je sens, vos avez tiqué. Oui, oui, moi aussi.
Mais après tout, l'avis du narrateur n'engage que lui. Et il est parfois très visible que l'auteur ne partage pas certains avis de son héro. Il lui oppose notament des détracteurs auquel il est bien incapable de répondre autrement que par des arguments bidons. Alors du coup, on ne sait plus trop quoi penser.

Je pense que c'est ça, la véritable thèse de l'auteur. Qu'il ne sait pas quoi penser. Que personne ne sait quoi penser dans le fond.
Le livre m'a rappelé mes horribles adieux à la philosophie, quand près avoir lu Schopenauer et Nietsche, je me suis dit qu'il valait mieux que je rentre chez moi et que je fasse des traductions ou des équations. Et justement, Schopenauer et Nieztsche, qui avec les Grecs étaient à la base de la "philosophie" nazie.
Comment décider de ce qui est bien, ou de ce qui n'est pas bien, lorsqu'on n'a pas de repère ? Au lycée, j'hantais la salle d'aumônerie pour essayer de savoir où était le bien et où était le mal. Je trouvais déjà que la Bible n'éclairait que des cas très simples. Et moi, j'étais confrontée sans arrêt à des cas très compliqués (enfin, j'étais ado, tout me semblait évidement HORRIBLEMENT compliqué).

D'autre part, il est un point sur lequel le narrateur s'emêle les pinceaux, c'est justement celle des races et donc celle des juifs. Là, je dirais qu'il explique mal. D'une part parce qu'il n'est pas sûr lui-même, et qu'il change d'avis au cours du livre. D'autre part parce que les autorités nazies elles-mêmes s'embrouillent, parce que les gens ne sont pas d'accord entre eux, parce que les gens changent d'avis eux aussi, parce que les avis les plus courants et les plus farfelus se mélangent au grés des discours officiels et des discussions autour d'une bouteille de vodka. Il n'y a plus rien qui tient en place. Peut-être tout simplement parce que c'est inepte. Après tout, ce n'est peut-être pas la peine de chercher plus loin.

Mais j'ai quand même eu une réflexion un soir en me couchant.
Imaginez.  Que vous jouez à civilisation, ou n'importe quel jeu dans le genre. Imaginez que le jeu est très développé et que vous avez une infinité de anipulations possible sur votre population. Vous êtes les verts, et vous avez déclaré la guerre aux rouges pour leur piquer leurs villes. Tout le monde sait que dans Civilisation, si vous ne voulez pas qu'il y ait des révoltes dans les villes, il faut y laisser des unités. Mais vos unités, vous en avez besoin, parce que sans elles vous ne pouvez pas continuer à envahir des villes rouges. Or, dans ce jeu (il faut croire que le jeu a été programmé par un nazi), justement, les gens dans les villes rouges sont contents de vous voir, sauf des petits bonhommes avec écrit "communiste" et "juif" dessus.  Moi, personnellement, quand je joue à Civilisation, je me contrefiche de la vie virtuelle des petits bonhommes. C'est un jeu, non ? Et le but du jeu c'est d'être le plus fort, sinon on perd, et moi j'aime pas perdre (c'est pour ça que je ne joue plus à civilisation depuis longtemps...). Donc, c'est très simple, "font chier ces c... et ces j...", et zou je les tue tous, comme ça au moins ils me fichent la paix. Et je peux continuer à envoyer mes unités attaquer d'autres villes.
Ahhhh... mais je suis une génocidienne ??? C'est horrible !
Et j'envoie une lettre à Microsoft pour dénoncer l'espèce de nazi qui a programmé le jeu, parce qu'il faut pas laisser ces types-là en liberté.

En définitive, j'ai essayé de chercher à qui ce personnage du héro me faisait penser.
On aurait pu le croire, mais en fait pas du tout à celui de La mort est mon métier.
Non, ce serait bien plutôt celui de L'étranger. Même si le héro des Bienveillantes est plus cynique, plus conscient, moins anti-héro que cet autre personnage. Mais por ma part je n'ai jamais été satisfaite des analyses de L'étranger que j'ai pu trouver, le personnage mesemblait bien plus complexe que ça, et donc l'idée me plaît, je je m'y tiens.

Mis à part ces insupportables prises de tête, et si tout ça ne vous débecte pas trop parce que vous trouvez que ça a un sale goût de néo-fascisme, le live est vraiment, mais alors vraiment vraiment bien. Je eux dire, si j'ai réussis à m'empiffrer 1400 pages en moins d'une semaine, c'est pas pour rien.

Enfin, il faut mentionner qu'aux tortures morales et aux obsessions morbido-fasciste du héro se mêlent d'autres obsessions libidino-scatologique, qui après tout peuvent parler aussi à certain lecteurs.
Pour ma part, les fantasmes sur les excréments ne me touchent pas. Ce n'est même pas que je trouve ça dégueulasse, ça serait déjà ça. Non, vraiment ça ne me touche pas du tout. J'avais l'impression de me retrouver à nouveau devant des toiles de Dali. Ce n'est pas que je n'aime pas Dali, ses peintures ne me parlent pas du tout, c'est tout. Au mieux, je trouve qu'il peint bien, ce qui n'est pas en soi très intéressant. En fait, la seule chose qui m'avait intéressée, c'était sa prise de bec avec les surréalistes, justement au sujet de son fantasme érotique autour d'Hitler... comme quoi...
Quant au libidineux de l'histoire, il s'agit d'un espèce d'Amélie Nothombisme (mais qu'est-ce qu'elle vient faire là ?) à la sauce homosexelle (et j'en ai déjà parlé, c'est un sujet que je ne cerne absolument pas). Moi, à la rigueure, Amélie Nothomb, j'aime, alors ça va, j'arrive à suivre un peu.

C'est fini pour cette note.
J'avais envie de raconter tout et n'importe quoi aujourd'hui...

Commentaires

Un critique sur critiqueslibres.com m'éclaire sur le titre :
"Le titre « Les Bienveillantes » fait référence au nom d’entités mythologiques primordiales, censées, dans la tragédie grecque, pourchasser sans répit les auteurs d’actes inexpiables – la légende des Atrides et la malédiction d’Oreste, matricide par la volonté des Dieux ( Eschyle )"
C'est donc tout le contraire de ce que je pensais. Mais finalement, peut-être que sa punition est d'être sauvé de la mort. Pour un schopenhauerien comme lui, ce n'est pas vraiment impossible.

Écrit par : Lodi | vendredi, 04 avril 2008

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